Retour à l’air libre
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M. le commissaire, grâce à une certaine fréquentation des stations balnéaires, savait que le monde ne se divise pas rigoureusement en gens honnêtes et en fripouilles. Il y a certes du bon côté un certain nombre de gens corrects et de l’autre, très peu, il faut le dire, de canailles avérées. Il faut noter seulement que la lisière, entre les deux catégories, a pris, peu à peu, la largeur d’une avenue, où beaucoup d’individus trouvent de la place pour circuler.
Il ouvrit lui-même la porte de la prison de fortune où était enfermé Ombraux.
— Vous êtes libre, lui dit-il. Vos amis ont bien voulu s’occuper de vous. Ils me font prendre là une certaine responsabilité, mais enfin j’espère que je n’aurai pas à m’en repentir.
Ombraux, un peu hagard, regarda Maric qui, depuis qu’elle avait si bien travaillé pour lui, avait senti son amitié et sa tendresse s’accroître dans des proportions considérables. Ils s’étreignirent avec passion. Puis Charlie embrassa Linette et enfin Catalin.
C’était un spectacle édifiant pour le commissaire. Il leur fit comprendre qu’il avait affaire, car, dans ce débordement d’effusions, il risquait d’être embrassé par tout le monde à son tour.
Dans la rue, ce fut une lutte entre Linette et Catalin. C’était à qui raconterait les exploits de Maric. Ils parlaient en même temps, si bien que Charlie ne pouvait les entendre.
Il prit dans ses mains les mains de Maric.
— Je ne te dis rien, fit-il.
Ils s’en allèrent sur le chemin de l’hôtel, mais Ombraux eut l’idée d’aller faire un petit crochet, pour passer à l’endroit où habitait M. Lestourbeillon. Il était bon de l’avertir que son ancien ami n’était plus aux mains de la justice et qu’on n’avait pas eu besoin de son secours pour l’en sortir. Charlie pénétra dans le hall et fit passer sa Carte à M. Lestourbeillon.
Il attendit pas mal de temps, ce qui lui donna à penser que l’usinier ne tenait pas spécialement à cette entrevue. Enfin il arriva, pas très fier. Ombraux donna à sa cordialité un air visiblement forcé. Il serra la main du monsieur et le remercia de toutes les gentillesses qu’il avait eues. Il s’excusa d’avoir été vraiment un peu indiscret en laissant Catalin faire auprès de lui sa dernière et infructueuse démarche.
— Oh ! ça ne fait rien, ça ne fait rien, murmurait M. Lestourbeillon, qui ne savait que dire.
— Si je suis venu vous déranger maintenant, c’est pour vous demander l’adresse où je vous renverrai d’ici deux jours les trois mille francs que je vous dois.
— J’ai dit à votre ami que ça ne pressait pas du tout, dit M. Lestourbeillon, et vous me désobligeriez en vous acquittant si vite.
— J’y tiens, dit Ombraux, intransigeant et froid.
Puis il prit congé de l’usinier. Il était bien décidé d’avance à ne pas accepter d’invitation nouvelle… Mais M. Lestourbeillon ne lui fournit pas l’occasion d’un refus.
En s’en allant, Ombraux pensait que, dès le lendemain, il parferait la somme qui lui manquait et réglerait immédiatement cette dette entre toutes sacrée… Il y a certaines obligations dont l’urgence décroît à nos yeux sitôt qu’on les diffère. Si Charlie avait eu trois mille francs sur lui au complet, peut-être n’aurait-il pas résisté au désir de les rendre noblement à M. Lestourbeillon, quitte à s’en repentir après et à se dire à la réflexion que cette satisfaction d’amour-propre était payée un peu cher, étant donnée surtout la valeur circonstancielle que prenait cette somme liquide dans l’état actuel de sa trésorerie.
Ombraux, toujours avec ses amis, arriva enfin à son hôtel. Il monta dans sa chambre où Maric, de plus en plus férue d’amour, l’accompagna.