Nouvel aiguillage
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Huit jours après, Charlie était encore à Dinard. Il menait une existence paisible et monotone. Elsa Brünner, cette grande voyageuse, avait l’âme très sédentaire.
Ombraux se levait à onze heures et retrouvait son amie au restaurant de l’hôtel, où les rejoignait également Catalin, presque toujours couché dès l’aurore.
Une bonne intimité s’était établie entre ces trois personnages qui comprenaient qu’il était inutile de s’adresser la parole et pensaient chacun de son côté à quelque chose, ou à rien.
Un pèlerinage, au thé du Golf, vers cinq heures, ne faisait que changer le cadre de leurs rêveries séparées.
Ils dînaient au casino. A dix heures, Catalin les quittait pour rejoindre Amédée. Charlie conduisait Elsa Brünner à l’hôtel et revenait au cercle. Il se promenait pendant des heures entre les tables et ne jouait pas. Il n’avait pas besoin d’argent. Le jeu l’eût intéressé s’il avait su pouvoir y conquérir une fortune, mais sa foi n’était plus assez vivace pour l’y engager.
Un matin, il trouva dans son courrier la lettre qui va suivre.
Il avait reconnu sur l’enveloppe l’écriture de Maric, une écriture pointue, haute, assez bien fabriquée, ma foi ! L’orthographe n’était pas encore au même point. La ponctuation aussi était insuffisante, mais, même dans des classes sociales plus élevées, les dames méprisent d’ordinaire les virgules et la plupart des points. Enfin, le texte s’ornait brusquement, à certains endroits, de majuscules imprévues.
« Mon Cher Charles,
« Je pense bien qe tu n’a rien changer à ta vie à la suite de la conversation qe nous avons eu tout les deux je te connais et sait qe tu n’aime pas les exsplicasions ce n’ait pas qe tu soit faible mais tu est paresseux et pour qe tu te déside à faire les choses il faut qe tu soit Pousé par la nésésité autrement pourvu qe tu est ton bien-aître tu n’en demande pas davantage.
« Ce n’est pas pour te repetter les memes choses qe je t’écrit aujourd’hui mais parce qe j’ait l’ocasion de faire ton bonheur et ta fortune cela mérite bien qelqes minuttes d’atension.
« Je suis maintenant avec le docteur dont tu a fait la connaissance l’autre jour cet un homme estrement riche et qe je peut dire q’il a pour moi beaucoup d’estime et q’il me considaire je veux t’en donné la preuve cet qil ma invité avec sa jeune fille dans sa propre maison de campagne où il habite avec son enfant depuis qe sa définte femme est désédée.
« Il n’eserce plus Comme médecin mais il a une usine de remède qe son père a monté contre les maladies des moutons et des chèvres il parait qil est seul à fabriqer se produit, et qil en vent des qantités à des campagniards de tous les Coins de France et autre pays.
« Ce docteur m’a poser à ton sujet un grand nombre de qestions me demandant se qe s’était qe ta famille si s’étais des personne honorable et si tu est un garçon sérieus tu pense bien qe je n’est pas di du mal de toi bref et pour me Ressumée j’ai dans l’idée qil te la donerais en mariage.
« Dans la conversation il m’a dis qe s’il liquidais son affaire il lui resterais plus de trente million et peut etre davantage. Alors voisi se qe j’ai convenu et j’espère qe tu ne va pas me dementir se docteur me charge de tinvité chez lu dans sa propriété considairable qil a près d’Alenson.
« Il faudrait pour bien faire qe tu vienne dans les deux jour tu n’aura pas, a Laissé tombé ta chanteuse pour le moment dit lui seulement qe tu vas retrouver des camarades tu prendrait le train demain et l’on te cherchera en voiture à la gare d’Alenson à trois heure je serais dans la voiture et l’on nous conduiras au chateau ou tu resterat le temps qe tu voudrat.
« Envoi-moi une dépeche poste restante a Alenson.
« Je te fais mes amitiés.
« Maric.
« Inutile d’amené Catalin cet un maladroit qi ne te profiteras pas. »
En recevant cette lettre, Charlie commença par sourire. Il lui semblait peu vraisemblable qu’il pût épouser une riche héritière par l’intermédiaire de Maric et il ne pensait pas que la recommandation de cette jeune femme fût d’une autorité assez décisive pour lui ouvrir les portes d’une famille d’archimillionnaires.
A la réflexion, il se dit qu’il avait connu d’autres choses surprenantes dans sa vie et qu’il ne risquait rien d’aller voir de quoi il s’agissait. La raison déterminante fut surtout le désir de s’éloigner pendant quelque temps de l’entourage d’Elsa Brünner où il s’apercevait qu’il ne s’amusait pas, depuis que Maric le lui avait fait remarquer.