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Œuvres complètes de lord Byron, Tome 05

THOMAS MOORE, ESQ.

Paulin Paris translation

Mon Cher Moore,

Je vous dédie la dernière production que j'imposerai pendant quelques années, à la patience du public et à votre indulgence; et j'avoue que je me trouve heureux de pouvoir profiter de cette opportunité, qui est peut-être la dernière, pour orner mon poème d'un nom consacré par des principes politiques inébranlables, et par les talens les plus incontestables et les plus variés. Tandis que l'Irlande vous range parmi les plus fermes de ses patriotes, tandis que vous restez, dans son estime, le premier de ses poètes, et que la Grande-Bretagne répète et ratifie ce jugement, permettez à celui dont le seul regret, depuis notre première liaison, est dans les années qu'il a perdues avant cette liaison; permettez-lui d'ajouter l'humble, mais sincère suffrage de son amitié, à la voix unanime de plusieurs nations. Il vous prouvera du moins que je n'ai jamais oublié les avantages que j'ai retirés de votre société, ni abandonné l'espoir d'en jouir encore, quand vos goûts et vos loisirs vous permettront de faire oublier à vos amis votre trop longue absence. On dit parmi ces amis, et j'aime à le croire, que vous êtes engagé dans la composition d'un poème dont la scène sera placée en Orient; personne ne peut rendre avec autant de vérité que vous de pareilles scènes. Les souffrances de votre propre contrée (l'Irlande), le caractère noble et fier de ses enfans, la beauté et la sensibilité de ses filles pourront s'y retrouver; et Collins, quand il donnait à ses églogues orientales le surnom d'irlandaises, ne se doutait pas combien était juste une partie au moins de son parallèle. Votre imagination créera un soleil plus ardent et un ciel moins nuageux; mais la fierté, la tendresse et l'originalité font partie de vos titres nationaux à une origine orientale, à laquelle vous avez déjà prouvé vos droits plus clairement que les plus zélés antiquaires de votre nation.

Me permettrez-vous d'ajouter quelques mots sur un sujet pour lequel on suppose que tout le monde a un penchant assez vif, mais qui ne plaît nullement aux autres?--soi-même. J'ai écrit beaucoup, j'ai publié même plus qu'il ne faudrait pour autoriser un silence plus long que celui que je médite actuellement; mais, pour quelques années au moins, c'est mon intention de ne pas provoquer le jugement des Dieux, des hommes et des colonnes. Dans la composition actuelle, j'ai essayé un rhythme qui n'est pas le plus difficile, mais qui est peut-être la mesure la mieux appropriée à notre langue: c'est la bonne vieille et héroïque strophe, maintenant négligée. La stance de Spencer est peut-être trop lente et trop pompeuse pour une narration; cependant, je l'avoue, c'est la mesure que je préfère de beaucoup. Scott seul, de notre tems, a jusqu'ici complètement triomphé de la fatale facilité du vers de huit syllabes; et ce n'est pas le moindre triomphe de ce génie fertile et puissant. Dans les vers blancs, Milton, Thompson et nos poètes dramatiques sont les signaux qui brillent dans les ténèbres, mais qui nous avertissent d'éviter les rochers rudes et stériles sur lesquels ils sont allumés. Le couplet héroïque n'est pas certainement la mesure la plus populaire; mais comme je n'en ai pas cherché une autre par le désir de flatter ce que l'on nomme l'opinion publique, je bornerai ici mon apologie, et courrai encore une fois la chance avec un rhythme dans lequel je n'ai encore écrit que des compositions dont la publicité qu'elles ont reçue est une partie de mes regrets actuels comme elle le sera de mes regrets futurs.

Pour ce qui concerne mon histoire, et toutes mes histoires en général, je me croirai heureux si j'ai rendu mes personnages plus parfaits et plus aimables, s'il est possible; d'autant plus que j'ai été quelquefois critiqué et considéré comme non moins responsable de leurs actions et de leurs défauts que si ces actions et ces défauts m'étaient personnels. Soit.--Si j'ai été entraîné à la triste vanité de peindre d'après soi-même, les portraits sont probablement ressemblans, puisqu'ils sont si défavorables; ou sinon, ceux qui me connaissent ne s'y trompent point, et ceux qui ne me connaissent pas, j'ai peu d'intérêt à les détromper. Je n'ai pas le désir spécial que personne, excepté mes amis, croie l'auteur meilleur que les personnages créés par son imagination; mais je ne puis me soustraire à une légère surprise, et peut-être à une certaine gaîté, sur quelques singulières et critiques exceptions dans l'exemple actuel, en voyant plusieurs bardes (bien supérieurs, je l'avoue) dans une condition vraiment estimable, et tout-à-fait exempts de toute participation aux défauts de ces héros, qui, néanmoins, n'ont guère plus de moralité que le Giaour, et peut-être--mais non:--je dois admettre que Childe-Harold est un personnage tout-à-fait odieux; et, quant à son identité, ceux qui aiment à la reconnaître peuvent lui donner tel type qu'il leur plaira.

Si cependant il valait la peine de détruire cette impression, il serait important pour moi que l'homme qui fait les délices de ses lecteurs et de ses amis, le poète de tous les cercles et l'idole du sien, me permît en cette occasion et toujours de me souscrire,

Son très-dévoué, très-affectionné

Et obéissant serviteur,

BYRON.

2 janvier 1814.

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