CANZONE ✧ LA FLEUR D’OUBLI
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IL faut fuir la fleur d’oubli, il ne faut pas se laisser prendre à son parfum décevant.

Elle est belle et souriante, elle vous regarde avec des yeux doux; elle semble vous appeler et vous dire: «Viens, je suis ton ami, je te consolerai.»
Connaissez-vous Ulric le chasseur? Il a cueilli la fleur d’oubli.
D’abord, un calme profond a succédé à ses tourments; il a pu regarder sans trouble celle qui le faisait tant souffrir.
Ulric s’est lassé de son indifférence, et il a voulu aimer encore; mais il avait cueilli la fleur d’oubli.
On n’aime plus jamais quand on a oublié une fois.
Ulric erre dans les bois; il se promène dans la plaine, il gravit la montagne, il demande à l’oiseau du bocage, à la fleur du sillon, à la source de la montagne, pourquoi lui seul ne peut plus aimer. L’oiseau, la fleur, la source lui répondent: «Tu as cueilli la fleur d’oubli.»
Le chasseur regrette le temps où il était malheureux: du moins, alors, il sentait battre son cœur.
—Ah! s’écrie-t-il, il est donc des maux dont on ne guérit que pour souffrir davantage!
Il faut fuir la fleur d’oubli; il ne faut pas se laisser prendre à son parfum décevant.
—Dis-moi, mon doux ami, dis-moi son nom, afin que je puisse la reconnaître.
On lui a donné le nom de lunaire; mais les hommes ne savent pas son nom véritable, elle n’en a pas pour eux, elle s’appelle la fleur d’oubli.
—Où donc croît-elle? Dans les blés jaunis par l’été, dans les fentes de la vieille tourelle, au milieu des grands prés, sous les tonnelles, ou bien tout là-bas, là-bas, au mystérieux pays des Génies?
—Non pas, non pas, ô jeune belle! Au fond du cœur se cache le germe qui contient la fleur éternelle, la fleur d’oubli.




