ALTRA CANZONE ✧ LA FLEUR DU SOUVENIR
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DE sa chevelure tomba une fleur; lui voulut la ramasser, mais elle l’arrêta.

—Laisse, lui dit-elle, laisse la fleur que le vent emporte, et prends celle-ci.
En me tirant de son sein, elle me mit dans la main de son ami.
—Fleur délicate et chérie, dit-il à son tour en me souriant, je veux te garder sans cesse, fleur aimée, fleur du souvenir!
Il m’emporta chez lui, il me mit dans un vase de pur cristal; il me regardait sans cesse, et en me regardant, c’était elle qu’il voyait.
—Fleur de ma bien-aimée, disait-il souvent, que ton parfum est doux, comme il enivre le cœur!
Elle t’a touchée, elle a laissé glisser sur toi son haleine; je te reconnaîtrais entre mille.
Cependant mes couleurs se flétrissaient, ma tige s’inclinait languissante, il me prit un jour d’un air triste.
—Pauvre fleur, me dit-il, tu vas mourir, je le vois; viens, je veux te faire une tombe dans un lieu secret et privilégié, c’est comme si je t’ensevelissais à côté de mon âme.
Il me glissa parmi les lettres de sa bien-aimée.
J’étais bien pour reposer dans cette atmosphère suave. Souvent il visitait ma tombe, et, fantôme reconnaissant, je retrouvais mes anciens parfums, je lui apparaissais dans tout l’éclat de ma jeunesse, et son amour lui semblait plus jeune aussi.
Peu à peu je l’ai vu moins souvent.
L’autre jour, il est venu, il a pris les lettres sans les lire, et les a brûlées.
Il m’a vue et m’a longtemps regardée:—Pourquoi es-tu là? semblait-il me demander.
Il m’a saisie, et s’approchant de sa fenêtre, je sentis que je glissais entre ses doigts distraits.
L’ingrat ne me reconnaissait plus, moi, la fleur tirée du sein de sa bien-aimée, la fleur du souvenir!
Le vent a dispersé dans le vide mes pauvres feuilles desséchées.




