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La région du Tchad et du Ouadaï; études ethnographiques, dialecte Toubou, Tome 2 (de 2)

LES ARABES

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LA POPULATION ARABE

Les Arabes ont exercé une influence considérable dans l’Afrique centrale par la diffusion de leur religion, de leurs mœurs et de leur langue. Il faut dire d’ailleurs qu’ils sont très nombreux et que, vivant au milieu des autres indigènes, ils se sont parfois mélangés à ceux-ci : citons, parmi les fractions issues d’un mélange d’Arabes et de nègres, les Toundjour, les Boulala et surtout la tribu si importante des Salamat.

Au début, les Arabes, nouveaux venus en Afrique, n’étaient pas en état de réduire par la force les groupements fétichistes qu’ils trouvaient devant eux. Ils paraissent avoir employé partout le même mode de pénétration pacifique, pour asseoir progressivement leur influence chez les populations nègres. Par la suite, les demi-Arabes et les nègres arabisés que furent leurs descendants, créèrent les divers royaumes de l’Afrique Centrale.

Nous avons montré que la tradition attribuait à des Arabes la fondation de l’antique royaume du Kanem. De même, le royaume du Ouadaï fut, plus tard, organisé par la population arabe des Toundjour. Ceux-ci furent remplacés par une nouvelle dynastie arabe, celle de ʿAbd el Kerim ben Djamé, dont le sultan Acyl et son ennemi Doud-Mourra sont deux descendants. Au Darfour, où ils régnaient également, les Toundjour se virent enlever le pouvoir par des princes métissés de sang arabe.

La langue arabe est très répandue dans tout le pays[1]. Elle est généralement connue des Nouba[2] et parfois aussi des Kirdi.

La force des armes ou simplement la force des choses ont donc changé complètement la physionomie de toute cette partie de l’Afrique, qui est actuellement une région arabisée. Certaines populations, réfugiées dans les îles du Tchad (Boudouma, Kouri)[3] ou dans les montagnes du Sud (Melfi, Bédanga, Boullong, Guéra, Abou Telfan, etc.), ont gardé longtemps — ou même gardent encore — les mœurs et les pratiques du fétichisme. Mais, du moment que notre occupation a fait cesser les luttes intestines qui désolaient ce pays et que, n’ayant plus à craindre d’être réduits en esclavage, les fétichistes peuvent entrer en relations avec les populations musulmanes avoisinantes, il est évident que les progrès de la religion de Moḥammed et de la langue arabe seront beaucoup plus rapides que par le passé[4].

Cette extension de l’islamisme n’est d’ailleurs pas due aux exhortations de prêtres fanatiques et à une propagande intense. Tous les indigènes musulmans ne pratiquent pas leur religion avec une ferveur exemplaire et beaucoup d’entre eux transgressent même les règles de vie les plus élémentaires établies par le Qoran, notamment en ce qui concerne la prohibition des boissons fermentées. Mais le fait d’avoir embrassé l’islamisme confère une sorte de noblesse et donne le droit de parler avec le plus profond mépris des Kirdi, c’est-à-dire de tous ceux qui ne sont pas musulmans, qu’ils soient fétichistes ou chrétiens[5]. Ajoutons, d’ailleurs, que les progrès de cette religion s’expliquent par sa supériorité sur les pratiques fétichistes, parce qu’elle est à même de donner une certaine culture, et celui qui sait lire et écrire est très considéré des indigènes, et enfin parce que sa simplicité lui permet de s’adapter merveilleusement à ce milieu de nègres au cerveau primitif.

Les Arabes sont nombreux dans toute cette partie de l’Afrique : ils habitent le Bornou anglais, le Bornou allemand, le Territoire du Tchad, le Ouadaï et le Darfour. Ils peuvent être divisés en deux groupes, et les tribus de chacun de ces groupes ont entre elles d’étroites relations de parenté.

Au Bornou et dans le Territoire du Tchad, les Arabes sont appelés Choa par les autres indigènes[6] : les Bornouans, les Kanembou et les Kotoko disent Choa ; les Baguirmiens Chiwa et Choua ; les Boulala Sôougué[7].

Ce furent les explorateurs Denham et Clapperton qui signalèrent, pour la première fois, la présence d’une population arabe sédentaire vivant dans la région du lac Tchad, principalement du côté du Sud. « Les Arabes Choua, disaient les explorateurs de 1823, sont une race très extraordinaire. Ils présentent très peu de ressemblance avec les Arabes du Nord. Leur physionomie est belle et ouverte, le nez aquilin, l’œil bien fendu, la peau d’une nuance légèrement cuivrée. Ils sont tout à la fois rusés et courageux. L’arabe qu’ils parlent est presque du pur égyptien. »

Ce nom de Choa n’appartient pas à la langue arabe. Il est donc inutile de chercher à le rapprocher de celui des pasteurs chaouia de l’Algérie orientale ou du Maroc[8].

« La population arabe des Choa, dit Barth, est venue exclusivement de l’Orient, à une époque relativement récente ; des documents historiques font remonter à un peu plus de deux siècles et demi sa présence dans le Bornou, ou tout au moins dans le Kanem[9]. »

D’Escayrac de Lauture, dans son Mémoire sur le Soudan oriental, partage tout à fait ce sentiment. Il n’hésite même pas à considérer ces Arabes comme les représentants des anciens Qoréïchites, émigrés de l’Arabie vers la dixième année de l’hégire (631 de l’ère chrétienne). « On sait, dit-il, que les Koreychites persécutèrent les premiers musulmans et que ceux-ci se réfugièrent auprès du roi d’Abyssinie : ils regagnèrent plus tard l’Arabie, mais le fait de leur émigration en Afrique montre qu’à cette époque les Arabes du Hedjaz savaient chercher un refuge de l’autre côté du golfe, et n’avaient pas besoin pour pénétrer dans le Soudan de passer par l’isthme de Suez. Les Koreychites, toujours ennemis du Prophète, le menacèrent bientôt de plus près : Moḥammed fut contraint de se réfugier à Médine (alors Yatreb). Médine s’arma pour l’islam : la Mecque se prépara moins à défendre ses idoles qu’à repousser un dieu qui la gênait et un prophète qu’elle détestait. La Mecque fut vaincue et ses idoles renversées : son chef, Abou Sofian, acheta la vie et la conservation d’une partie de sa grandeur au prix d’un simulacre de conversion : les Koreychites durent imiter leur chef ou quitter leur patrie : abandonner la tradition ou les toits de leurs ancêtres. La tradition avait pour elle des siècles sans nombre et la vie nomade avait été longtemps celle de la plupart d’entre eux : peu attachés au sol, ne connaissant d’autre patrie que la tribu, beaucoup de Koreychites se décidèrent à émigrer, emportant avec eux l’esprit indépendant de la vieille Arabie, ne laissant derrière eux qu’une ville transformée en couvent, un temple profané, des idoles redevenues poussière.

« L’Arabie ne leur offrait point un refuge assez sûr : si les murs de la Mecque n’avaient pu les défendre, ceux de Tayef ne pouvaient les mettre à l’abri des poursuites du Prophète qui déjà couvrait la campagne de corps de cavalerie ; chargés de la mission pacifique, dit Abou-el-Féda, de recueillir des conversions : ce qu’il fallait d’ailleurs aux émigrés, ce n’était point l’hospitalité précaire d’un autre peuple, mais des terres vacantes, des pâturages sans maître et de vastes espaces où leur vue pût s’étendre sans rencontrer d’autres hommes.

« L’Afrique leur offrait tout cela, car physiquement l’Afrique n’est qu’une grande Arabie : ils passèrent la mer Rouge et pénétrèrent dans le Soudan.

« Étaient-ils nombreux ? Je l’ignore : l’histoire écrite n’en fait pas mention : traitée par des néophytes du nouveau culte, elle s’est bornée à enregistrer des conversions, passant prudemment sous silence la protestation acharnée de ceux dont l’assentiment était le plus nécessaire. Abou-el-Féda rapporte quelques propos tenus par les Koreychites contre le Prophète et son culte, mais il ne dit pas ce que devint le grand nombre de ceux qui ne se convertirent point, où se réfugièrent ceux que Khaled eut à combattre en entrant dans la ville.

« On sait que les Koreychites constituèrent jadis une puissante nation ; ils ne forment plus aujourd’hui dans le Hedjaz qu’une petite tribu, dont Burckhardt évaluait les forces à 300 fusils. On peut admettre du reste que le nombre des émigrés ne fut pas considérable, car, dans une grande partie du Soudan occidental, les Arabes paraissent s’être glissés par familles, dont le temps seul a pu faire des tribus considérables. J’ajouterai que les migrations sont un accident si fréquent dans la vie des peuples arabes, que leurs historiens peuvent souvent n’y pas faire attention et les passer sous silence.

« Quoi qu’il en soit, la grande voix de la tradition des Arabes soudaniens perce le silence de l’histoire écrite par leurs ennemis : presque tous les Arabes du Soudan se disent Koreychites et sont reconnus pour tels : leur langue altérée un peu par le temps, accrue de quelques mots empruntés aux vocabulaires des nègres, est cependant encore la langue du Hedjaz plus harmonieuse, plus concise, plus énergique, plus grammaticale et plus arabe que les jargons parlés en Égypte et dans le Gharb[10]. »

Vivien de Saint-Martin partage l’opinion de d’Escayrac de Lauture. « Que devint, dit-il, cette population émigrée des Koréïchites ? L’histoire ne le dit pas, et c’est la tradition des tribus africaines qui répond, si elle est fidèle, à cette question que l’on s’est posée. Fidèle, tout indique qu’elle l’est en effet. A quelle autre branche de la famille arabe les Choua pourraient-ils se rattacher ? Ce n’est pas aux tribus établies sur le Nil ou en Nubie depuis les temps anciens, à celles que mentionnent les auteurs grecs et latins ; car si elles ont conservé l’idiome natal, c’est avec de profondes altérations, qu’explique assez leur long contact avec les populations natives de l’Éthiopie. On ne saurait songer non plus aux expéditions musulmanes sous les Khalifes, car aucune ne fut dirigée vers ces parties intérieures du Soudan oriental, où le culte de Mahomet n’a pénétré qu’à des époques relativement très récentes. Il ne reste donc, à ce qu’il semble, que l’émigration koréïchite, qui seule peut rendre raison et de la route suivie par la colonie arabe du Bornou et de la pureté avec laquelle les Choua conservent la langue koréïchite du Hedjaz[11]. »

Nous avons déjà vu que ce nom de Choa était celui que certaines populations donnaient aux Arabes. Ce nom ne prouve rien d’ailleurs, car une même peuplade peut être appelée de façons différentes par ses différents voisins : les habitants du Kanem, qui se donnent le nom de Ianembô, sont appelés Aoussâ par les Toubou et Hamedj par les Arabes ; de même, les Toundjour sont appelés Kourâda par les Toubou, et les Ouadaïens portent les noms variés de Wadaï, Borgou, Koursada et Kouga. Si l’on ne peut pas toujours s’expliquer les noms de population employés par les indigènes, ces derniers sont parfois aussi embarrassés que l’Européen. D’autre part, les Choa ne sont pas groupés dans une région bien déterminée, et c’est une erreur de croire que leur nom servit à désigner une population arabe tout à fait particulière, habitant le Bornou, le Baguirmi et le Kanem.

En réalité, les Arabes de l’Afrique Centrale sont diversement nommés par les indigènes des contrées où ils résident : Choa, Aroua, Aramka et Solong[12]. Les rivalités, les migrations ont amené assez souvent le morcellement des tribus, dont on retrouve les fractions aux quatre coins du pays. C’est ainsi qu’il y a des Khouzam[13] au Bornou, au Baguirmi, au Ouadaï et au Darfour. Il est donc inexact de dire, en parlant des Choa de la région du lac, que « ces Arabes ne se sont jamais confondus avec les tribus voisines du Ouadaï et du Darfour ». Il y a des Choa nomades, il y en a de sédentaires ; mais cette division en nomades et sédentaires ne répond à aucune particularité ethnique : les circonstances seules ont amené certaines tribus à se fixer dans les régions humides du Sud, où elles ont été forcées de renoncer à la vie errante de leurs ancêtres.

Certains Arabes du Bornou et du Territoire du Tchad sont apparentés à ceux du Ouadaï et du Darfour. Tous les Arabes de l’Afrique Centrale sont d’ailleurs absolument distincts des tribus arabes, ou d’origine arabe, telles que les Oulâd Slimân, les Toundjour, les Dialiin, etc., qui ne se rattachent pas aux deux groupes dont nous avons parlé. Nous donnerons parfois aux Arabes le nom de Choa, terme impropre du reste, parce que localisé. Voyons maintenant quelles sont leurs principales divisions.

« Que les Choa soient venus de l’Orient, écrit Vivien de Saint-Martin, c’est ce qui ne saurait être l’objet d’un doute. » Cela n’est pourtant vrai qu’en partie : les Choa forment deux groupes bien distincts, l’un venu du Nord, l’autre venu de l’Est. Les tribus du premier et certaines tribus du second se sont rencontrées dans la région du Tchad et, depuis lors, ont vécu côte à côte sur les bords du Chari et surtout au Bornou.

Le groupe du Nord aurait suivi la côte depuis l’Égypte jusqu’à la Tripolitaine, en marchant vers l’Ouest par conséquent : d’où le nom de Ḥassan el Gharbi[14] donné à son chef, et serait ensuite venu s’installer dans les pays du Tchad. C’est le groupe des Hassaouna. L’autre groupe serait venu de l’Est par le Kordofan et le Darfour. Les différentes tribus de ce groupe se réclament de ʿAbdoullahi el Djoheïni, qui semble être l’ancêtre commun. Mais ces tribus sont tellement dispersées depuis le Bornou jusqu’au Darfour que le nom de Djoheïna, donné à l’ensemble des Arabes qui constituent ce groupe, est assez rarement employé. Les Ḥassaouna, au contraire, ne se trouvent qu’au Bornou et à l’est du lac, depuis Fort-Lamy jusqu’au Kanem.

Ces Arabes sont-ils d’origine qoréïchite ?...

Les arguments que l’on a fait valoir, à l’appui de cette thèse, peuvent, en somme, se réduire à ceci : les Choa sont d’origine qoréïchite parce que la tradition le dit, parce qu’ils sont venus de l’Est, parce qu’ils ont conservé assez pure la langue du Hedjâz et enfin parce les Qoréïchites, après leur départ d’Arabie, doivent s’être réfugiés au Soudan.

Est-il bien sûr, tout d’abord, que « la plupart des Arabes du Soudan se disent Qoreychites » ? Nachtigal n’en parle pas et, pour notre part, nous ne l’avons jamais entendu dire. Les renseignements que les Arabes donnent sur leurs origines sont d’ailleurs assez vagues. On peut en déduire toutefois ce que nous avons déjà rapporté, au sujet de leur division en deux groupes. Quant aux généalogies, nous ne savons trop quelle confiance il faut leur accorder. Elles sont utiles, parce qu’elles permettent de grouper les tribus d’une manière rationnelle, mais elles paraissent quelque peu fantaisistes en faisant remonter ces tribus aux proches parents du Prophète : les Ḥassaouna se réclament de ʿAli el Kerrar, cousin et gendre de Moḥammed, et les Arabes venus de l’Est font remonter leur généalogie à ʿAbd el Moṭṭaleb, grand-père et tuteur de Moḥammed[15].

Nous avons déjà dit ce qu’il fallait penser de l’unique direction d’arrivée des Choa dans la région du Tchad.

L’argument relatif à la pureté de la langue semblerait plus sérieux. Notre étude pratique d’arabe centre-africain traite du dialecte généralement employé dans les pays, aussi bien par les Arabes que par les populations voisines. Mais les Arabes, surtout les nomades du nord du Ouadaï (Oulâd Râchid et Maḥâmid), parlent une langue plus pure. Nachtigal remarque que les Choa du Bornou « ont presque conservé dans son antique pureté la langue de la péninsule arabe »[16] et que « la prononciation et les expressions rapprochent leur dialecte de l’arabe que parlaient autrefois les Bédouins de l’Arabie »[17]. M. Gaudefroy-Demombynes dit également que le vocabulaire arabe du Tchad « a un caractère bédouin et oriental très net ». Enfin, M. René Basset nous signale qu’il y avait plusieurs dialectes bédouins dans l’ancienne Arabie et que Nachtigal aurait été bien en peine d’établir leur différence.

Le dernier argument n’a que peu de valeur par lui-même.

M. René Basset n’attache aucune valeur à l’opinion de d’Escayrac de Lauture sur les Arabes du Soudan. Il relève d’ailleurs quelques inexactitudes dans le passage que nous avons cité : contrairement à ce que croit d’Escayrac de Lauture, les historiens arabes nous ont conservé le souvenir des luttes entre Arabes musulmans et Arabes païens, du reste, il y a eu des historiens arabes chrétiens, sans parler des historiens syriaques ou grecs chrétiens, contemporains ou postérieurs ; Abou ’l Féda dit que les Qoréïchites se convertirent à l’islamisme et n’émigrèrent point, M. René Basset fait remarquer à ce sujet qu’Abou ’l Féda n’est que l’abréviateur d’Ibn el Athir, qui a abrégé Tabari ; les Qoréïchites formaient la caste dominante à la Mekke, et ne constituaient pas du tout une puissante nation ; enfin le dialecte du Tchad n’est pas la pure langue du Hedjâz.

Pour conclure, le savant doyen de la Faculté des Lettres d’Alger dit formellement qu’il n’y a pas eu, en 634, d’émigration de Qoréïchites de la Mekke en Afrique. Il constate que d’Escayrac de Lauture affirme sans aucune preuve l’émigration en question, et il ajoute que cet auteur eût été d’ailleurs bien embarrassé de citer un texte arabe à l’appui de sa thèse. Selon M. René Basset, les pages que nous avons citées sont un roman sans aucune base autre que l’imagination de d’Escayrac de Lauture. Il dit également, au sujet de l’opinion de Vivien de Saint-Martin, que celui-ci manque totalement de critique historique. « Remarquez, dit-il, l’absurdité du raisonnement de ces deux auteurs : les Qoréïchites émigrent pour fuir la nouvelle religion (l’islam) et ce sont eux qui la propagent en Afrique ! Quand l’ont-ils embrassée ? »

Les Arabes ont poussé assez avant vers le Sud et on les trouve dans des régions telles que le Baḥr Salamat, le Baguirmi et le Mandara. Mais, pour vivre dans ces pays, inondés pendant l’hivernage et infestés par les moustiques et les grosses mouches, ils ont dû renoncer à la vie nomade et se mélanger aux diverses populations noires. Les Salamat, qui forment la transition entre les Arabes restés assez purs et les autres indigènes, constituent la tribu la plus méridionale.

Dans les différentes tribus arabes, la pureté de la race, le genre de vie et les mœurs dépendent de la position qu’elles occupent sur la carte. Les Arabes des régions sablonneuses du Nord sont abbala[18] et par conséquent nomades. Ils se sont conservés assez purs et, si les mœurs de certains d’entre eux, — des Maḥâmid, par exemple — ont subi quelques modifications par suite du voisinage des Ouadaïens, ces Arabes n’en restent pas moins fidèles, dans l’ensemble, à beaucoup de traditions de leurs ancêtres.

Prenons, au contraire, les Salamat et les Hémat du Sud, qui vivent au milieu de populations non arabes, et souvent à côté de fétichistes. Le teint est alors très foncé, presque aussi noir parfois que celui de la population avoisinante. Notons cependant que, quelle que soit la proportion de sang noir qui se trouve chez ces Arabes, il n’en existe pas moins, dans la physionomie aussi bien que dans la couleur, une réelle différence entre eux et les autres indigènes : on la saisit facilement avec un peu d’habitude. Ces Arabes du Sud sont généralement pasteurs, mais sédentaires. Tandis que les tribus du Nord ont de nombreux moutons et presque pas de vaches, les autres Arabes, par contre, possèdent de beaux troupeaux de bœufs mais presque pas de moutons[19]. Le climat humide des régions qu’ils habitent force ces derniers à prendre certaines précautions pendant l’hivernage : ils font de la fumée dans les cases où ils mettent leurs animaux, afin de protéger ceux-ci des mouches venimeuses ; les troupeaux ne quittent le village que vers neuf heures du matin, c’est-à-dire quand le soleil a asséché l’herbe de la brousse, et cela afin d’éviter que l’humidité ne fasse pourrir les pieds des moutons ; les animaux rentrent dans les cases au plus fort de la chaleur et n’en ressortent que dans l’après-midi.

Les mœurs des Arabes du Sud se ressentent du voisinage des fétichistes. Aussi leurs frères du Nord parlent-ils d’eux avec le plus profond mépris : « Houma ʿArab haouanin, ma ḥourrin mislna ; houma misl el Kirdi[20], ce sont de mauvais Arabes ; ils ne sont pas de pure race comme nous ; ils sont semblables aux fétichistes ».

Les Arabes nomades ont généralement le teint clair. Ils ont vécu dans un isolement relatif, par suite de leur existence errante, mais les alliances avec des concubines étrangères ont cependant altéré la pureté primitive de la race. Ils sont exclusivement pasteurs. Ils se nourrissent du lait de leurs chamelles, de leurs vaches ou de leurs brebis, de quelques fruits sauvages (doum, hadjlidj, nabaq, etc.) et du mil acheté aux populations sédentaires. Ils sont maigres, agiles et très résistants aux fatigues et aux privations.

Leurs cases, facilement démontables, sont formées par des baguettes placées verticalement sur les quatre côtés d’un rectangle et réunies, à une certaine hauteur, par une baguette horizontale : une ouverture est ménagée, qui doit servir de porte. Les baguettes horizontales des deux grands côtés du rectangle sont ensuite réunies par d’autres baguettes recourbées, formant une sorte de dôme. Il ne reste plus alors qu’à recouvrir le tout avec des nattes d’hyphène. L’intérieur peut être tapissé de peaux de moutons, et un lit est vite installé, au moyen de quatre petites fourches et d’un cadre en bois. Lorsqu’il y a une alerte, en un clin d’œil les cases sont pliées et chargées sur les chameaux. Quant aux troupeaux, ils sont parqués dans des zéribas (clôtures d’épines rapportées).

Ces installations primitives ne conviennent que dans les pays sablonneux et secs, dans le Baḥr el Ghazal ou au nord du Ouadaï. Quand des Arabes ont voulu mener la vie nomade dans des régions humides, la maladie et les épizooties les ont bien vite forcés à se construire des villages. Ainsi les Dagana, après avoir été chassés du Baḥr el Ghazal par les Kreda, nomadisèrent quelque temps au Fitri et au Médogo. Mais la tribu fut éprouvée par la fièvre, une épidémie bovine décima les troupeaux, et ces Arabes, presque complètement ruinés, revinrent s’installer comme sédentaires sur les bords du Séré[21]. Un fait analogue s’est produit, plus récemment, pour deux fractions Beni-Ouaïl, qui avaient voulu mener la vie nomade dans le Dagana.

Les nomades sont très sujets au paludisme. Les sédentaires, même teintés, n’en sont point exempts, d’ailleurs. Mais ceux-ci supportent beaucoup mieux l’humidité des régions du Sud. Leurs alliances avec les populations voisines et la vie qu’ils mènent leur ont donné des formes plus pleines et plus robustes que celles des nomades. On voit quelquefois, parmi eux, de grands diables de noirs, solides et bien plantés, qui n’ont d’arabe que le nom.

Les plus purs d’entre les Arabes jugent indignes d’eux de travailler la terre et, s’ils ont des villages, abandonnent ce soin à leurs captifs. Ce préjugé s’affaiblit avec la pureté de la race et l’on peut voir certains Salamat du Baguirmi, par exemple, faire la récolte et battre le grain, tout comme des Abou Semin ou des Kanembou. Notre occupation a pour résultat d’amener la disparition progressive de l’esclavage. Les entraves que nous apportons au commerce des captifs ne réjouissent guère les Arabes, lesquels ne comprennent pas et l’avouent d’ailleurs ingénument : « Qui donc travaillera la terre et fera venir le mil quand nous n’aurons plus de captifs ? »

Nous avons déjà dit, d’une façon générale, que la langue arabe du Tchad s’était conservée assez pure. Quelques mots ont cependant été empruntés aux langues des nègres :

ngrinti, du kanembou ngouroutou, hippopotame ;

mérem, du kanouri mérem, princesse ;

korrorat, du toubou korroro, cris, etc.

Il est possible de distinguer certaines différences dans les vocabulaires employés par les diverses tribus. Ainsi, quand on a vécu quelque temps avec les Ḥassaouna, on remarque que leur dialecte diffère quelque peu de celui employé par les Arabes de l’Est. De même, les Toundjour emploient certains mots qui leur sont particuliers ; et, si on ne comprend pas, ils s’empressent de dire : da kelamna[22] ; nous autres, Toundjour, nous parlons ainsi. Enfin, les anciens rabḥistes, que les indigènes du pays désignent sous le nom de Tourk, emploient parfois des mots et des expressions du Darfour. Détail à noter : le verbe kan, être, qui joue un rôle si important en arabe régulier et qu’on retrouve dans tous les autres dialectes, n’est pas employé dans la langue du Tchad.

« Nous nous représentons tous les Arabes d’Afrique, dit d’Escayrac de Lauture, comme des missionnaires armés ; Arabe et musulman sont pour nous des termes synonymes : le Soudan, cependant, renferme peut-être encore des Koreychites idolâtres ; c’est depuis trois, depuis deux, depuis un siècle seulement, pour la plupart, que les autres ont subi l’islam plutôt qu’ils ne l’ont reçu : l’islam les poursuivait à travers toute l’Afrique, ils avaient eu le temps d’oublier l’existence de ce prophète ennemi de leurs aïeux, quand le nom de ce prophète leur fut annoncé : ils ne se hâtèrent pas d’embrasser sa doctrine : les noirs, leurs voisins, plus crédules qu’eux, en furent les premiers néophytes ; plus d’une tribu koreychite se vit imposer l’islam par un prince du Soudan, ou y fut appelé par un apôtre noir[23]. »

Il faut bien se garder de croire à la lettre tout ce qui précède : du reste, la thèse de d’Escayrac de Lauture est a priori fort paradoxale et nous savons déjà que M. René Basset l’a énergiquement combattue. En Afrique Centrale, Arabe et musulman sont également des termes synonymes, et les plus fidèles sectateurs de Moḥammed se rencontrent parmi les Arabes nomades. Il n’existe pas d’Arabes idolâtres, pas plus d’ailleurs que les Choa ne sont désignés sous le nom de Karda[24]. Pour les indigènes, la conversion de ces Arabes à l’islamisme se perd dans la nuit des temps, et la tradition les représente comme ayant toujours été musulmans. En tout cas, ils l’étaient déjà depuis longtemps au XVIIe siècle, lorsque ʿAbd el Kerim ben Djamé fonda le royaume du Ouadaï.

Ce que dit d’Escayrac de Lauture s’appliquerait bien mieux aux Toundjour, que cet auteur range, du reste, parmi les tribus non-qoreychites. Cette tribu, d’origine arabe, est venue au Soudan à une époque très reculée. Certaine tradition lui attribue une origine qoreychite[25]. D’autre part, on pourrait croire que la conversion des Toundjour à l’islâm est relativement récente. La dynastie du roi toundjour Daoud, si elle n’était pas absolument païenne, ne devait pas être indemne de pratiques fétichistes. En tout cas, nous avons entendu dire au Kanem que, lorsque les Toundjour furent chassés du Ouadaï, ils étaient encore kirdi. Notons, de plus, que l’accession tardive des Toundjour à la religion du Prophète semble être confirmée par l’usage qu’ils font de boissons fermentées (merissé, khall) et par ce fait qu’ils ne pratiquent pas l’excision des filles, alors que tous les Choa le font. On voit donc que les Toundjour se sont comportés comme les nombreuses populations noires actuellement musulmanes et qu’ils sont absolument distincts des autres tribus arabes. On pourrait les présenter comme les descendants directs des anciens Qoréïchites. Et cependant on se tromperait fort en le croyant. D’abord, M. René Basset nous fait remarquer que les Qoréïchites n’ont point quitté l’Arabie et qu’il n’y a pas eu de migration arabe païenne ; de plus, la tradition rapporte généralement que les Toundjour descendent des Beni Hilal ; et enfin la tribu en question n’est pas venue de l’Orient, elle est venue de Tunis[26].

Pour expliquer la tiédeur des sentiments religieux des Toundjour et la fâcheuse réputation de kirdi qui leur fut faite autrefois, M. René Basset ajoute ce qui suit : « On peut croire que leur islâm s’était fortement relâché et qu’il y eut ensuite un renouveau. Cela s’est passé dans l’Afrique du Nord aux XIVe, XVIe siècles, et aussi dans l’Ouganda ; de même à Madagascar ».

Les Arabes sont d’assez bons musulmans : ils font les cinq prières quotidiennes, observent le jeûne du Ramadan et pratiquent quelque peu le payement de l’aumône de purification (zakat : aumône légale que tout musulman est tenu de faire). Ceux qui font le pèlerinage de la Mekke sont très rares : ils sont plus nombreux parmi les autres indigènes, surtout chez les Pouls et les Haoussa de l’Ouest. Les meilleurs musulmans se trouvent chez les nomades, où l’on compte quelques fractions maraboutiques (Massarra, Mélékat, etc.). Mais ceux-là même ne sont nullement fanatiques et, tout comme les autres, font parfois passer leur intérêt personnel avant celui de la religion.

Les Arabes du Bornou et du Territoire militaire du Tchad appartiennent à l’ordre religieux des Tidjânia[27]. Cette confrérie, qui prêche la tolérance, est celle qui compte le plus d’affiliés dans toute la région : on ne trouve des Senoussia qu’au Ouadaï et dans les pays du Nord (Borkou, Mourtcha, etc.)[28]. Il faut dire d’ailleurs que beaucoup d’indigènes vivent dans une ignorance complète de toutes ces subtilités religieuses et qu’ils ne connaissent même pas les noms des diverses confréries[29]. Les Arabes ont toutefois conscience de certaines différences doctrinales entre musulmans, et c’est dans leurs tribus que l’on rencontre généralement ceux qui disent : Ana Tidjâni[30]. Ceux-là sont, pour ainsi dire, des musulmans de première classe et ils tiennent à ne pas être compris dans la masse des indigènes plus ou moins bien islamisés. Ils ont droit à plus d’égards que les autres. Nous nous rappellerons toujours le cri du cœur d’un Arabe nomade se précipitant vers Faqih Barka, parce qu’un tirailleur du convoi venait de le frapper avec une lanière : « Ana Tidjâni ! », répétait-il.

Les Arabes sont très sobres et n’usent généralement ni de boissons fermentées ni de tabac. Ceux qui appartiennent aux tribus dégénérées du Sud ne sont que de bien tièdes musulmans, et certains d’entre eux boivent la merissé et chiquent le tabac : il n’est pas rare, au surplus, de voir l’un de ces Arabes prendre une femme fétichiste ou un fétichiste prendre une femme arabe.

D’Escayrac de Lauture a quelque peu exagéré l’incrédulité des Choa. Sans doute, certains d’entre eux font semblant d’observer le jeûne du Ramadan et vont, en réalité, se cacher dans leur case pour absorber de la nourriture ; mais nous remarquerons qu’une certaine pudeur les force cependant à sauvegarder les apparences.

Les principaux caractères de la population arabe, caractères d’autant mieux marqués que la tribu est plus pure, sont les suivants : ils sont intelligents, beaucoup plus que les autres indigènes ; mais ils sont aussi — et ce sont là de bien graves défauts — cupides, faux, cauteleux, menteurs et palabreurs[31]. Ils tiennent beaucoup à leurs troupeaux[32]. Ce sentiment est même quelque peu exagéré chez les nomades : la chose est naturelle, d’ailleurs puisque ceux-ci tirent leurs principales ressources de leurs bêtes laitières[33]. Pour les Arabes surtout, le bétail est le signe tangible de la richesse et représente nos pièces d’or. Aussi n’y touchent-ils pas et ne tuent-ils un bélier ou un taureau que dans des cas exceptionnels. Leur cupidité provoque des vols, des rapines et, par suite, des palabres interminables. Elle les conduit souvent au manque de dignité, et il n’est pas rare de voir un cheïkh influent venir demander un mouton, sous prétexte qu’il a faim.

Les Arabes sont superstitieux et se surchargent volontiers d’une foule de sachets contenant des versets du Qorân ; ils en mettent même au cou de leurs chevaux, pour les préserver de la maladie. Ces sentiments pieux ne les empêchent cependant pas, malgré les précautions prises pour donner au serment toute sa valeur, de mentir quelquefois sur le livre sacré. Assez cauteleux, ils abusent des protestations de dévouement et des marques d’humilité. Il faut reconnaître toutefois que certains chefs arabes ont de l’allure, mais ils exagèrent alors quelque peu la majesté de leurs attitudes. Cette remarque peut s’appliquer, par exemple, aux Dagana, dont Nachtigal avait déjà signalé « l’insupportable fierté ».

Afin de ne pas être obligés de vendre quelques têtes de bétail, les Arabes ne s’habillent pas comme ils pourraient le faire. Leur vêtement est formé d’un assemblage de bandes de coton (gabaz), cousues ensemble, et il peut ou non être teint en bleu (tob et khaleg). On voit souvent, parmi les nomades, des gens extrêmement sales et déguenillés.

Les Choa qui possèdent des armes à feu sont très rares : leurs armes habituelles sont la lance, la sagaie et le couteau, qui se porte attaché au coude au moyen d’une bande de cuir.

Les mœurs et coutumes des Arabes ont été plus ou moins adoptées par les autres indigènes musulmans. L’excision des filles n’est toutefois pratiquée que par les Arabes et les Ouadaïens ; les Toundjour eux-mêmes, quoique d’origine arabe, ne se conforment point à cet usage. Tant qu’ils n’ont pas été circoncis, les enfants des deux sexes ne portent pas de costume et se parent simplement de quelques ceintures et colliers de perles. L’infibulation des jeunes filles se fait vers l’âge de six ans ; elle n’a pas lieu publiquement : elle est pratiquée à l’intérieur de la case par une femme de l’art. Quand la jeune fille sort de la case, pour mieux souligner l’importance de l’opération qui vient d’être accomplie, sa mère balaie le sol devant elle avec un rameau vert. La jeune fille met alors le kamfous (bande de coton gabaga), qui passe entre les cuisses et, retenu par la ceinture de perles, sert à cacher les parties sexuelles. Plus tard, elle revêtira un vêtement de femme (farda).

La circoncision des garçons donne lieu à de grandes réjouissances. Elle se fait publiquement : chaque garçon s’efforce de paraître insensible lorsque le forgeron, armé d’un couteau, pratique l’opération[34]. Un appareil primitif, en paille tressée, est adapté au membre viril, en attendant la cicatrisation. Les jeunes circoncis défilent ensuite, les uns derrière les autres, au milieu de l’allégresse générale. Pendant quelques jours, ils ont le droit de prise et peuvent puiser dans tout ce qui passe à leur portée : dans la pratique, il n’y a guère que les poules du village qui aient à pâtir de cet état de choses.

Tout séducteur d’une jeune fille est tenu de l’épouser ; sinon, il est condamné à une amende. Les filles séduites sont d’ailleurs très mal vues, surtout chez les nomades : l’enfant naturel est appelé dédaigneusement ferekh el boumi, ferekh el haram.

el goult temmètah : j’ai fait ce que je disais :

ferekh el boumi chilt gogéta j’ai pris mon bâtard dans le dos

oudja’ni, derb er ridjal khallètah. j’ai été malheureuse et j’ai abandonné le chemin des hommes.

berberé annayé ; le sorgho est vert ;

fi lélet machi kholdjïa ; dans la nuit je vais pleine de lassitude ;

ana bénéyé ’adjuz..... je suis une vieille jeune fille[35].....

Les jeunes filles sont nubiles à l’âge de douze ou treize ans. Elles se marient très jeunes. Le mariage est d’ailleurs une affaire qui se traite entre le futur époux et les parents de celle qu’il désire : celle-ci n’a pas à donner son avis et doit s’incliner devant la volonté paternelle. Le prétendant est tenu de verser une dot aux parents. Cette dot, fixée par un accord entre les deux parties, consiste en bétail, thalers, bijoux, vêtements, etc. Elle est d’autant plus forte que la position sociale du père de la jeune fille est plus relevée : la beauté de celle-ci n’entre nullement en ligne de compte.

Le mariage est célébré par le faqih, qui récite la Fatiḥa et reçoit une obole du mari. Toutefois la jeune fille demeure encore quelque temps avec ses parents. Le jour où l’union doit être consommée, un pagne blanc[36] est disposé sur le lit nuptial. Si la jeune fille était vierge, ce pagne est placé le lendemain sur la case, ou accroché à un arbre, et l’heureux époux apporte à son beau-père un autre pagne blanc, tout neuf : on bat alors le tam-tam à tour de bras, les femmes poussent des yous-yous[37] et tout le monde célèbre la vertu de la jeune épouse. Si, au contraire, le mari a été déçu, il jette le pagne nuptial aux pieds de ses beaux-parents et le mariage peut être rompu : les parents sont alors accablés de honte et, en cas de rupture, ils doivent restituer la dot.

Chez les Arabes assez purs de la région du Nord (ʿArab ḥoumr)[38] les mœurs sont plus sévères que chez les Arabes métissés des pays du Sud (Arab zourq)[39]. Les femmes des Choa du Bornou, par exemple, ne savent pas toujours se garder de la licence des mœurs qui règne dans ce pays, et certaines d’entre elles se conduisent comme les plus débauchées Bornouanes.

Le complice de la femme adultère peut être puni d’une amende. Quant à la femme, si sa conduite ne s’améliore pas, elle est répudiée par son mari. Le divorce est prononcé par le faqih : s’il est prononcée en faveur du mari, la dot est remboursée ; dans le cas contraire, elle reste acquise aux parents de la femme. Si les torts sont communs, la femme ne restitue qu’une partie de la dot.

Les femmes arabes, comme toutes les autres femmes indigènes du pays, sont habillées d’un simple pagne, attaché à la ceinture ou au-dessus des seins ; le mari, peu généreux, le leur laisse user jusqu’à la corde. Ce vêtement n’est généralement propre que quand il est neuf[40]. Dans certaines tribus nomades, les femmes portent une peau de mouton autour des reins.

La narine droite des femmes est percée d’un trou, dans lequel elles introduisent un petit cylindre de corail, un anneau d’argent ou de perles, ou un petit morceau de bois. Le bord des paupières et les sourcils sont teints en bleu, au moyen de la poudre d’antimoine (koḥl)[41]. Les lèvres et les gencives ont également une couleur bleue, obtenue en les piquant jusqu’au sang avec des épines d’acacia et en les frottant avec de l’antimoine ou — pour les gencives — avec une mixture dans laquelle il rentre de la bile de bœuf. Tout ce bleu ne donne d’ailleurs pas un aspect désagréable au visage, tant que la femme est jeune. Mais, avec l’âge et à la suite d’opérations répétées, les lèvres s’épaississent et prennent alors un aspect spongieux assez répugnant. La brosse à dents des indigènes (souak) est fournie par un certain arbuste (salvadora persica) ; ce petit bâtonnet est arrangé en forme de pinceau, et les indigènes s’en servent constamment : leurs dents sont très blanches.

Les cheveux des femmes arabes sont généralement arrangés en petites tresses, qui encadrent le visage. Mais les femmes des tribus du Sud se sont plus ou moins inspirées de ce qu’elles voyaient autour d’elles : certaines adoptent la coiffure bornouane, d’autres la coiffure ouadaïenne ; d’autres encore ne portent que quelques grosses tresses, dont l’une, recourbée sur la nuque, rappelle la djemiré des femmes lisi, etc. Elles passent toutes du beurre sur leur chevelure, sans mesure parfois, et c’est alors bien peu esthétique[42].

Les femmes arabes aiment beaucoup la parure : ceintures de perles qu’elles mettent sous le vêtement, à même la peau ; colliers de perles, de corail, d’ambre ; bracelets et anneaux de pieds en cuivre ou en argent ; écrits-amulettes dans des sachets en cuir, talismans, etc. C’est évidemment lorsqu’il y a tam-tam qu’elles se parent de tout ce qu’elles ont de plus beau.

zerga ghannaé l’endroit du tam-tam est noir de monde

el benat desso es soaraï les jeunes filles ont mis leur bracelet

loummou el fogara les faqihs se sont réunis

ketebou el aï (ouarga) ils ont écrit des amulettes.

Les danses et divertissements des Arabes varient avec la tribu. Chez les nomades du Nord, les hommes se mettent en ligne et tournent autour de l’instrument, en agitant leurs armes : quelques-uns d’entre eux chantent. Deux ou trois femmes passent un vêtement d’homme (khaleg) et se joignent à la danse. Si le tam-tam est donné en l’honneur de quelqu’un, les hommes, toujours en ligne, se dirigent vers lui, en sautant en cadence sur l’un et l’autre pied. Arrivés tout près de celui-ci, ils s’arrêtent et agitent leurs armes : c’est le salut. La personne saluée et ceux qui sont assis autour d’elles se lèvent alors et répondent en agitant également leurs armes. Puis, les danseurs font demi-tour et reviennent de la même façon que précédemment à côté de leur noungara (grand tambour).

Chez d’autres Arabes, les hommes, en armes, sont placés les uns derrière les autres et leur cercle tourne en cadence autour de l’instrument.

Les femmes peuvent aussi prendre part à la danse et former un second cercle, à l’intérieur de celui des hommes. Chez les Salamat, par exemple, les hommes balancent les bras, qu’ils ont passés à l’intérieur de leur boubou flottant ; les femmes chantent et agitent leurs bras ballants, l’un en avant, l’autre en arrière, tout en fléchissant sur leurs jambes. Puis les deux cercles s’arrêtent : danseurs et danseuses se font face et, presque ventre contre ventre, se trémoussent d’une façon quelque peu obscène. Ils recommencent ensuite à tourner.

Si les femmes sont seules, elles peuvent se contenter de chanter en frappant dans leurs mains ; ou bien elles agitent leur pagne, comme les Boulala ; ou bien encore elles balancent les bras, l’un en avant, l’autre en arrière, en sautant autour du tambour, etc., etc.

La nuit, dans les villages, on entend parfois chanter : le chœur des femmes attaque et celui des hommes reprend.

La fantasia des Choa ne présente rien d’extraordinaire. Les cavaliers, rangés en ligne, arrivent au grand galop, s’arrêtent pour saluer, puis repartent ; chacun d’eux se détache ensuite successivement, en faisant donner au cheval toute sa vitesse et en lançant des sagaies le plus loin possible.

Quand un décès se produit, les femmes se rassemblent à la case du défunt pour faire leurs lamentations. Le corps est immédiatement lavé à l’eau chaude et enveloppé dans un linceul, formé de gabag cousus ensemble : on parfume ce linceul en faisant brûler certaines plantes (chibé zerga, bondiyé).

L’inhumation a lieu dans la brousse, à peu de distance du village. Le cadavre est placé dans la fosse, sur le flanc droit, face à l’est.

« Lorsqu’un Arabe meurt, il est fait huit parts de sa succession. Une seule part est accordée à la veuve. Les enfants héritent des sept autres parts ; à leur défaut, le père ; puis, les frères et sœurs consanguins. Ces sept parts sont divisées à nouveau, en tenant compte de cette règle générale : chaque héritier mâle (fils ou frère) doit recevoir une part double de celle qui revient à chaque héritière (fille ou sœur). Lors du décès de la femme, il est fait quatre parts de ses biens. Le veuf en prend une seule, et les enfants s’adjugent les trois autres. A défaut d’héritiers directs, les frères et sœurs consanguins se partagent la succession par moitié avec le mari. Quelques faqihs du pays, cependant, favorisent beaucoup moins le veuf, dans chacun de ces deux derniers cas[43]. »

Les différends sont portés devant le faqih. Celui-ci, après avoir écouté les plaideurs, ouvre son Qorân et cherche un passage qui se rapporte vaguement à l’affaire en question. Il psalmodie à haute voix quelques phrases, auxquelles les plaideurs ne comprennent goutte, et rend ensuite sa sentence. Inutile de dire que les fogara, même les plus instruits et les plus considérés, ne sont pas d’une impartialité à toute épreuve et qu’ils acceptent volontiers les cadeaux. C’est pourquoi les deux parties ne s’entendent pas toujours sur le choix d’un faqih.

Nous avons déjà dit que les Arabes habitaient le Bornou, le Territoire du Tchad, le Ouadaï et le Darfour.

Les Choa sont nombreux au Bornou : Nachtigal évalue leur nombre à environ 100.000 âmes. Ils vivent sous l’autorité du sultan Guerbeï, chez les Anglais, et du sultan ʿOmar Sanda, chez les Allemands. Ces Choa comprennent des Arabes du groupe venu de l’Est et la majorité des Ḥassaouna. Ils habitent surtout la région comprise entre le Chari, le Mandara et le Ngoumati : ils sont particulièrement nombreux dans ce dernier district. Quelques-unes de leurs tribus se sont conservées assez pures : certaines migrations d’Arabes au Bornou sont d’ailleurs récentes, et une des plus sérieuses (Khouzam et Oulâd Hemed) a eu lieu au commencement du XIXe siècle.

Ces Choa sont sédentaires. Ils se déplacent quelque peu avec leurs troupeaux pendant la saison sèche, mais l’hivernage pluvieux du Bornou les force à avoir des villages. Ils sont baggara : ils possèdent beaucoup de bétail et la vente du beurre, dont ils approvisionnent les marchés du pays, constitue pour eux une source importante de revenus. Ils font travailler la terre par leurs captifs : disons, en passant, que les Arabes ne maltraitent pas les esclaves et que ceux-ci sont relativement bien soignés.

Ces Arabes sont plus riches que ceux du Territoire. Il y a une raison bien simple à cela : les premiers n’ont pas eu, comme les seconds, à supporter les razzias incessantes des Baguirmiens et des Ouadaïens. Les Choa du Bornou n’ont jamais été maltraités par les sultans de ce pays, auxquels ils rendirent parfois de signalés services. C’est ainsi que le cheïkh Moḥammed el Amin fut vaillamment secondé par les Choa, dans sa lutte pour la reprise du Bornou : signalons, entre autres, parmi ces auxiliaires, les cheïkhs Mallem Terab et el Gôni Dris, des ’Aouada, et Brahim Abdellahi, des Oulâd Hemed. Ajoutons que les Arabes ont particulièrement vécu dans d’excellents termes avec Rabaḥ et ses Arabes Dialiin. Enfin, il faut dire également que les terres du Bornou sont bien plus fertiles que celles de la rive droite du Chari. C’est pourquoi, tout en faisant la part de leur habitude de se plaindre et de se dire pauvres et misérables, il faut reconnaître que nos Arabes ont raison lorsqu’ils déclarent que leurs frères du Bornou sont plus riches qu’eux. Les mêmes expressions reviennent toujours sur leurs lèvres : « Nihna Arab mesâkin. Maʿindna el mal. Hiné el mal ouaïn ?... Hinak, fi dâr Bornou, el Arab indhoum regig ketir, khoulgan ketir, gours ketir ou mal misl et terab... »[44].

Ils veulent bien reconnaître également que, à l’heure actuelle, ils sont beaucoup mieux traités que les Arabes du Bornou. C’est, en tout cas, l’avis de ceux d’entre eux qui ont un peu voyagé « Fransis iarfou bes trig adil, trig el haqq »[45], nous disait un faqih qui connaissait très bien le Bornou.

Les Allemands ne surveillent pas de près, ainsi que nous le faisons, l’administration des chefs indigènes. Ceux-ci ont une trop grande liberté pour rendre la justice, ramasser les impôts, etc., ils commettent de fréquents abus et rendent la vie dure à leurs pauvres administrés. C’est pourquoi les Arabes, qui n’hésitent pas à se déplacer si leur intérêt le commande, passent quelquefois chez les Anglais ou s’enfuient vers le Mandara, pour échapper à ʿOmar Sanda, ou bien encore franchissent le Chari et viennent chez nous, pour fuir Diagara. Ce dernier, chef kotoko de Goulfeï, mérite une mention spéciale. Son frère, Méollia, fut autrefois vaincu et tué dans sa lutte contre le chef Abba qui, grâce à l’appui de Rabaḥ, régna tranquillement sur les Kotoko-Goulfeï. Diagara, réfugié au Dagana pendant trois ans, revint au Bornou derrière nos tirailleurs et, de par nos succès, put reprendre le pouvoir[46]. Depuis lors, il a prouvé sa reconnaissance de Kotoko en nous suscitant toutes sortes de difficultés sur le Chari et en faisant intervenir constamment les autorités allemandes[47].

La méthode des Anglais est bien supérieure à celle de leurs voisins. Ils surveillent Guerbeï et tiennent la main à ce que n’ait pas lieu chez eux ce qui se passe en territoire allemand. Ils y ont tout intérêt, d’ailleurs. C’est dans la partie du Bornou qui leur appartient que se trouvent les Arabes les plus nombreux et les plus riches.

Les Arabes sont également nombreux dans le Territoire du Tchad. Ils sont tous baggara[48] : quelques fractions nomadisent au Baḥr el Ghazal ou au Kanem ; les autres sont sédentaires. Les Salamat, qui constituent la majeure partie de ces Arabes, ont le teint très foncé ; les Ḥassaouna, échelonnés entre Fort-Lamy et le Kanem, ont le teint plus clair.

Les Arabes du Ouadaï, répandus sur tout l’ensemble du pays, appartiennent au groupe venu de l’Est. Ils se sont conservés plus purs que les Choa et que les Arabes du Darfour[49]. Ceux du Nord, au teint clair, sont nomades et abbala (Oulâd Râchid, Maḥâmid) ; ceux du Sud (Khouzam du Kadjagsé, Salamat de la Batah et du Baḥr et Tiné, Beni Halba du Sila, etc.) ont le teint plus foncé et sont baggara. Tous, d’une façon générale, ont été durement traités par les Ouadaïens[50].

Le Darfour est le pays le plus arabisé de toute l’Afrique Centrale : les Arabes, très nombreux, y sont nomades ou sédentaires, abbala ou baggara. Leur sort fut toujours de beaucoup préférable à celui qui était fait aux Arabes du Ouadaï. Nachtigal rapporte que deux Arabes, un cheïkh des Maḥâmid du Ouadaï et un cheïkh des Naouâïbé du Darfour, parlaient un jour devant lui des avantages que présentaient les deux pays pour les Arabes nomades. Le second disait que les Arabes du Darfour étaient bien mieux traités que leurs frères de l’Ouest, et Nachtigal le croyait sans peine : « L’aspect seul du cheïkh des Naouâïbé, dit-il, plaidait déjà éloquemment en faveur de sa thèse. Au Ouadaï, les Arabes allaient tête nue[51], ils n’avaient que rarement des sandales et circulaient dans la capitale vêtus de grossières cotonnades du pays. Le cheïkh du Dar-Four portait un vêtement de soie, sa tagiyé (coiffure) avait des couleurs chatoyantes et ses chaussures égyptiennes étaient en maroquin rouge. Je le revis à la cour du Dar-Four avec un châle de cachemire, un objet de très grand prix dans ces parages[52]. »

Les Arabes du Darfour participaient autrefois aux grandes razzias d’esclaves menées dans le Dar-Fertit : Chekka, la capitale des Rizégat, était un centre important de caravanes et l’entrepôt où les gros marchands d’esclaves du Kordofan venaient faire leurs achats de bétail humain. Les Arabes foriens sont très belliqueux, et une agression de la turbulente tribu des Rizégat provoqua l’invasion du Darfour par les bandes de Zibêr. Plus tard, l’élément arabe de ce pays lutta contre l’occupation égyptienne et joua un rôle capital, lors de la révolution mahdiste.

A l’heure actuelle, quelques tribus sont assez puissantes pour obliger le sultan forien à montrer certains ménagements envers elles : ʿAli Dinâr a eu d’ailleurs des révoltes à réprimer et la dernière en date est celle de Kabkabiyé (1909).

LES HASSAOUNA

Nous avons déjà vu que les Ḥassaouna étaient les descendants des Arabes venus par la route du Nord, sous la conduite de Ḥassen eṣ Ṣeghir el Gharbi. Pour montrer le degré de parenté des tribus qui constituent ce groupe, nous allons donner une certaine généalogie, que nous avons établie tant bien que mal avec celles qui nous ont été présentées.

Il y a quelques variantes, que nous signalons. Quoiqu’on puisse penser de cette généalogie, elle aura du moins l’avantage de grouper les tribus ḥassaouna d’une manière rationnelle.

Les Ḥassaouna sont bien moins nombreux que les Arabes du groupe venu de l’est (Salamat, Oulâd Râchid, Hémat, Khouzam, etc.). Ils sont probablement arrivés après ces derniers dans la région du Tchad : la tradition rapporte, en effet, que les Boulala s’étaient déjà mélangés aux Hémat avant d’envahir le Kanem, et que les rois de ce pays, obligés de se réfugier au Bornou, furent secondés par les Djo’ama (Oulâd Râchid) et les Êssela (Salamat) dans leurs luttes contre les Sô[53].

ʿAli el Kerrar

Ḥassan es Sebtihé

ʿAbdoullahi

Meḥemmed

Ḥassan Asani

ʿAbdoullahi el Mahdi

Mousa el Djaouniou[54]

Daoud

ʿAbdoullahi

Meḥemmed

Yahya ez Zaït

ʿAbdoullahi

Meḥemmed

Ḥassan eṣ Ṣeghir ’alamethou mekata ’azeha Allah, el Gharbi[55]

Ouaïl Rouïes (Ghebes) Issé Ghadêr[56]

Gâlem ou Ghânem[57]

’Aouada

Serrâr[58] Meḥâreb Salem ’Amer Ali el Êsselé

ʿOthman abou Diguen[59] ʿAli el ʿAouân

(M. René Basset nous fait remarquer que cette généalogie est bien connue. C’est celle d’ʿAli et de son fils aîné. ʿAli était cousin et gendre de Moḥammed, dont il avait épousé la fille Faṭimah. Il eut pour fils El Ḥasan, qui eut pour fils El Ḥasan es Sibt, etc. La généalogie que nous donnons est incomplète.)

Après la dispersion des tribus du groupe oriental, les Hassaouna occupèrent la région comprise entre le Chari, le Kanem et le Baḥr el Ghazal, où ils vécurent sous l’autorité successive simultanée du Bornou, du Baguirmi et du Ouadaï. Ces Arabes, comme tous les nomades, étaient très turbulents et passaient leur temps à se piller et à se battre. Des rivalités éclatèrent entre tribus ou même entre fractions d’une même tribu. Certains Ḥassaouna franchirent le Chari, à la recherche d’un pays moins troublé que celui de la rive droite : d’autres suivirent et la majorité du groupe se trouva ainsi transportée au Bornou. Les migrations successives et l’intervention de puissants voisins modifièrent souvent la situation respective des tribus ; nous signalerons celles qui, à un moment donné, ont exercé une sorte de prééminence.

D’une façon générale, les Ḥassaouna se sont conservés plus purs que certaines tribus du groupe oriental (Salamat, Hémat), depuis plus longtemps qu’eux au contact avec les populations noires. Ils se sont toutefois sérieusement mélangés aux autres indigènes : Kanouri, Kotoko, Kouri, Gourân, Toundjour, Kanembou, etc. Les plus purs d’entre eux, chez les Beni-Ouaïl, par exemple, se trouvent au Dagana et au Kanem. Les alliances avec des éléments étrangers devenant de plus en plus fréquentes, on peut prévoir le temps où il n’y aura plus de Ḥassaouna au teint clair. A l’appui de ce que nous avançons, nous citerons l’exemple des Dagana : Nachtigal, qui parle dans sa relation du teint « étonnamment clair » de ces Arabes, serait fort étonné de voir le changement qui s’est produit en une trentaine d’années.

On range souvent sous les noms de Ghaoualma (ou Qaoualma) et ’Aouada les tribus qui se réclament de Râlem et ’Aouada. Sont ainsi appelées les tribus suivantes : Oulâd Meḥâreb, Oulâd Serrâr, Oulâd Salem, Oulâd ’Amer, Assâlé, Dagana, Oulâd el ʿAouân, Oulâd Manṣour, Oulâd Amiré, etc.

Oulâd Meḥâreb. — Ne se trouvent qu’au Bornou et au Kanem. Ils habitaient autrefois, en compagnie des Oulâd Serrâr, Oulâd el ʿAouân, Assâlé et Dagana, la région comprise entre le Chari et le Baḥr el Ghazal. Les Toundjour, installés au Kanem, recevaient un tribut de tous ces Arabes, qui étaient alors nomades. Des querelles fréquentes divisaient les tribus. Les Oulâd Meḥâreb, qui avaient eu quelque puissance au temps du cheïkh Kidjémi oueld Damir, furent vaincus et pillés par les Dagana, aidés par les Ouadaïens. Oulâd Serrâr, Oulâd el ʿAouân et Assâlé subirent d’ailleurs le même sort. Les Oulâd Meḥâreb passèrent ensuite au Bornou.

Oulâd Serrâr. — Ne se trouvent qu’au Bornou et au Kanem. C’est un Serrâri, Igoma, qui, ayant été dépouillé de ses biens, alla trouver les Ouadaïens et les amena pour la première fois dans la région habitée par les Oulâd Meḥâreb, Oulâd Serrâr, Oulâd el ʿAouân, Assâlé et Dagana.

Le cheïkh le plus puissant des Oulâd Serrâr fut Guènedj.

Oulâd Sâlem, Oulâd ’Amer. — Au Bornou.

Assâlé. — Ce sont les descendants d’ʿAli el Êsselé (ʿAli le chauve). « On les dit originaires du Fezzân », rapporte Nachtigal. Nous ne savons si le fait est exact, mais cette origine concorde, en tout cas, avec la direction générale d’arrivée des Ḥassaouna.

Les Assâlé, pillés par les Dagana, se réfugièrent du côté du Tchad. Ils habitent aujourd’hui, à proximité des Kouri-Kalé, la région qui a pour centre Bout el Fil. Ils sont peu nombreux et se sont fortement mélangés aux Kouri et aux Kotoko.

Quelques Assâlé passèrent au Bornou, afin d’éviter les razzias des Baguirmiens et des Ouadaïens. Ils sont également très teintés et habitent le pays de Magoumeri et le Ngoumâti. Nachtigal cite quelques-unes de leurs fractions[60] : Oulâd Solimân, Oulâd Merrouah, Oulâd Daï, Oulâd Tomboub, Oulâd Chérif et El Tawâbté.

Les chefs de cette tribu qui ont eu un certain renom sont les cheïks El Iamenouk[61], El Gadem Abou Sourra et Adem.

Dagana. — Les Dagana se réclament du cheïkh ʿOthman, appelé Abou Diguen à cause de sa longue barbe, qui donna son nom à la tribu. La tradition des Dagana ne remonte pas au-delà du temps où ces Arabes, qui étaient alors abbala, menaient la vie nomade dans la région du Baḥr el Ghazal actuellement occupée par les Kreda (Djemilé, El Lihân, Am Atïé, Abou Debaba, Ed Dekma, Oufer, etc.). Vers la fin du XVIIIe ou le commencement du XIXe siècle, ces derniers descendirent vers le Sud et entamèrent la lutte pour la possession des pâturages du Baḥr el Ghazal : elle devait être longue et acharnée. La tribu des Dagana était alors assez forte : elle avait de riches troupeaux et pouvait mettre 1.300 cavaliers en ligne ; mais les Kreda étaient beaucoup plus nombreux.

La lutte avait commencé au temps du cheïkh Aḥmed oueld Meḥemmed, qui fut tué par les Kreda. Son fils et successeur, ʿAbd er Resoul, fut également tué par les Kreda à Stoumi (1846). Le frère de ʿAbd er Resoul, El Baḥeiri, continua la lutte. Mais la partie était inégale[62]. Malgré la vaillance de El Baḥeiri et de son frère Mousa Abou Doumou, qui, dit-on, tua de sa main trente Kreda dans le même jour pour venger la mort de son fils Brahim, les Dagana furent obligés de céder la place. Ils s’y résignèrent en 1868 et allèrent nomadiser au Fitri et au Médogo ; le climat humide de ces régions décima aussi bien les Arabes que leurs troupeaux et la tribu revint alors s’installer sur les bords du Baḥr el Ghazal, dans la région qui portait le nom de Massakôry : il y avait là d’excellents pâturages, dus à la proximité de l’eau du fleuve. Mais, pendant l’hivernage, les Dagana ne pouvaient plus, comme par le passé, remonter vers le Nord et se retirer avec leurs troupeaux dans les régions sablonneuses du Baḥr el Ghazal. El Baḥeiri, tout en conservant le commandement nominal de la tribu, laissait son frère Mousa exercer une autorité effective. A ce moment-là, les relations étaient tendues entre le sultan du Ouadaï, ʿAli, et son vassal Moḥammed Abou Sekkin, mbang du Baguirmi. Ce dernier envoyait ses troupes commettre des exactions dans certains pays dépendant directement du Ouadaï, au Fitri par exemple, et ne tenait aucun compte des observations du roi ʿAli. Un dernier incident devait donner le signal de la lutte. Les Dagana étaient administrés par un dignitaire ouadaïen, l’aguid el Djaʿâdné, qui levait l’impôt pour le compte du sultan. Moḥammed Abou Sekkin voulut aussi exiger un tribut du cheïkh Mousa. Ce dernier refusa. Le sultan du Baguirmi, furieux, ordonna alors d’arrêter les deux cheïks des Dagana, El Baḥeïri et Mousa. Mais ceux-ci se réfugièrent au Ouadaï et les Baguirmiens ne purent mettre la main que sur la mère de Mousa. Le sultan ʿAli intima à son vassal l’ordre de la remettre en liberté, et, sur le refus de ce dernier, la guerre éclata. Les Dagana firent partie du contingent arabe qui grossissait l’armée ouadaïenne. Après la chute de Massnia, ils reprirent leur existence nomade et promenèrent leurs fourgan (campements) entre le Baḥr el Ghazal, le Chari et le Khouzam. En 1873, ils étaient campés sur les bords du Séré[63], où ils devaient rester quelque temps à demi sédentaires. C’est là que Nachtigal, en se rendant du Bornou au Ouadaï, avec un koursi du sultan ʿAli, ʿOthman oueld el Fadhel, et en compagnie d’une caravane de pèlerins haoussas et pouls, trouva installée la tribu des Dagana. Il ne put que constater sa décadence[64] : sa relation parle du teint « étonnamment clair » des Dagana et de leur « insupportable fierté ».

Chose curieuse, le passage de Nachtigal chez ces Choa ne fut point remarqué. Comme il portait un costume fezzanais, qu’il parlait très bien l’arabe et se faisait appeler chérif Idris, on dut le prendre pour un des nombreux Arabes du Nord, désignés sous le nom collectif de Fezzân (sing. Fezzâni), qui venaient alors commercer dans ces régions.

El Baḥeiri mourut en 1876. En janvier 1881, les deux voyageurs italiens Massari et Matteucci, après avoir traversé le Ouadaï et passé à Yao, Abou Koakib et Ngourra, arrivèrent à Massakôry, où se trouvait alors Mousa Abou Doumou[65]. Ils avaient comme guides les Ouadaïens El Amin et Kabeldjou. Les voyageurs excitèrent l’admiration du cheïkh et de son fils Aboubeker, en allumant un morceau d’amadou au moyen d’une loupe et du soleil[66]. Ils restèrent deux jours chez Mousa et gagnèrent ensuite Goulfeï et Kouka.

Après la mort de Mousa, son fils Abou Bekr alla à Abéché recevoir l’investiture. Le nouveau cheïkh et son oncle Handja, qui était chef de village, se disputèrent une succession, les armes à la main. Handja succomba dans la lutte et la plus grande partie de ses biens fut confisquée. Son fils ʿAli s’enfuit au Baguirmi, puis au Ouadaï, où il resta quelques années. Il finit par décider le sultan Yousouf à le nommer chef des Arabes Dagana. Accompagné par une troupe de Ouadaïens, ʿAli rentra alors dans sa tribu : Abou Bekr s’enfuit chez les Assâlé, son village fut pillé et son frère Dannah tué.

Pendant le commandement d’ʿAli, des Kanembou et des Ḥaddâd du Kanem vinrent s’installer dans la partie ouest du Dagana. Les Kouri-Kalé du chef Daouda, qui voulurent piller les nouveaux venus, apprirent à connaître les flèches empoisonnées des Ḥaddâd[67] et ne recommencèrent plus. Les Arabes El ʿAouân, les Ḥaddâd et les Kanembou étaient placés sous l’autorité du cheïkh des Dagana, qui, avant l’occupation du Dar Kaddada par les Tourk, recevait aussi des présents des indigènes de cette région. Plus tard, la réconciliation se fit entre Abou Bekr et ʿAli : ce dernier donna sa fille en mariage à son ancien rival.

En février 1900, très peu de temps après le passage de la mission saharienne, l’aguid el baḥr Haggar Kebir descendit de la région des Kreda pour piller le Dagana. Tous les habitants s’enfuirent : les Kanembou au Tchad, les Ḥaddâd à El Ḥout et les Arabes à Tchoukla. Il ne resta, sur les bords du baḥr Massakôry, que le cheïkh ʿAli et les gens de son village (Ez Zoul). Haggar rafla tout ce qu’il put trouver dans le pays, surprit les Ḥaddâd et retourna ensuite au Baḥr. ʿAli avait prévenu Milma Tchiloum, le chef des Ḥaddâd, de l’approche de l’aguid. Mais Tchiloum s’était enfui trop tard à El Ḥout : Haggar lui avait enlevé beaucoup de bétail et avait, de plus, tué des Ḥaddâd et fait des captives. Tchiloum alla cependant trouver l’aguid, après que celui-ci fut retourné chez les Kreda, et il réussit à l’apaiser en lui offrant un superbe cheval.

Les Français arrivèrent en fin 1901. Le cauteleux Abou Bekr desservit ʿAli auprès des nouveaux maîtres et redevint le chef des Dagana, tandis que le cheïkh ʿAli et son frère Chebaka étaient déportés à Fort-Archambault. ʿAli mourut à Fort-Lamy, en revenant dans sa tribu. Depuis, le commandement des Ḥaddâd et des Kanembou a été enlevé à Abou Bekr[68].

Oulâd el ʿAouân[69]. — Les Oulâd el ʿAouân vivaient autrefois à côté des Dagana, dans le Baḥr el Ghazal. Puis, une querelle divisa les deux tribus : les Dagana avaient volé, paraît-il, du bétail aux El ʿAouân. Une lutte s’ensuivit, au cours de laquelle le cheïkh des Dagana fut tué. Les Oulâd el ʿAouân allèrent alors s’installer dans la région comprise entre le Tchad, le Baḥr el Ghazal, le Chari et le pays actuel des Khouzan, où nomadisaient les Oulâd Meḥâreb, les Oulâd Serrâr et les Assâlé.

C’est sous ʿAbd el Kerim Saboun, que les Ouadaïens, conduits par Igoma, firent leur première apparition dans la contrée. Les Dagana entretinrent de bonnes relations avec eux et firent même appel à leur puissance pour combattre les autres tribus arabes. Le chef des Dagana Aḥmed oueld Merenn, alla à Abéché recevoir l’investiture du sultan du Ouadaï. Il mourut à Ouara, et le petit Moḥammed oueld Younes, qui se trouvait avec lui, reçut le kademoul. Traqués par les Dagana, alliés aux Ouadaïens, les Assâlé se réfugièrent du côté du lac, tandis que les Meḥâreb, les Serrâr et une grande partie des El ʿAouân passèrent au Bornou. Quelques-uns de ces derniers, cependant, refusèrent de partir et restèrent dans le pays avec leur cheïkh ʿAbd er Raḥman. Ils y vécurent depuis lors, dans la dépendance des Arabes Dagana.

On trouve quelques Oulâd el ʿAouân au Dagana (Moʿallem Adem) et à Massaguet.

Les Oulâd el ʿAouân sont nombreux au Bornou, dans le Ngoumâti.

Oulâd Manṣour. — Vivent dans le Chitati, avec les Gadoa. Nachtigal les appelle Beni Ḥassen, mais cette désignation semble être le nom générique du groupe : Ḥassaouna, Benou Ḥassen. Nachtigal a cru, à tort, que ces Arabes formaient une même tribu avec les Beni Ḥassen du Bornou[70]. Ces derniers ne sont pas des Ḥassaouna : ils appartiennent au groupe oriental.

Oulâd Amiré, Oulad Ghânem, El Haouarti, Oulâd Saïl, Oulâd Mehoï. — Au Bornou.

Beni-Ouaïl. — Cette tribu, autrefois la plus puissante du groupe Hassaouna avec les cheïkhs Tougdou oueld Faraôn et Drissi oueld Faraôn, n’est plus que faiblement représentée dans le territoire du Tchad : la plus grande partie de la tribu est passée au Bornou, où elle habite particulièrement le Ngoumati. On trouve des sédentaires près de Tchoukla (Djemena) et au Dagana, et des nomades au Dagana et au Kanem. Ils sont tous baggara. Leur teint est généralement clair. Les Beni-Ouaïl du Kanem vivent à l’est de Mao : avec eux se trouvent des Oulâd Meḥâreb, des Oulâd Serrâr et des Oulâd Am Haboub.

Il y avait autrefois des Beni-Ouaïl dans le Baḥr el Ghazal et, pendant une partie de l’année, au Fitri : on trouve encore, dans ce dernier pays, un village qui porte le nom de Beni-Ouaïl.

Oulâd abou Issé. — La majeure partie des Oulâd abou Issé est passée au Bornou, où ils sont nombreux dans le Ngoumâti. Ceux qui sont restés sur la rive droite du Chari se trouvent principalement à Mendjelgué.

Les Oulâd abou Issé furent autrefois en rivalité avec les Oulâd abou Ghadêr : on cite notamment la lutte entre les cheïkhs Baït et ʿAli oueld Djemer, qui commandaient respectivement les deux tribus.

Oulâd abou Ghadêr[71]. — Ils sont nombreux au Bornou. Le centre des Oulâd abou Ghadêr qui habitent le territoire français est Tchoukla. Toute cette région de la rive droite du Chari, depuis Fort-Lamy, qui n’existait pas alors, jusqu’au Tchad, fut autrefois occupée par les Tourk. Un lieutenant de Rabah, ʿOthman, enleva Gaoui, village kotoko entouré d’un dourdour : il administra, dès lors, les Kotoko et les Arabes du pays. Les rabḥistes ne poussèrent pas toutefois plus loin que Gaoui. Il est vrai qu’il n’y avait pas de villages entre ce point et le Dagana[72] et que, pendant la saison sèche, il fallait couvrir cette distance, plus de 100 kilomètres, sans trouver une goutte d’eau en route[73]. Sur la rive droite du Chari, la limite nord de la région soumise à Rabaḥ allait ainsi depuis Gaoui jusqu’au pays des Assâlé inclusivement. Ce pays portait le nom de dar el kaddada (keddad el baḥr : pays situé le long du fleuve) ; il était réputé pour son miel et, avant l’arrivée de Rabah, était administré par un dignitaire ouadaïen, l’aguid el Kaddada.

Quand les Tourk passèrent sur la rive droite et firent irruption dans le dar el Kaddada, les Oulâd abou Ghadêr (cheïkh ʿOthmân) se réfugièrent au Dagana, où ils restèrent un an. Ils revinrent ensuite à Tchoukla.

On trouve aussi quelques Oulâd abou Ghadêr à Soufia, près de Moïto.

LES DJOHEÏNA

Les Ḥassaouna ne sont qu’une infime minorité par rapport aux Arabes du groupe oriental. Ceux-ci font remonter leur généalogie à ʿAbd el Moṭṭaleb, grand’père et tuteur de Moḥammed, et se réclament tous d’un certain ʿAbdoullahi el Djoheïni[74], d’où leur nom de Djoheïna. Ces Arabes se disent originaires du Yémen et les descendants de 72 tribus qui vinrent s’installer en Égypte. Ils auraient quitté ce dernier pays, « pour ne pas payer l’impôt », sous le règne du khalife ʿOmar II (ibn ʿAbd el ʿAziz), de la dynastie des Omayades de Damas, qui régna de 717 à 720.

La généalogie ci-après permettra de saisir, d’un coup d’œil, le degré de parenté des diverses tribus.

Le groupe des Djoheïna se subdivise en deux sous-groupes : les Arabes qui se réclament de Aḥmed el Adjedem (El Djoudm ou El Djouzm) et ceux qui sont issus de Aḥmed el Afzer (Fezâra).

Les Arabes El Djouzm sont les plus nombreux : ils habitent le Darfour, le Ouadaï, le territoire du Tchad et le Bornou. Leur dispersion sur une vaste étendue fait que l’on ne trouve pas chez eux le sentiment de proche parenté entre tribus que l’on remarque chez les Ḥassaouna, beaucoup moins nombreux et entièrement groupés autour du lac Tchad.

Hachim

ʿAbd el Moṭṭaleb

El ʿAbbas abou el Fadoul

ʿAbdoullahi el Djoheïni[75]

Déyan Aḥmed el Afzer

ʿIssa

Mater

ʿAbbâs

El Lechdia

Aḥmed el Adjedem[76]

Bounou Chaker[77]

Djinéd[78] Dahmech

Bedr

Hémat Rakal ou Erêga Salem Râchid

Atïé ou Attïé

Hassaballah Arabes Taa’cha Arabes Habbaniyé

ʿAmer

Hemed Missir Rizq ou Rizeq

Ghedef

Moḥammed Taʿleb

’Aboud Mahar Maḥmoud Naïb

Massarra Barek

Yassin

La majeure partie des tribus El Djouzm descend de Djonaid, (جنيد) qui semble avoir joué un rôle important. Au temps de ce chef, les Arabes se trouvaient du côté de l’Égypte et n’avaient pas encore pénétré dans les pays qu’ils occupent actuellement. La tradition dit qu’ils arrivèrent par le Kordofan et le Darfour : certains Arabes parlent aussi du Dar el Djouf[79] et du Dar el Khela[80]. Ce mouvement de migration vers l’Ouest a dû parfois être assez lent. Nous savons, en effet, que l’arrivée de certaines tribus dans la région du Tchad est relativement récente. D’autre part, les Djoheïna ont conservé l’habitude d’appeler Noubai (pl. Nouba) tout indigène musulman non arabe : cela semblerait donc indiquer qu’ils ont séjourné quelque temps dans le Kordofan, à proximité du Dar Nouba.

Les Salamat, qui forment la majorité des Arabes du territoire du Tchad, sont des ’ayal Djinéd[81]. Les autres tribus de même origine ne sont que faiblement représentées dans le territoire : Khouzam du Baguirmi, Noala d’Abrémé, Oulâd Hemed du Baḥr el Ghazal, ʿAmer de Boullong et Bédanga, Djaa’dné du Fitri.

Elles étaient beaucoup plus nombreuses autrefois. Au XVIIIe siècle, les Djaʿâdné, Oulâd Râchid et Missiriyé menaient la vie nomade dans le Baḥr el Ghazal. La lutte éclata entre eux et les Salamat et Khouzam, qui habitaient la vallée de la Bataḥ[82]. Ceux-ci, vaincus, durent céder la place et se dispersèrent. Plus tard, lors des migrations arabes sur la rive gauche du Chari, beaucoup de Salamat, Khouzam et Hémat passèrent au Bornou. Il ne resta sur la rive droite que les fractions indiquées plus haut.

Après notre arrivée dans le pays, un certain nombre de Djoheïna, heureux de pouvoir enfin échapper aux pillages incessants des Ouadaïens, s’enfuirent sur notre territoire (1903). Ces « Arabes réfugiés au Fitri » passaient la saison sèche sur les bords de la lagune et allaient hiverner dans le Baḥr el Ghazal. L’exode des Arabes du Ouadaï, commencé en 1904, ne cessa de continuer pendant les années suivantes : attirés par les bons procédés dont nous usions à l’égard des indigènes et révoltés des exactions des Ouadaïens qui, sentant cette proie leur échapper, se montraient encore plus pillards que par le passé, les Djaʿâdné, les Khouzam, les Oulâd Râchid et enfin une grande partie des Missiriyé (juillet 1907) abandonnèrent le pays du sultan Doud-Mourra.

Ces Arabes sont, avec les Maḥâmid, les Bédouins les plus purs de toute l’Afrique Centrale. Ils habitaient autrefois la partie du Ouadaï comprise entre le pays des Kecherda et celui des Maḥâmid (Ourâda). Ils étaient abbala et menaient la vie nomade. Cependant les plus pauvres d’entre eux, les mesâkîn, vivaient dans des villages et se livraient à la culture du sol, considérée par les autres Arabes comme un travail de captif ou, tout au moins, de miséreux. Ceux qui possédaient des troupeaux se dispersaient en petits campements : pendant la saison sèche, ils allaient s’installer près de l’eau (au Fitri, sur la Bataḥ, au Baḥr Rachid, dans l’Abou Telfan, etc.) et, pendant l’hivernage, remontaient dans les plaines sablonneuses du nord et allaient camper sur les bords de l’ouadi Ḥaddâd.

A l’heure actuelle, on peut dire que le pays au nord de la Bataḥ, depuis le Fitri jusqu’au dar Zioud, a été presque complètement abandonné par les Arabes. Il n’y a plus que quelques mesâkîn dans les anciens villages des Arabes réfugiés au Fitri. Ils restent là pour cultiver un peu de mil et, d’ailleurs, la crainte d’être pillés par les Ouadaïens fait qu’ils ne gardent avec eux que quelques têtes de bétail : le reste est confié à leurs frères du Territoire. Il y a aussi quelques villages de Nouba (Boulala Gousar, Kouka, etc.).

Toute cette région, où l’on trouve beaucoup d’anciens emplacements de villages, a l’air morne et désolé. Quand nous la traversions, notre guide arabe, qui appartenait à la tribu de Djaʿâdné, nous disait : « Autrefois tout ce pays était couvert de villages et de campements ; partout on entendait le beuglement des vaches et le mugissement des chameaux et, pendant la nuit, les aboiements des chiens et le bruit des tams-tams. Regarde maintenant : il n’y a plus que quelques rares villages, il n’y a pas de puits et la fatigue et la soif accablent le voyageur. Mais, ajoutait-il, quand les Français seront à Abéché, que tout le pays leur appartiendra et que nous n’aurons plus rien à craindre des Ouadaïens, nous reviendrons nous installer ici, dans la région où ont vécu nos pères et où nous avons été engendrés. Nous pourrons alors quitter le Fitri et ses mouches venimeuses[83] et nous ne serons plus obligés d’aller hiverner dans le Baḥr el Ghazal, où les Kreda nous traitent presque en ennemis (ichoufouna misl el ’adou). »

La création du nouveau poste-frontière d’Atya (commencement de 1908) permettra à certains de ces Arabes de revenir quelque peu dans leurs anciens pâturages[84].

Autrefois, les « Arabes réfugiés au Fitri » avaient beaucoup de chameaux, mais les confiscations des Ouadaïens[85] ont réduit considérablement le nombre de ces animaux. La principale richesse de ces Arabes consiste en vaches et en moutons : quelques fractions même n’ont plus de chameaux et sont devenues complètement baggara.

EL DJOUZM

Dans le sous-groupe El Djouzm, les principales tribus issues de Djinéd sont les suivantes : Hémat, Erégat, Missiriyé, Rizégat, Maḥâriyé, Maḥâmid, Naouâïbé, Oulâd Sâlem et Oulâd Râchid.

HÉMAT

De toutes les subdivisions qui se réclament de Djinéd, celle des Hémat est la plus importante. Elle comprend les tribus suivantes : Oulâd Hemed, Oulâd ʿAmer, Noumourra, Djerarha, Selmaniyé Ta’acha, Nedjmiyé et Habbaniyé. Aux Hémat se rattachent encore : les Djaʿâdné, les Salamat, qui constituent une des tribus arabes les plus nombreuses de l’Afrique Centrale et les Khouzam.

Les Hémat ont été des premiers à pénétrer dans la région du Tchad : une fraction des Salamat (Êssela) a autrefois aidé les rois du Bornou dans leur lutte contre les Sô, et des Hémat ont contribué à former la tribu des Boulala ; nous savons également que, avant la fondation du royaume du Baguirmi, des Arabes Hémat — presque tous Salamat — occupaient, en compagnie des Pouls la région comprise entre le Baḥr er Riguéïg, le Tchad et le Fitri.

C’est aux Hémat que se rattachent les tribus arabes les plus méridionales : elles se sont fortement mélangées aux autres populations et ont le teint très foncé (Salamat ; Hémat de Boullong, de Bédanga, du Quéra, du sud du Ouadaï, du Rounga, etc.).

Oulâd Hemed. — Les Oulâd Hemed vivaient autrefois dans la région sablonneuse située à l’est du Baḥr el Ghazal et habitée actuellement par les Kreda et les Kecherda. Ce pays — appelé el baḥr et el ḥarr, où le palmier-doum abonde et où les puits sont généralement peu profonds — était alors occupé par de nombreuses tribus arabes. Ces tribus se battaient entre elles pour la possession des pâturages et la fraction vaincue devait céder la place à l’autre.

Les Oulâd Hemed habitaient la partie orientale du Baḥr (Abou Ardéb). L’arrivée des Kreda les fit se diriger vers le Fitri, où ils séjournèrent quelque temps. Plus tard, ils retournèrent au Baḥr el Ghazal et s’installèrent à côté des Karda et des Ngalamiya ; ils entretenaient de bonnes relations avec les Kreda et se joignaient même à ceux-ci pour piller la Dagana.

Les Oulâd Hemed comprenaient les Ghedifat et les Chehibat, qui ne vécurent pas d’accord et se séparèrent. Lors de la migration des Arabes au Bornou, un grand nombre de Chehibat et certains Ghedifat (Oulâd Aḥmed, Oulâd Radi) passèrent le Chari. Les autres Chehibat et ce qui restait des Oulâd Radi seraient ensuite partis du côté du Darfour[86].

Les Ghedifat se subdivisent en deux : ceux qui se réclament d’Aboud (Massarra, Oulâd Kardom, Oulâd Dahtalla, Oulâd ʿArab, Oulâd Radi) et les Oulâd Aḥmed.

La fraction maraboutique des Massarra est peu nombreuse. Massarra, Kardom et Dahtalla, étaient autrefois sédentaires et avaient leurs villages au N.-E. du Fitri, entre Rahd et Salamat et Argana. Ils furent cruellement razziés par les Ouadaïens et, pour leur échapper, ils s’enfuirent vers l’Ouest et menèrent dès lors la vie nomade. Les trois fractions sont actuellement réunies sous l’autorité d’un seul chef et nomadisent dans le Baḥr el Ghazal. Ces Arabes sont baggara et possèdent d’assez beaux troupeaux de bœufs et de moutons. A la saison sèche, ils se rapprochent volontiers du Dagana, où ils sont détestés à cause des vols qu’ils y commettent et des dommages que leurs troupeaux font subir aux récoltes. Il est d’ailleurs normal que, toutes les fois que nomades et sédentaires sont au contact, le désaccord règne entre les deux éléments.

Les Oulâd ʿArab sont peu nombreux. On en trouve quelques uns au Dagana (Amoul ʿAfia) : ils ont donné leur nom à un village de la région (Bir Oulâd ʿArab). Les Oulâd Radi sont nombreux au Bornou et au Darfour. On n’en trouve que quelques-uns dans le territoire.

Certains Oulâd Aḥmed vivent avec les « Arabes réfugiés au Fitri », aux déplacements desquels ils participent. Ils étaient autrefois sédentaires et étaient alors en butte aux exactions des Boulala et des Ouadaïens. L’aguid el baḥr Haggar, les mangea de telle façon, en 1900, qu’ils reprirent la vie nomade. Ils sont baggara et leurs troupeaux sont encore assez réduits. On trouve quelques Oulâd Aḥmed installés comme sédentaires au Fitri (Tiakalé, Abouguidad). Ils furent razziés en novembre 1903 par Badjouri, qui dut d’ailleurs leur restituer une partie des troupeaux. Les Oulâd Aḥmed se subdivisent en Oulâd Cheraya, Oulâd Korbadj et Oulâd Bilala.

Les Oulâd Hemed sont nombreux au Bornou, où ils habitent le Logone et le Ngoumâti : certains d’entre eux ont conservé le teint clair de leurs frères du territoire. Leurs diverses fractions (Ghedifat, Bedriyé, Hadeïssat, Oulâd Moussa, Zeïlat, Amoun Allah, Baba Djôdi, Oumm Koulêba, etc.) relèvent en grande partie des Chehibat.

Il y a aussi de nombreux Chehibat au Darfour. Ils sont très rares dans le territoire.

Oulâd ʿAmer. — Les Oulâd ʿAmer sont nombreux dans la région des fétichistes située au sud du Fitri et du Médogo. Ils sont baggara. On les trouve à Arbochatek, Boullong, Bédanga, Méguédi, et dans le pays situé plus à l’est (Somo, Aboutiour, Mataïa, Quéra, etc...). Ils vivent là sous la protection des Kenga, Sokoro et Diongor, qu’ils fournissent de lait et de beurre : chaque village kirdi possède généralement un groupe d’Arabes ʿAmer. Ces Arabes ont le teint plus ou moins foncé et leurs mœurs se ressentent du voisinage des fétichistes, avec lesquels ils ne dédaignent pas de contracter des alliances. Ils sont de médiocres musulmans : certains d’entre eux boivent la merissé.

Les Oulâd ʿAmer étaient autrefois assez nombreux au Médogo, mais ils furent pillés par les Ouadaïens et s’enfuirent au Fitri. Quelques-uns de ces Arabes descendirent vers le Sud et les autres allèrent s’installer dans la région comprise entre Bokoro et Moïto.

Noumourra, Djerarha, Selmaniyé, Ta’âcha ou Ta’âïché, Nedjmiyé et Habbaniyé. — Ces tribus élèvent des bœufs et habitent presque exclusivement le Darfour. On trouve cependant quelques-unes de leurs fractions dans les pays voisins : Taʿâcha[87] et autres Hémat du dar Sila, Habbaniyé du baḥr et Tiné, résidant entre les Digguel et les Cheurafa, etc... Disons aussi en passant que, dans la région du Tchad, il existe un certain nombre d’Arabes du Darfour, venus autrefois avec Rabah : Dialiin, Ta’âcha[88], etc... Ils sont appelés ʿArab Tourk par les indigènes du pays.

Les Habbaniyé habitent la partie méridionale du Darfour (Kalaka).

Les Ta’âcha se trouvent dans le Sud-Ouest : les Nedjmiyé, Djerarha et Oulâd Hemed vivent avec eux. Leur tribu a autrefois joué un rôle important dans le Soudan égyptien : ʿAbdoullahi, khelifet du mahdi, qui prit la succession du grand agitateur musulman Moḥammed Aḥmed, appartenait en effet à la fraction Djouberat des Ta’âcha. Lors de l’insurrection mahdiste, ces Arabes ne prirent pas les armes contre le gouvernement égyptien. Mais, après la mort du Mahdi, le khalife ʿAbdoullahi les attira à Omdourman : beaucoup d’entre eux émigrèrent dans la vallée du Nil, en même temps que d’autres Arabes du Darfour et du Kordofan. ʿAbdoullahi réservait ses faveurs aux tribus de l’Ouest, et à ses compatriotes d’une façon plus particulière. Tous ses émirs étaient des Ta’âcha : les Arabes de cette tribu, surtout les Djouberat, jouissaient de privilèges exceptionnels, et c’est pourquoi ils formaient à ce moment-là la tribu la plus riche de tout le Soudan.

L’armée de l’aventurier Rabaḥ comptait également de nombreux Ta’âcha.

Djaʿâdné. — Les Djaʿâdné font remonter leur généalogie :

1o A Moḥammed Khalifa ben Dja’far el Bermeki, venu d’Arabie, d’où sont issus les Oulâd Ghanâïm, Oulâd Ouada, Oulâd Moḥammed, Oulâd Daouna et Maguirmi. Ces fractions sont des Djaʿâdné authentiques ;

2o A Hémat ben Djounaïd, dont se réclament les Oulâd Malek, Noala et Djebarrat.

Les Kayetma et les Kolomat, apparentés aux Djaʿâdné, sont d’origine boulala.

Nous savons que les Djaʿâdné vivaient autrefois dans le Baḥr el Ghazal, en compagnie des Oulâd Râchid et des Missiriyé. Ils vinrent plus tard s’installer à l’est du Fitri, dans la région sablonneuse située au nord de Lemka-Atya, où ils voisinèrent avec les Khouzam et les Oulâd Râchid. Certains d’entre eux cependant passèrent au Bornou ou demeurèrent dans le pays au sud du Dagana.

Les Djaʿâdné de la Bataḥ étaient abbala et menaient la vie nomade, tout en possédant quelques villages, où les mesâkîn cultivaient la terre. Ces Arabes passaient la saison sèche au Fitri et le long de la basse Bataḥ (Seïta, El Kharroub, Sourra, Saabaya), et allaient hiverner sur les bords de l’ouâdi Ḥaddâd. Quelques-uns d’entre eux, devenus baggara, allèrent s’installer comme sédentaires au Fitri, où ils sont encore.

La tribu des Djaʿâdné est actuellement peu nombreuse.

Les nomades sont abbala et font partie des « Arabes réfugiés au Fitri ». C’est avec eux que vit la fraction maraboutique des Maguirmi. Les Oulâd Mâlek qui, mélangés aux Noala, font partie de ce groupe nomade, sont à la fois abbala et baggara. Ils étaient autrefois riches en bétail, mais les Ouadaïens les maltraitèrent beaucoup. Hors du territoire, on trouve des Oulâd Mâlek au Darfour.

Il y a des Noala sédentaires, installés depuis longtemps à Mbrémé, au sud du Dagana. Ils sont baggara et ont de beaux troupeaux. A la saison sèche, ils quittent leurs villages pour aller nomadiser dans les environs. Les captifs et les messakin sèment et récoltent le mil. Les Noala sont, paraît-il, assez nombreux au Darfour et surtout au Bornou.

Les Djaʿâdné sédentaires habitent, au Fitri, les villages de Kokoro, Amtalha, Rahd es Salamat, Azara (Oulâd Ghanâïm) ; de Tarbaga (Oulâd Malek), de Souar (Noala) et de Berraïa (Adaouna). Il y en a aussi quelques-uns dans les villages de la région d’Atya. Ces Arabes sont moins purs que leurs frères nomades.

Avec les Djaʿâdné vivent quelques Salamat (Oulâd Aḥmed, Benou es Seguedi, Oulâd Nâcer, Moug ed dounia, Oulâd Djemâʿa, Cheurafa, Beni Beder), des Noumourra, des Kreda (Djeroa) et des Pouls.

Cette tribu était autrefois administrée par l’aguid el Djaa’dné, un des plus grands dignitaires du Ouadaï.

Salamat. — La tribu des Salamat, très nombreuse, est attachée aux Hémat.

Il est difficile de préciser l’origine du mot Salamat. Les uns prétendent que l’ancêtre de ces Arabes est un nommé Salam, qui aurait donné son nom à la tribu[89]. D’autres disent — car les Salamat sont très teintés — que ces Arabes sont issus d’un esclave païen des Hémat. Celui-ci ne remplissait pas ses devoirs religieux et, comme on lui en faisait le reproche, il aurait répondu en se moquant : « nadem sella mat, cela fait mourir que de faire sa prière ». C’est pourquoi il aurait été appelé « l’homme qui dit sella mat », d’où le nom de Salamat. Cette explication est quelque peu laborieuse.

Quoi qu’il en soit, les Salamat se réclament tous d’Aḥmed el Adjezem et de l’un de ses descendants appelé Malek. D’aucuns disent même que Malek est le fils d’Aḥmed ; mais, comme les Salamat sont rattachés aux Hémat, il est plus probable que ce Malek est un descendant de Hémat.

Certains Salamat se disent les descendants du chef Ma’ïn.

Enfin, d’autres Arabes croient que Ma’ïn est l’ancêtre commun à tous les Salamat, et c’est pourquoi ils donnent à l’ensemble de la tribu le nom de Salamat ou Oulâd Ma’ïn.

Ma’ïn eut deux fils d’une même femme, ʿIsa et Mousa, d’où sont issus les Yéssiyé et les Oulâd Mousa. Le fils de Isa, Selim est l’ancêtre des Sélimiya. Indépendamment de ces trois fractions, nous citerons encore les suivantes : Daggâgueré, Êssela, Cheurafa, Beni Beder, Beni Ḥassen, Oulâd ʿAli, Hammadiyé, Oulâd el Ḥadj, Oulâd ʿAmer, Oulâd Ghemem, Oulâd Djerad, Oulâd Meḥemmed, Oulâd abou Alagué, Oulâd abou Bâch, El Eukoura, Ez Zementi, Oulâd Foudda, Darkhoucha, Oulâd Brahim, El Ḥoumran, Oulâd Afan, Saa’dina, Oulâd Abou Djimé, ’Adjina ou ’Adjâïna, Oulâd Doggôla, Nedjmiyé, Darbigguéli, Beni Sèd, Salamat Boulala.

Les Salamat[90] étaient autrefois installés au Darfour, où ils vécurent longtemps. La lutte ayant éclaté entre eux et le sultan du pays[91], ils se retirèrent du côté du Baḥr el Bellol et du Baḥr el Djideï[92] (El Ḥoumram) et poussèrent jusque dans la Bataḥ et le Fitri[93]. Alliés aux Khouzam, ils se battirent contre les Djaʿâdné, Oulâd Râchid et Missiriyé, mais ils furent vaincus et dispersés. Les Salamat formèrent alors deux groupes, l’un dans le Baḥr et Tiné et l’autre dans le Debaba. Ceux du dernier groupe se répandirent, plus tard, dans tout le pays de la rive droite du Chari et certaines fractions passèrent même au Bornou.

Nous avons déjà dit que les Salamat formaient une des deux tribus arabes les plus importantes de l’Afrique Centrale. On les trouve au Bornou, dans le Territoire du Tchad et au Ouadaï.

Ils sont nombreux au Bornou, où ils comptent parmi les premiers Arabes installés dans le pays : nous avons vu, en effet, que les Êssela avaient aidé les rois du Bornou dans leur lutte contre les Sô. La fraction êssela, qui se subdivise en Serâdjiya et Oulad ’Aïna, habite dans les environs d’Oudjé (au sud de Mafani). Les autres Salamat du Bornou sont installés au sud-est, chez les Kotoko, au Logone et près du dar Oualoudji. Les fractions les plus importantes sont les Darbigguéli et les Beni Sèd. Ces derniers sont, paraît-il, d’origine Beni-Ouaïl : une femme de cette tribu avait deux fils, grands chasseurs devant l’Éternel, qui furent les ancêtres des Beni Sèd (fils de la chasse). On trouve aussi des Beni Sèd sur la rive droite du Chari, et ces Arabes nous ont causé certains ennuis en passant du Territoire au Bornou et réciproquement.

Les Salamat du Territoire habitent le dar Kaddada et tout le Baguirmi. Ceux du Ouadaï sont nombreux dans la région du Sud, sur les bords du fleuve auquel ils ont donné leur nom, le Baḥr Salamat.

Nous étudierons plus loin les fractions les plus importantes de la tribu.

De nombreux éléments étrangers ont, chez les Salamat, altéré la pureté primitive de la race. Ces Arabes se sont mélangés à diverses populations du Bornou, des pays de la rive droite du Chari et du Ouadaï ; fortement métissés de sang noir, ils sont communément appelés Arab zourq (Arabes gris) : les Salamat du Ouadaï ont cependant gardé une couleur plus ou moins rougeâtre.

Le teint généralement foncé des Arabes — des Salamat en particulier — et le nom de Choa qui leur est donné dans la région du Tchad ont pu parfois faire croire que ceux du Bornou et du Baguirmi étaient des indigènes arabisés. M. Foureau ne conteste pas leur origine orientale, mais M. Chevalier croit que les Salamat du Baguirmi sont des Pouls. « Les Choa, écrit M. Foureau, en parlant de ceux des bords du Chari, sont des hommes de couleur très peu foncée, largement répandus par groupes dans tout le Bornou et sur la rive est du Chari. Leur provenance est incontestablement orientale et leur langue d’origine est l’arabe, que tous connaissent et parlent plus ou moins, bien que, dans leurs relations en général, ils se servent habituellement de la langue bornouane et baguirmienne[94]. »

Il n’est peut-être pas inutile de dire que tous les Choa, y compris les Salamat, parlent l’arabe et que la grande majorité d’entre eux ne connaît pas d’autre langue. Ajoutons, par contre, que les mœurs des Salamat se ressentent beaucoup du contact des populations étrangères, musulmans ou fétichistes : ils n’ont pas, par exemple, des principes aussi rigides que leurs frères du Nord, en ce qui concerne la vertu des femmes. Mais — et la chose est à remarquer — la langue n’est que fort peu altérée : quelques mots sont empruntés aux vocabulaires des autres indigènes, et c’est tout. Nachtigal a, d’ailleurs, déjà signalé le fait : « L’idiome, chez les Choa, ne se laisse entamer qu’en tout dernier lieu... J’ai vu, au Bornou, des Arabes qui, bien qu’établis avec leurs familles, depuis nombre de générations, à quelques journées seulement de Kouka, connaissaient fort mal le Kanouri ; c’était moi, étranger, qui étais obligé de leur servir de truchement »[95].

M. Chevalier commet une erreur lorsqu’il croit « que les pasteurs du Dekâkiré sont des Foulbés qui ont oublié depuis leur conversion à l’Islamisme leur langue et même le souvenir de leurs origines, mais qui n’en continuent pas moins leur genre de vie typique »[96]. Les Deggâgueré sont des Arabes de la tribu des Salamat. Nous croyons, d’ailleurs, que les populations qui ont complètement perdu le souvenir de leurs origines doivent être assez rares dans cette partie de l’Afrique. D’une façon générale, quand elles ne parlent plus la langue première, elles conservent tout au moins le nom de la peuplade primitive[97] ; et, même au cas où elles sont désignées d’un autre nom, il reste tout au moins la tradition, qui permet presque toujours de discerner l’origine[98].

Les Salamat sont baggara et ont généralement peu de moutons.

Yéssiyé. — Les Yéssiyé se réclament de ʿIsa, fils de Ma’ïn. Venus autrefois du Baḥr et Tiné, où se trouvent encore certains d’entre eux, ils sont actuellement répandus dans le Bornou et le Baguirmi.

Les Yéssiyé constituent la fraction la plus importante des Salamat du Baguirmi. Ils habitent les régions d’Abouraï, de Râs el Fil, de Ngalên, de Tchekna, de Mandjaffa, de Bousso, et les abords de la route de Fort-Lamy à Ardébé (Fas, Aroroya, Aliem, Emtankhach, etc. ; Matraga, Ech Chiguek, Er Rihé, Arahil, etc.). Beaucoup de Yéssiyé, ceux d’Abouraï par exemple[99], abandonnaient autrefois leurs villages à la saison sèche et allaient s’installer avec leurs troupeaux sur les bords du Baḥr er Rigueïg. Depuis que nous sommes dans le pays, ils ont dû renoncer à ces déplacements périodiques.

Les Arabes furent durement traités par les sultans du Baguirmi, grands chasseurs d’esclaves, dont les bandes accomplissaient ordinairement les exploits relatés par Nachtigal, dans le chapitre de son tome II intitulé Sklavenjagd. Aussi les Salamat préféraient-ils être pillés par les Ouadaïens, et, pour qui connaît les habitudes de ces derniers, cela n’est pas peu dire. « Quand les gens du Ouadaï venaient — disent ces Arabes — ils enlevaient nos troupeaux, prenaient nos vêtements et nous laissaient tout nus ; mais ils ne tuaient les habitants qu’en cas de résistance. Tandis que les Kirdi de Gaourang, non contents de piller, massacraient hommes, femmes et enfants, sans raison aucune, pour le plaisir de tuer (braïké, bes saket). Les Ouadaïens étaient meilleurs (akhèr). » Les malheureux Arabes, sans cesse razziés et maltraités, pouvaient alors difficilement posséder quelques têtes de bétail. Ils vivaient du peu de mil qu’ils parvenaient à dissimuler et des divers fruits de la brousse : nabaq, hadjlidj, ambéti, ech chinguel, en ngoulou, el makhèt », etc.

Le grand cheïkh des Yéssiyé du Baguirmi est Harouna, qui commande aux Eléyan et réside à Ras el Fil.

Au Bornou, les Yéssiyé vivent, mélangés aux Beni Ḥassen, dans le dar Oualoudji et le Mandara (El Khachkhach). Ils habitent aussi le pays du Logone.

Les Yéssiyé comprennent un certain nombre de sous-fractions, dont trois des plus importantes sont : les Eléyan, les Hilal et El Ḥadjiz.

Les Hilal se subdivisent en : Chirédat, Djimélat, Am Bettikh, Oulâd Daoud (avec les Chiboul).

La sous-fraction El Ḥadjiz comprend : El Heuyous, et Toamberé, el Assalé, Oulâd Aḥmed, El Marhaïté.

Les autres subdivisions des Yéssiyé sont : Becharat, Chidérat, Djessâssiyé, Oulâd Djamaʿ, Oulâd Fadala, Es Soouan.

Sélimiya. — Se divisent en Oulâd Hallol, Oulâd Sendjer, Oulâd Serko et Oulâd Salama. Ils habitent, au Baguirmi, la région comprise entre le Baḥr er Riguéïg et le cours moyen de la Bataḥ de Laïri.

Oulâd Mousa. — Les Oulâd Mousa, qui constituent une des fractions les plus importantes des Salamat, sont nombreux au Ouadaï et dans le territoire du Tchad. Ils comprennent les sous-fractions suivantes : Oulâd Karaï, Oulâd Rongo, Oulâd abou Dôou, Oulâd el ’Am, Oulâd Maa’n, Oulâd Nâṣer, Oulâd el ʿAouân, Oulâd Abou Attïé.

Les Salamat du Ouadaï sont en majeure partie installés sur les bords du Baḥr el Djidéï : on en trouve également dans la région comprise entre cette rivière et la Bataḥ[100], et dans le dar Sila. Ces Salamat sont beaucoup plus purs que leurs frères de l’Ouest. Nachtigal signale, par exemple, le teint rougeâtre des Oulâd Abou Dôou, installés à Amm Demm sur la Bataḥ. Ces Arabes lui firent un excellent accueil : l’explorateur passa quelques jours dans le village de leur cheïkh ʿAli el Djideï, qui était alors absent, et la fille mariée de ce dernier, Fatima, le logea dans la case de son père. « Les femmes et les filles du village, écrit Nachtigal, nous firent passer agréablement le temps. En l’absence des hommes, elles jouissaient d’une grande liberté, n’avaient presque rien à faire et étaient très familières. Leur teint était généralement rougeâtre. Fatima, la fille du cheïkh absent et dont le mari était aussi en voyage, était un type de beauté sémite. Rien ne décelait chez elle le séjour, plusieurs fois séculaire, de sa tribu en pays noir[101] ».

Les Salamat du Ouadaï sont nombreux : Nachtigal rapporte qu’ils étaient administrés par 99 cheïkhs et qu’ils pouvaient mettre 4.000 cavaliers en ligne. Ceux du Baḥr el Djideï sont actuellement soumis à notre influence et leur grand chef, El Fadhel, nous est très dévoué. L’aguid es Salamat, un des plus importants dignitaires du Ouadaï, commandait autrefois cette tribu. Il faisait de fréquentes razzias dans les pays du Sud : les esclaves et l’ivoire, qui forment la base du trafic avec les Tripolitains, étaient en grande partie fournis par lui.

Les Salamat envoyaient à Abéché un impôt annuel qui consistait en esclaves, ivoire, bœufs, tekaki et autres dons en nature. Ils furent souvent maltraités par les Ouadaïens et c’est pourquoi l’accord n’a pas toujours été parfait entre ces Arabes et leurs maîtres. Djidéï, le père de Fatima, était le cheïkh le plus influent de la région du Baḥr et Tiné, et le sultan ʿAli, afin de pouvoir mieux le surveiller, l’avait obligé à venir se fixer à Amm Demm (1869). Plus tard, sous le règne de Yousef, Djideï voulut échapper à la domination tyrannique de l’aguid Cherf eddîn et se tourna du côté de Rabaḥ, qui circulait alors dans le dar Rounga, le dar el Kouti et les pays plus au Sud. « En 1886, l’aguid Cherf eddîn, en tournée d’impôt dans sa province du Dar-Salamât, voit apparaître Rabeḥ[102], appelé par ʿAli el Djedeï, cheïkh des Arabes Oulâd Dâo, qui était le chef le plus considéré des Salamât. Une bataille indécise eut lieu à Oum-el-Timane et lorsque Cherf eddîn revint à Abéché, il fut plutôt mal reçu par le sultan Yousef de n’avoir pu écraser son ennemi avec les moyens dont il disposait. Aussi en 1888, comme le même cheïkh ʿAli el Djedeï préparait l’exode de sa tribu pour se joindre à Rabeḥ, en marche sur le dar el Kouti pour la seconde fois, Cherf eddîn profite de l’occasion pour se réhabiliter. Il accourt d’Abéché avec 5.000 cavaliers et, le huitième jour, il surprend les dissidents à Faki sur le Baḥr-Iro ; il fait trancher la tête à ʿAli el Djedeï, mais il s’en retourne à Abéché avant que Rabeḥ qui était à Denzé, à 10 étapes sud-ouest de là, ait eu notion du fait[103] ».

Notes in this chapter

Note 1 · Le domaine de la langue arabe s’étend surtout à l’est du lac Tchad ; mais elle est également employée au Bornou, et ce que rapporte Elisée RNote 2 · Dans la région du Ouadaï, les indigènes musulmans qui ne sont pas Arabes sont désignés sous le nom de Nouba, sing. Noubaï. Les fétichistes sNote 3 · Les Kouri sont musulmans et l’islamisme fait des progrès chez les Boudouma.Note 4 · M. René Basset nous signale, à l’appui de ce que nous venons de dire sur la propagation de l’islâm grâce à la paix imposée par les EuropéensNote 5 · « Le nègre qui se convertit à l’Islam croit s’élever d’un degré parmi les hommes. » Elisée Reclus, L’Homme et la Terre, t. VI, p. 400.Note 6 · Nous mettons à part les Oulâd Slimân, lesquels, comme nous l’avons déjà vu, sont appelés Wassili, Wassal, Ouachila, Minimini.Note 7 · La terminaison gué est l’indice du pluriel : il reste donc le radical Sow, Soa, Choa. Les Boulala emploient d’ailleurs aussi le mot Choua, cNote 8 · Le mot arabe chaé, chiwah, signifie : brebis, mouton, espèce ovine. Chaouia veut donc dire : pasteurs de moutons.Note 9 · Tome III, p. 157.Note 10 · D’Escayrac de Lauture : Mémoire sur le Soudan.Note 11 · Vivien de Saint-Martin, Nouveau dictionnaire de géographie universelle : article « Choua ». Il est exact, en effet, que l’histoire ne signalNote 12 · Dans la langue des For, Solong signifie : Arabe, bédouin.Note 13 · Tribu arabe خزامة.Note 14 · Ḥassan l’Occidental.Note 15 · M. René Basset nous fait remarquer que ʿAbd el Moṭṭaleb était aussi bien le grand-père de ʿAli (par Abou Ṭâleb, père de celui-ci) que de MoḥNote 16 · Tome I, p. 687.Note 17 · Tome II, p. 436.Note 18 · abbala, éleveurs de chameaux ; baggara, éleveurs de bœufs.Note 19 · Nous parlons ici d’une façon générale. Il est bien évident qu’on ne passe pas brusquement d’un groupe à l’autre et que les transitions existNote 20 · هما عرب هونين ما حرين مثلنا هما مثل الكردى.Note 21 · Entre Massakory et Tchoukla.Note 22 · ذا كلامنا : c’est notre langage.Note 23 · Mémoire sur le Soudan.Note 24 · « Il est remarquable que les Kanouri, ou indigènes du Bornou, désignent communément les Choa sous la dénomination de Karda, qui ressemble siNote 25 · Nachtigal, t. III, p. 449.Note 26 · Cf. un article de Hartmann, Schoa und Tundscher (Der islamische Orient, t. I, p. 29-31) et C. H. Becker, Zur Geschichte der östlichen Sudan Note 27 · La maison-mère de l’ordre de Sidi-Aḥmed-Tidjâni est près de Laghouat, à ʿAïn Madhi. Sa plus importante succursale est Temacin, près de TouggNote 28 · Un moyen très simple de reconnaître les Senoussia : ils prient les bras croisés, au lieu de les garder étendus le long du corps, comme le foNote 29 · Les indigènes avouent également que, avant notre arrivée dans le pays, ils ne savaient point ce qu’étaient les nesara (chrétiens). Dans sa rNote 30 · انا تجانى : je suis un adepte de la Tidjânïa.Note 31 · Citons, en passant, l’appréciation que le lieutenant Delacommune portait sur les habitants d’un village arabe du Fitri, où il avait demandé Note 32 · « D’où leur nom de Choa. Ce mot me paraît venir de l’arabe chaoua شوى, brebis, et signifie les « pasteurs » nomades en opposition aux sédentNote 33 · Nous signalerons, à ce sujet, le rôle que joue l’urine de vache dans la fabrication du beurre. Il n’est pas rare, au moment où l’un de ces aNote 34 · Les prépuces sont placés dans des petites boîtes et enterrés.Note 35 · Chanson arabe.Note 36 · Le pagne blanc peut être remplacé par une natte toute neuve, blanche par conséquent (brich abied).Note 37 · Les yous-yous des femmes (zakharat, korrorat) sont des cris de joie, dans les tams-tams et les fêtes, et des cris d’alerte en temps ordinairNote 38 · Arabes rouges.Note 39 · Arabes gris.Note 40 · « D’une façon générale, les vêtements misérables des femmes choua sont d’une malpropreté révoltante et semblent avoir été trempés dans l’huiNote 41 · Les maladies des yeux sont très fréquentes chez les Arabes, surtout chez les nomades : cela tient principalement, croyons-nous, au manque deNote 42 · Les Arabes ont généralement la tête rasée : certaines tribus laissent toutefois pousser leurs cheveux et les arrangent en petites tresses, àNote 43 · Capitaine Rivière : Notice sur le Cercle de Moïto (Revue des Troupes Coloniales, année 1907).Note 44 · « Nous sommes des Arabes misérables. Nous n’avons pas de bétail. Ici, y a-t-il du bétail ?... Là-bas, au Bornou, les Arabes ont de nombreux Note 45 · « Les Français ne connaissent que la voie droite, la voie de la justice. »Note 46 · « Il y a aussi dans notre entourage un homme qui se trouvait déjà depuis quelque temps avec Joalland. Il se nomme Diagara, c’est le frère deNote 47 · A propos du Bornou allemand, citons quelques lignes d’un article de la Tägliche Rundschau, dans lequel l’ancien gouverneur du Cameroun, M. dNote 48 · C’est à tort que Nachtigal range les Qawalma et les Assâlé parmi les Arabes abbala.Note 49 · « Les Arabes bédouins ouadayens sont d’un teint plus clair que les bédouins fôriens ; la tribu des Mahâmyd, au nord-ouest du Ouadaï, a presqNote 50 · De nombreux Arabes du Ouadaï (Oulâd Rachid, Khouzam, Missiriyé, etc.), fuyant les exactions des aguids ouadaïens, s’étaient réfugiés au FitrNote 51 · Les Choa s’habillent souvent à la mode bornouane et portent le petit bonnet blanc ou bleu.Note 52 · Voyage au Ouadaï, p. 109.Note 53 · « Un texte arabe de El Bekri nous signale en 1067 des Oméïyades émigrés au Kanem à la suite de persécutions infligées par les Abbasides ». DNote 54 · Variante : El Djaounii Mousa el Djaounii.Note 55 · Ḥassan le Petit, à qui la route fut indiquée par un signe émanant de Dieu, l’Occidental.Note 56 · Ou Radêr.Note 57 · On écrit Qâlem et Ghâlem.Note 58 · Variante : ’Aouada Adem oueld ’Aouada Serrar.Note 59 · ʿOthman ou ʿAli abou Diguen.Note 60 · T. II, p. 437.Note 61 · C’est auprès du cheïkh El Iamenouk que se réfugia le mbang du Baguirmi, Bourgoumanda, après que ce prince eût été vaincu par le fatcha AraouNote 62 · Les Oulâd Hemed étaient également aux prises avec les Kreda, mais chacune des deux tribus arabes combattait pour son compte : il n’est pas dNote 63 · Rivière qui communique avec le Tchad, entre le Chari et le Baḥr el Ghazal.Note 64 · « J’avais déjà entendu parler au Bornou et au Baguirmi de l’ancienne puissance et de la richesse des Deqena. Il y a quelques dizaines d’annéNote 65 · Le cheïkh Moussa habitait le village actuel de Amoul Afia Mabrouk.Note 66 · Le journal de voyage de Matteucci est très bref : « È venuto Schech Musa, al quale presentammo dei doni ». Ces présents consistaient en deuxNote 67 · Les Kouri se battirent contre les Ḥaddâd du village actuel de Doualla Adem Tchoukou.Note 68 · Nachtigal signale quelques Dagana au Bornou, à l’est de Ngala et au Ngoumâti (t. II, p. 437). Nous n’en avons jamais entendu parler. Il fautNote 69 · ʿOthman abou Diguen et ʿAli el ʿAouân étaient fils d’une même mère.Note 70 · T. II, p. 437.Note 71 · Nachtigal les appelle Oulâd Bokhtêr.Note 72 · C’est par les Français qu’ont été installés, entre Gaoui et Massakory, le village sara de Djedada et le village sara-arabe-ḥaddâd de MassaguNote 73 · C’est pourquoi, même après la création des villages de Djedada et de Massaguet, on a dû pendant longtemps passer du côté du lac pour se rendNote 74 · Ou ʿAbdoullahi el Djaa’ni.Note 75 · Variante (d’après Nachtigal) Moḥammed el Haouri Abdallah el Dja’ani Ḥamed el Adjezem Ḥamed el Afzer une fille Chaker Daḥmech Djinéd Arabes FNote 76 · On dit aussi : Aḥmed el Adjezem, Aḥmed el Adjedeb, Aḥmed el Egdeb.Note 77 · Les Chekouriyé du Darfour doivent probablement être issus de Bounou Chaker.Note 78 · On dit aussi : Djounéd, Djounaïd.Note 79 · Pays du milieu, de l’intérieur (ou du Nord).Note 80 · Pays du désert.Note 81 · Enfants de Djinéd.Note 82 · Elle aurait eu lieu au temps de l’un des deux sultans ouadaïens (ou Arous).Note 83 · Ces Arabes attribuent les pertes qu’ils ont faites en chameaux à la piqûre d’une grosse mouche blanchâtre (thèr). Pour préserver ces animauxNote 84 · Depuis le temps où nous écrivions ces lignes, nos troupes ont pris Abéché et occupé en partie le Ouadaï. Les Arabes de l’Ouest n’auront désoNote 85 · Les Ouadaïens enlevaient de préférence les chameaux, afin d’empêcher les Arabes de fuir dans des régions sans eau, où ils ne pouvaient les pNote 86 · Il est plus probable cependant que les Oulâd Hemed qui habitent actuellement le Darfour y étaient déjà à ce moment-là. Quelques-uns de ceux Note 87 · Les Ta’âcha du Sila furent pillés en 1904 par Idris (aguid er Rachid) et Gomboro, et en avril 1905 par l’aguid el Djaʿâdné et Oust Kheir.Note 88 · Rabaḥ demeura quelque temps dans le pays des Arabes Ta’acha.Note 89 · Les Salamat disent d’ailleurs couramment : Ana Salami, je suis un Salamat ; Houma min ’yal Salam, ce sont des Salamat.Note 90 · Certains Salamat se disent originaires du pays de Médine, du Hedjâz par conséquent.Note 91 · Lors des fêtes de la circoncision, le sultan avait voulu confisquer les moutons que les Ma’ïn venaient d’égorger. Cette prétention aurait étNote 92 · Baḥr el Djideï (El Djideï est la capitale des Salamat du Ouadaï), ou Baḥr et Tiné (le fleuve de la boue), ou Baḥr es Salamat (le fleuve des Note 93 · Le village le plus septentrional du Fitri porte le nom de Rahd es Salamat (la mare des Salamat).Note 94 · Foureau : D’Alger au Congo par le Tchad, p. 698. Les deux femmes Choa de la p. 699 sont des Salamat. Cela se reconnaît très facilement à leuNote 95 · Nachtigal, t. II, p. 436.Note 96 · Chevalier, Afrique centrale française, p. 321.Note 97 · Les Boulala Gousar de la région d’Ourel, par exemple, qui sont originaires du Fitri et ne parlent que l’arabe.Note 98 · Les Kanembou Goudjirou, qui sont en réalité des Kouka venus autrefois du Fitri ; les Baguirmiens et les Lisi d’origine babalia ; les BoulalaNote 99 · Les Yéssiyé furent autrefois plus nombreux dans la région de la Bataḥ de Laïri (Abouraï, El Bakkas, Nabagaïa) ; à la suite de pillages répétNote 100 · Am Deguemat, sur la Bataḥ, est la résidence de l’aguid es Salamat.Note 101 · Voyage au Ouadaï, p. 41.Note 102 · Rabèḥ ربح est le nom indigène de Rabaḥ.Note 103 · Capitaine Julien, Le Dar-Ouadaï. Les femmes arabes chantent souvent les péripéties de la lutte entre Djideï et Cherf eddin.
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