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La région du Tchad et du Ouadaï; études ethnographiques, dialecte Toubou, Tome 2 (de 2)

Note 33 — LES ARABES

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Nous signalerons, à ce sujet, le rôle que joue l’urine de vache dans la fabrication du beurre. Il n’est pas rare, au moment où l’un de ces animaux urine, de voir une femme arabe recueillir le précieux liquide dans une calebasse. Ces habitudes ne sont d’ailleurs pas particulières aux Arabes. Pour beaucoup d’indigènes, la vache semble être l’animal-fétiche, dont tous les produits sans exception peuvent être utilisés : urine pour faire le beurre, bouse pour sécher les plaies, etc. Un matin que nous étions sur les bords du lac, dans un campement kouri, une vache se mit à uriner à peu de distance de nous, immédiatement un Kanembou se précipita pour se laver la figure à cette fontaine d’un nouveau genre. La chose nous étonna fort, d’autant plus que l’eau ne manquait pas dans le baḥr d’à-côté. Aux questions que nous lui posâmes à ce sujet, le Kanembou se contenta de répondre : « boul el beguera semèh bel hèn, l’urine de vache est quelque chose d’excellent ».

Schweinfurth rapporte, du reste, les mêmes détails à propos des Dinka, bergers riverains du haut Nil (Au cœur de l’Afrique, traduction Loreau, tome I, pages 160-164). Tout ce qu’il dit de ces nègres peut, à quelques différences près, s’appliquer aux Arabes. « Les Dinkas n’ont pas d’autre pensée que d’acquérir des bêtes bovines, pas d’autre ambition que de les multiplier. Ils paraissaient avoir pour elles une sorte de respect ; même leurs excréments sont considérés dans le pays comme une chose de grande importance. La bouse, ainsi que nous l’avons vu, est réduite en cendres, qui forment la couche sur laquelle on dort, et le badigeon dont on se revêt ; l’urine est employée au nettoyage des vases culinaires, elle entre dans les cosmétiques et remplace le sel....... Jamais une bête bovine n’est abattue ; on ne mange que celles qui périssent de mort naturelle (les musulmans ne les mangent pas), ou par accident..... Les Dinka n’ont aucune répugnance à manger d’un bœuf que l’on a tué, quand l’animal n’était pas à eux. C’est donc pour le plaisir de les posséder, plutôt que par superstition, qu’ils respectent leurs troupeaux. Le chagrin qu’éprouve un Dinka de la perte de son bétail, soit par la mort, soit par le vol, est indescriptible..... Quand on leur demande à quoi leur sert d’avoir des bœufs, ils vous répondent qu’il leur suffit de les voir engraisser et embellir. » Le colonel Largeau (Les Dinka : Bulletin du Comité de l’Afrique française, 1910) confirme les renseignements donnés par l’explorateur et ajoute : « Quant au lait lui-même, malheur à la jeune femme qui par mégarde en répand quelques gouttes ! Elle peut être frappée de stérilité, ce qui, chez les dames dinkas, est une infirmité très mal portée ».

Schweinfurth fait remarquer, au surplus, que ces diverses coutumes se retrouvent chez beaucoup de tribus pastorales d’Afrique.

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