LES ARABES (continued 2)
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Plus tard, Cherf eddîn fut, à son tour, décapité par ordre de Doud-Mourra et deux de ses successeurs, Oust Khèr et Ḥassen Chaour, subirent le même sort. Le troisième, l’eunuque Gomboro, était réputé pour sa bravoure et aussi pour sa dureté envers les populations qu’il administrait.
En septembre 1906, beaucoup de Salamat, lassés de l’existence intolérable qui leur était faite, se réfugièrent au dar Sila. Le sultan de ce pays, Bakhit, refusa tout d’abord de les livrer à Gomboro ; mais Doud-Mourra expédia l’aguid el Maḥâmid sur les lieux et Bakhit dut céder : il envoya un salam de paix de cent bœufs.
Nous avons eu, à plusieurs reprises, affaire avec Gomboro, dans la région du Baḥr es Salamat. Cet aguid a trouvé la mort dans le combat d’Amm Timan, le 15 février 1908 : « Le lieutenant Tourenq, commandant le poste de Bir el Khala[104] (lac Iro), se mit à la poursuite d’une bande ouadaïenne, composée de 400 fusils à tir rapide, qui venait de razzier les tribus arabes du Baḥr-Salamat soumises à notre influence. Il l’atteignit à Amm Timan, après une marche forcée de 80 kilomètres à travers un terrain crevassé et les hautes herbes, et lui infligea un châtiment exemplaire. L’aguid Gomboro, qui nous combattait pour la troisième fois et avait déjà été blessé dans un engagement avec le capitaine Cornet en mai 1906, fut tué dans l’action. Plus de 70 morts restèrent sur le terrain. Outre l’aguid Gomboro, l’aguid el brich Sosel, l’addri Tchouma, venu directement d’Abéché, étaient au nombre des morts »[105].
Dans le territoire du Tchad, les Oulâd Mousa habitent surtout le Tania (ou Tagna) et le Debaba ; on en trouve aussi quelques-uns dans le dar Kaddada et à l’est du Fitri[106].
Avant l’arrivée des Arabes, le Tania était occupé par des Kouka[107] et le Debaba par des Kotoko. Moussa Oueld Ma’ïn s’installa avec les derniers : certains disent même qu’il entra en lutte avec eux et qu’il les chassa des bords de la Bataḥ[108]. Quoi qu’il en soit, les Kotoko se retirèrent du côté du Chari, laissant le champ libre aux Arabes. On trouve encore des ruines de leurs constructions en trois endroits du Debaba ; il y en a aussi quelques-unes dans la région de Moïto. Il nous a été dit que certains indigènes de la région Bokoro-Moïto seraient les descendants directs de Kotoko restés dans le pays, et qu’on les reconnaîtrait fort bien à la physionomie, aux yeux tout particulièrement.
Avant l’arrivée des Français, les Oulâd Mousa, tout en appartenant au Baguirmi, dépendaient de l’aguid ed Debaba. Ils menaient alors une vie misérable : ils n’avaient pas de bétail, étaient obligés de cacher leur mil et ne pouvaient s’habiller que d’une peau de mouton, car tout autre vêtement leur était immédiatement enlevé. C’est à la suite de pillages exécutés par les Baguirmiens que nombre d’Oulâd Mousa s’enfuirent à l’est du Fitri et allèrent se fixer sur les bords de la grande Bataḥ (Lemka, el Djeziré, Amm Tommès, Djebar). Depuis lors, ils sont revenus petit à petit au Tania, mais ces Arabes forment encore quelques villages à l’ouest d’Atya[109].
Les Oulâd Mousa du Tania vivaient autrefois en désaccord avec les Mayaguené, Baguirmiens métissés d’Arabes, qui habitent la région de Gogo-Amtalha. Cette lutte fut très vive au temps du cheïkh Moḥammed Danab, des Oulâd Mousa. Les Arabes du Debaba aidaient leurs frères du Tania. Danab, chassé par Acyl, dut se réfugier du côté d’Atya et fut remplacé par Kaba.
Enfin, au début de notre occupation, les Oulâd Mousa furent cruellement razziés, d’abord par l’aguid ed Debaba, Acyl, puis par Kodokolangui, un esclave de Gaourang, qui pilla les Yéssiyé et le Debaba.
On trouve des autruches dans les villages du Debaba. Ce pays a été ainsi appelé à cause de la Bataḥ[110].
La Bataḥ, qui porte d’abord le nom de Ba Laïri, prend naissance dans la région de confluents et de dérivations, qui s’étend entre le Baḥr Salamat et le Ba Mbassa. Les Arabes prétendent que le bras principal de ce baḥr serait issu du Ba Mbassa, près de Nigué. Pendant l’hivernage, la Bataḥ amenait autrefois les eaux du Chari dans la zone d’épandage Redediou-Bembé-Gogo, située entre Bokoro et Moïto. Il y avait là une vaste mare, qui ne communiquait pas avec la dépression de Moïto. Mais l’apport d’eau du Chari alla en baissant, surtout à partir de 1902 : actuellement, l’eau ne dépasse plus guère Gama et Nabagaïa, et elle n’atteint El Bakhas qu’exceptionnellement. Ainsi, pendant l’hivernage de 1906, qui fut cependant très pluvieux, l’eau ne dépassa pas Nabagaïa. L’année d’après, au contraire, après une période de pluies très insuffisantes, l’eau du Chari dépassa El Bakhas et arriva jusqu’à Delbini.
Les indigènes disent, de même, que le Baḥr Bourda est issu du Baḥr et Tiné. Les eaux du Bourda, qui finissaient autrefois dans la lagune d’Abou Goada, ne dépassent plus la lagune Ebé. A l’hivernage, tout le reste du baḥr se compose d’un chapelet de mares.
Les habitants du pays rapportent encore que, pendant les hivernages pluvieux[111], le Baḥr Bourda et le Baḥr Guéria communiquent entre eux et qu’on pêche alors, dans la lagune Ebé, le poisson du Fitri et celui du Baḥr et Tiné : on peut différencier, paraît-il, les deux sortes de poisson.
Comme tout le Baguirmi est couvert, à la saison des pluies, de mares et de baḥrs temporaires, on comprend, jusqu’à un certain point, que M. Freydenberg ait pu écrire : « En somme, si la communication n’est pas établie normalement entre le Fitri et le Chari, il suffit d’une crue importante de ce fleuve coïncidant avec de grosses pluies dans le Dékakiré et le Debaba pour qu’une ligne d’eau existe quelque temps entre la lagune et le fleuve »[112]. M. Chevalier dit également que le système très complexe de canaux du Baguirmi méridional « devait lui-même être en communication avec le bras allant du Baro au Ba Reguig de Gaoui[113] par des canaux découpant le Khozzam.
« Tous les pays s’étendant depuis le bas Baḥr Salamat et l’Iro jusqu’au bas Baḥr el Ghazal, sur plus de 300 kilomètres de largeur, étaient donc à une époque qu’il est impossible de préciser, mais vraisemblablement peu reculée, couverts d’innombrables canaux communiquant entre eux par une infinité de bras, tantôt enserrant autour des pics granitiques des aires exondées fort étendues, tantôt venant déboucher dans de vastes lagunes dont les lacs Iro et Fittri sont les derniers vestiges.
« Tous ces pays, actuellement menacés d’une stérilité complète par suite de l’extension du climat saharien, ressemblaient à ce qu’est aujourd’hui l’archipel Kouri, à l’entrée du Baḥr el Ghazal dans le Tchad. Ce lac est lui-même condamné au même sort que ces immenses lagunes[114]. »
Deggâgueré. — Les Deggâgueré seraient issus d’une captive des Yéssiyé, et cette prétendue origine leur vaut d’être peu considérés par les autres indigènes. Ils se sont mélangés à diverses populations noires et aux Pouls qui vivent avec eux[115]. Ils habitent le Dekâkiré et possèdent de grands troupeaux de bœufs. « Grands et sveltes, ces pasteurs ont les membres grêles et nerveux, le teint ordinairement assez foncé, les cheveux légèrement crépus (certains pourtant ont les cheveux lisses et le teint chocolat clair), les traits fins, le front haut, la barbe fournie et portée entière, du moins par les vieillards[116]. »
Le Dekâkiré, qui relève du Baguirmi, était autrefois administré par un fonctionnaire ouadaïen, le koursi Kéréma.
Les Deggâgueré comprennent un certain nombre de sous-fractions :
Djamoussa. — Ces Arabes sont commandés par deux cheïkhs également influents. L’un d’eux, Garga, était autrefois le chef le plus considéré du Dekakiré. Il habite Safrou et commande aux Maïd, Amadia, Oulâd Issé, Oulâd Guérès, Oulâd Lecet, Choudouda.
L’autre cheïkh, Rali, réside à Malangué et commande aux Djamoussa-Djamoussa, Balal, Chélou, Oulâd Hédi.
Fagara (marabouts). — Habitent Dembé.
Am Zed. — Sous-fraction importante qui habite la région de Melfi.
Zoubalat. — A Moskao et Am Djemena.
Boulgouna. — A Komé.
Zalagmé. — A Kouri.
Oulâd Nâṣer. — A Am Bétéré et Diokhana.
Oulâd abou Ali. — A Bougta.
Oulâd am Kéoud. — A Tchéli.
Oulâd am Daoud. — A Am Djoumbo.
Les Arabes Souboul, qui ont le teint rougeâtre, habitent Banama et la région de Bédanga. Ils se rattachent très probablement à la tribu Hémat : ils sont d’ailleurs venus du Guéra, où l’on trouve actuellement certains Hémat (ʿAmer).
Il y a quelques Yéssiyé dans la région de Bédanga (à Bédanga, Zaoua, Gama, Souk, Khibati). Comme tous les Yéssiyé, ces Arabes relevaient autrefois de l’aguid ed Debaba (Abou Kouyouma, Acyl).
Les Yal Nas sont des Arabes ou indigènes arabisés qui vivaient autrefois sous la coupe de certaines populations fétichistes dont ils étaient plus ou moins les captifs ou les serfs. Ils habitent Toutba, Allo.
« La rivière du Dekâkiré (Baro) constituait avant l’ensablement de son lit un canal de jonction entre le Baḥr Salamat et le Ba Laïri. Dans ces deux fleuves, l’eau de la saison pluvieuse arrive à peine à remplir chaque année les dépressions de leur lit en constituant pendant quelques mois des chapelets de mares qui s’assèchent le reste de l’année. A plus forte raison le canal qui les réunissait a perdu toute son importance. Il n’est plus indiqué que par une ligne de points d’eau, presque tous taris au cœur de la saison sèche. Les Arabes du Dekâkiré conduisent alors leurs troupeaux aux mares persistantes et ne les dispersent qu’à l’arrivée des pluies[117]. »
Êssela. — Les Êssela auraient comme origine Ma’ïn abou Mousa et seraient apparentés aux Oulâd Mousa.
Nous avons déjà vu que les Êssela comptent parmi les premiers Arabes venus au Bornou. Ils sont assez nombreux dans ce pays, où leurs principales subdivisions sont les Serâdjiya et les Oulâd ’Aïnâ[118]. Ils habitent Koussri, le Logone, Balgué, Deïma, le district d’Oudjé et la partie du Ngoumâti qui obéit à Guerbeï. Ils se sont mélangés à diverses populations, notamment aux Kotoko-Chaoué.
Les Êssela sont également répandus dans le dar Kaddada (Attiour, Njaïri, Digo, Abou Tchoukli, Am Beguena, etc.). Les femmes Êssela, Yéssiyé et Oulâd ʿAli ont une coiffure particulière, qui est plus ou moins adoptée par les autres femmes Salamat : de longues tresses, assez grosses, pendant de chaque côté de la tête ; du sommet du front partent deux autres tresses qui suivent le milieu de la tête et vont finir sur la nuque, où elles se relèvent en forme d’U.
Au Baguirmi, les Êssela habitent la région au nord de la route Maï Aïche-Ardébé. Ils comprennent deux subdivisions : les Rachidiya, dont le cheïkh réside à Thiéré ; les Doumlouq, qui ont leur cheïkh à El Agré.
Oulâd ʿAli. — Ces Salamat sont fixés au Baguirmi, à côté des Êssela. Leurs deux cheïkhs sont El Lichégri, à Koro, et Abou Sektein, à El Kouhl.
Cheurafa. — Les Cheurafa, Beni-Beder et Beni-Ḥassen sont étroitement apparentés et se rattachent plus ou moins à certaines autres fractions Salamat.
En arabe, chérif veut dire « noble, illustre » : c’est le nom que prennent ceux qui descendent de Moḥammed par sa fille Fatima ; leurs tribus sont appelées Chorafa ou Cheurafa (pl. de chérif).
Jusqu’à quel point la fraction des Salamat mérite-t-elle ce nom ?... Ces Arabes ont été incapables de nous donner le moindre renseignement à ce sujet. Chose à remarquer : dans l’Afrique centrale, il n’y a qu’eux qui portent le nom de Cheurafa[119].
Il y a des Cheurafa au Bornou, entre Dikoa et Kala Balgué : Mouzé, Cheriferi, Dourgoussé, Mboro, Mderdam (près de Goulfeï). Les gens du Chérif, qui commande actuellement à Fort-Lamy, sont venus du Bornou, où ce chef arabe administrait autrefois une quarantaine de villages. Après la chute de Fâdhel Allah, quand nous évacuâmes le Bornou, le chérif nous suivit et vint s’installer sur la rive droite du Chari. Ses gens habitent Fort-Lamy, Mbololi, Bildé et Maï Aïche (commandé par le fils du chérif).
Au Baguirmi, il y a des Cheurafa à Derabi et à Abou Zagra. Leur cheïkh, Abadoud, réside à Derbéï.
Il y a aussi quelques Cheurafa à Atya. Ils sont assez nombreux au Ouadaï, dans le Baḥr el Djideï : ils habitent à côté des Hémat et leur capitale est Am Djellat.
Les Cheurafa sont apparentés aux Hilal (Yéssiyé).
Beni Beder. — Ces Arabes sont apparentés aux Cheurafa et vivent au Bornou, dans le district d’Oudjé. Il y en a quelques-uns au Baguirmi, où ils forment le village de Faqih Barka, Rebouq : leur cheïkh s’appelle Sombo.
Beni Ḥassen. — Ils sont de la même famille que les Cheurafa et les Beni Beder. Ils vivent au Bornou, dans le dar Oualoudji et le Mandara.
Khouzam. — Les Khouzam se rattacheraient à la tribu des Hémat : ils se réclament de Makhzoum, des 72 tribus venues de l’Est. Ils comprennent deux sous-fractions : Khouzam el Baḥariyé et El Alaling (ou Alalik).
Au Darfour, les Khouzam et les Kinâna, leurs proches parents, habitent la province orientale : ils ne sont point nombreux.
Au Ouadaï, on trouve des Khouzam dans le Mâgueren, du côté de Ḥadjer Atim, et dans le dar Zioud. Ils ont là de nombreux villages, où ils vivent mélangés aux Maba et aux autres populations du pays. Certains Khouzam résident dans le Koudougou, au nord du pays des Kadjâgsé : ils sont plus purs que les Salamat. Nachtigal, qui a traversé leur pays en se rendant au Rounga, rapporte ce qui suit : « Les habitants étaient en général rougeâtres de teint, ils n’étaient sédentaires que depuis 1870, après que l’épizootie eut décimé leurs troupeaux. Je fus très surpris de constater que, suivant la coutume du Ouadaï, les femmes des Arabes Khozzam ne pouvaient passer un groupe d’hommes qu’à genoux et à respectueuse distance. La boue et la pluie même ne les dispensaient pas de cet usage. De charmantes jeunes filles, ceinturées de soie, se traînaient à genoux à travers des mares, et c’est à peine si elles osaient se lever quand un homme, pris de pitié à leur vue, les invitait à les passer debout et la tête haute[120] ».
D’autres Khouzam, nomades et abbala, vivaient autrefois dans le pays au nord de la Bataḥ, à côté des Djaʿâdné et des Oulâd Râchid. La région qu’ils occupaient est parsemée de collines sablonneuses : kindoué d’Argana, kindoué de El Foutfouti, etc. On n’y trouve plus maintenant que quelques mesâkîn restés dans les villages (Argana, Karkour, Abou Sadjo, etc.), car la plupart des Khouzam sont passés en territoire français et font partie des « Arabes réfugiés au Fitri ». Ils ne quittèrent le Ouadaï qu’en 1904, alors que les Djaʿâdné étaient déjà partis l’année d’avant. Comme les Ouadaïens étaient furieux du départ de ces derniers, les Khouzam, qui craignaient d’avoir à pâtir de cette irritation, indiquèrent aux gens de l’aguid el Djaʿâdné les silos soigneusement dissimulés, dans lesquels les fuyards avaient enfoui leur mil.
La zone comprise entre le Fitri et le pays khouzam est, en grande partie, inondée pendant la saison des pluies : c’est pourquoi on l’appelle Er Regaba ou El Medjilèt (la mare d’hivernage). On voit, à l’intérieur de cette zone, d’anciens emplacements de villages Oulâd Hemed (Kardom, Dahtalla). Du côté du Nord, se trouve le Rahad Bouloua, où aboutit un ancien bras de rivière, El Oudey, dans lequel se forme, pendant l’hivernage, une succession de mares plus ou moins grandes.
Les Arabes d’Argana appartiennent aux Khouzam el Baḥariyé : cette sous-fraction comprend un grand nombre de subdivisions (Oulâd ʿAli, Oulâd Afan, Am Zihefé, Oulâd Abou Fahil, etc., etc.).
La plupart des Khouzam du Baguirmi relèvent également des Baḥariyé : les Oulâd Zaït, les Kanabké (ou El Meḥâmid) et les Oulâd Makram ont leurs cheïkhs à Djémémizé ; celui des Oulâd Hébé réside à El Kouk. ʿAbd el Djelil, qui commande aux Oulâd Zaït, est le cheïkh le plus considéré des Baḥariyé. Il y a également, au Baguirmi, des Khouzam ʿAlalik : leur cheïkh, Béchara, habite Ngama.
Les Khouzam du Baguirmi n’ont pas le teint clair de leurs frères abbala et ne se distinguent guère des Salamat. Dans leur pays, l’eau est assez profonde : les puits atteignent une trentaine de mètres. A l’hivernage, le sol se couvre, comme partout ailleurs, dans cette région[121], de mares et de baḥrs temporaires ; ceux-ci peuvent être assez considérables : signalons, par exemple, le baḥr qui traverse le pays des Khouzam, des Oulâd ʿAli et des Yéssiyé, et qui porte les noms de Hémemlé et de Matraga. L’eau y séjourne longtemps : en janvier 1907, alors que la plupart des mares du Dagana et la grande mare de Djodol elle-même se trouvaient à sec, le baḥr Matraga était encore plein d’eau ; celle-ci ne disparut complètement que vers le mois d’avril.
L’autruche abonde dans la région, et la partie inhabitée qui s’étend entre Massakory, Massaguet, le Khouzam et Ngourra, est sans cesse parcourue par les chasseurs ḥaddâd. On trouve des autruches domestiques dans tous les villages arabes du nord du Baguirmi, particulièrement dans le Debaba. Salamat et Khouzam abandonnent leurs villages à la saison sèche et se déplacent dans la brousse avec leurs troupeaux. Ils récoltent beaucoup de mil. Ils furent autrefois très maltraités par les Baguirmiens et aussi par les Ouadaïens, notamment par l’aguid el baḥr Haggar et son contingent de Kreda, par l’aguid ed Debaba Acyl et par le djerma ʿOthman, de qui relevait le sultan du Baguirmi. Ces Arabes faisaient alors une grande consommation de fruits de la brousse, surtout de nabaq et de hadjlidj, qui abondent dans le pays ; il n’y a pas de doum.
Les Khouzam du Bornou comptent parmi les derniers Arabes immigrés ; ils passèrent sur la rive gauche du Chari au temps du cheïkh Moḥammed el Amin, dans les environs de 1830. Ils sont métissés de sang noir et se subdivisent en Kanabké, Oulâd Abou Assaf, Omeïrat et Qebesat. Ils sont installés au Ngoumâti, à côté des Oulâd Hemed.
ERÉGAT
Les Erégat, nomades et abbala, habitent le Darfour : ils se réclament de Erêga (ou Rakal), fils de Djinéd[122]. Leur tribu était autrefois très puissante ; elle vivait dans le nord-ouest du pays, loin d’El Fâcher, et méconnaissait souvent l’autorité du sultan. Au début du XIXe siècle, ces Arabes voulurent profiter de la jeunesse du sultan Moḥammed el Fâdhel[123] pour secouer le joug du Darfour. Les troupes envoyées contre les Erégat furent battues à plusieurs reprises et, pour venir à bout de ces nomades, il fallut avoir recours à la ruse. Un envoyé du sultan fit demander les principaux cheïkhs, sous prétexte de leur remettre des vêtements d’honneur et de leur lire un message de son maître. Quand ils furent tous réunis, le Forien s’empara d’eux et les fit coudre dans des peaux, où l’on ne pratiqua d’ouvertures que pour la bouche et les yeux : transportés à El Fâcher, ces Arabes furent mis à mort. La tribu, ainsi privée de ses chefs, fut presque complètement exterminée : ses débris se réfugièrent au dar Tama et dans les pays du nord. Dans les anciens pâturages des Erégat, Moḥammed el Fâdhel fit transporter des Arabes Rizégat des pays du Sud : Maḥariyé, Maḥâmid et Naouâïbé.
Certains Erégat sont devenus sédentaires et vivent, au dar Tama, dans la dépendance d’autres tribus ; mais la majeure partie de ces Arabes mène la vie nomade et habite avec les Ziadiyé, les Maḥariyé et surtout les Maḥâmid, dans la région au nord de Kobéh.
MISSIRIYÉ
Les Missiriyé sont les descendants de Missir, fils d’Attïé. On trouve ces Arabes au Darfour (province de Dara) et dans le dâr Rounga (Mangari) : ils sont baggara.
La plupart des Missiriyé du Ouadaï sont nomades et abbala : ils habitent, au nord de Birket-Fatmé, le pays marqué par les villages de Douggui-Debanga, Ourel, Abou Khous, Ndourla et Cheqq el Hadjlidj. Il y a là une vaste étendue, presque inhabitée, l’Amberkeï, où abondent le kreb et le riz sauvage. Les Missiriyé vont hiverner sur les bords de l’ouâdi Ḥaddâd ; après la saison des pluies, ils redescendent vers le Sud et nomadisent dans l’Amberkeï, tant que l’ouâdi Rima et les mares temporaires contiennent de l’eau. Autrefois, ils passaient la plus grande partie de la saison sèche dans l’Abou Telfan. Mais ce pays a été cruellement traité depuis quelques années : nous avons déjà dit que les Ouadaïens, non contents de piller les villages et les récoltes, réduisaient encore en esclavage les malheureux Diongor dont ils pouvaient s’emparer. Quant aux Missiriyé, ils furent razziés en 1905 par le djerma ʿOthmân, qui fit même exécuter quelques-uns de leurs cheïkhs. Depuis ce temps-là, ils passent généralement la saison sèche dans la vallée de la Baṭaḥ, à Kindoué, Es Safik, Naïmoun, Mourdaf et Am Ḥadjer. Les mauvais procédés des Ouadaïens à l’égard de ces Arabes ont d’ailleurs continué : ainsi, en 1906, l’aguid ez Zebada, Aḥmed el Mâgné, enleva tous les chameaux de plusieurs fractions Missiriyé. C’est pourquoi, en juillet 1907, au cours de la reconnaissance du capitaine Jérusalémy, un grand nombre de Missiriyé passèrent en territoire français, où ils vinrent grossir le nombre des « Arabes réfugiés au Fitri ».
Les Missiriyé se divisent en Missiriyé ḥoumr et Missiriyé zourq : les premiers relèvent de l’aguid el Mâgné, et les seconds de l’aguid ed Dri. Cette distinction en ḥoumr et zourq tiendrait, paraît-il, au teint de leurs ancêtres respectifs ; il n’y a pas, en effet, de différence marquée entre les deux fractions au point de vue de la couleur : on trouve dans chacune d’elles des gens au teint foncé.
Les Missiryé ont la réputation d’être voleurs et d’être encore plus pillards que les autres Arabes nomades, ce qui n’est pas peu dire ; ils ont d’ailleurs fait de nombreuses incursions au Fitri, où ils venaient piller nos protégés. Autrefois, ils ne vivaient pas toujours d’accord avec leurs voisins, Djaʿâdné, Khouzam et Oulâd Râchid ; ils se réunissaient pourtant à ceux-ci pour lutter contre les Maḥâmid.
Taʿâliba. — Les Taʿâliba descendent de Ta’leb, fils de Missir. Ils sont baggara et habitent au Darfour, avec les Missiriyé.
Hawtiyé. — Les Hawtiyé sont des demi-Arabes : on dit qu’ils seraient issus d’un esclave de Missir. Ils sont peu nombreux et habitent la province occidentale du Darfour.
RIZÉGAT[124]
La tribu des Rizégât est la plus considérable du Darfour : Nachtigal rapporte que, en cas de guerre, ces Arabes auraient pu mettre 10.000 cavaliers en ligne.
L’ancêtre des Rizégât est Rizq ou Rizeq, fils d’Attïé, qui s’installa dans le sud du Darfour avec ses trois fils, Maḥar, Maḥmoud et Naïb, leurs familles et leurs troupeaux. La tribu se développa dans la région d’immenses forêts qu’elle habitait et devint très puissante : elle put même braver l’autorité du sultan du Darfour et vivre dans une indépendance presque complète. Cette situation durait depuis plusieurs siècles quand Moḥammed el Fâdhel, dont nous avons déjà parlé, arriva au pouvoir. Ce sultan, résolu à réduire les Rizégat, cerna peu à peu les forêts où ils se tenaient et en massacra un grand nombre : le reste fut fait prisonnier ou dispersé. On mit à mort ceux d’entre les prisonniers qui dépassaient la trentaine ; les autres furent rangés en trois groupes, selon qu’ils descendaient de Maḥar, de Maḥmoud ou de Naïb. « Chacun de ces groupes fut à son tour partagé en deux parties : les Arabes de la première furent autorisés à vivre comme par le passé dans leur patrie avec leurs femmes et, comme presque tous les troupeaux étaient tombés aux mains de ses chefs, le sultan fit donner un bœuf et une vache à chaque homme, ainsi qu’à chaque femme dont le mari avait été tué pendant le combat ; l’autre moitié, hommes et femmes, fut transportée sous escorte au nord du Darfour. Là, chacun reçut un chameau et une chamelle et on leur assigna pour demeure les pâturages des Erégat qui avaient été presque complètement exterminés[125]. » Les tribus actuelles des Maḥariyé, Maḥâmid et Naouâïbé, qui nomadisent dans le nord du Darfour et sont abbala, descendent en partie de ces derniers Arabes[126]. Comme on le voit, elles sont étroitement apparentées aux Rizégât baggara installés dans le Sud.
Les Rizégât habitent, en compagnie des Pouls, le pays de Chekka. Ils sont célèbres par leur turbulence : ils vécurent presque toujours en état de rébellion contre le gouvernement régulier du Darfour et, après avoir été quelque temps en désaccord avec l’aventurier Ziber, ils l’aidèrent dans sa lutte contre le sultan Ibrahim Koïko. Assez bons musulmans, très courageux, les Rizégât furent des premiers, parmi les Arabes du Darfour, à répondre à l’appel du Mahdi et à prendre les armes contre les troupes égyptiennes. Cela ne les empêcha pas, d’ailleurs, d’attaquer plus tard les contingents mahdistes qui avaient agi à leur égard d’une manière vexatoire : ceux-ci ne durent leur salut qu’à l’intervention opportune d’un lieutenant du khalife ʿAbdoullahi.
Les Rizégât comprennent un certain nombre de fractions (Omm Serer, Oulâd Moḥammed, etc.). Ils nomadisent dans le sud du Darfour et ils vont passer la saison sèche dans les pâturages du Baḥr el Ghazal.
Maḥariyé. — Les Maḥariyé sont abbala et mènent la vie nomade dans la région comprise entre le Darfour et le pays des Bideyat. Ils vivent en état d’hostilité avec ces derniers : les deux peuplades passent leur existence à se voler les troupeaux et à faire l’échange des prisonniers.
Les Maḥariyé du Darfour vont chaque année chercher du natron à Bir el Milḥ (le puit du sel). « Bir el Milḥ est situé au nord d’El Fâcher, en plein désert ; on met pour l’atteindre dix jours, pendant lesquels on ne rencontre ni eau ni végétation[127] ». Pour s’y rendre, les Arabes suivent la grande route des caravanes qui va du Darfour à Siout, dans la haute Égypte, par Legia, Bir Selima, Bir ech Chebb, Beris et El Khayeh : cette voie est appelée derb el ʿarbaïn (le chemin des 40 jours). Le natron que les Maḥariyé vont chercher sert à faire la solution d’eau natronée dont les chameaux sont si friands : la tribu fait le commerce de ce natron au Darfour.
Maḥâmid. — Ces Arabes sont très nombreux : on les trouve au Darfour et au Ouadaï.
Au Darfour, ils nomadisent dans le nord-ouest du pays, avec les Erégat et les Maḥâriyé.
Au Ouadaï, les Maḥâmid forment une des tribus les plus puissantes et les plus considérées : ils possèdent d’immenses troupeaux de bœufs et de moutons, et on vante aussi leur richesse en chameaux. Ils habitent la région d’Ourâda, au nord-ouest du dar Mimi, où ils se seraient installés bien avant le règne d’ʿAbd el Kerim ben Djamé. « Le terrain est peu accidenté ; les dunes dominent. A l’Est, les monts Affala et Korbol (80 mètres de relief) sont les points culminants ; ils marquent la limite des terrains de parcours des Maḥâmids.
« Arada est le principal point d’eau de la région. Pendant la saison des pluies, c’est une grande mare alimentée par des ouadis de faible débit venus des monts Affala et du mont Korbol ; pendant la saison sèche, il y a de nombreux puits où l’eau est très abondante et très bonne.
« Au Nord, les puits de Kagimir et de l’ouadi Ouagad permettent d’atteindre Om-Chalouba.
« Les cultures sont à peu près nulles, mais les pâturages sont assez suffisants, surtout dans les ouadis. Près d’Arada, quelques tribus cultivent de maigres champs de coton.
« Cette région est exclusivement habitée par les Arabes nomades... Pendant la saison des pluies, ils abandonnent Arada et conduisent leurs troupeaux à l’Est, vers les monts Affala et Korbol, où les ouadis et les thalwegs fournissent d’excellents pâturages pour les bœufs et les chameaux. Jadis ils s’établissaient au Nord, sur les bords de l’ouâdi Kagimir et de l’ouâdi Ouagad. La crainte des rezzou senoussistes les a ramenés en arrière.
« Pendant la saison sèche, ils s’établissent à Arada[128]. »
Selon les renseignements donnés par le lieutenant Lucien, les Maḥâmid n’auraient plus le teint clair qui caractérisait autrefois ces Arabes. « Ils ont à peu près perdu le type de leur race ; leur mélange avec les autochtones ayant créé un type noir aux traits réguliers. Ils sont intelligents, astucieux, menteurs, pleins de mépris pour ceux qui ne sont pas de leur race. Ils ont su garder leur nationalité au milieu des peuples guerriers qui les ont asservis. Jadis alliés aux Ouadaïens, ils sont devenus leurs tributaires. En plus de l’impôt annuel, ils fournissaient pendant les expéditions les animaux de transport et un certain nombre de cavaliers... Les Maḥâmids peuvent mettre en ligne 400 à 500 guerriers, dont une centaine armés de fusils à tir rapide[129]. »
Les Maḥâmid sont réputés comme ayant pris, au contact des Ouadaïens, les habitudes de violence et de brutalité qui distinguent ces derniers. On dit même que, dans leurs campements, les vieillards à barbe blanche (chioukh) — toujours nombreux chez les Arabes qui mènent la vie pastorale — ne sont pas bien traités et qu’on n’a pour eux aucune espèce d’égards.
Les Maḥâmid boivent le khall, boisson fermentée faite avec des dattes et cela suffit à montrer combien leurs mœurs diffèrent de celles de leurs voisins arabes de l’Ouest. Ils sont négligents dans l’exécution de leurs devoirs religieux et ne se montrent que musulmans assez tièdes. Ils ont le teint relativement clair, et tout le monde s’accorde à dire qu’ils parlent l’arabe le plus pur de la région du Tchad.
Autrefois, les Maḥâmid ne vécurent pas toujours d’accord avec le sultan du Ouadaï : ils furent razziés par Moḥammed Chérif, et leur cheïkh, Bella, dut se réfugier au Darfour. On dit que la femme de Bella, Kinbélé — dont la beauté avait excité, au plus haut point, le désir du cheïkh ḥamidi Meguedji — fut la cause bien involontaire de la lutte qui éclata, plus tard, entre les Maḥâmid et les Oulâd Râchid (Ḥamida et Zebada). Ces derniers furent vaincus, mais, sous le règne de ʿAli, ils purent prendre leur revanche avec l’aide des Djaʿâdné et des Missiriyé : ils battirent les Maḥâmid et leur enlevèrent un grand nombre d’animaux.
Les Maḥâmid ont fait autrefois de nombreuses incursions au Borkou et chez les Bideyat : les gens qu’ils enlevaient étaient vendus comme esclaves sur le marché d’Abéché. Par contre, ces Arabes avaient à souffrir des expéditions de pillage que menaient, dans les pays du nord du Ouadaï, les Touareg, les Oulâd Slimân et les Tedâ.
La domination des Senoussia au Borkou inaugura, pour les Maḥâmid, une ère de calme et de tranquillité. Les relations de Doud-Mourra avec la confrérie, quoique peu amicales au début, furent toujours pacifiques, et les Maḥâmid purent alors, sans crainte d’être pillés, faire un peu de commerce avec les pays du Nord : ils allaient chercher, avec leurs chameaux, les dattes et le sel blanc du Borkou, ainsi que le sel rouge de Demi et du pays des Bideyat. Leur éloignement du territoire français mit pendant longtemps les Maḥâmid à l’abri des reconnaissances exécutées par nos troupes. Cependant, en mars 1908, le lieutenant Ferrandi tomba sur Ourâda et coupa pour un temps la route directe du Borkou au Ouadaï.
Après la prise d’Abéché, le lieutenant Lucien parcourut le pays des Maḥâmid, en août et septembre 1909. Les Arabes firent leur soumission, et un rezzou senoussi (Arabes, Touareg et Bideyat) fut surpris et dispersé, sur les bords de l’ouâdi Maï, à l’est d’Amm Chalôba. L’aguid el Maḥâmid, Aḥmed, resta préposé à la surveillance de la région du Nord, avec une centaine de fusils. Les Khouan étaient furieux de voir les Maḥâmid et leur aguid reconnaître la domination des Chrétiens. Le cheïkh senoussi Moḥammed Ṣâlèh Kéréma envoya même une lettre à Ourâda, pour engager les Arabes à faire défection. Il ne fut point écouté, et les Senoussia vinrent alors, à plusieurs reprises, razzier le dâr Maḥâmid.
En mars 1911, une compagnie méhariste fut installée à Ourâda.
La tribu est commandée par l’aguid le plus puissant du Ouadaï : le cheïkh qui commande l’ensemble des fractions Maḥâmid n’est que le khalifa de l’aguid. Moḥammed ould Bechara, qui fut tué le 17 juin 1908 au combat de Djoua, remplissait ses fonctions d’aguid el Maḥâmid depuis la prise de Massnia par le sultan ʿAli (1870). Il était, au Ouadaï, un personnage aussi considérable que Doud-Mourra lui-même : c’est à lui, d’ailleurs que ce dernier devait en grande partie sa fortune. Appuyés l’un sur l’autre, ces deux hommes n’eurent rien à craindre des diverses factions qui au Ouadaï plus qu’ailleurs, se donnaient libre cours. Moḥammed avait épousé une sœur de Doud-Mourra, Mérem Zara : pour sauvegarder la réputation de sa famille et aussi pour faire plaisir à son puissant ami, le sultan n’hésita pas à faire couper le cou à l’aguid el Baḥr, le débauché Adem ould Keneticha, qui avait eu commerce (koubbanya) avec Zara.
Les progrès de l’occupation française et la fuite de certains Arabes au Fitri ayant enlevé aux Ouadaïens une grande partie de leurs ressources, les Maḥâmid furent plus pressurés que par le passé. Ils eurent parfois aussi à pâtir du voisinage du Darfour : c’est ainsi que, en 1906, ils furent attaqués et pillés par l’aguid Adoum Roudjal, chef de guerre du sultan ʿAli Dinar. Après la prise d’Abéché, l’aguid el Maḥâmid Aḥmed, fils de Moḥammed ould Bechara, embrassa la cause d’Acyl. Il fit défection en mars 1910, et alla rejoindre son oncle Doud-Mourra dans le dar Zegâoua. Il fut remplacé par un frère d’Acyl, Sérhéroum, qui trouva la mort dans un combat livré à un rezzou senoussi, sur les bords de l’ouadi Maba, le 2 septembre 1910.
Les Maḥâmid comprennent un certain nombre de fractions : Oulâd Zêd, Oulâd Nedja, Oulâd Djenoun, Oulâd Cheïkh, Oulâd Manṣour, Seif ed Din, Oulâd Djenab, Ḥamdiyé et Teyifat.
Quelques-unes d’entre elles habitent la partie du Ouadaï qui confine au Darfour, notamment le dar Tama.
Avec les Maḥâmid vivent des Ḥaddâd Gourân (Kodera), des Ayal Baba et un certain nombre d’Arabes appartenant aux tribus voisines du Darfour : Erégat, Maḥariyé, Naouaïbé. C’est parmi les fogara des Erégat et des Maḥariyé que sont choisis, d’après une tradition séculaire, les interprètes du sultan (khechoum el kelâm, bouches du langage).
Oulâd Yasin. — Les Oulâd Yasin habitent le Darfour. Leur ancêtre est Yasin, fils de Barek, fils de Maḥmoud. Ils sont donc proches parents des Maḥâmid ; mais ces derniers prétendent que, après la mort de Maḥmoud, son fils aîné Chaïq remaria sa mère à un esclave et que la descendance des Oulâd Yasin est issue de cette union.
Chigguêrat ou Choudjerat. — « Ils sont rougeâtres de teint et paraissent être de la famille des Maḥâmid. C’est leur qualité de baggara qui les en distingue. Ils habitent entre Nimro et l’Aïd el Djemel[130]. »
Chouqeqat. — « Ils sont alliés aux Maḥâmid mais d’une famille différente. Ils sont peu nombreux, habitent le Kondongo et le bassin occidental de la Bétéha. En automne, ils se retirent chez les Maḥâmid ou dans le Bitakguinnek[131]. »
Naouâïbé. — Les Naouâïbé sont abbala et nomadisent dans le nord-ouest du Darfour, en compagnie d’autres Arabes : Maḥariyé, Maḥâmid, Erégat, etc. Ces tribus se sont plus ou moins mélangées aux Zegaoua Amm Kimmélté, population complètement arabisée.
On trouve également des Naouâïbé au Ouadaï, où ils sont sédentaires et baggara. Ils habitent sur les bords de la haute Bataḥ (Akroub), et possèdent de superbes troupeaux de bœufs. Comme la plupart des Arabes du sud du Ouadaï, ils abandonnent leurs villages à la saison des pluies, pour gagner les pâturages du nord.
Tordjem. — Ces Arabes sont considérés comme des parents éloignés des Rizégat ; la pureté de la race a cependant été altérée, chez eux, par des alliances avec des esclaves.
Au Ouadaï, on trouve les Tordjem dans le dar Zioud et dans la région de la haute Batah, à côté des Massalat el Hoch : ils sont sédentaires et baggara.
Au Darfour, le plus grand nombre réside dans le Dâr Fêa, la province la plus occidentale du pays (à Oumm Sehaba et dans le district de Bouré) ; les autres Tordjem habitent avec les Ziadiya, les Beni Holba et les Rizégat du nord. Ces Arabes sont baggara et presque tous sédentaires. Ceux situés près de la frontière du Ouadaï sont réputés comme jouissant d’un grand bien-être. Nachtigal nous a décrit la toilette de leurs femmes. « Elles se faisaient remarquer, dit-il, par la richesse de leur coiffure et de leurs bijoux. De petites tresses de cheveux leur encadraient la tête et se greffaient sur deux grosses tresses serties de perles qui allaient du front jusqu’à la nuque, deux colliers de perles entouraient leur visage, des perles encore se balançaient à chaque tresse et retombaient jusque dans la nuque. Le corail de pacotille, le cheguig[132], l’ambre (kaouadim), le somit[133] et le zeïtoun[134] étaient largement mis à contribution. Elles portaient au-dessus des tempes, sur chaque côté de la tête, un anneau d’argent de moyenne grandeur avec fermeture en corail et six ou sept autres au-dessus de l’occiput. D’autres anneaux plus grands leur pendaient aux narines ; chez quelques-unes, le nez était percé d’un fil où s’enfilaient des perles. Au cou enfin, elles portaient d’étroits colliers, où l’on remarquait des morceaux d’ambre gros comme des œufs de pigeon. En général, ces femmes Tordjem avaient la taille bien faite, le visage aimable ; leur teint rougeâtre leur donnait un attrait spécial..... Il vint aussi quelques Arabes de la tribu des Maḥâmid, dont les chameaux étaient dans le voisinage. Le piteux aspect de leurs femmes qui n’étaient vêtues que de peaux, sans aucun bijou, contrastait avec les vêtements luxueux et la riche parure des femmes Tordjem. Quelle condamnation de la vie nomade[135] ! »
La coiffure décrite plus haut, qui rappelle celle des femmes Salamat et des femmes Lisi, présente beaucoup d’analogie avec la coiffure des Ouadaïennes[136]. Elle est plus ou moins adoptée, d’ailleurs, par les tribus arabes du Ouadaï qui sont sédentaires. D’une façon générale, les femmes du Ouadaï parent leur chevelure de bijoux en argent ou en or, de perles, d’ambre, etc. On retrouve cette habitude chez certaines fractions arabes de l’ouest, et les femmes des Deggâgueré, par exemple, mettent également des perles et du corail dans leur chevelure.
Dans les tribus arabes, comme nous l’avons déjà dit, les hommes ont presque toujours la tête rasée. Cependant, au Ouadaï, quelques-uns d’entre eux laissent croître leurs cheveux et les arrangent en petites tresses, tout comme les Maba : nous avons remarqué le fait, par exemple, chez des Tordjem du dar Zioud.
Au Darfour, nombre d’Arabes, surtout parmi les nomades, gardent également les cheveux longs.
OULAD RACHID
Les Oulâd Râchid racontent une histoire assez singulière au sujet de la conception de leur ancêtre Râchid, fils posthume de Djinéd. Les Arabes se trouvaient du côté de l’Égypte quand ce dernier mourut. Les oulémas s’assemblèrent aussitôt afin de laver le corps conformément aux rites religieux ; mais, chose qui les étonna profondément, certaine partie du corps du défunt présentait une verticalité particulière, qu’ils ne purent faire disparaître. On discuta, on fit appeler les femmes de Djinéd, on les interrogea et on finit par comprendre que le cheïkh désirait connaître — au sens biblique du mot — la plus jeune d’entre elles. On les laissa seuls, daker Djinéd defega, comme disent les Arabes, et le défunt eut un fils de plus, Râchid.
Les Oulâd Râchid habitent le Bornou et le Ouadaï. Ces Arabes allèrent s’installer au Baḥr el Ghazal et, après la lutte contre les Salamat, ils occupèrent la région de la Bataḥ que ceux-ci venaient d’abandonner. Les Kecherda les remplacèrent dans le Baḥr el Ghazal et dans la région appelée El Ḥarr. Plus tard, la tribu se dispersa : certaines fractions passèrent sur la rive gauche du Chari et une partie du reste descendit vers le Sud, du côté du Baḥr Salamat.
Les Oulâd Râchid du Bornou comptent parmi les premiers Arabes venus dans le pays. Ils constituent la fraction des Djo’ama et se subdivisent en Hémédiya[137] et Sawarima. Ils se sont conservés plus purs que beaucoup d’autres Choa. On les trouve dans les districts de Karagouaro et de Magomeri : Nachtigal évalue leur nombre à environ 2.000.
Ceux du Ouadaï comprennent trois fractions : Zebada[138], Ḥamida et Azid.
Chez les Zebada, on distingue les Oulâd Nour, Mélékat, Oulâd Abou Zaït, Dâr Salem et Zioud ; chez les Ḥamida, les El Fadhalia, Oulâd Abou Nafé (Nafia), Oulâd Mogaddem, El Hômarat, El Euouas, Oulâd Matrouk, Oulâd Bellal et Siérat. La plupart de ces Arabes habitaient autrefois la région comprise entre la Bataḥ et le Mourtcha ; ils s’échelonnaient le long de l’Oudey — les Zebada à l’Ouest (El Adara, El Ḥémédiya), et les Ḥamida à l’Est (du côté de la grande mare d’Er Rouhoud). On les appelait Râchid el Bataḥ. Ils menaient une existence analogue à celle de leurs voisins, les Khouzam et les Missiriyé. Ils allaient hiverner sur les bords de l’ouâdi Ḥaddâd et, à la saison sèche, regagnaient les pays du Sud : les Zebada s’installaient sur les bords de la Batah (Atya, Chibéna, Koundiourou) ; les Ḥamida circulaient le long de cette rivière, traversaient le Moubi et allaient demeurer quelque temps avec leurs frères du Baḥr Râchid. Les captifs et les Mesâkin restaient dans les villages, où ils cultivaient le sol.
Durant les années 1904 (Moḥammed Fanioura ʿAbd en Nebi) et 1905 (El Khalil), la plupart des Râchid el Bataḥ, lassés des exactions ouadaïennes, se réfugièrent au Fitri. Le cheïkh El Khalil n’y resta pas longtemps ; il eut des dissentiments avec les autres Arabes réfugiés et il fut froissé de voir que, chez nous, les prérogatives attachées au titre de chef des Zebada étaient limitées : c’est pourquoi il s’enfuit au Ouadaï avec un certain nombre de campements (Oulâd el Haggar, Oulâd Hemed, Oulâd Djibril), en octobre 1905. Il fut dès lors notre ennemi déclaré et aida Badjouri dans tous les coups de main dirigés contre le Fitri et nos Arabes protégés. En juillet 1907, il vint à Seïta, en compagnie des Arabes Missiriyé, faire sa soumission au capitaine Jérusalémy.
On trouve, chez les Zebada, la sous-fraction maraboutique des Mélékat : ces Arabes relevaient autrefois de l’imam ouadaïen El Djezouli, qui fut remplacé par son fils Adem.
Quant aux Zioud, ils habitent le pays très peuplé qui porte leur nom et qui s’étend à l’ouest d’Abéché : ils sont sédentaires et leur teint est légèrement foncé, car ils se sont mélangés à diverses populations, en particulier aux Ouadaïens. « On peut dire que presque toute la province du Dar Zioud est arabe. Les Tordjem, les Missiriyé ḥoum ou zourq, les Oulâd Hemed, les Khouzam y habitent. D’ailleurs les autres groupements ethniques ont adopté la langue et les mœurs arabes : tels sont les Maba de sang royal, les quelques Kouka, les Toundjour, les Guimr ; puis encore les Beraouna (Bornouans), les Djellaba, les Massalat, les Kachméré, les Tama, les Djebel et enfin les Dorouq, qui sont originaires du centre de l’Afrique. Cette dernière tribu n’habite que Bir Yoyo, leur teint est gris, leur langue paraît être de la même famille que celle des Guimr, mais ils ne parlent plus que l’arabe[139]. »
Certains Ḥamida (Dilla ?) habitent la partie orientale du Ouadaï, sur les bord de l’ouâdi el Ḥamra (Abker, Chokkan), à côté des Beni Ḥassen et des Tordjem.
Les Azid habitent la partie sud-ouest du Ouadaï, non loin des Arabes Salamat. Leur pays est traversé par le baḥr Fodjo, qui forme la lagune de même nom, et par le déversoir des lagunes Bougdi et Ndouma (ou Andoma) : les deux baḥrs se réunissent à El Houguena, qui est la capitale des Râchid el Baḥariyé (Râchid du Baḥr). La rivière résultante prend le nom de Baḥr Râchid et va se jeter dans le Baḥr Salamat à El Djideï. Les Azid sont sédentaires : ils élèvent des bœufs et pratiquent l’agriculture. Dans le pays qu’ils habitent, la terre est grasse et produit notamment beaucoup de sorgho (bérbéré) ; mais de grosses mouches, analogues à celles du Fitri, y sont un fléau pour le bétail. Ces Arabes, qui sont bien moins purs que leurs frères de la Bataḥ, se sont quelque peu mélangés aux Ḥamida qui venaient passer la saison sèche dans le Baḥr Râchid. Jusqu’à ces derniers temps, ils avaient vécu avec nous dans des termes peu amicaux. Mais les combats victorieux que nous avons livrés aux Ouadaïens (Amm Timan, Dokotchi, Djoua), semblent les avoir fait renoncer à toute attitude hostile à notre égard.
Certains Azid vivent également dans la région montagneuse située au nord-est du Baḥr Râchid (Bourma Taguil) : on les appelle Râchid el Ḥidjar (Rachid des montagnes).
On trouve enfin quelques Oulâd Râchid dans le pays de Boli et de Kourtali.
Beni Ḥassen. — « Ils sont de la même famille que les Ḥamida ; de teint rougeâtre et peu nombreux. Ils habitent les bords de l’Ouâdi el Ḥamra ; comme leurs frères, ils vont chercher en automne des pâturages plus riches[140] ».
Beni Holba[141]. — On considère les Beni Holba comme des parents éloignés des Oulâd Râchid. Ils sont nombreux au Darfour, et Nachtigal rapporte qu’ils pouvaient mettre 3.000 cavaliers en ligne. Cette tribu était beaucoup plus puissante autrefois, au temps où elle refusait de payer l’impôt à Moḥammed el Fâdhel ; mais ce sultan la décima, lui enleva ses troupeaux et, par la cruauté dont il fit preuve envers elle, mérita d’être appelé La Mort des Beni Holba.
Les Beni Holba, comme la plupart des Arabes de l’intérieur du Darfour, se sont mélangés aux autres indigènes et leur teint est généralement bronzé. Ils sont baggara et habitent autour du Djebel Marra, dans le district de Rô-Kouri. On en trouve également dans la région comprise entre le Djebel Marra, le dâr Sila et le pays des Taacha, particulièrement sur les bords de l’ouâdi Sâlèḥ. Les Beni Holba vivaient autrefois en état d’hostilité avec leurs voisins les Taacha. Lors du mouvement madhiste, ils prirent les armes, attaquèrent les troupes égyptiennes et contribuèrent à la chute du Darfour. Ils forment actuellement une tribu puissante, que le sultan ʿAli Dinar est tenu de ménager.
Hors du Darfour, on trouve des Beni Holba au dâr Sila et dans la partie orientale du Ouadaï.
BEDRIYÉ
Les Bedriyé ne sont pas des ’Yal Djinéd : ils se réclament de Bedr, fils de Dahmech, fils de Bounou Chaker. Ils habitent, au Darfour, la province orientale d’Abou Bâli. Ils possèdent quelques chameaux, mais ils élèvent surtout des bœufs et sont devenus en partie sédentaires.
EL FEZARA
Les Arabes qui descendent d’Aḥmed el Afzer sont appelés Fezâra : ils habitent presque tous le Darfour. Les deux fractions les plus importantes de ce sous-groupe sont constituées par les Ziadiya et les Maliya.
Ziadiya. — Les Ziadiya se subdivisent en Kouroumsiya et Qasarina. Ils habitent au nord d’El Fâcher, dans le Dâr Tokouniawi. Ces Arabes sont nomades et abbala. Nachtigal rapporte qu’ils possédaient cependant assez de chevaux pour pouvoir mettre 2.000 cavaliers en ligne.
Maliya ou Maaliya. — Les Maliya comprennent les Oulâd ’Abdou et les Ma’aqila. Ils sont abbala et nomadisent dans le Dâr-Abou-Dâli, au sud-est d’El Fâcher. « La tribu des Maaliya est, de toutes les tribus arabes du Sud, celle dont les mœurs s’effacent le plus rapidement. Adonnés à la boisson, menant la vie la plus dissolue, les Maaliya sont méprisés par les Arabes Ḥabbaniyé, Rizégât, Missiriyé et Ḥamer, qui ne boivent pas de spiritueux et tiennent encore un peu à la pureté des mœurs[142]. » Les Maaliya donnèrent cependant, avec les Rizégât et les Ḥabbaniyé, le signal de l’insurrection mahdiste dans le Darfour méridional.
Autres fractions. — Les Fezâra comprennent encore les fractions suivantes : Habbabin, Djelledat, Medjânin, Zanatit, Oulâd Igoï, Beni Oumm Ron et Beni Djerrâr. Ces Arabes habitent la partie orientale du Darfour : ils sont abbala et, pour la plupart, sédentaires. Les Zanatit et les Medjânin sont quelque peu représentés au Ouadaï. Ils sont sédentaires et agriculteurs : les premiers résident à ’Id el Gara’a ; les seconds à Ḥadjer Tokoulla, Medjânin et Daraba.
ZABALAT, MAHADI, ISSIRRÉ
Ces tribus, peu nombreuses, sont installées au Ouadaï, près de la frontière du Darfour. Elles doivent probablement se rattacher aux Arabes Djoheïna ; les deux premières appartiennent à la même famille et ont le teint fortement bronzé.
Les Zabalat sont fixés sur les bords de l’ouâdi Delal et émigrent au Kounoungo en automne. Les Mahadi, sédentaires et agriculteurs, habitent au sud du pays des Soungor. Les Issirré sont sédentaires à Chokkon et à Nella, où ils pratiquent l’agriculture.
ḤAMER OU ḤOMR
« Les frères Ḥamed el Afzer et Ḥamed el Adjezem avaient une sœur qui, après la mort de son père, contracta secrètement mariage avec un Tourroudj (tribu au teint clair mais non noble) ; elle devint ainsi l’aïeule des Ḥamr, dont le nom dérive de Aḥmar, c’est-à-dire rouge. Les Ḥamr (ou Ḥomr) forment une très nombreuse tribu, qui habite les districts-frontières du Kordofan et ceux du Dar-Four oriental : elle est riche en chameaux et peut mettre 1.000 cavaliers en ligne[143] ».
Cette tribu est l’ennemie héréditaire des Kabâbich et des Maliya.
TRIBUS NON-DJOHEINA
KABABICH
Nachtigal rapporte que les Arabes Djoheïna passent pour être proches parents des Kabâbich. D’autre part, d’Escayrac de Lauture, qui considère par erreur les Arabes du Soudan comme des tribus qoréïchites, range les Kabâbich, les Ḥamer et les Toundjour parmi les tribus non-qoréïchites.
Les Kabâbich nomadisent, avec leurs chameaux, dans la partie du désert qui s’étend entre le Kordofan et Dongola. Au temps où régnait le khalife ʿAbdoullahi, ces Arabes virent leurs biens confisqués par ce dernier, sous prétexte qu’ils n’avaient pas fait de pèlerinage à Omdourman, où se trouvait le tombeau du Mahdi. « La tribu des Kabâbich avait longtemps fait le commerce de la gomme et possédait beaucoup d’argent, que selon leurs coutumes, ils avaient enfoui dans le désert à un endroit connu d’eux seuls. Des tortures de toutes espèces les forcèrent de trahir leur cachette et de livrer leur fortune[144]. » La plupart de ces Arabes gagnèrent alors l’oasis de Omm Badr, où on n’osa les poursuivre.
BENI ḤASSEN DU DARFOUR
« Les Beni-Ḥassen du Dar-Mâdé habitent un district dont le centre est marqué par le Djebel Ottâch ; ils peuvent mettre en ligne de 6 à 700 chevaux et prétendent être venus du Yémen. Bien que cette origine ne soit pas démontrée, ils ne sont en tout cas ni des Fezâra, ni des Soudjan (Soudanais)[145]. »
KOROBAT
« Les Korobat prétendent descendre du Yémen et en dernier lieu de Sabâ, un petit-fils de Yoqṭan[146] ; ils ne seraient donc pas Ismaélites, mais Sabéens. Lorsque les For soumirent les Guimr, qui commandaient la région du Djebel Nokat, située entre le Tama et le pays des Zegaoua, ils trouvèrent les Korobat. Ces Arabes se sont dispersés depuis dans le nord du royaume[147]. »
Il y a aussi quelques Korobat au Ouadaï, dans la région du ouâdi Lobbode et du ouâdi Delal : leur teint est bronzé et ils sont sédentaires.
DIALIIN
Nous ne saurions terminer cette étude d’ensemble des Arabes de l’Afrique centrale, sans parler des Dialiin. Ces Arabes habitent la vallée du Nil et ne se rattachent ni aux Ḥassaouna, ni aux Djoheïna. Ils sont cependant bien connus dans les pays dont nous nous occupons, par suite du rôle qu’ils y ont joué avec Zibêr, Solimân oueld Zibêr et Râbaḥ. D’autre part, les Djellâba, ces petits commerçants que l’on trouve dans la partie de l’Afrique comprise entre le Nil et le Haoussa, sont en majeure partie des Dialiin.
Les Dialiin se réclament de Ṣâlèḥ ibn ʿAbdallah ibn ʿAbbâs ; comme on le voit, ils font remonter leur origine à ʿAbbâs, oncle du Prophète, et c’est pourquoi ils se disent ʿAbbassides (ʿAbbassiyé, Benou ʿAbbâs). Ils habitent principalement la vallée du Nil, dans la région de Khartoum : d’où les noms de Baḥara, Baḥarina et ’Ayal el Baḥr[148], qui leur sont donnés au Darfour et au Ouadaï. Les Dialiin comprennent un certain nombre de fractions : Djimeab, Sadab, Magadib, etc.
L’aventurier Zibêr appartenait à la fraction des Djimeab. Il avait réussi, en faisant le commerce de l’ivoire et des esclaves, à se tailler une sorte de principauté dans le Baḥr el Ghazal. A la cour d’El Fâcher vivait, à ce moment-là, un certain faqih, Moḥammed el Boulali, qu’une vive inimitié séparait du vizir (ouzîr), Aḥmed Chettâh. Celui-ci fit tuer les deux fils de son rival, et le faqih, résolu à se venger, quitta le Darfour et se retira à Khartoum. Là, il vanta les richesses des pays du Sud et il décida le gouvernement égyptien à l’envoyer dans le Baḥr el Ghazal, pour prendre possession des provinces non occupées. La lutte éclata, naturellement, entre Zibêr et El Boulali : ce dernier fut battu et tué. Le vainqueur, grâce à des présents adroitements distribués, sut cependant se faire pardonner cette attaque par les Égyptiens, et il fut nommé gouverneur du Baḥr el Ghazal. Il tourna alors ses vues du côté du Darfour, dont il voulut s’emparer : il fit à Khartoum des propositions en ce sens et celles-ci furent finalement adoptées.
Depuis Moḥammed el Fâdhel, la puissance du Darfour était allée en déclinant et les Rizégât menaient de nouveau une existence presque indépendante dans le sud du pays. Ces Arabes pillèrent une caravane de Zibêr, qui traversait leur territoire pour se rendre du Kordofan au Baḥr el Ghazal et tuèrent les gens qui en faisaient partie. L’aventurier prit prétexte de cette agression pour envahir le Darfour : il massacra un grand nombre de Rizégât et s’installa solidement à Chekka. Sur ces entrefaites, le sultan Ḥassen mourait et était remplacé par son fils Ibrahim Koïko (1873).
Le vizir Aḥmed Chettah, qui attaqua Zibêr, fut battu et tué ; les Rizégât avaient prévenu les Dialiin de l’arrivée des Foriens et se tenaient prêts à accabler la troupe vaincue : ils tombèrent sur les fuyards, en massacrèrent un grand nombre et firent un butin immense. Zibêr, après avoir reçu du gouvernement égyptien un renfort d’hommes et de canons, s’avança jusqu’à Dara. Il repoussa une attaque du sultan du Darfour et poursuivit ce dernier jusqu’à Manoatchi : là, une bataille s’engagea et Ibrahim Koïko fut vaincu et tué. Le Darfour tomba alors entre les mains de Zibêr qui reçut le titre de Pacha. Mais des contestations s’élevèrent par la suite, entre lui et le représentant du gouvernement égyptien, Ismaʿïl Ayoub Pacha. Zibêr demanda et obtint l’autorisation de se rendre au Qaire pour présenter ses hommages au khédive, l’assurer de sa fidélité et aussi lui exposer ses griefs : il y fut retenu prisonnier[149] (1874).
Sur ces entrefaites, Gordon succéda à Ismaʿïl Ayoub comme gouverneur général du Soudan. Zibêr avait été remplacé par son fils, Solimân oueld Zibêr, dont les chefs étaient pour la plupart Dialiin et anciens marchands d’esclaves. Solimân et ses compagnons eurent un moment l’idée d’attaquer Gordon, mais le général réussit à apaiser l’orage et nomma le fils de Zibêr gouverneur du Baḥr el Ghazal, avec le titre de bey. Depuis le départ de Zibêr pour le Darfour, cette province était administrée par un intendant du nom d’Idris oueld Dabter, qui appartenait à la tribu des Danâgla. Les Danâgla (pl. de Dongolâoui : habitant de Dongola, Dongolais) sont méprisés par les Dialiin, qui les considèrent comme les descendants de l’esclave Dangal, le fondateur de la ville de Dongola : ils sont le produit d’un mélange d’Arabes immigrés avec d’autres indigènes.
La vieille inimitié qui régnait entre Dialiin et Danâgla fit qu’Idris Dabter, ne voulant pas rendre compte de ses actes à Solimân, s’enfuit à Khartoum. Là, il dit que le fils de Zibêr considérait le Baḥr el Ghazal comme sa propriété personnelle et qu’il accordait toutes ses faveurs aux Dialiin, au grand détriment des autres tribus, des Danâgla en particulier. Grâce à ses intrigues, Idris réussit à obtenir la déposition de Solimân et à se faire nommer à sa place. Le fils de Zibêr, irrité, déclara qu’il ne céderait qu’à la force. Les marchands de la région durent alors opter pour l’un des deux partis : les Dialiin, qui formaient la majorité d’entre eux, se déclarèrent pour Solimân ; les Danâgla et les autres pour Idris Dabter. Solimân, qui avait grossi ses troupes de certains contingents, en particulier d’Arabes Rizégât et Ḥabbaniyé, était installé à Dem Zibêr (le camp de Zibêr) : il enleva Dara. Mais le gouvernement égyptien envoya contre lui une expédition, sous les ordres de Romolo Gessi. Solimân échoua dans les attaques qu’il dirigea contre Ganda ; Gessi le poursuivit, le battit et s’empara de Dem Zibêr, où les Danâgla se partagèrent en secret la plus grande partie du butin. Solimân, traqué, se réfugia alors dans les grands territoires de l’Ouest et Gessi ne rencontra qu’une troupe de partisans commandée par Râbèḥ (Râbaḥ), qui fut facilement battue et dispersée.
Afin d’empêcher Solimân de se ravitailler en armes et en munitions, Gordon Pacha avait interdit tout commerce entre El ʿObéïd, Chekka et le Baḥr el Ghazal. Mais les Djellaba réussissaient à se glisser par petites troupes à travers les régions peu peuplées et couvertes d’immenses forêts, où nomadisent les Arabes baggara du Sud : Ḥouazma, Ḥamr, Missiriyé, Rizégât, etc. « Les rebelles payaient à des prix extravagants les munitions et les armes. Pour un fusil à percussion à deux coups, par exemple, on donnait six ou même huit esclaves ; une petite boîte de capsules pouvait en valoir un ou deux. L’argent était rare et les esclaves formaient la valeur régulière d’échange[150]. » L’édit de prohibition restait lettre morte, et le commerce très lucratif des armes ne faisait que grandir. Gordon prit alors des mesures énergiques pour enrayer le mal : il ordonna aux cheïkhs des tribus arabes de se saisir de tous les Djellâba qui se trouveraient dans leur territoire et de les diriger sur certains points du Darfour. « Les Arabes commencèrent donc une chasse générale et effrénée contre les Djellâba qui, dépouillés de leurs biens et même de leurs vêtements, furent chassés presque nus et par centaines, comme des fauves, vers Dara, Taouecha et Omm Changuer[151]. »
Solimân, dont les forces fondaient à vue d’œil, errait dans la partie méridionale du Darfour. Gessi partit de Kalaka, résidence des Arabes Ḥabbaniyé, pour marcher à sa rencontre. Il fit proposer la paix au fils de Zibêr : les Dialiin obtiendraient la vie sauve et la sécurité des biens, à condition toutefois que leur chef se soumettrait au gouvernement égyptien et livrerait ses armes et ses bazinguers. Solimân et tous ses compagnons, sauf Râbèḥ, voulaient accepter les propositions de Gessi. Râbèḥ était d’avis de partir vers les régions lointaines du Sud-Ouest, au lieu d’aller s’installer dans la vallée du Nil et de demander directement la paix au vice-roi d’Égypte ou tout au moins à Gordon Pacha : en aucune façon il ne voulait traiter avec les Danâgla détestés. « Râbèḥ finit son discours en déclarant que, si ses propositions étaient repoussées, il se verrait obligé, à son grand regret, de réunir ceux qui voudraient se joindre à lui et de partir pour l’Ouest à la grâce de Dieu. Il répéta encore, avec plus d’énergie, qu’en aucun cas il ne consentirait à se soumettre à la domination de Gessi et des Danâgla, quelques bienveillantes que pussent paraître leurs propositions de paix[152] ».
Finalement, Solimân et huit de ses chefs signèrent une lettre de soumission, qui fut envoyée à Gessi. Râbèḥ, avec ses partisans et un grand nombre de bazinguers, se sépara alors de ses compagnons et entama la fameuse marche vers l’Ouest, qui devait le conduire sur les bords du Tchad.
Quant à Solimân Zibêr, il fut victime des intrigues nouées contre lui par les Danâgla. Ceux-ci, indépendamment de la haine qu’ils lui avaient vouée, craignaient que Solimân ne fît connaître à Gessi quel riche butin ils avaient indûment enlevé à Dem Zibêr ; comme ils ne voulaient pas le restituer au gouvernement égyptien, ils tenaient à faire disparaître le témoin gênant qu’était Solimân. Ils l’accusèrent d’entretenir des relations avec Râbèḥ et de vouloir reprendre la lutte contre Gessi. Ce dernier demanda alors des explications au fils de Zibêr et à ses huit compagnons : les Dialiin répondirent avec vivacité, une dispute s’ensuivit et Gessi, furieux, ordonna de les fusiller immédiatement. Les Danâgla obéirent avec l’empressement que l’on conçoit (15 juillet 1879). Cinq autres chefs, qui avaient abandonné Râbèḥ et se tenaient cachés chez les Arabes, furent pris et également mis à mort[153].
« Ainsi tombèrent Solimân et tous ses chefs, à l’exception de Râbèḥ. La puissance des Baḥara (c’est ainsi que l’on nommait Zibêr, ses partisans et ses alliés) était anéantie.
« Le gouvernement, dans cette campagne, avait fait de grosses pertes en hommes, en armes, en munitions, etc., tandis qu’au contraire, les tribus baggara du sud, Taacha, Ḥabbaniyé et Rizégât, qui avant et après la soumission de Solimân avaient fait un riche butin en Bazinguers et en armes, se trouvaient enrichies et désormais en situation d’augmenter leur puissance. Aussi devaient-elles nous susciter plus tard de graves difficultés[154]. »
Djellâba. — Les marchands appelés Djellâba sont originaires du Kordofan et de la vallée du Nil. Ils n’appartiennent pas à une tribu particulière : certains d’entre eux sont des Berâbré de la région de Dongola et de Dâr en Nouḥâs ; d’autres relèvent de la famille arabe, comme les Dialiin, les Tcharata et les Chaïkié ; d’autres encore tirent leur origine de l’Égypte proprement dite, comme les Oulâd er Rif ; ou d’un mélange de diverses populations, comme les Meghâreba, qui doivent être venus de l’Ouest, etc. Ils comprennent trente fractions, dont les plus nombreuses sont constituées par les Dialiin et les Danâgla. Les Djellâba sont nombreux au Darfour, où leurs groupes résident plus particulièrement dans certaines localités (Taouécha, Menawâtchi, El Fâcher, Kobéh, Qabqabiya, etc.). Au Ouadaï, leurs principales colonies sont à Abéché et à Nimro. Dans le Territoire du Tchad, on les trouve à Melmé (Fitri), à Tchekna et à Fort-Lamy. Enfin il y en a également au Bornou.
L’arrivée au Bornou de Râbaḥ et de ses Dialiin releva considérablement la situation des Djellâba dans la région du Tchad. Il ne semble cependant pas que ces marchands y aient jamais été méprisés comme ils le sont encore actuellement au Ouadaï et au Darfour. Là, on emploie souvent le mot de Dongolâoui pour désigner un Djellâbi, et ce nom est toujours employé dans une acception de mépris. Au Darfour, on dit couramment : « Ed Dongolâoui ouaḥed cheiṭân modjelled be djild el insân, le Dongolais est un diable qui a revêtu la peau d’un homme[155] ». De même, Nachtigal rapporte qu’au Ouadaï « être traité de Dongolâoui, était une insulte aussi grave que celle de ḥaddâd (forgeron) ou kabartou (caste de musiciens, méprisés dans le pays). Ce n’était que par le sang que l’on pouvait laver de pareilles injures ».
Les Djellaba commencèrent à pénétrer au Ouadaï dans la première moitié du XIXe siècle : ils y fondèrent une colonie importante dans la ville de Nimro. Mais le sultan Moḥammed Chérif (1838-1854), les dépouilla de leurs biens, les massacra et finalement les bannit de son royaume. Son successeur, ʿAli, les rappella : il couvrit les Djellaba de sa haute protection, s’intéressa à leur commerce et nomma même quelques-uns d’entre eux à des emplois de confiance ; il était très lié avec un Djellâbi originaire de Khartoum, le ḥadj Aḥmed Tangatanga, qui était son confident et son conseiller.
Les Djellâba pullulaient dans le Baḥr el Ghazal, au temps où les gros marchands d’esclaves ʿAli bou Amouri, Djour Ghattas Zibêr, etc., menaient des expéditions régulières contre les malheureux Fertit de la contrée. Schweinfurth rapporte que le commerce des esclaves fut particulièrement actif durant l’hiver 1870-1871 et nous donne, à ce sujet, des détails édifiants. Il estime qu’en fixant à 25.000 le chiffre des esclaves enlevés chaque année, on est bien au-dessous de la réalité, et il nous dépeint l’activité inlassable et cupide des Djellâba qui venaient acheter ce bétail humain. « J’ai entendu Zibêr, écrit l’explorateur se plaindre de l’affluence des Ghellabas, me dire que ses provisions en étaient épuisées, et le pays menacé de famine. Je tiens de sa propre bouche que, depuis le commencement de la saison, les caravanes avaient jeté dans le district deux mille de ces aventuriers. A la mi-janvier, ce chiffre avait grossi ; quinze jours après, il arrivait à deux mille sept cents...
« Chacun de ces petits marchands, selon ses moyens, prend à son service un ou plusieurs Baggâras auxquels il confie le soin des bêtes qu’il possède. Le chameau, ne résistant pas longtemps à l’influence du climat, est très rarement employé comme moyen de transport. Tout Ghellaba monte à âne, et l’on peut affirmer qu’il y passe la moitié de son existence. On ne voit pas plus un de ces petits marchands sans son âne qu’un Samoïède sans son renne. Outre le cavalier, la bête porte au moins dix pièces de cotonnade ; si elle survit au voyage, elle est troquée contre un ou deux esclaves. La charge vaut trois fois autant : d’où il résulte que l’homme au baudet, arrivé sans autre chose que sa monture et vingt-cinq dollars de calicot, se trouve en possession d’au moins quatre esclaves qu’il peut vendre à Khartoum deux cent cinquante dollars. Il revient à pied, faisant porter ses bagages et ses vivres par sa nouvelle marchandise. »
Quand Schweinfurth demandait aux Djellâba de la classe inférieure — exposés à voir leur âne mourir en chemin, ou leurs esclaves prendre la fuite — « comment ils pouvaient quitter leur pays natal, leurs relations, changer leurs habitudes, accepter des maux de toute espèce sur une terre étrangère, pour faire un commerce qui ne les mettait que rarement à l’abri du besoin », il obtenait toujours la même réponse : « Nous voulons avoir des grouches (des piastres) »[156].
Nous avons déjà vu que, par la suite, les Djellâba furent durement traités par Gordon Pacha, et que la haine qu’ils inspiraient aux autres indigènes trouva une occasion inespérée de passer aux actes.
Le mot arabe djellâb signifie : marchand d’esclaves, de nègres. Le nom des Djellâba est donc tout un programme et caractérise le genre de commerce qu’affectionnent ces indigènes. Intelligents, possédant le sens du négoce, âpres au gain, on les retrouve partout tels que nous les ont dépeints Schweinfurth et Slatin. Ils ne trafiquent que de marchandises qui procurent de copieux bénéfices : ivoire, plumes d’autruche, esclaves et munitions de guerre. Ils ne sauraient point s’astreindre, par exemple, à faire le commerce modeste de beaucoup de Bornouans, qui rôdent dans les pays du Tchad, en portant sur la tête quelques thalers d’oignons, de tabac, ou de graines odoriférantes pour les cheveux des femmes.
Si le commerce de certaines marchandises est interdit, les Djellâba ne s’embarrassent point de la défense : ils passent ces articles en contrebande et se laissent rarement prendre sur le fait.
Avant l’interdiction de tout trafic entre le Territoire du Tchad et du Ouadaï, ils approvisionnaient d’ivoire, de plumes d’autruche — et aussi d’esclaves — les caravanes de Tripolitains venues à Abéché. Ils savaient rafler ces marchandises dans les pays où elles se trouvaient : la case du Djellâba était bien connue des chasseurs, et il se faisait toujours représenter dans les grands marchés du pays (Dinguerrorom, dans le Dagana, Laḥmeur, etc., pour les plumes d’autruche ; les marchés du Dagana et du Baguirmi pour l’ivoire). Quand la provision d’ivoire et de plumes était suffisante, les Djellâba chargeaient les bœufs et gagnaient le Ouadaï. S’ils pouvaient ajouter à leur stock de marchandises, des armes et des munitions volées à droite et à gauche, cela augmentait considérablement les bénéfices, car les Ouadaïens en donnaient un bon prix, payé en bétail et en esclaves, toutes choses faciles à écouler. Les Djellâba ont toujours gardé d’excellentes relations avec l’ex-aguid el Baḥr Badjouri, qui est un de leurs compatriotes.
Les Djellâba détiennent tout le commerce dans les régions du Soudan anglo-égyptien qui avoisinent le Darfour et le Kouti. Malgré la surveillance dont ils sont l’objet, ils font la traite des esclaves et la contrebande des armes : le centre le plus important de ces trafics clandestins paraît être En Nouhout, au croisement de plusieurs routes, non loin de la frontière du Darfour. Le Sudan Times, du 7 juillet 1910, rendant compte des mesures prises contre l’esclavage, écrivait : « Un nouveau poste a été établi près de la frontière du Darfour pour empêcher l’exportation des esclaves dans les contrées des Kabâbish et des Kawahla et pour servir de frein aux marchands gallaba qui essaient de temps en temps d’envoyer dans l’Ouest des esclaves déguisés en domestiques ».