III LE PRINCIPE DE LA CHARITÉ
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Le principe d'un acte, ou sa cause génératrice et maîtresse, importe plus que l'acte lui-même, car c'est par son principe que l'acte acquiert son degré de valeur esthétique, c'est-à-dire morale. Réduit au mécanisme physique, l'acte est indifférent: c'est l'extériorisation d'une force et rien de plus. Que l'effort des muscles se résolve en un sauvetage ou en un meurtre, les deux actes sont les mêmes, et pour les différencier il faut avoir compris leur principe initial; mais ce principe peut être commun, avidité, vanité, obéissance, courage:—et un meurtre apparaîtra vêtu de toute la sanglante beauté du désintéressement, et un sauvetage sali de toute la vase du fleuve et de toute la boue de la récompense. Que, les principes déterminés, le châtiment intervienne et efface le crime; que la récompense, aussi sûrement, efface l'oeuvre qui la motiva, et l'on retrouve l'état d'indifférence qui est l'état normal de l'acte et qui sera l'état même de l'Activité le jour où tous les actes possibles auront été accomplis. Il faut donc, si l'on veut absolument juger, ce qui est un jeu défendu, mais bien humain, juger non les actes qui ne sont que des mouvements et dont la direction peut être à chaque instant déviée par des causes secondaires ou postérieures, mais les pré-actes les actes en puissance, les actes au moment même où ils vont être déterminés par le principe initial; il faut juger le principe même et non le fait, et, ici, chercher quel est le principe qui peut conférer à un acte la qualité d'acte de charité, en opposition avec la foule des actions ainsi qualifiées d'ordinaire, mais indûment.
I
La vie, qui est un acte de foi, puisque l'homme est incapable de vérifier les notions sur lesquelles s'appuie son existence même quotidienne, est aussi un acte de charité puisqu'elle est un échange perpétuel de notions et de sentiments entre les hommes et entre l'homme et le reste de la nature. Parmi ce torrent d'effluves, les actions communément appelées charitables ne sont qu'un tout petit souffle, et souvent de vanité,—mais qui siffle comme un jet de vapeur, afin de capter l'attention et la sensibilité des âmes. Ces actions n'ont que le mérite d'être conscientes; elles le sont jusqu'à l'ostentation et jusqu'au mensonge, car elles arrivent à faire croire qu'elles ont seules droit au nom d'actes de charité, alors que leur principe les range parmi les plus ordinaires gestes du commerce.
Les actes charitables ne sont le plus souvent que des actes commerciaux, vente, achat, échange: gagner le ciel, gagner l'estime générale, gagner sa propre estime, gagner le repos de sa conscience; acheter une joie; se défaire d'un remords; échange d'une monnaie contre une bénédiction; achat d'une chance favorable, d'un avantage, encore que problématique, d'un bonheur, encore qu'illusoire. Tous ces actes obéissent au principe du gain, atténué çà et là par le principe du plaisir. Ce dernier principe est seul en cause quand la charité, acte d'amour ou acte de pitié, prend un caractère noblement égoïste et conforme à la destinée de l'homme, qui est de s'affermir dans sa vie et de s'affirmer dans l'exercice des sentiments qui lui font éprouver fortement la joie de la supériorité personnelle. Par les actes d'amour et de pitié qui souvent se confondent (surtout chez les femmes, et c'est un socle où elles haussent délicieusement), l'homme conquiert la sensation de se grandir et même de devenir unique; créateurs d'allégresses vraiment divines, ces actes ont les mêmes effets que la douleur: ils différencient puissamment celui qui les accomplit avec pureté; ils le dressent sur la colonne du Stylite d'où les cailloux du désert ne sont que des grains de sable, d'où le sable se ride et rit avec des fraîcheurs d'eau. Mais là encore, et puisque l'expérience d'un tel résultat peut s'acquérir, le désintéressement n'est pas absolu; la conscience du but n'est pas toujours ni tout à fait absente et, quoique rien de social ou de pratique ne souille de tels actes (ils peuvent être, cela est toujours sous-entendu, socialement criminels), c'est encore plus loin qu'il nous faut chercher le principe de la charité parfaite.
Le principe de la charité est le don gratuit, pur et simple, sans désir, sans espérance, sans but. La nature et l'humanité la plus voisine de la nature nous donneraient de cela des exemples si on les devait choisir inconscients: la charité de la fleur, la charité du châtaignier, la charité du boeuf, la charité du chien,—la charité du génie, la charité de la beauté,—la charité de la mer, la charité du soleil,—la charité de Dieu (dont l'être est indéterminé) qui maintient, selon les lois, la succession des phénomènes et l'activité de l'intelligence;—mais la véritable charité est l'acte de l'homme conscient qui vit selon sa propre personnalité et d'après les règles de sa logique intérieure et individuelle. Cet homme donne ce qu'il a et donne ce qu'il est. Pour fleurir, il n'emprunte pas, chardon, la sève du lys, il n'est ni le lierre ni le miroir: il ne plante pas ses griffes dans la tige plus forte d'autres intelligences, ni ne vole la grâce d'autres âmes; herbe ou métal ou créature vivante, il n'offre à la frairie des êtres et des choses que l'opulence naturelle d'un généreux égoïsme, conforme au rythme, adéquat aux gestes divins.
La plus grande charité est donc de vivre et de consentir à être dans la prairie une tache d'ocre ou de laque et de borner son rôle aux relations qu'une nuance doit avoir avec les autres nuances. Mais pour vivre il ne suffit pas d'exister; il faut avoir la conscience de sa vie et de sa couleur et de son jeu et, cette triple conscience acquise, maintenir la succession de ses phénomènes et l'activité de son intelligence: en cela, l'homme est dieu et son propre Dieu, et, devenu son propre Dieu, il atteint le sommet suprême de la charité, qui est l'amour de soi-même en quoi est impliqué le don de soi-même.
Aimer, c'est donner; s'aimer, c'est se donner: ainsi par le raisonnement le plus simple on identifie, à l'infini, l'amour et l'égoïsme, le moi et le non-moi, dans la conscience de se sentir indéterminé: l'égoïsme pense l'amour, et, pensé l'amour, se vivifie et s'épand en ondes sur le monde. Ces ondes, comme celles que dessine sur l'eau une pluie de pierres, s'entrelacent sans se confondre et sans briser leurs cercles qu'un mouvement sûr extend, à partir du point de chute, jusqu'à une limite inconnue. Parmi l'harmonie de tant d'ondulations invincibles, les actes de la charité commerciale viennent crever comme la bulle d'air revomie par une grenouille.
II
Ce que l'on nomme la vie de relation participe donc en plusieurs de ses mouvements à la charité la plus haute, mais cette vérité ne sera pas plus amplement démontrée, car les choses ayant deux faces et les mots leurs exigences, on attend sans doute un examen bref des faits les plus conformes à la définition des lexiques et que l'on revienne, pour ne pas contrarier plus longtemps le commun des habitudes cérébrales, à l'analyse des actes pratiqués et monopolisés par des «coeurs utiles».
L'idée que la charité doit être utile est presque nouvelle; elle date sans doute de saint Vincent de Paul, ou du moins l'on s'accorde à faire honneur de cette invention curieuse au célèbre philanthrope, au Parmentier des petits enfants. Avant lui, la charité n'était qu'un rachat de personnelles fautes; elle gardait son caractère égoïste et digne de prodigalité; elle était vraiment, le plus souvent, un don sans conditions, sans but que d'être un don; elle était un sacrifice; elle avait la grâce et la pureté de l'oubli: elle ne suivait pas son argent des yeux. Aujourd'hui l'on va jusqu'à produire, presque en justice, le reçu du Pauvre, avec timbre de quittance. On fait un placement de vanité ou de peur. Le carnet à souche de l'aumônière est devenu un bouclier contre les jets de boue, et quand il est périmé on en fait de la pâte à papier d'affiches. La charité est devenue une des formes de la réclame: savoir piper l'argent miséricordieux et le répartir entre les plus adroits hurleurs est un talent apprécié chez les journalistes, qui envient un métier si généreusement productif et chez les petits bourgeois qui ont le respect de la comptabilité, de l'ordre, de l'économie et qui donnent, non au pauvre qui passe, mais à l'indigent certifié par un numéro d'agenda.
Mais qu'elle serve, sycophante, les intérêts d'un audacieux philanthrope ou qu'elle soit l'assurance contre la grêle signée par un trembleur innocent, la charité perd également tous ses caractères essentiels: en d'autres circonstances, elle n'en garde que peu et c'est, par exemple, singulièrement la diminuer en beauté que de la faire descendre au rang de rouage social, moteur d'ordre humain, complice des tyrannies de la civilisation. On a dit que l'aumône était l'une des insultes du riche envers le pauvre. Presque toujours: parce qu'elle n'est presque jamais le don gratuit. On achète, pour quelques argents, le silence et la sagesse du pauvre; mais l'aumône qui ne demanderait rien en échange, l'aumône d'un verre d'eau-de-vie à un ivrogne, serait-ce vraiment une insulte? Il est affreux de conduire chez le boulanger la triste créature qui tend la main; la voilà l'insulte, et impardonnable, l'insulte d'une charité méprisante qui limite le besoin pour limiter le don. Et que savez-vous si ce pauvre n'a pas besoin d'une fleur ou d'une femme? Le pain que vous lui offrez, il ne devrait le manger que trempé dans le sang amer de vos veines rompues. La charité qui limite et qui choisit est cruelle et dérisoire; si l'on y mêle la notion du devoir, elle s'ironise encore et s'aggrave, et se déshonorerait, si c'était possible.
Peut-on déshonorer la charité?
Villiers de l'Isle-Adam, d'un obscène mendiant, disait qu'il déshonorait la pauvreté. C'est aller loin. Si des pauvres sont abjects ils ne déshonorent qu'eux-mêmes; et la charité est-elle avilie par la danseuse qui, en un hideux bal de bienfaisance, fait choir un plaisir à l'humiliation d'un devoir? Les mots collectifs ne sont pas responsables des unités qu'ils signifient: élevés au rang d'idées, ils ne peuvent être amoindris par la trahison d'un fait.
Qui peut déshonorer la joie?
Mais la charité est une joie à laquelle, comme à toutes les joies, il faut un peu d'hypocrisie, le demi-jour, le pas de nom, l'acte d'homme pur et simple, comme la possession d'une femme dont on ne connaîtra que la surface et qui n'entendra que l'anonyme cri de l'Homme, dans l'ombre d'une oeuvre secrète.
Février 1896.
IV
LA DESTINÉE DES LANGUES
les oranges et comme les fleurs; mais on songe que ce directeur d'une revue française le pourrait être, si son exode avait fourché, d'un recueil allemand ou d'un magasin anglais, et tel voeu touchant la simplification de notre orthographe et, en vérité oui! de notre syntaxe, ne laisse pas que de nous troubler au souvenir, évoqué aussitôt, d'un célèbre jugement du roi Salomon. Sit ut est, aut non sit; ce mot d'un jésuite prénietzschéen, la plus haute parole échappée à l'instinct de puissance, doit être rappelé avant toute discussion. Sa clarté dispense de longs commentaires.
Il est toujours amusant de voir un Tchèque ou un Polonais offrir du fond de son coeur à un Français de Reims ou de Rouen des moyens délicats d'améliorer la langue qu'il apprit dans le ventre de sa mère; on passe sur l'impudence et l'on rit: on aime à rire sur les bords de la Seine et sur les bords de la Marne. Mais nous avons affaire à un sérieux judaïque qu'aucune plaisanterie n'écorche, et il nous faudrait peut-être traiter sérieusement d'un sujet qui semblait réservé jusqu'ici à égayer la fin des vaines séances académiques.
En voici l'exposé, repris à son commencement:
Jadis, assure-t-on, le français était la langue parlée par le plus grand nombre d'hommes. Ce jadis est imprécis. Je vois bien, d'après les petits bonshommes gradués comme des fioles d'officine (dont le démonstrateur éclaire libéralement l'intellect de ses nombreux lecteurs), je vois bien, dis-je, que le français est aujourd'hui serré d'assez près par le japonais et que, bien au-dessus de la française, la fiole russe dresse sa capsule noire; je vois bien les rapports arithmétiques qu'il y a entre les chiffres 85, 58 et 40,—mais c'est tout, car il s'agit des langues humaines, c'est-à-dire de pensée, d'art, de poésie, et non pas de sucre, de poivre ou de café. Songez qu'il y a presque deux fois plus de moulins à parole qui broient du russe qu'il n'y en a d'abonnés à moudre du français! Et quoi? Il y a encore bien plus de moulins chinois: il y en a trois ou quatre cent millions. La statistique est l'art de dépouiller les chiffres de toute la réalité qu'ils contiennent. Un égale un, parfois; le plus souvent 1 = x. L'auteur, qui est israélite, devrait se souvenir qu'une petite tribu de Bédouins a imposé sa religion au monde entier. Le grec classique n'a jamais été parlé à la fois par un peuple plus nombreux que les Suisses ou les Danois.
Mais le grec serait mort et sa littérature aurait péri sans la puissance byzantine; et c'est le javelot romain qui planta le latin dans l'Europe occidentale. La destinée d'une langue est déterminée par deux causes, l'une intime et l'autre d'action extérieure, l'une toute littéraire et l'autre toute politique. Cette seconde cause est la plus forte; elle peut anéantir la première; mais si elle s'y ajoute, au lieu de la contrarier, elle peut acquérir une puissance indestructible. L'avenir sera ce qu'il lui plaira; ce qui est hors de notre influence et de notre raison ne doit pas nous intéresser fortement. Cependant il est évident que la langue de l'Europe future sera la langue du vainqueur de l'Europe; et s'il est probable que la Russie soit la Rome de demain, il est probable que le russe soit le latin des prochains siècles. Le rôle de la France, avilie par des gouvernements indignes, étant désormais purement littéraire (à moins d'un improbable réveil), la question qui peut amuser est celle-ci: dans quelle proportion, à côté de la langue du vainqueur, les langues des vaincus futurs peuvent-elles espérer de vivre littérairement?
C'est-à-dire à l'état de langues mortes, de langues de parade ou de cénacles. Car la vie et l'unité d'une langue sont intimement liées à la vie et à l'unité politiques d'un peuple. L'histoire de la langue française l'a montré clairement, quoique à rebours, et l'évolution de l'espagnol dans l'Amérique du Sud sera prochainement un argument pour cette thèse, qui n'est pas d'ailleurs contestable. Les états de l'Europe vaincue, en perdant leur autonomie, verront leurs langues se fractionner rapidement en une quantité de dialectes dont la différenciation sera croissante. Ou, pour mieux dire, les dialectes de France, par exemple, qui sont encore vivants et fort nombreux, n'étant plus dominés par un parler commun qui les régisse et les coordonne, deviendront de véritables petites langues particulières aussi différentes entre elles que le wallon et le provençal, le picard et le portugais. Les Français de Lyon ne comprendront plus ceux de Nantes, ni ceux de Paris ceux de Rennes. Il y aura des années et peut-être des siècles de grand trouble, une anarchie linguistique analogue à la grande anarchie qui suivit la destruction politique de l'empire romain. Mais les hommes, et c'est leur fin, sont ingénieux à tourner les obstacles que la nature leur impose. Ayant besoin d'une langue d'échange, ils accepteront sans aucun doute celle du vainqueur. Ces acceptations, dont il y a tant d'exemples dans l'histoire, semblent inexplicables parce qu'on les croit bénévoles. Mais si l'on réfléchit que les fonctions publiques, l'influence et la richesse ne sont plus abordables pour les vaincus qu'au moyen de la langue du vainqueur, qui est le bac ou le pont joignant les deux rives du fleuve, les apostasies linguistiques apparaissent au contraire absolument conformes à ce que l'on doit entendre de la nature humaine, toujours inclinée du côté du bonheur sensible.
Cependant les Barbares n'imposèrent pas leurs langues au monde romain; le latin, que les Vandales avaient respecté en Afrique, ne céda que beaucoup plus tard à l'invasion arabe. Il faut sans doute tenir compte, dans l'examen de ces faits contradictoires, soit de l'intelligence, soit du caractère du vainqueur. Pourquoi le latin qui avait résisté aux Vandales ne put-il résister aux Arabes? Sans doute parce que, malgré que leur nom ait acquis une mauvaise odeur, les Vandales, d'une race douce et intelligente, plus sensuelle que vaniteuse, furent vite amollis et amusés par une civilisation dont tous les éléments n'étaient pas étrangers à leur mentalité. Mais aucun contact ni de sentiment ni d'intelligence ne fut possible entre l'Arabe et le Romano-Vandale; les vainqueurs exercèrent tous leurs droits et même celui du massacre.
Le caractère orgueilleux des Romains avait eu le même résultat que la stupidité des Arabes. Pas plus que l'Anglais ou le Français d'aujourd'hui, ils ne voulurent considérer comme un outil respectable la langue des vaincus; les soldats de César ne songèrent pas plus à parler gaulois que mexicain les compagnons de Cortez. Chose singulière, Cortez avait trouvé un interprète au seuil de l'empire mystérieux qu'il allait dompter en quelques semaines; César en trouva autant qu'il y avait de dialectes en Gaule: il y a des hommes pour qui les défenses de la nature deviennent des complices. Mais le futur vainqueur de l'Europe rencontrera, non des dialectes sans intensité, mais les langues robustes et résistantes, appuyées sur des littératures anciennes, respectées, vivaces, sur des traditions administratives, sur la foi populaire qui, en certains pays d'Europe, identifie avec beaucoup de raison la langue, la race et la patrie politique. Dans ces luttes suprêmes, les littératures seront encore une force; quand les armées auront été anéanties, au-dessus des mâles égorgés les femmes se dresseront pleines d'imprécations et de gémissements où la langue des vaincus affirmera sa volonté de vivre, même pour la souffrance et pour le désespoir, et les enfants oublieront difficilement le son des syllabes qui auront, autant que les larmes, autant que les sanglots, pleuré leurs pères. Mais la vie, plus forte que les sentiments particuliers, est aussi plus forte que les sentiments nationaux. Les langues de l'Europe périront toutes, malgré ce qu'elles contiennent de beauté et d'humanité; elles périront toutes selon la tradition orale: si l'une ou deux ou trois d'entre elles doivent échapper à la mort intégrale et vivre, un peu, comme vivent encore un peu, aujourd'hui, le latin et, beaucoup moins, le grec ou l'ancien français,—lesquelles?
Si l'on suppose que le vainqueur de l'Europe et du monde sera le peuple russe, il faut d'abord éliminer toutes les autres langues slaves, qui seront les premières détruites. Aucune d'elles, d'ailleurs, ne possède une littérature qui puisse ou retarder ou même faire regretter beaucoup leur disparition; on peut dès maintenant les considérer comme des phénomènes passagers, et avec un peu d'application déterminer, à un siècle près, tout cataclysme écarté, la date de l'extinction totale. Ceci admis, on appliquera le même raisonnement aux parlers scandinaves dont la vie, rénovée par tel écrivain de génie, n'en est pas moins factice et précaire. Même si l'Europe devait, au lieu de la conquête, subir, châtiment bien plus épouvantable, la paix mélancolique que lui prédisent les humanitaires, on ne voit pas la place que pourrait tenir dans le monde, Ibsen disparu, une langue telle que le dano-norwégien. Ces dialectes réservés à un petit nombre d'hommes sont pour ces hommes mêmes un embarras et un piège, et, plus encore, un tombeau.
Le hollandais ne doit pas attendre une meilleure destinée, ni le portugais; mais ces deux langues pourraient, longtemps encore, évoluer, l'une en Afrique, l'autre au Brésil, où, malgré de singulières modifications, elles garderaient assez de leur figure primitive pour faire douter de leur disparition réelle. Quoique plus vigoureux, mais aussi dénué de force expansive, l'espagnol subirait le même sort et son histoire se continuerait outre-mer, à travers les immensités de plus de la moitié d'un continent immense.
L'envahisseur, qui s'est d'abord attaqué à l'Allemagne, déjà enserrée par une conquête presque circulaire, y trouve une sérieuse résistance linguistique, mais sans profondeur, sans racines. La littérature presque toute de science ou de philosophie s'y renouvelait tous les dix ans, et les derniers siècles, depuis Nietzsche, dont le ferment a ravagé mais non renouvelé un monde, trop décadent et déjà ruiné, y ont été presque inféconds. La folie des analyses et des expériences socialistes ont abruti définitivement le peuple allemand en développant sa double tendance à la rêverie sentimentale et à la jouissance matérielle. Ses dernières activités mentales ignorent, plus encore qu'au vingtième siècle, les joies aristocratiques de la création; il est devenu tout entier contrefacteur et assimilateur; il imite, il traduit, il compile. C'est sans répugnance qu'il apprendra la langue du vainqueur; il emploiera à cette besogne, dont il sentira vivement l'utilité hédémonique, les derniers restes de son énergie et son attention depuis longtemps disciplinée. Sa littérature obscure, lourde et sans éclat n'opposera qu'une faible digue aux puissantes vagues du nouvel océan barbare. Les sentimentalités récalcitrantes trouveront dans la musique un refuge suprême.
(Ici on pourrait supposer que la décadence de l'Europe du Nord avait été singulièrement accrue par la rigueur croissante des hivers: la limite du seigle était descendue à Christiana; celle du froment à Newcastle et à Copenhague; celle de la vigne passait par Bordeaux, Venise et la Crimée. Les lignes isothermes ayant fléchi sur l'ouest et le centre de l'Europe, par suite d'une déviation du grand courant équatorial, la température de Londres se rapprochait de celle de Moscou. La civilisation avait donc reculé vers le sud, Rome était redevenue la vraie capitale du monde, et la Méditerranée avait retrouvé sa primitive splendeur. Un nouvel empire s'étendait, limité au nord par le Danube, de Vienne à Palerme et de Gênes à Constantinople. La courbe du grand fleuve, jadis océan entre deux mondes, arrête longtemps les Slaves, malgré les complicités qui travaillaient pour eux à l'intérieur du cercle.... Et on imaginerait toute une histoire future.—Mais c'est trop facile.)
L'Italie offre aux Barbares (en toute hypothèse) une résistance imprévue. Sa défense, c'est l'éblouissement. Devant ce spectacle d'une vie extérieure régie par la recherche de la volupté, l'envahisseur s'adoucit, enfin heureux de vivre; les armées fondent; Capoue renaît dans les roses latines et dans les lys florentins. Comment imposer au sourire milanais la rudesse d'une langue mal élevée? Si une des langues de l'Europe doit survivre à la conquête de l'Europe, ce sera l'italien, la moins souillée, la plus souple, la plus fraîche et, en même temps, la plus égoïste et la plus fière des soeurs romanes. La paresse du peuple italien, sa délicieuse ignorance lui ont forgé à son insu une force linguistique de premier ordre; l'Italien n'a jamais accepté aucun mot étranger sans le dépouiller d'abord de son harnais d'origine: cette délicatesse a donné au peuple l'illusion que toutes les nouveautés verbales sont des filles légitimes du génie italien, et la conviction de parler une langue pure lui a inspiré un grand dédain pour tous les autres parlers de l'Europe: elle rit devant tous les sons qui ne sortent pas de sa flûte. Enfin l'italien est le vestibule direct du latin qui, en ces siècles éloignés, a gardé son prestige sacré. La connaissance d'une des deux langues mène à l'autre avec facilité, et comme elles évoluèrent sur le même sol, on les trouve historiquement enlacées dès qu'on éventre une colline, dès qu'on remue les ruines d'une église ou d'un palais. Le latin nous apporta la civilisation antique; l'italien porterait aux hommes futurs la connaissance où le souvenir des civilisations modernes. Devoir peut-être un peu lourd pour une langue qui s'est perfectionnée dans la bouche du peuple plutôt que dans le cerveau des écrivains. La littérature italienne des derniers siècles est lumineuse et légère, claire et voluptueuse; elle n'est que cela, et c'est peut-être ce qui la sauvera. Les sensibilités du Nord viendront se réchauffer en ce ruisselet tiède et parfumé; les hommes, las des philosophies et des sociologies, aimeront la chanson des oiseaux latins.
En linguistique il faut admettre que c'est le peuple qui crée et recrée sans cesse l'instrument; mais les hommes aptes à manier cet instrument délicat et terrible sont en très petit nombre. Dès que les écrivains sont légion, dès que la culture littéraire s'épand sur la nation entière, substituant à la noblesse de l'inconscient la mesquinerie de l'action volontaire et préméditée, il se produit une déviation esthétique et un abaissement intellectuel. On dirait que la civilisation est un gâteau et que les parts sont d'autant plus petites que les convives sont plus nombreux. Ceci ne peut pas encore se démontrer: mais la notion deviendra évidente. Comme tout se tient, si la houille venait à manquer, la production littéraire baisserait de moitié. Les aphorismes de Malthus sont applicables au génie. Parce que des millions d'imbéciles veulent lire des romans-feuilletons, on manquera peut-être un jour de la rame de papier nécessaire pour faire connaître un nouveau Zarathoustra aux mille cerveaux d'élite qui seuls le pourraient comprendre. On écrira là-dessus des choses très belles et très inutiles quand les Barbares auront incendié Paris.
La France périra ainsi ou de toute autre façon, mais elle périra, et tout périra. Cependant, cette part faite au prophète pessimiste qui vaticine en tous les hommes désabusés d'aujourd'hui, il n'est pas inutile de se livrer à quelques réflexions d'un autre ordre, moins amères et plus vérifiables.
Si l'influence linguistique de la France a diminué, surtout depuis trente ans, on n'y peut voir qu'une cause, et cette cause est toute politique. Les peuples ont besoin de savoir la langue du plus fort; dans cette force, la littérature est un appoint, elle n'est que cela. Le patronage littéraire de la France s'étend encore aujourd'hui sur la plus grande partie du monde civilisé; il est plus vaste qu'au dernier siècle; s'il est moins profond, c'est qu'il n'a plus pour appui la suprématie militaire. De tous les commerces allemands c'est celui de Leipzig qui a le plus gagné, peut-être, au traité de Francfort. Il n'a tenu qu'au génie littéraire allemand de profiter de la situation. C'est parce qu'il s'est obstiné à se taire ou parce qu'il n'a parlé qu'avec timidité que les lettres françaises ont maintenu et peut-être étendu leur vieille domination. Sans ce pacifique empire d'outre-frontières, la vraie littérature de France, et toutes les industries qu'elle fait vivre, n'existerait peut-être plus. Qu'il le veuille ou non, un écrivain français a trois clientèles dont voici l'importance décroissante: Paris, l'Étranger, la Province. Il faut donc distinguer de l'influence littéraire l'influence purement linguistique qui s'exerce par la politique et par le commerce. Les livres français sont lus par des hommes qui ne sauraient parler notre langue; ils l'ont apprise ainsi qu'une langue classique, langue de luxe et de loisirs aristocratiques. D'autre part les Français de France ne lisent qu'en eux-mêmes; ce livre unique et quelques fausses nouvelles, voilà tout l'aliment que se permet leur génie égoïste et national.
Pour propager la littérature française à l'étranger, il suffit que nous écrivions de bons livres dans une langue à la fois traditionnelle et renouvelée par les conseils d'une sensibilité originale; propager la langue française, en tant que langue de commerce et d'usage, il suffirait peut-être, à l'heure actuelle d'une politique ferme, et au besoin un peu impertinente. Mais l'impertinence diplomatique n'est pas un joujou que puissent manier sans danger ou sans ridicule les humbles hommes d'État, les contre-maîtres d'usine, qui ont usurpé en France le rôle de pasteurs de peuples.
Et ce ne sont pas les efforts généreux de l'Alliance française qui pourront suppléer à notre atonie politique, et encore moins tels petits remèdes de bonne femme sérieusement préconisés par des journalistes: nommer des correspondants étrangers de l'Académie française, instituer un Prix de Paris pour les étudiants étrangers! L'inutilité de ces mesures me les ferait accepter volontiers. La France n'est pas une maison de commerce qui donnerait des primes à ses clients; ni elle n'est une dame qui doive condescendre à rendre moins âpre l'accès de ses faveurs.
S'il faut simplifier çà et là notre orthographe, ou désencombrer de trop puériles règles nos grammaires, que ce soit par des raisons esthétiques, c'est-à-dire d'une utilité hautaine. Nous ôterons des baleines au corsage pour que le profil soit plus pur de la poitrine plus libre, mais non afin de favoriser les mains grossières.
Mais je ne professe pas tout à fait les idées communes sur les obstacles qu'apporté en une langue la complication de son orthographe. Les mots dont l'épellation est la plus anormale sont précisément ceux qui se gravent avec le plus de netteté dans la mémoire. Personnellement j'aurais moins d'hésitation sur l'orthographe anglaise que sur l'italienne, et pourtant autant l'une est démente, autant l'autre est raisonnable. Comment oublier que Brougham se prononce Brôme ou que viz se lit nameley: N'exagérons pas cependant l'attrait de ces chinoiseries. Il en est un peu de la facilité de l'anglais comme de la supériorité des Anglais. C'est un bruit qui courra tant, qu'il aura de bonnes jambes. Une langue très utile est beaucoup plus facile à apprendre qu'une langue de luxe. La difficulté, la vérité, la beauté, autant de valeurs relatives. Il ne faut donc pas trop se fier aux petits graphiques amusants que l'auteur a fait graver à la fin de son article pour conquérir l'aveu immédiat de sa clientèle. Six échelles de hauteur arbitrairement graduée affirment aux plus obtus (et au besoin à ceux qui ne sauraient pas lire) que, trois échelons gravis, on peut se délecter à lire les poèmes de M. Swinburne, tandis qu'il faut délaisser le dixième pour comprendre les vers de M. Sully-Prudhomme (qui ornent les pages suivantes). Mais je crois qu'il y a là une raison de perspective et que, vue de Turin ou de Barcelone, la proposition ne serait pas tout à fait la même que si on contemple ces symboliques échelles d'Amsterdam ou de Hambourg.
C'est par ces moyens qu'un commerçant établi en France travaille à l'extension de la langue française. Ils doivent lui sembler bons, puisqu'il est intéressé dans cette question qu'un écrivain aurait traitée avec plus de désintéressement ou un savant avec plus de compétence. Mais si l'on voulait recueillir sur la situation réelle de notre langue à l'étranger les renseignements précis et valables que ne m'a pas donnés une imagerie, ni ses textes explicatifs, je crois qu'il faudrait s'adresser à ces voyageurs ou à ces touristes qui parcourent sans cesse le monde pour leurs affaires ou leur plaisir. Eux seuls savent la vérité sur le pouvoir d'échange de la langue française, sur la valeur monétaire d'un mot français à Batavia, à Buenos-Ayres, au Caire ou à San-Francisco et en Europe. Pour l'exportation du livre, de la revue, du journal, l'éditeur et le commissionnaire seraient consultés, et il faudrait les croire, car la littérature, par dernier privilège, échappe en grande partie aux douanes. On recommencerait dans dix ans, et on saurait quelque chose.
Il vaut peut-être mieux ne rien savoir, et pour ce qui est de nous, écrivains orgueilleux, dire notre vaine pensée sans nous demander si elle retentira très loin ou si elle mourra à nos pieds.
Janvier 1900.
APPENDICE
PIÈCE JUSTIFICATIVE
LA LANGUE FRANÇAISE EN HOLLANDE
«Déjà, à plusieurs reprises, nous avons indiqué la place considérable que la langue française a conquise et conservée aux Pays-Bas. Les considérations historiques qui expliquaient dans une large mesure cette situation privilégiée—création de nombreuses églises wallonnes et d'écoles françaises—ont forcément perdu, par suite des circonstances, beaucoup de leur valeur. Cependant, le français garde son prestige et, si la connaissance de notre idiome n'est plus considérée comme la plus utile, l'étude du français reste toujours la plus attrayante et la plus nécessaire pour les classes aristocratiques et pour tous les hommes cultivés.
»Dans aucun pays étranger, l'Alliance française n'a trouvé un terrain plus favorable qu'en Hollande. Dans les grands centres, elle a créé des associations puissantes et dans beaucoup de petites villes de province des sections vivantes. Tout récemment encore, une section s'est fondée à Assen, la capitale de la province la moins importante du royaume.
»Cette année le choix des conférenciers a été particulièrement heureux. Mme Thénard, M.Chailley—Bert etc., ont obtenu partout, et notamment à la Haye et à Amsterdam, un succès très vif et très mérité. En général, les soirées dramatiques, qui offrent plus de variété et une note plus gaie que la conférence ordinaire, sont surtout goûtées du public. Par tempérament ce dernier est plutôt froid, mais chaque fois que des artistes parisiens entrent en contact avec lui la glace ne tarde à se rompre et la soirée finit par une ovation.
»On continue à lire de préférence les ouvrages français. Nos écrivains, les romanciers spécialement, se sont créé dans ce pays une excellente clientèle. Le dernier roman qui a fait sensation à Paris ne tarde pas à faire son apparition à la vitrine de tous les libraires. De plus, dans chaque ville, des sociétés de lecture fournissent à leurs membres, à prix fort modérés, une foule de revues françaises très demandées.
»En réalité, le français ne semble pas avoir perdu de terrain, comme on avait pu le craindre un instant. On se souvient que le conseil municipal de Rotterdam résolut, il y a quelques années, de supprimer l'étude du français dans les nouvelles écoles de la ville. Cette décision fit grand bruit. Or, d'après nos renseignements puisés à la meilleure source, toute l'affaire se réduit à ceci: le conseil municipal a voulu tenter un essai et il a supprimé le français dans une seule école publique. Cette dernière n'est fréquentée que par des enfants de la petite bourgeoisie. Les parents jugent la connaissance de l'anglais et de l'allemand plus utile à leurs enfants au point de vue commercial. Mais dans toutes les autres écoles le français reste inscrit au programme comme branche obligatoire.
»Même dans certains établissements libres, on consacre beaucoup de temps et de soins à l'étude de la langue française. Ainsi, à l'institut de M. Esmeijer, à Rotterdam, on réserve dans certaines classes jusqu'à sept heures par semaine à l'enseignement du français. Et les résultats sont positivement remarquables.
»C'est à M. Esmeijer que revient l'honneur d'avoir introduit aux Pays-Bas, pour l'étude des langues vivantes, la méthode directe ou intuitive, qui consiste à parler à l'enfant et à le faire parler dès le début. Le maître chargé d'enseigner le français proscrit dans ses leçons l'usage de hollandais. Cette innovation hardie a provoqué une vive opposition de la part des défenseurs de la vieille méthode des traductions. Mais les progrès des élèves sont si rapides, la supériorité de la nouvelle méthode ressort si clairement que M. Esmeijer a eu beaucoup d'imitateurs et que la cause paraît gagnée.
»Dans cet établissement modèle, les enfants commencent l'étude du français dès l'âge de six ans, tandis que dans les autres écoles on ne débute qu'à neuf ans. Au bout de trois mois d'exercices—une demi-heure par jour—ces petits garçons comprennent déjà fort bien et s'expriment avec une réelle facilité. Dans les classes supérieures, les travaux des élèves sont absolument remarquables. En narration française, beaucoup d'entre eux dépassent la moyenne des jeunes Français aspirant au brevet élémentaire.
»Naturellement, le français est aussi enseigné avec soin dans les gymnases, dans les écoles secondaires et dans les classes supérieures des écoles publiques. Mais ce seul exemple, pris dans l'enseignement libre, suffit pour montrer tout le prix qu'on attache à la connaissance de notre langue.»
(Le Petit Temps, 4 mars 1900.)
TABLE DES MATIÈRES
I.—Du Style ou de l'Écriture II.—La Création subconsciente III.—La Dissociation des idées IV.—Stéphane Mallarmé et l'idée de décadence V.—Le Paganisme éternel. I.—Une religion d'art II.—Psychologie du Paganisme VI.—La Morale de l'Amour VII.—Ironies et Paradoxes. I.—Conseils familiers à un jeune écrivain II.—Dernière conséquence de l'idéalisme III.—Le Principe de la Charité IV.—La Destinée des Langues Appendice. Pièce justificative: La langue française en Hollande
DU MÊME AUTEUR
CRITIQUE
Le latin mystique (Étude sur la poésie latine du moyen âge), 3e édition, 1 vol. in-8e. L'Idéalisme, 1 vol. in-12 Le Livre des masques (Ier et IIe) (Proses et documents sur les écrivains d'hier et d'aujourd'hui, avec 53 portraits par F. Vallotton), 2 vol. gr. in-18. Esthétique de la Langue Française, 2e édition, 1 vol. gr. in-18.
ROMAN, THÉÂTRE, POÈMES
Sixtine, 2e édition, 1 vol. gr. in-18. Le Pèlerin du Silence, 2e édition, 1 vol. gr. in-18. Les chevaux de Diomède, 2e édition, 1 vol. gr. in-18. D'un pays lointain, 1 vol. gr. in-18. Le Songe d'une Femme, 2e édition, 1 vol. gr. in-18. Lilith, 2e édition, 1 vol. in-8. Histoires magiques, 2e édition, 1 vol. in-12. Proses moroses, 2e édition, 1 vol. in-24. Théodat, 1 vol. in-12 Les Saintes du Paradis, petits poèmes avec 29 bois originaux de G. d'Espagnat, 1 vol. in-12 cavalier.