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Voyage au Darfour

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. (continued 2)

Dr. (Nicolas) Perron translation

Le prophète aux deux cornes vivait, disent les écrivains musulmans, en même temps qu’Abraham, qui le rencontra près de la Mecque. La construction de la digue attribuée par les chefs de la foi islamique à cet Alexandre, rappelle la grande muraille élevée par les Chinois pour se mettre à l’abri des incursions des Tatârs, muraille qui fut bâtie vers 320 avant J.-C., presque au temps de l’Alexandre macédonien, fils de Philippe. Il y a donc, d’une part, dans les données des musulmans, discordance entre l’époque de leur grand Alexandre et celle de la muraille de la Chine ; et, d’autre part, il y a à peu près concordance pour l’âge de cette muraille et l’époque de l’Alexandre grec, qui, comme on le sait, mourut l’an 324 avant J.-C. Ces anachronismes sont très-communs chez les Arabes ; ils semblent avoir pris à tâche de bouleverser l’histoire ancienne des peuples étrangers, de fausser et transposer presque toutes les dates, d’attribuer les faits à ceux à qui ils n’appartiennent pas, etc.

Je trouve de singulières légendes dans leurs chroniques, au sujet de leur Alexandre prophète et de leurs Yâgog et Mâgog[283].

« Quand Abraham était encore à la Mecque (après qu’il eut rebâti le temple de la Kaaba avec son fils Ismaël), il eut une singulière rencontre. Il vit un jour un étranger qui faisait le tour du temple de la Kaaba. « Qui es-tu, lui dit Abraham. — Je suis, répondit l’étranger, de la suite d’Alexandre aux deux cornes. — Où est-il ? — Dans la vallée ici près. » Abraham alla trouver Alexandre, et l’embrassa. Alexandre est du nombre des quatre rois conquérants qui envahirent le monde entier. Ces quatre rois sont : deux croyants, Alexandre aux deux cornes, et Salomon ; deux infidèles, Nemrod et Bokhta-Nassar, ou Nabuchodonosor.

« Alexandre avait à ses ordres la lumière et les ténèbres, pour le protéger et l’aider dans ses expéditions ; il avait deux drapeaux, l’un blanc, l’autre noir : selon qu’il déployait l’un ou l’autre, il faisait à son gré paraître ou le jour ou la nuit à l’endroit où il était. Par là, il épouvantait ses ennemis, et les mettait sans peine en déroute. Deux générations d’hommes s’éteignirent pendant la longue durée de sa vie.

« On ne sait pas précisément pourquoi Alexandre reçut le surnom de Zou-l-carnayn (à deux cornes). Les uns prétendent que c’est parce qu’il avait deux éminences sur la tête, d’autres parce qu’il avait deux cornettes à sa couronne, d’autres parce qu’il avait deux longues tresses de cheveux pendantes, d’autres parce qu’il subjugua l’univers, de l’Orient réel à l’Occident réel, etc.

« Zou-l-carnayn eut pour mère une vieille femme, et naquit dans une condition obscure. On pense que son premier nom fut Marzabân, fils de Marzabah ; il descendait de Younân, le père des Grecs, et fils de Yâfith, fils de Nouhh (Noé).

« Dieu dit à Zou-l-carnayn : « Je t’envoie contre toutes les nations jusqu’aux quatre extrémités du monde. » Alexandre partit, et ceux qui crurent à sa parole prophétique furent traités avec douceur ; les autres furent égorgés... Des extrémités de la terre il passa aux régions centrales, au delà des pays des Persans. Là, on lui montra de loin deux immenses montagnes placées sur la même ligne, et derrière lesquelles on lui dit qu’habitait une multitude innombrable d’êtres malfaisants, détruisant tout ce qu’ils pouvaient saisir d’hommes et d’animaux, mangeant épines sèches, serpents et scorpions, criant comme hurlent les loups, et se multipliant à l’infini.

« On proposa ensuite à Alexandre de lui fournir tout ce qu’il voudrait pour fermer la gorge de séparation des deux montagnes, et barricader ainsi ces petits êtres dévorants derrière une barrière infranchissable pour eux. Alexandre accepte le projet. Il marche vers les deux monts ; il aperçoit comme une fourmilière de petits hommes nains, longs d’environ deux empans, aux yeux rouges et pleins de sang, à prunelle ardente, à bouche large, à griffes et dents comme celles des lions, aux fesses fourrées de poil qui se ramène sur leur corps écailleux pour les préserver du froid aux époques hivernales, et les tenir frais aux jours de chaleur. Deux grandes oreilles pendantes leur flottent contre la tête et le long du corps ; l’une leur sert de matelas, et l’autre de couverture ; l’une est pour se couvrir en été, l’autre en hiver. Ils s’accouplent sans honte et sans pudeur partout où ils se trouvent... C’étaient les Yâgog et les Mâgog, deux tribus issues de la postérité de Japhet ou Yâfith, fils de Noé.

« Alexandre mesura l’intervalle des deux monts, et aussitôt fit élever la grande digue qui tient encore enfermés à présent, et jusqu’à la fin du monde, les nains mangeurs et orduriers des Yâgog et Mâgog. Il fit une haute muraille avec des pierres qu’il lia et consolida entre elles, en faisant couler du fer et du cuivre fondu et bouillant dans les interstices, et en les enchaînant l’une à l’autre par d’énormes crampons de fer.

« Zou-l-carnayn fut roi pendant quatorze ans, et bâtit douze villes qu’il appela toutes du nom d’Alexandrie. Il mourut à Chahrazour, en Chaldée ; il fut déposé dans un coffre d’or, et porté à sa mère, à Alexandrie d’Egypte, où il fut enterré. »

Il faut conclure de la légende précédente que le Zou-l-carnayn des musulmans est un être tout fabuleux, composé en partie d’un contemporain mystérieux d’Abraham et de l’Alexandre de Macédoine, Younânide d’origine, c’est-à-dire Grec. Les Arabes appellent les Grecs anciens Younâniyoun, pluriel de Younâniy. Des auteurs parlent d’un autre Alexandre le Petit, qu’ils distinguent du Zou-l-carnayn, par l’adjonction des mots : fils de Philippe. Celui-là est le véritable Alexandre, vainqueur des Perses.

La dénomination d’Alexandre aux deux cornes est l’analogue de celle de Jupiter Ammon.

(Note de M. Perron.)

Note EE, page 300.

La passoire est simplement la portion inférieure d’un vase de terre, divisé à peu près par le milieu de sa hauteur, et dont on a troué le fond. On remplit le trou avec un bouchon fait d’herbes longues, serré seulement de manière à laisser passer et filtrer un liquide.

(P., d’après l’explication verbale du cheykh.)

Note FF, page 300.

Le câdyd, comme on le voit dans le texte du cheykh, est de la viande coupée d’abord en lanières, puis séchée au soleil pour qu’elle se conserve.

Les Américains des déserts préparent aussi des viandes séchées ; c’est ce qu’on appelle le charqué. Dans les provinces de Rio-Grande, de la Plata, au Brésil, dans la république Argentine, on fait aussi du charqué ; ce sont des bandes de viande de bœuf qu’on fait sécher au soleil ; mais auparavant on enlève la graisse, et on met les bandes tremper dans de la saumure chaude pendant douze heures ou plus, jusqu’à quarante-huit heures, suivant l’épaisseur des morceaux. Le charqué préparé à la saumure a le goût de bœuf fumé ; il se voit souvent sur la table des riches. Le charqué des déserts est simplement de la viande séchée au soleil, sans avoir été trempée dans la saumure.

(Note de M. Perron.)

Note GG, page 311.

L’autruche, qui a à chaque aile huit plumes d’un beau blanc, quatre grandes et quatre moyennes, porte en arabe le nom de zhalym. L’autruche qui a ces huit plumes grises porte le nom de arbadâ, grise. Les Arabes du Soudan disent par corruption rabdah.

(P., d’après l’explication verbale du cheykh.)

Note HH, page 312.

Serneh : ce sont des amandes du fruit de l’heglyg qu’on a privées de leur amertume en les laissant macérer à l’eau froide. Voy. sur les plantes du Dârfour, le chapitre X.

(P., d’après l’explication verbale du cheykh.)

Note II, page 312.

Ce chapitre X est certainement bien loin de contenir l’indication de tous les végétaux qui se trouvent au Dârfour ; d’ailleurs, le cheykh n’a pas la prétention de se donner pour botaniste. Il ne peut, comme il le dit lui-même, signaler qu’un certain nombre très-limité de plantes, et il ne parle guère que de celles qui lui ont paru le plus remarquables. De mon côté, j’ai cherché à déterminer les familles et les noms botaniques de ces plantes. Je me suis procuré ici (au Kaire) ce que j’ai pu en trouver de graines et de fruits, et je me suis aidé, pour spécifier les plantes auxquelles ils appartenaient, des lumières de MM. Figari et Husson, professeurs de botanique. Le premier a professé pendant nombre d’années à l’Ecole de médecine égyptienne ; aujourd’hui il est membre du conseil de santé et inspecteur du service pharmaceutique. Le second, professeur à l’école d’agriculture de Choubrah, vient, par suite des réformes portées dans les écoles, d’être remercié.

Les indications que je vais donner résultent de leur travail ; toutefois ils n’ont pas eu le moyen de déterminer, d’après les seules descriptions du cheykh, tous les végétaux qu’il a cités. Ceux qu’on n’a pu nommer avec les noms botaniques conservent ici le nom sous lequel ils sont connus au Dârfour. On sait combien il est difficile, sur des descriptions brèves et de la nature de celles qui sont dans ce livre, et sur l’aspect seul de graines ou de fruits, de fixer sûrement la dénomination d’une plante.

Le doukhn est le pennisetum typhoïdeum ; c’est le doukhn ordinaire. — Holcus dochna de Forskal.

Le dinby ou denby paraît être un pennisetum. Il a l’épi plus court et plus gros que celui du doukhn ordinaire et a le grain blanc. Voici la note que m’a donnée M. Husson : « Sous le nom de dineby ou dénebeh, les Arabes m’ont désigné le panicum crus galli, graminée qui croît abondamment dans les rizières du Delta, et qui se trouve aussi dans les lieux marécageux du Sennâr et du Fazoglou. Delile donne un nom analogue, denâbâ, reseda canescens, Linn. »

Le dourah est un sorghum. Le dourah appelé mâreig par les Fôriens est le sorghum cernuum ou sorghum penché, ainsi nommé parce que son épi est toujours penché sur sa tige.

L’azyr, ou dourah rouge, est le sorghum vulgare.

L’abou-chalaulau est un dourah blanc ; holcus communis ?

L’abou-abât est le dourah appelé en Égypte dourah châmy ; c’est le maïs, zea maïs.

Le coutha, appelé encore couta } sont de longs concombres.

Le faccous, dit aussi faggous.

Le kousbarah est la coriandre.

Le khyâr est le petit concombre, cucumis sativus, très-abondant en Égypte. Voy. pour les cucurbitacées citées dans ce Voyage, la Centuria VI de Forskal.

Le bâdingân ou bâdingiân noir, est le solanum vulgare. — Le rouge est le solanum persicum.

La melôkhyeh est le corcorus olitorius, légume très-recherché et très-abondant en Égypte, ainsi que le bâmyéh.

Le bâmyéh ou hibiscus esculentus. De la melôkhyéh, on ne mange que les feuilles et les extrémités des tiges ; des bâmyéh, on mange le fruit. Ces deux légumes, surtout le premier, sont gluants et très-mucilagineux quand ils sont cuits.

Le habb-rechâd ou habb-el-rechâd, ressemble à des graines de cresson, et paraît être en effet un nasturtium.

Le défreh m’est inconnu.

La fève du Soudan ou foul-Soudâny, croît sous terre ; c’est celle dont le cheykh veut parler. Il l’a reconnue aussitôt que je lui en ai montré l’échantillon. — Chaque fève est enveloppée d’une coque particulière. « Ce fruit, me dit M. Husson dans sa note, me semble appartenir au glycine subterranea de Linnæus. — Pers. synops. II, p. 299. — Synonymie : Voandzeia subterranea, Dupetit-Thouars. — Arachis africana, Burmann. — Plante annuelle de la famille des légumineuses, originaire de Madagascar, de Surinam, du Brésil, etc., d’où vient probablement la cherté de cette fève. — Feuilles ternées, radicales ; tiges couchées, flexueuses ; pédoncules biflores, pénétrant en terre après la floraison, comme ceux de l’arachis hypogea ; corolle jaune. » M. Figari en a planté dans son jardin quelques grains, et s’est assuré que la fève en question est un glycine. La fève du Soudan est rare au Kaire, et se vend à un prix fort élevé. J’en ai trouvé avec peine une quarantaine de grains, au prix de huit pour une piastre, ou vingt cinq centimes.

L’heglyg, ou plus régulièrement thlyleg, est appelé hadjalydj par les Fôriens, et lalou par la généralité des djellâb, marchands d’esclaves qui viennent du Soudan au Kaire. — L’heglyg est le balanites ægyptiaca. Le fruit est employé au Kaire comme médicament astringent, dans les diarrhées et les dyssenteries persistantes.

Le nabg ou nabq ordinaire, est un arbre assez commun en Égypte ; il porte un fruit qui a l’aspect d’une pomme et qui ne dépasse pas en volume une petite cerise. Le noyau est gros proportionnellement au fruit ; la chair qui le recouvre rappelle la pomme ; elle est acidule, astringente, et généralement assez agréable au goût ; mais elle est un peu sèche. — Le nabq ordinaire est le zizyphus spina Christi, lotus zizyphus, rhamnus lotus.

Le karnau. Sous le nom de karnau, l’on vend à l’okel des Djellâb (marché où les Djellâb vendent les esclaves) une pâte sèche de couleur fauve rougeâtre. — Il paraît qu’elle est préparée avec le fruit jaune-roux d’un rhamnus qui serait celui que les Fôriens appellent nabg karnau ; ce nabg karnau est peut-être le paliurus Athenæi.

Le tébeldy est le baobab, Adansonia digitata. Au Kaire, on en vend la graine sous le nom de galanguys, ou mieux kalankys. On y vend aussi le fruit entier, sous le nom de tébeldy. J’envoie un échantillon de la graine et du fruit.

Le doulab, appelé aussi déleib et gauz hindy ou djauz hindy, noix des Indes où coco des Indes, est un arbre de haute stature ; il me paraît être le ficus vasta de Forskal (Centuria VI. — 93). Son fruit est une coque à deux noyaux. — Browne l’appelle platanus orientalis.

Le hommeid : j’ignore de quelle espèce est cet arbre.

Le daum ou doum, est le cucifera thebaïca de Delile. Son fruit sec, qu’on vend au Kaire, est couleur de pain d’épices et en a un peu le goût ; mais la chair est brute et coriace. La cassure du noyau présente l’aspect d’une corne extrêmement dure ; il renferme une graine d’une dureté extraordinaire ; le noyau est très-épais. On en fait ici des graines de chapelet, borassus flabelliformis, Forskal.

L’andourâb paraît être un grewia. Le cheykh, en disant que le fruit ressemble à la baie de la morelle, ne veut pas dire pour le volume ; car le fruit de l’andourâb est presque gros comme une prune de mirabelle.

Le gueddeim est un grewia ; serait-ce le grewia carpinifolia ou à feuille de bouleau, qu’on indique comme originaire de Guinée ? MM. Figari et Husson pensent que ce doit être le même.

Le moukkhaît (écrit par le khâ arabe redoublé) est un cordia myxa.

Le loûlou : j’ignore à quelle famille appartient cet arbre.

L’òchar dont parle le cheykh est le pergularia tomentosa, de la famille des asclépiadées. Dans l’ouvrage de Delile, on trouve la synonymie suivante : Pergularia tomentosa, no 277 ; en arabe, leben el-homârah (lait d’ânesse, par allusion au suc laiteux de cet arbre). — Dymyeh, Forskal.

« On a confondu, à l’époque de l’expédition en Égypte, dit M. Husson, cette asclépiadée avec une autre, l’asclepias procera de Delile, no 283 ; en arabe, ochar ; en nubien, abouk. — Cette erreur provient de ce que les fruits de ces deux arbres se ressemblent beaucoup et renferment des aigrettes soyeuses. Le pergularia tomentosa, spontané au Fayoum, est maintenant assez répandu dans les jardins du Kaire. L’asclepias procera est plus rare et ne se trouve que dans la Haute-Égypte et en Nubie. Il n’existe probablement pas dans les jardins du Kaire ; du moins je ne l’ai pas encore vu. »

Le hischâb est le gommier ordinaire.

Le sant est le mimosa nilotica.

Le talhh paraît être le ficus indica de Forskal.

Le seyâl est l’acacia seyâl de Delile ; — mimosa seyâl de Forskal.

Le laôt est un arbre épineux qui atteint plus de la hauteur de l’homme. Le tronc a presque un demi-pied de diamètre, et les branches s’élèvent droites autour du sommet du tronc ; — j’ignore le nom botanique de cet arbre.

Le kafal, amyris kafal, est un gros arbre d’un bois assez léger, et qui, par sa couleur foncée, rappelle très-bien l’acajou. Il peut prendre un très-beau poli. J’en ai fait polir un fragment, qui est devenu aussi beau de teinte que l’acajou ; mais il est moins veiné que lui. — On l’emploie, au Kaire, comme médicament pour les nouvelles accouchées ; on leur en prépare des décoctions. (Voy. ce que dit Forskal de cet arbre, Centuria III. — 50.)

Le chau. J’ignore les noms botaniques de ces plantes.

Le marhabeib.

Le ganâ.

Le kyly.

Le châlaub.

Le dagarah.

Le tàb el-kyb est probablement la racine de l’iris tuberosa. — Les djellâb l’appellent èrc-oum-abyad, racine blanche, à cause de sa couleur blanchâtre. Au Kaire, on l’appelle èrc-bénefsig, racine de violette, à cause de son odeur de violette.

Le chichm ; en turk, tschischm. (Voy. Flora ægyptiaco-arabica de Forskal, page L, édit. de 1775.) — C’est la graine du cassia apsus ; réduite en poudre, elle est souvent employée, parmi le peuple, contre l’ophthalmie.

Le chouch, appelé au Kaire habb el-a’rous, grains de la mariée, est fourni par l’abrus precatorius. C’est une graine d’un beau rouge de corail, avec un point noir.

Le guirguidân est la graine du sida mutica de Delile, no 633. — Elle est connue par les habitants de la Haute-Égypte sous le nom de cahouéh sennâry, café-sennâr.

Le ouars est une poudre qui teint en jaune. Cette substance, dont mon ami M. Combes m’a donné un échantillon, au Kaire, à son second retour de l’Abyssinie, lui a été remise à Berbéra ; on l’appelle ouars de Berbéra. Cette poudre se vend fort cher sur les bords de la mer Rouge et s’exporte en pays étrangers. Elle paraît être fournie par l’orobanche tinctoria. Forskal en parle dans sa flore égyptio-arabique.

Le dayôg est une solanée.

Le kaoual est un condiment d’assez mauvaise odeur ; il se prépare au Dârfour avec une chicorée sauvage, qu’on laisse putréfier dans l’eau, qu’ensuite on réduit en une pâte grossière, et qu’on fait sécher au soleil.

Le mahhleb : on appelle de ce nom l’amande du prunus mahhleb. C’est une petite graine qui a la forme d’un très-petit haricot allongé, brun-chocolat.

Le dagousa : appelé ainsi en Abyssinie, et chez les Galla dagouscha. Il paraît être la graine d’une crucifère, raphanus ou brassica.

Le teff ; ce nom est abyssinien ; c’est le teffi des Galla, qui paraît être le poa abyssinica. — Ces deux dernières graines, le dagousa et le teff, m’ont été données par M. Combes.

L’erc el-halâoueh ou erg el-halâoueh, racine de douceur, est un bois savonneux et qui nettoie très-bien ; il est commun au Kaire ; on l’apporte aussi de la Caramanie et de quelques endroits de l’Asie mineure et de la Syrie.

Nota. Le dhoufr est la valve d’une coquille dont je ne sais pas le nom. Quelques-unes des douze dernières substances ne sont pas citées par l’auteur de ce Voyage.

(Note de M. Perron.)

Note JJ, page 330.

Le tébeldy, comme je l’ai dit dans la note précédente, est le baobab. Dans le haut Sennâr, au Fâzoglou, au Kordofâl, au Dârfour, etc., le tronc de cet arbre ne dépasse pas trois ou quatre brasses d’homme, en circonférence. Il y a beaucoup de tébeldy dans les plaines qui séparent le Kordofâl du Dârfour. Leurs troncs, toujours creux et ouverts par le haut, sont des réservoirs où s’amasse l’eau des pluies. Cette eau sert aux voyageurs. Elle y reste douce et sans odeur désagréable. Lors de l’expédition des Égyptiens dans plusieurs de ces contrées, souvent les soldats n’eurent d’autre eau à boire que celle qu’ils trouvèrent dans les gros troncs des baobab. Elle y est parfois jusqu’à la quantité de deux, trois et quatre voies d’eau dans un seul tronc.

(P., d’après l’explication verbale du cheykh.)

Note KK, page 341.

J’ai vu au Kaire le câdy El-Delyl, et je l’ai entendu raconter le fait dont parle le cheykh.

El-Delyl est un vieillard à face très-noire et à barbe très-blanche, maigre, très-silencieux. Il avait avec lui dix à douze Ouadâyens, dont deux de sang arabe. A en juger par ces voyageurs, les Ouadâyens ont la physionomie régulière, le front haut et bien fait, le nez peu saillant, mais non épaté, les lèvres peu épaisses, le blanc des yeux teint d’une nuance rouge de brique, les veines sclérotiques assez développées, les pommettes peu saillantes. Mais ils ont l’air plus décidé et plus hardi que tous les Fôriens que j’ai rencontrés.

Les Ouadâyens qui accompagnaient le câdy El-Delyl nous ont raconté que, l’hiver de 1840, ils ont eu à souffrir étonnamment du froid dans leur traversée du Ouadây à Tunis. Presque tous leurs esclaves en sont morts ; en un seul jour il en est mort vingt-quatre. Les chameaux de la caravane étaient tellement saisis par le froid, que le sang leur coulait par les narines.

Le câdy El-Delyl et ses Ouadâyens vont faire leur pèlerinage à la Mecque, et en même temps porter les dons destinés à la Ville Sainte par le sultan du Ouadây. Les sultans du Soudan envoient à cet effet en caravane quelques centaines d’esclaves ; on les vend, et l’on va ensuite en offrir le prix à la Kaaba. Cette fois, la caravane du Ouadây est partie du côté du Maghreb ; les esclaves échappés au grand froid de cet hiver ont été conduits de Tunis à Constantinople pour y être vendus plus cher ; mais là, une partie est morte de la peste, en sorte qu’il en est resté très-peu pour le temple de la Mecque. Il y avait aussi dans les richesses de la caravane, vingt-quatre eunuques destinés en cadeau à Son Altesse le vice-roi d’Égypte : il n’en est arrivé que deux ; tous les autres sont morts.

La caravane ouadâyenne qui, tous les ans, se rend à la Mecque, passe ordinairement par le Dârfour, le Kordofâl et le Sennâr, et traverse la mer Rouge. Mais l’an passé et cette année, elle n’a pu prendre cette route, à cause de l’état d’hostilité qui existe entre le Dârfour et le Ouadây.

(P., d’après l’explication verbale du cheykh.)

Note LL, page 344.

Voici le sens attaché aux dénominations des mois par les Fôriens.

Par fatour, c’est-à-dire le déjeuner, le repas par lequel on interrompt le jeûne, les Fôriens et les Ouadâyens veulent signifier le mois dans lequel le jeûne cesse ; car le mois de ramadhân est le mois de carême, et durant ce mois il est défendu de manger et de boire pendant la journée, c’est-à-dire dès avant l’apparition de la première aube jusqu’au coucher du soleil. Pendant la nuit on mange autant de fois qu’on le peut.

Fatreyn, les deux repas, les deux déjeuners ; on désigne par ce nom le second mois qui suit le ramadhân (ou le carême), c’est-à-dire le mois qui suit celui dans lequel cesse le jeûne, le premier fatour.

Dhahhiyéh, le sacrifice ; c’est le mois dans lequel on fait les immolations. C’est en effet le 10 de ce mois qu’est la fête du grand Beyram, c’est-à-dire la fête du pèlerinage, dans laquelle les pèlerins de la Mecque et les musulmans de tous les pays égorgent des animaux pour en manger la chair après le sacrifice, et en donner aux pauvres.

Dhahhiyéteyn, les deux sacrifices, c’est-à-dire le mois qui vient après le mois de dhahhiyéh, le second dhahhiyéh.

Ouahhyd, l’unique ; le mois qui se trouve seul entre deux autres mois qui ont un nom spécial, significatif pour les Fôriens et les autres habitants du Soudan.

Kérâmeh, merveille opérée par la grâce de Dieu ou d’un saint ; c’est le mois dans lequel Dieu accorda au monde la grâce de faire naître le prophète Mahomet.

Taoum (pour taouam), le jumeau de celui qui le suit ;

Taoumeyn, les deux jumeaux, c’est-à-dire le mois qui suit le premier taum. Ces deux mois sont considérés comme deux jumeaux.

Sâyeg-el-teymân, celui qui pousse, c’est-à-dire qui vient immédiatement après les deux taoum ou les jumeaux.

Redjeb est le nom du mois arabe ; les Fôriens l’ont conservé.

Gossayer, le court, le bref ; ainsi appelé parce que, précédant le ramadhân, ou mois de jeûne, il paraît toujours de trop courte durée.

(P., d’après les explications du cheykh.)

Chez les Arabes, avant et après l’islamisme, les dénominations des mois de l’année eurent un sens primitif adapté à certaines circonstances.

Le premier mois de l’année, dans l’islamisme, fut appelé moharrem, c’est-à-dire défendu, sacré, parce qu’il était défendu de faire la guerre pendant ce mois. Avant Mahomet, les Arabes l’appelaient safar premier, et le mois suivant safar second. Ils en avaient fait de même pour rabiy premier et rabiy second, etc. Pour eux, les deux mois de safar étaient des mois sacrés, mais en ce sens que les Arabes anciens ou du paganisme interrompaient toute guerre, tantôt dans l’un, tantôt dans l’autre de ces deux mois. Cette faculté d’interdire la guerre dans un mois ou dans un autre, portait le nom de naciy. Mahomet l’abolit, et, pour fixer la consécration de l’une des deux périodes lunaires mensuelles qui commençaient l’année, il appela le premier mois de l’année le mois de Dieu, c’est-à-dire le véritable mois sacré. Il ajouta même plus tard, pour confirmer sa première parole : « Le jeûne le plus méritoire, après celui du mois de ramadhân, est celui du mois de Dieu. » Dès lors on admit la sainteté du premier mois seul, et il fut nommé moharrem.

Le second mois garda le nom de safar, solitude, action de se retirer à l’écart, parce que, dans le principe, lorsqu’on créa ce nom, les habitants de la Mecque avaient coutume, pendant cette lune, de quitter la ville pour aller passer le temps des chaleurs de l’été à Tâïfah. A l’époque de la création du nom de safar, le mois qui reçut ce nom se trouvait précéder l’été.

Le troisième et le quatrième mois furent appelés rabiy premier et rabiy second, c’est-à-dire premier pâturage, second pâturage, parce que, quand on leur appliqua le nom de rabiy, on était à faire paître les troupeaux aux pâturages verts.

Le cinquième et le sixième mois furent dits djoumâdà (dans le langage vulgaire actuel djémady), solidification, parce que, lorsqu’on leur donna cette dénomination, on était à l’époque de la gelée ou solidification de l’eau par le froid.

On raconte qu’on demanda un jour à un certain Djafar quel fut le motif originel de la dénomination des mois, et surtout des deux mois de djoumâdà premier et djoumâdà second. « Primitivement, répondit Djâfar, quand on détermina et fixa le nom de djoumâdà, on était au dernier mois de l’année ; l’eau était congelée. On accepta alors un terme caractéristique pour le moment présent, et de là le nom de djoumâdà. Par la suite des années (lunaires), l’époque de saison des deux djoumâdà varia, mais on laissa les noms comme ils étaient, bien qu’ils n’exprimassent plus ce qu’ils indiquaient d’abord lorsqu’ils se trouvaient en hiver ; car un nom une fois établi ne change plus, quand même la circonstance qui l’a fait choisir dans le principe vient à changer ou varier. Il n’en est pas de même de la désignation adjective, qui doit toujours s’accommoder à l’état présent de ce à quoi on l’attache. La circonstance primitive qui a été l’occasion du nom, lui conserve, par nécessité ou par convenance, une permanence invariable, tandis que la qualification adjective exige toujours l’actualité de ce qu’elle désigne. »

Le septième mois fut appelé redjeb, le sacrifice, l’immolation, parce que, lorsqu’on lui assigna ce nom, on était au moment de l’année dans lequel on immolait des animaux en sacrifices aux idoles. On l’appela aussi el-assamm, le sourd, parce que ce mois ne retentissait jamais du bruit des armes : c’était un mois sacré.

Le huitième mois fut nommé chàban, du mot téchààba, se disperser, parce que, lors de sa dénomination, l’on était à l’époque de l’année à laquelle une foule de tribus entraient en expéditions de guerre.

Le neuvième mois est ramadhân, le chaud ; il reçut son nom dans la saison la plus chaude de l’année, au fort de l’été.

Le dixième mois fut appelé chaoual, le leveur, parce que, quand il fut désigné par ce nom, c’était l’époque à laquelle les chamelles en rut lèvent la queue par appétence sexuelle.

Le onzième est zou-l-câdeh, ou le mois du séjour, du repos. Quand on lui appliqua ce nom, on était à l’époque de l’année assignée au repos, c’est-à-dire pendant laquelle on s’abstenait de toute incursion et de pillage ; jamais, non plus, à ce moment on n’allait de tribu à tribu demander des vivres, des pâturages pour les troupeaux, et jamais on ne prenait les armes.

Le douzième est zou-l-hidjéh, ou le mois du pèlerinage à la Mecque. — Dans la gentilité arabe, le pèlerinage se faisait selon que l’avaient fait Abraham et Ismaël son fils, c’est-à-dire toujours dans le mois de zou-l-hidjéh : telle est la croyance des musulmans. On continua ainsi, ajoutent les auteurs, jusqu’au temps d’Amr, fils de Lohhay, qui modifia les rites religieux suivis alors, et transposa à son gré, et selon le besoin et les exigences des guerres, l’époque du pèlerinage. Il établit le naciy (Voy. Mémoire de Sylv. de Sacy sur quelques événements de l’histoire des Arabes avant Mahomet) ; mais au dernier pèlerinage que fit le Prophète, il se trouva que l’époque de cette cérémonie échut dans le mois même de zou-l-hidjéh, et alors le Prophète la fixa irrévocablement à ce mois ; car il dit dans une allocution à ses sectateurs : « Voilà que maintenant les temps sont revenus à leur division d’époques déterminées par Dieu. » Cela signifiait : Le pèlerinage est revenu désormais à son époque obligée et régulière, au mois de zou-l-hidjéh, et il ne se fera plus à l’avenir que dans ce mois.

(Note de Perron.)

[Décoration]
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