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Portraits littéraires, Tome II

C.-A. SAINTE-BEUVE (continued 7)

Reading edition

Ces onze ou douze années d'Italie et de Rome durent avoir grande influence sur lui et sur ses habitudes d'esprit; mais on peut dire qu'il y était bien préparé par la nature. Il suffira pour cela de parcourir quelques-uns des écrits qu'il publia antérieurement. Avant de les lire et de les citer, une remarque pourtant, une précaution est nécessaire. Pour Naudé qui débute vers 1623, et qui s'en va passer hors de France de longues années, Malherbe ni Balzac ne sont guère jamais venus. Il écrit en français, sauf l'esprit et le sens, comme le Père Garassus ou comme le Père Petau, quand ce dernier s'en mêle. Naudé y ajoutait des traits de plume à la Mlle Gournay, même des fleurettes parfois à la Camus pour le joli des citations. Camus, Mlle Gournay, Garassus et Petau, ce sont ses vrais contemporains en style français (si français il y a). S'il appelle Montaigne le Sénèque de la France, il n'en profite guère que pour s'accorder les citations latines à son exemple. Il prise Charron plus qu'il ne l'imite en écrivant. En fait de poëtes modernes, il les ignore. Il parle de la Pléiade comme étant venue depuis peu, et Du Hartas, le grand encyclopédique, paraît seul lui avoir été très-présent; il le met dans son projet de Bibliothèque en tiers avec le Tasse et l'Arioste auprès d'Homère et de Virgile. Guillaume Colletet, ce rimeur né suranné, est son seul poète moderne contemporain.

Dans une lettre de Rome, Janus Erythreus, c'est-à-dire Rossi, parlant d'un dernier voyage qu'y fit Naudé en 1643, pendant lequel le bibliothécaire infatigable achetait des livres à la toise pour le cardinal Mazarin et vidait tous les magasins de bouquinistes, nous le représente, au sortir de ces coups de main, tout poudreux lui-même de la tête aux pieds, tout rempli de toiles d'araignées à sa barbe, à ses cheveux, à ses habits, tellement que ni brosses ni époussettes semblaient n'y pouvoir suffire. Eh bien! le style de Naudé (il faut d'abord s'y faire) est plein de toiles d'araignées comme sa personne.

Encore une fois, ce n'est pas une raison pour se détourner; il vaut la peine qu'on l'accoste sous ce costume. Rien de moins scholar au fond et de moins pédant que lui; il vérifie, aussi bien que Bayle, ce mot de Nicole, que le pédantisme est un vice, non de robe, mais d'esprit; et, se rendant justice à lui-même au chapitre 1er de ses Coups d'État, il a pu dire: «.....Car il est vrai que j'ai cultivé les Muses sans les trop caresser, et me suis assez plu aux études sans trop m'y engager. J'ai passé par la philosophie scholastique sans devenir éristique, et par celle des plus vieux et modernes sans me partialiser:

Nullius addictus jurare in verba magistri.

«Sénèque m'a plus servi qu'Aristote; Plutarque que Platon; Juvénal et Horace qu'Homère et Virgile; Montaigne et Charron que tous les précédents... Le pédantisme a bien pu gagner quelque chose, pendant sept ou huit ans que j'ai demeuré dans les colléges, sur mon corps et façons de faire extérieures, mais je me puis vanter assurément qu'il n'a rien empiété sur mon esprit. La nature, Dieu merci, ne lui à pas été marâtre.»

Bien qu'en plus d'un passage de ce livre sur les Rose-Croix, la religion chrétienne ne semble pas suffisamment distinguée de ce qui est touché tout à côté, il apparaît assez clairement que l'auteur ne favorise en rien les nouveautés religieuses qui ont troublé le royaume et porté atteinte à la foi des aïeux. Il incline pour l'ordre politique avant tout, pour la raison d'État, et, tout en se conservant sceptique, il se prépare à être très-romain.

......Credat Judaeus Apella, Non ego...........

Omnes coelieolas, omnes supera alla tenentes,

des pages élevées, presque éloquentes, qui indiquent chez lui le sentiment ou du moins l'intelligence du Saint plus que je n'aurais cru. Il pense avec Montaigne trop de bien de Plutarque, il l'estime trop hautement le plus judicieux auteur du monde, pour fifre entièrement dénué d'une certaine connaissance religieuse dont Plutarque a été comme le dépositaire et le suprême pontife chez les païens. Bien que cette disposition reparaisse très-peu chez Naudé, et que je doive avec lui la négliger dans ce qui suit, qu'il me suffise d'en avoir marqué l'éclair et d'avoir entrevu de ce côté comme un horizon.

Deux ans après l'Apologie, il donna un petit opuscule qui nous sied mieux et où il se peint directement dans son vrai jour: Advis pour dresser une Bibliothèque, présenté à M. le président de Mesmes (1627). Composé, on le voit, en vue d'un patron, comme la plupart de ses autres écrits, celui-ci du moins nous traduit la plus chère des pensées de l'auteur, sa véritable et intime passion. Naudé n'en eut qu'une, mais il l'eut toute sa vie, et avec les caractères de constance, d'enthousiasme et de dévouement qui conviennent aux généreuses entreprises. Sa passion à lui, son idéal, ce fut la bibliothèque, une certaine bibliothèque comme il n'en existait pas alors, du moins en France. Lui si sage, si indifférent sur le reste, si incapable de s'étonner et de s'irriter, nous le verrons un jour malheureux et vulnérable de ce côté, et même éloquent dans sa blessure. Ce qu'il parvint à réaliser à grand-peine vingt ans plus tard avec le cardinal Mazarin, il le concevait, jeune, auprès du président de Mesmes; il préludait à celte création (car c'en fut une), à cette espèce d'institution et d'oeuvre. Expliquons-nous bien comment Naudé entendait la bibliothèque.

La passion des livres, qui semble devoir être une des plus nobles, est une de celles qui touchent de plus près à la manie; elle atteint toutes sortes de degrés, elle présente toutes les variétés de forme et se subdivise en mille singularités comme son objet même. On la dirait innée en quelques individus et produite par la nature, tant elle se prononce chez eux de bonne heure; et, bien qu'elle se mêle dans la jeunesse au désir de savoir et d'apprendre, elle ne s'y confond pas nécessairement. En général, toutefois, le goût des livrés est acquis en avançant. Jeune, d'ordinaire, on en sent moins le prix; on les ouvre, on les lit, on les rejette aisément. On les veut nouveaux et flatteurs à l'oeil comme à la fantaisie; on y cherche un peu la même beauté que dans la nature. Aimer les vieux livres, comme goûter le vieux vin, est un signe de maturité déjà. M. Joubert, dans une lettre à Fontanes, a dit: «Il me reste à vous dire sur les livres et sur les styles une chose que j'ai toujours oubliée. Achetez et lisez les livres faits par les vieillards, qui ont su y mettre l'originalité de leur caractère et de leur âge. J'en connais quatre ou cinq où cela est fort remarquable: d'abord le vieil Homère; mais je ne parle pas de lui. Je ne dis rien non plus du vieil Eschyle; vous les connaissez amplement, en leur qualité de poëtes: mais procurez-vous un peu Varron, Marculphi Formuloe (ce Marculphe était un vieux moine, comme il le dit dans sa préface, dont vous pouvez vous contenter); Cornaro, de la Vie sobre. J'en connais, je crois, encore un ou deux; mais je n'ai pas le temps de m'en souvenir. Feuilletez ceux que je vous nomme, et vous me direz si vous ne découvrez pas visiblement, dans leurs mots et dans leurs pensées, des esprits verts quoique ridés, des voix sonores et cassées, l'autorité des cheveux blancs, enfin des têtes de vieillards. Les amateurs de tableaux en mettent toujours dans leur cabinet; il faut qu'un connaisseur en livres en mette dans sa bibliothèque.» Nulle part ce que j'appellerai l'idéal du vieux livre renfrogné, l'idéal du bouquin, n'a été mieux exprimé qu'en cette page heureuse; mais M. Joubert y parle surtout au nom de l'amateur qui veut lire. Il y a celui qui veut posséder. Pour ce dernier, le goût des livres est une des formes les plus attrayantes de la propriété, une des applications les plus chères de cette prévoyance qui s'accroît en vieillissant; il a ses bizarreries et ses replis à l'infini, comme toutes les avarices. Les tours malicieux, les ruses, les rivalités, les inimitiés même qu'il engendre, ont quelque chose de surprenant et de marqué d'un coin à part. On a observé que les haines entre bibliothécaires ont également quelque chose de sourd, de subtil, de silencieux, comme le ver qui ronge et pique les volumes. Mais nous sommes loin de tous ces vices et de ces raffinements avec Naudé, qui a la passion dans sa noblesse, dans sa vérité première et dans sa franchise.

Lorsqu'on vendit, en 1657, la bibliothèque de M. Morcau, l'ancien professeur de Naudé et de Guy Patin, ce dernier écrivait à Spon: «Ce qui reste de la bibliothèque de M. Morcau se vend à la foire, j'entends les livres de philosophie, d'humanités et d'histoire. Il avoit fort peu de théologie et haïssoit toute controverse de religion; même je l'ai mainte fois vu se moquer de ceux qui s'en mettoient en peine. Je pense qu'il était de l'avis de M. Naudé, qui se moquoit des uns et des autres, et qui disoit qu'il falloit faire comme les Ita«liens, bonne mine sans bruit, et prendre en ce cas-là pour devise:

Intus ut libet, foris ut moris est.

Je prends acte à regret du fond des sentiments; mais on n'aurait certainement pas trouvé dans la bibliothèque de Naudé de ces lacunes qui se notaient dans celle de M. Moreau. Il avait le bon esprit d'y mettre même ce qu'il n'aimait guère; là aussi il savait faire la part de la coutume: «Finalement, dit-il, il faut pratiquer en cette occasion l'aphorisme d'Hippocrate qui nous avertit de donner quelque chose au temps, au lieu et à la coutume, c'est-à-dire que certaine sorte de livres ayant quelquefois le bruit et la vogue en un pays qui ne l'a pas en d'autres, et au siècle présent qui ne l'avoit pas au passé, il est bien à propos de faire plus ample provision d'iceux que non pas des autres, ou au moins d'en avoir une telle quantité qu'elle puisse témoigner que l'on s'accommode au temps et que l'on n'est pas ignorant de la mode et de l'inclination des hommes.» En cela Naudé préparait directement les matériaux de l'histoire littéraire, telle que l'entendait Bacon.

Dans son enthousiasme et son culte pour la fondation dont il voudrait doter la France, Naudé n'a garde d'omettre les noms célèbres qui ont honoré de tels établissements chez les anciens. Parmi nos illustres ancêtres les bibliothécaires (car je n'y veux reconnaître ni compter les esclaves et les affranchis), il cite donc en première ligne Démétrius de Phalere, Callimaque, Ératosthène, Apollonius, Zénodote, chez les Ptolémées, pour la bibliothèque d'Alexandrie; Vairon et Hygin à Rome, pour la Palatine. Ainsi Varron et Démétrius de Phalère, voilà des ancêtres. Il est vrai que la réalité du fait se peut contester à l'égard de Démétrius de Phalère, qui était un bien grand seigneur pour cet office; mais Callimaque, Apollonius, Varron et Gabriel Naudé, cela, suffit bien.—Je tire toutes ces drôleries de son livre môme, dussé-je paraître de ceux un peu légers dont il dit, non sans dédain, qu'ils ne recherchent en tout que la fleur:

Decerpunt flores et summa encumina captant.

Son Addition à l'Histoire de Louis XI (1630) est le dernier ouvrage qu'il publia avant son départ pour l'Italie. Il y prélude d'instinct à ses coups d'État et à son prochain code de la science des princes par la prédilection qu'il marque pour le plus advisé de nos rois, pour l'Euclide et l'Archiméde de la politique, comme il le qualifie. Voulant montrer que Louis XI n'était pas du tout aussi ignorant qu'on l'a prétendu et que l'a dit surtout le léger historien bel-esprit Mathieu, il reprend le côté littéraire de l'histoire de ce règne; c'est un prétexte pour lui d'y rattacher une foule de particularités sur les livres, sur le prix qu'on y mettait dans les vieux temps, de raconter au long la renaissance des lettres et de discuter à fond les origines de l'imprimerie introduite en France précisément sous Louis XI. Au nombre des écrits attribués à ce prince, il omet la part, si gracieuse pourtant et si piquante, qui lui revient dans la composition des Cent Nouvelles nouvelles, ce sur quoi nous insisterions de préférence aujourd'hui. Mais Naudé, nous l'avons dit, ne faisait aucun cas des romans et contes en langue vulgaire, et ne daignait s'enquérir de leur plus ou moins d'agrément; s'il s'est montré quelque peu savant en us, ç'a été par cet endroit.

Il ne l'est pas du tout d'ailleurs dans le choix de la thèse qu'il entreprend ici de prouver. S'il veut que Louis XI ait été. un prince plus lettré qu'on ne l'a dit, ce n'est pas qu'il attribue aux lettres plus d'influence qu'il ne faut sur l'art de gouverner. Loin de là, il pose tout d'abord la différence qu'il y a entre les lettrés d'ordinaires mélancoliques et songearts, et les hommes d'action et de gouvernement auxquels sont dévolues des qualités toutes contraires: Paucis ad bonam mentem opus est litteris, répétait-il d'après Sénèque. Il ne faut pas tant de lecture dans la pratique à un esprit bien fait; et il insiste sur cette vérité de bon sens en homme d'esprit, tout à fait dégagé du métier.

Nous n'essayerons pas de le justifier plus qu'il ne convient. Naudé n'appartient en rien à cette école de publicistes déjà émancipée au XVIe siècle, et qui deviendra la philosophique et la libérale dans les âges suivants. Sa politique, à lui, garde son arrière-pensée méfiante à travers tous les temps. A son arrivée en Italie, il était déjà foncièrement de l'avis de Louis XI, et il admettait cet article unique du symbole des gouvernants: Qui nescit dissimulare nescit regnare. S'il y avait erreur de sa part à cela, comme il est bienséant aujourd'hui de le reconnaître, ce n'était pas à la cour romaine qu'il pouvait s'en guérir; ce n'était point en quittant la France sous Richelieu pour la retrouver bientôt sous Mazarin. Naudé se pique dès l'abord de se bien séparer de ces auteurs qui, traitant de la politique, ne mettent pas de fin à leurs beaux discours de Religion, Justice, Clémence, Libéralité; il laisse cette rhétorique à Balzac et consorts. Pour lui, il tient à prouver aux habiles que, bien qu'homme d'étude, il entend aussi le fin du jeu. Il commence par poser avec Charron «que la justice, vertu et probité du Souverain, chemine un peu autrement que celle des particuliers.» A-t-il tort de le prétendre? En exceptant toujours le temps présent, ce qui est d'une politesse rigoureuse, et en ne considérant que l'éternelle histoire, qu'y voyons-nous? Un moderne penseur l'a répété, et il nous est impossible de le dédire: Ne mesurons pas les hommes publics à l'aune des vertus privées; s'ils sont véritablement grands, ils ont leur point de vue et leur rôle à part: ils font ce que d'autres ne feraient pas, ils maintiennent la société. C'est à l'abri de leurs qualités, de leurs défauts, quelquefois même, hélas! de leurs forfaits que les hommes privés arrivent à exercer en paix toutes leurs vertus. C'est peut-être parce que Richelieu a fait tomber la tête du duc de Montmorency, qu'il a été plus loisible à tel bon bourgeois de vivre honnête homme en sa rue Saint-Denis. Comme fait, et l'histoire en main, si l'on ose réfléchir, on a peine à ne pas tirer l'austère résultat.

Naudé, au premier chapitre de son livre, soutient, en s'appuyant de l'autorité de Cardan et de Campanella, que, pour bien peindre un homme ou pour bien traiter un sujet, il faut se transmuer dedans; et il cite spirituellement l'exemple de Du Bartas, qui, pour faire sa fameuse description du cheval, galopait et gambadait des heures entières dans sa chambre, contrefaisant ainsi son objet. Je ne pousserai pas si loin, en parlant de Naudé, la transfusion et la métamorphose, je serrerai de près mon auteur, sans pour cela m'y confondre ni l'approuver. Mais, puisque l'occasion s'en présente, j'userai du droit de simple moraliste pour énoncer ce que je crois vrai, dussé-je par là sembler contredire l'étalage vertueux et philanthropique des acteurs intéressés, ou la simplicité bienheureuse et perpétuellement adolescente de quelques optimistes de talent.

Telle philosophie, telle politique, ou, pour parler plus exactement, telle morale, telle politique. La politique n'est que l'art de mener les hommes, et cet art dépend de l'idée qu'on se fait d'eux. La Rochefoucauld donne la main à Machiavel. Jeune, d'ordinaire on estime l'humanité en masse, et l'on est plutôt de la politique libérale. Plus tard, on arrive à mieux connaître, à ce qu'on croit, c'est-à-dire trop souvent à moins estimer les hommes; et si l'on est conséquent, on incline alors pour la politique sévère. Mais cette sévérité, fruit amer de l'expérience humaine, n'admet pas nécessairement la fraude et n'exclut pas la justice; et j'aime à penser toujours, malgré la rareté du fait, que la volonté ferme du bien, une sagacité pénétrante jointe à l'absence de toute imposture, une équité inexorable, seraient encore les voies les plus sûres de gouverner, de tenir le pouvoir,—de le tenir, il est vrai, non pas de le gagner ni de l'obtenir.

Et en cette opinion extrême, n'admirez-vous pas comme Naudé et de Maistre se rencontrent? le grand croyant et le grand sceptique! c'est le cercle ordinaire, le manège de l'esprit humain.

Parmi les singularités de ce traité sur les Coups d'État, on a remarqué qu'il commence par Mais, comme le Moyen de Parvenir commence par Car. Naudé faisait nargue à la rhétorique dès le premier mot.

La scène se passe au cabaret; on y boit à même des pots, on y mange des harengs saurets, tout s'en ressent. On a remarqué que la plaisanterie d'une nation ressemble (règle générale) à son mets ou à sa boisson favorite. On n'a donc ici ni le pudding de Swift, ni le Champagne ou le moka de Voltaire. Le Mascurat de Naudé, c'est une espèce de salmigondis épais et noir, un vrai fricot comme nos aïeux l'aimaient, où il y a bien du fin lard et des petits pois. On y lit (p. 231) une grande discussion sur la poésie macaronique; ce livre est une espèce de macaronée aussi.

Au commencement du Mascurat il n'est pas huit heures et demie du matin (page 13): les deux compagnons entrent au cabaret et s'attablent pour discourir à l'aise a mane ad vesperam (p. 38). A la page 322, on les voit qui dînent. Page 349, Saint-Ange frappe pour demander à boire. Page 379, il continue de mâcher et de boire. Page 385, il est question de plat qui se refroidit. Page 386, Mascurat s'absente un bon quart d'heure, ou une bonne heure, dit Saint-Ange qui l'attend. C'en est assez pour donner idée de la composition étrange de cet autre Neveu de Rameau. A travers ces divers incidents de la journée, le dialogue dure toujours.

Le caractère de Saint-Ange, c'est le gros bon sens, près de Mascurat qui représente l'érudit rusé: «Tu m'emportes, lui dit à certain moment Saint-Ange, comme l'aigle fait la tortue, hors de mon élément; revenons...» Et plus loin, lorsque Mascurat lui énumère complaisamment les grands génies de première classe, les douze preux de pédanterie: Archimède, Aristote, Euclide, Scot (Duns), Calculator, etc. (je fais grâce des autres), le matois Saint-Ange répond: «Tu m'endors quand tu me parles de tous ces auteurs-là que je ne connois point; il y avoit l'autre jour un homme bien sensé, chez «Blaise, qui n'y faisoit pas tant de finesse; car il disoit que la Sagesse de Charron et la République de Bodin étoient les meilleurs livres du monde, et sa raison étoit que le premier enseigne à se bien gouverner soi-même, et le second à bien gouverner les autres... Ce discours, à te dire vrai, me tient lieu de démonstration et me persuade bien davantage que ne font tous les mathématiciens et philosophes; mais tu as l'esprit si sublime que tu voudrois toujours être avec les auteurs de la première classe. Pour moi, je me tiens aux médiocres, c'est-à-dire à ceux que tu appelles honnêtes gens et bons esprits.» Naudé, en écrivant cette charmante page, ne comprenait-il donc pas que le nombre de ces honnêtes gens et de ces bons esprits vulgaires à la Saint-Ange allait augmenter assez pour faire un public qui ne serait plus la populace? Le tiers état de Sieyès était au bout, notre classe moyenne.

Si Naudé ne comptait pas assez sur ce prochain monde des bons esprits, il semble avoir encore moins soupçonné qu'une autre portion plus délicate s'y introduirait, et que l'heure approchait où il faudrait écrire en français pour être lu même des femmes. Chez Naudé, les femmes n'entrent pas; latin à part, il y a des grossièretés.

En matière religieuse, il ne procède pas autrement, et c'est ici que le mot de sournoiserie s'applique à merveille. Ainsi, à propos de l'Alcoran, dont les paroles, dit Mascurat (page 345), sont très-belles et bonnes, quoique la doctrine en soit fort mauvaise, Saint-Ange se récrie, et Mascurat répond entre autres choses: «... Joint aussi qu'il est hors le pouvoir d'un homme, tant habile qu'il soit, de connoître quelle est la religion des Turcs, soit pour la foi ou les cérémonies, par la seule lecture de l'Alcoran; tout de même, SANS COMPARAISON TOUTEFOIS, qu'un homme qui n'auroit lu que le Nouveau Testament, ne pourroit jamais connoître le détail de la religion catholique, vu qu'elle consiste en diverses règles, cérémonies, établissements, institutions, traditions et autres choses semblables que les papes et les conciles ont établies de temps en temps, et pièces après autres, conformément à la doctrine contenue implicité ou explicité dans ledit livre.» On a le venin.

J'aime mieux citer une belle page philosophique, et même religieuse à la bien prendre, qui rentre dans une pensée souvent exprimée par lui. Il s'agit de je ne sais quel conseil (page 229) dont Saint-Ange croit que les politiques d'alors pourraient tirer grand profit; Mascurat répond: «Quand ils le feroient, Saint-Ange, ils ne réussiroient pas mieux au gouvernement des États et empires que les plus doctes médecins font à celui des malades; car il faut nécessairement que les uns et les autres prennent fin, tantôt d'une façon et tantôt de l'autre: Quotidie aliquid in tam magno orbe mutatur, nova urbium fundamenta jaciuntur, nova gentium nomina, extinctis nominibus prioribus aut in accessionem validioris conversis, oriuntur (chaque jour quelque changement s'opère en ce vaste univers; on jette les fondations de villes nouvelles; de nouvelles nations s'élèvent sur la ruine des anciennes dont le nom s'éteint ou va se perdre dans la gloire d'un État plus puissant). Je ne dis pas toutefois qu'un peu de régime ne fasse grand bien, et que tant de livres qu'écrivent tous les jours les médecins de vita proroganda soient inutiles; mais aussi en faut-il demeurer dans leurs termes, et ne pas attendre des remèdes l'éternité que Dieu seul s'est réservée.»—Et dans les Coups d'État (chap. IV) il avait dit: «Il ne faut donc pas croupir dans l'erreur de ces foibles esprits qui s'imaginent que Rome sera toujours le siége des saints Pères, et Paris celui des rois de France.» Je trouve que, de nos jours, les sages eux-mêmes ne sont pas assez persuadés que de tels changements restent toujours possibles, et l'on met volontiers en avant un axiome de nouvelle formation, bien plus flatteur, qui est que les nations ne meurent pas.

La seconde Fronde vint renverser encore une fois la fortune de Naudé et lui porter au coeur le coup le plus sensible, celui qu'un père eût éprouvé de la perte d'une fille unique, déjà nubile et passionnément chérie. L'arrêt du parlement de Paris qui ordonnait la vente de la bibliothèque du cardinal lui arracha un cri de douleur et presque d'éloquence. Dans un Advis imprimé (1651) à l'adresse de nos Seigneurs du Parlement, il exhale les sentiments dont il est plein: «.....Et pour moi qui la chérissois comme l'oeuvre de mes mains et le miracle de ma vie, je vous avoue ingénuement que, depuis ce coup de foudre lancé du ciel de votre justice sur une pièce si rare, si belle et si excellente, et que j'avois par mes veilles et mes labeurs réduite à une telle perfection que l'on ne pouvoit pas moralement en désirer une plus grande, j'ai été tellement interdit et étonné, que si la même cause qui fit parler autrefois le fils de Crésus, quoique muet de sa nature, ne me délioit maintenant la langue pour jeter ces derniers accents au trépas de cette mienne fille, comme celui-là faisoit au dangereux état où se trouvoit son père, je serois demeuré muet éternellement. Et, en effet, messieurs, comme ce bon fils sauva la vie à son père en le faisant connoitre pour ce qu'il étoit, pourquoi ne puis-je pas me promettre que votre bienveillance et votre justice ordinaire sauveront la vie a cette fille, ou, pour mieux dire, à cette fameuse bibliothèque, quand je vous aurai dit, pour vous représenter en peu de mots l'abrégé de ses perfections, que c'est la plus belle et la mieux fournie de toutes les bibliothèques qui ont jamais été au monde et qui pourront, si l'affection ne me trompe bien fort, y être à l'avenir.»—Et il finit en répétant les vers attribués à Auguste, lorsque celui-ci décida de casser le testament de Virgile plutôt que d'anéantir l'Enéide:

.... Frangatur potius legum veneranda potestas Quam tot congestos noctesque diesque labores Hauserit una dies, supremaque jussa Senatus!

La vente se fit pourtant, bien qu'avec de certains accommodements peut-être. Naudé en racheta pour sa part tous les livres de médecine, et il paraît qu'il y eut des prête-noms du cardinal qui en sauvèrent d'autres séries tout entières. Du moins M. Petit-Radel a beaucoup insisté sur ces rachats concertés qu'il démontre avec chaleur, comme si son amour-propre d'administrateur et d'héritier y était intéressé. Quoi qu'il en soit, le coup était porté pour l'auteur même; l'intégrité et l'honneur de l'oeuvre unique avaient péri. «On vend toujours ici la bibliothèque de ce rouge tyran, écrit Guy Patin (30 janvier 1652); seize mille volumes en sont déjà sortis; il n'en reste plus que vingt-quatre mille. Tout Paris y va comme à la procession: j'ai si peu de loisir que je n'y puis aller, joint que le bibliothécaire qui l'avoit dressée, mon ami de trente-cinq ans, m'est si cher, que je ne puis voir cette dissolution et destruction.....» Il fallait que Guy Patin aimât bien fort Naudé pour s'attendrir à l'endroit d'une disgrâce arrivée au Mazarin.

La seconde Fronde lui laissait peu d'espoir de recouvrer sa condition première; il accepta d'honorables propositions de la reine Christine, et partit pour la cour de Stockholm, où il fut bibliothécaire durant quelques mois. Cette cour était devenue sur la fin un guêpier de savants qui s'y jouaient des tours; Naudé n'y tint guère. Il était d'ailleurs à l'âge où l'on ne recommence plus. Il revenait de là, dégoûté de sa tentative, rappelé sans doute aussi par le mal du pays et par la perspective de jours meilleurs après les troubles civils apaisés, lorsqu'il fut pris de maladie et mourut en route, à Abbeville, le 29 juillet 1633, avant d'avoir pu revoir et embrasser ses amis. Il fut amèrement regretté de tous, particulièrement de Guy Patin, qui ne parle jamais de son bon et cher ami M. Naudé qu'avec un attendrissement bien rare en cette caustique nature, et qui les honore tous deux: «Je pleure incessamment jour et nuit M. Naudé. Oh! la grande perte que j'ai faite en la personne d'un tel ami! Je pense que j'en mourrai, si Dieu ne m'aide (25 novembre 1653).»—Les érudits composèrent à l'envi des vers latins sur la mort du confrère qui les avait si libéralement servis. On peut trouver cependant qu'il ne lui a pas été fait de funérailles suffisantes: on'n'a pas recueilli ses oeuvres complètes; il n'a pas été solennellement enseveli. Mort en 1653, du même âge que le siècle, il n'en représentait que la première moitié, au moment où la seconde, si glorieuse et si contraire, allait éclater. Les Provinciales parurent six années seulement après le Mascurat, et donnèrent le signal: la face du mondé littéraire fut renouvelée. Naudé rentra vite, pour n'en plus sortir, dans l'ombre de ces bibliothèques qu'il avait tant aimées et qui allaient être son tombeau. On imprima de lui un volume de lettres latines criblé de fautes. On rédigea le Naudoeana, ou extrait de ses conversations, criblé de bévues également. Il n'eut pas d'éditeur pieux. Son article manque au Dictionnaire de Bayle, ce plus direct héritier de son esprit. Lui qui a tant songé à sauver les autres de l'oubli, il est de ceux, et des plus regrettables, qui sont en train de sombrer dans le grand naufrage. Ses livres ont, à mes yeux, déjà la valeur de manuscrits, en ce sens que, selon toute probabilité, ils ne seront jamais réimprimés. Quelques curieux les recherchent; on les lit peu, on les consulte çà et là. Tel est le lot de presque tous, de quelques-uns même des plus dignes. Qu'y faire? la vie presse, la marche commande, il n'y a plus moyen de tout embrasser; et nous-même ici, qui avons tâché d'exprimer du moins l'esprit de Naudé, et de redemander, d'arracher sa physionomie vraie à ses oeuvres éparses, ce n'est, pour ainsi dire, qu'en courant que nous avons pu lui rendre cet hommage.

1er Décembre 1843.

APPENDICE

A L'ARTICLE SUR JOSEPH DE MAISTRE, Page 446.

Nous extrayons du numéro de la Revue des Deux Mondes, 1er octobre 1843, les quelques pages suivantes qui complètent ou appuient notre premier travail.

I.—NOTICE SUR M. GUY-MARIE DEPLACE, SUIVIE DE SEPT LETTRES INÉDITES DU COMTE JOSEPH DE MAISTRE, par M. F.-Z. Collombet.

II.—SOIRÉES DE ROTHAVAL, OU RÉFLEXIONS SUR LES INTEMPÉRANCES PHILOSOPHIQUES DU COMTE JOSEPH DE MAISTRE (Lyon, 1843).

Dans l'article sur Joseph de Maistre, inséré le 1er août dernier, il a été parlé d'un savant de Lyon, respectable et modeste, auquel l'illustre auteur du Pape avait accordé toute sa confiance sans l'avoir jamais vu, qu'il aimait à consulter sur ses ouvrages, et dont, bien souvent, il suivit docilement les avis. Cet homme de bien et de bon conseil, que nous ne nommions pas, venait précisément de mourir le 16 juillet dernier, et aujourd'hui un écrivain lyonnais, bien connu par ses utiles et honorables travaux, M. Collombet, nous donne une biographie de M. Deplace, c'était le nom du correspondant de M. de Maistre. Les pièces qui y sont produites montrent surabondamment que nous n'avions rien exagéré, et elles ajoutent encore des traits précieux à l'intime connaissance que nous avons essayé de donner du célèbre écrivain.

Disons pourtant d'abord que M. Déplace, né à Roanne en 1772, était de ces hommes qui, pour n'avoir jamais voulu quitter le second ou même le troisième rang, n'en apportent que plus de dévouement et de services à la cause qu'ils ont embrassée. Celle de M. Deplace était la cause même, il faut le dire, des doctrines monarchiques et religieuses, entendues comme le faisaient les Bonald et ces chefs premiers du parti: il y demeura fidèle jusqu'au dernier jour. Il appartenait à cette génération que la Révolution avait saisie dans sa fleur et décimée, mais qui se releva en 1800 pour restaurer la société par l'autel. Il fonda une maison d'éducation, forma beaucoup d'élèves, et écrivit des brochures ou des articles de journaux sous le voile de l'anonyme et seulement pour satisfaire à ce qu'il croyait vrai. Il avait défendu contre la critique d'Hoffman des Débats le beau poëme des Martyrs, et plus tard, en 1826, il attaqua M. de Chateaubriand pour son discours sur la liberté de la presse. M. Deplace prêtait souvent sa plume aux idées et aux ouvrages de ses amis; pour lui, il ne chercha jamais les succès d'amour-propre, et je ne saurais mieux le comparer qu'à ces militaires dévoués qui aiment à vieillir dans les honneurs obscurs de quelque légion: c'est le major ou le lieutenant-colonel d'autrefois, cheville ouvrière du corps, et qui ne donnait pas son nom au régiment. On lui attribue la rédaction des Mémoires du général Canuel, et même celle du Voyage à Jérusalem du Père de Géramb. Mais son vrai titre, celui qui l'honorera toujours, est la confiance que lui avait accordée M. de Maistre, et la déférence, aujourd'hui bien constatée, que l'éminent écrivain témoignait pour ses décisions.

L'extrait de correspondance qu'on publie porte sur le livre du Pape et sur celui de l'Église gallicane, qui en formait primitivement la cinquième partie et que l'auteur avait fini par en détacher. L'avant-propos préliminaire en tête du Pape est de M. Deplace: «Mais que dites-vous, monsieur, de l'idée qui m'est venue de voir à la tête du livre un petit avant-propos de vous? Il me semble qu'il introduirait fort bien le livre dans le monde, et qu'il ne ressemblerait point du tout à ces fades avis d'éditeur fabriqués par l'auteur même, et qui font mal au coeur. Le vôtre serait piquant parce qu'il serait vrai. Vous diriez qu'une confiance illimitée a mis entre vos mains l'ouvrage d'un auteur que vous ne connaissez pas, ce qui est vrai. En évitant tout éloge chargé, qui ne conviendrait ni à vous ni à moi, vous pourriez seulement recommander ses vues et les peines qu'il a prises pour ne pas être trivial dans un sujet usé, etc., etc. Enfin, monsieur, voyez si cette idée vous plaît: je n'y tiens qu'autant qu'elle vous agréera pleinement.»

Et dans cette même lettre datée de Turin, 19 décembre 1819, on lit: «On ne saurait rien ajouter, monsieur, à la sagesse de toutes les observations que vous m'avez adressées, et j'y ai fait droit d'une manière qui a dû vous satisfaire, car toutes ont obtenu des efforts qui ont produit des améliorations sensibles sur chaque point. Quel service n'avez-vous pas rendu au feu pape Honorius, en me chicanant un peu sur sa personne? En vérité l'ouvrage est à vous autant qu'à moi, et je vous dois tout, puisque sans vous jamais il n'aurait vu le jour, du moins à son honneur.» M. de Maistre revient à tout propos sur cette obligation, et d'une manière trop formelle pour qu'on n'y voie qu'un remercîment de civilité obligée. Il va, dans une de ses lettres (18 septembre 1820), après avoir parlé des arrangements pris avec le libraire, jusqu'à offrir à M. Deplace, avec toute la délicatesse dont il est capable, un coupon dans le prix qui lui est dû: «Si j'y voyais le moindre danger, certainement, monsieur, je ne m'aviserais pas de manquer à un mérite aussi distingué que le vôtre, et à un caractère dont je fais tant de cas, en vous faisant une proposition déplacée; mais, je vous le répète, vous êtes au pied de la lettre co-propriétaire de l'ouvrage, et en cette qualité vous devez être co-partageant du prix....» M. Deplace refuse, comme on le pense bien, et d'une manière qui ne permet pas d'insister; mais les termes mêmes de l'offre peuvent donner la mesure de l'obligation, telle que l'estimait M. de Maistre.

En supposant qu'il se l'exagérât un peu, qu'il accordât à son judicieux et savant correspondant un peu trop de valeur et d'action, on aime à voir cette part si largement faite à la critique et au conseil par un esprit si éminent et qui s'est donné pour impérieux. Tant de gens, qui passent plutôt pour éclectiques que pour absolus, se font tous les jours si grosse, sous nos yeux, la part du lion, quia nominor leo, que c'est plaisir de trouver M. de Maistre à ce point libéral et modeste. M. Deplace avait un sens droit, une instruction ecclésiastique et théologique fort étendue; il savait avec précision l'état des esprits et des opinions en France sur ces matières ardentes; il pouvait donner de bons renseignements à l'éloquent étranger, et tempérer sa fougue là où elle aurait trop choqué, même les amis: motos componere fluctus. Quant à écrire de pareille encre et à colorer avec l'imagination, il ne l'aurait pas su; mais il y a deux rôles: on a trop supprimé, dans ces derniers temps, le second.

Il faudrait pourtant y revenir. C'est pour avoir supprimé ce second rôle, celui du conseiller, du critique sincère et de l'homme de goût à consulter, c'est pour avoir réformé, comme inutiles, l'Aristarque, le Quintilius et le Fontanes, que l'école des modernes novateurs n'a évité aucun de ses défauts. Il y a là-dessus d'excellentes et simples vérités à redire; j'espère en reparler à loisir quelque jour. Qu'est-il arrivé, et que voyons-nous en effet? On a lu ses oeuvres nouvellement écloses à ses amis ou soi-disant tels, pour être admiré, pour être applaudi, non pour prendre avis et se corriger; on a posé en principe commode que c'était assez de se corriger d'un ouvrage dans le suivant. M. de Chateaubriand et M. de Maistre n'ont pas fait ainsi: le premier, dans les jeunes oeuvres qui ont d'abord fondé sa gloire, a beaucoup dû (et il l'a proclamé assez souvent) a Fontanes, à Joubert, à un petit cercle d'amis choisis qu'il osait consulter avec ouverture, et qui, plus d'une fois, lui ont fait refaire ce qu'on admire à jamais comme les plus accomplis témoignages d'une telle muse. Mais ceci demanderait toute une étude et une considération à part: l'admirable docilité de l'un, la courageuse franchise des autres, offriraient un tableau déjà antique, et prêteraient une dernière lumière aux préceptes consacrés. Aujourd'hui c'est M. de Maistre qui vient y joindre à l'improviste son autorité d'écrivain auquel, certes, la verve n'a pas manqué. Non-seulement pour le fond et pour les faits, mais pour la forme, il s'inquiétait, il était prêt sans cesse à retoucher, à rendre plus solide et plus vrai ce qui, dans une première version, n'était qu'éblouissant. On sait la phrase finale du Pape, dans laquelle il est fait allusion au mot de Michel-Ange parlant du Panthéon: Je le mettrai en l'air. «Quinze siècles, écrit M. de Maistre, avaient passé sur la Ville sainte lorsque le génie chrétien, jusqu'à la fin vainqueur du paganisme, osa porter le Panthéon dans les airs, pour n'en faire que la couronne de son temple fameux, le centre de l'unité catholique, le chef-d'oeuvre de l'art humain, etc., etc.» Cette phrase pompeuse et spécieuse, symbolique, comme nous les aimons tant, n'avait pas échappé au coup d'oeil sérieux de M. Déplace, et on voit qu'elle tourmentait un peu l'auteur, qui craignait bien d'y avoir introduit une lueur de pensée fausse: «Car certainement, disait-il, le Panthéon est bien à sa place, et nullement en l'air.»—Et il propose diverses leçons, mais je n'insiste que sur l'inquiétude.

Nous avions dit que plusieurs passages relatifs à Bossuet avaient été adoucis sur le conseil de M. Deplace; une lettre de M. de Maistre au curé de Saint-Nizier (22 juin 1819) en fait foi: «J'ai toujours prévu que votre ami appuierait particulièrement la main sur ce livre V (qui est devenu l'ouvrage sur l'Église gallicane). Je ferai tous les changements possibles, mais probablement moins qu'il ne voudrait. A l'égard de Bossuet, en particulier, je ne refuserai pas d'affaiblir tout ce qui n'affaiblira pas ma cause. Sur la Défense de la Déclaration, je céderai peu, car, ce livre étant un des plus dangereux qu'on ait publiés dans ce genre, je doute qu'on l'ait encore attaqué aussi vigoureusement que je l'ai fait. Et pourquoi, je vous prie, affaiblir ce plaidoyer? Je n'ignore pas l'espèce de monarchie qu'on accorde en France à Bossuet, mais c'est une raison de l'attaquer plus fortement. Au reste, monsieur l'abbé, nous verrons. Si M. Deplace est longtemps malade ou convalescent, je relirai moi-même ce ce livre, et je ne manquerai pas de faire disparaître tout ce qui pourrait choquer. J'excepte de ma rébellion l'article du jansénisme. Il faut ôter aux jansénistes le plaisir de leur donner Bossuet: Quanquam o...!»

Or il est très-certain que vous avez fait en France une douzaine d'apothéoses au moyen desquelles il n'y a plus moyen de raisonner. En faisant descendre tous ces dieux de leurs piédestaux pour les déclarer simplement grands hommes, on ne leur fait, je crois, aucun tort, et l'on vous rend un grand service...» Et il ajoutait en post-scriptum: «Je laisse subsister tout exprès quelques phrases impertinentes sur les myopes. Il en faut (j'entends de l'impertinence) dans certains ouvrages, comme du poivre dans les ragoûts.» Ceci rentre tout à fait dans la manière originale et propre, dans l'entrain de ce grand jouteur, qui disait encore qu'un peu d'exagération est le mensonge des honnêtes gens.—A un certain endroit, dans le portrait de quelque hérétique, il avait lâché le mot polisson; prenant lui-même les devants et courant après: «C'est un mot que j'ai mis là uniquement pour tenter votre goût, écrivait-il. Vous ne m'en avez rien dit; cependant des personnes en qui je dois avoir confiance prétendent qu'il ne passera pas, et je le crois de même.» Mais, de ces mots-là, quelques-uns ont passé par manière d'essai, pour tenter notre goût aussi, à nous lecteurs français, lecteurs de Paris: nous voilà bien prévenus.

Enfin, pour épuiser tout ce que cette curieuse petite publication de M. Collombet nous apporte de nouveau sur M. de Maistre, nous citerons ce passage de lettre sur l'effet que le livre du Pape produisit à Rome; nous avions déjà dit que l'auteur allait plus loin en bien des cas que certains Romains n'auraient voulu: «(11 décembre 1820.) A Rome on n'a point compris cet ouvrage au premier coup d'oeil, écrit M. de Maistre; mais la seconde lecture m'a été tout à fait favorable. Ils sont fort ébahis de ce nouveau système et ont peine à comprendre comment on peut proposer à Rome de nouvelles vues sur le pape: cependant il faut bien en venir là.» Il faut bien! Combien de ces voeux impérieux, de ces desiderata de M. de Maistre, restent ouverts et encore plus inachevés que ceux de Bacon, qui l'ont tant courroucé!

LES SOIRÉES DE ROTHAVAL, nouvellement publiées à Lyon, ne sont pas un pur hommage à M. de Maistre, comme l'écrit de M. Collombet; ces deux somptueux volumes in-8°, de polémique et de discussion polie, ont pour objet de faire contre-partie et contre-poids aux Soirées de Saint-Pétersbourg, à ce beau livre de philosophie élevée et variée duquel l'auteur écrivait: «Les Soirées sont mon ouvrage chéri; j'y ai versé ma tête: ainsi, monsieur, vous y verrez peu de chose peut-être, mais au moins tout ce que je sais.»—Rothaval est un petit hameau dans le département du Rhône, probablement le séjour de l'auteur en été. Le titre de Soirées n'indique point d'ailleurs ici de conversations ni d'entretiens; l'auteur est seul, il parle seul et ne soutient son tête-à-tête qu'avec l'adversaire qu'il réfute, et avec ses propres notes et remarques qu'il compile. On peut trouver qu'il a mis du temps à cette réfutation: «Quand le livre de M. Joseph de Maistre parut, j'étais, dit-il, occupé d'un grand travail que je ne pouvais interrompre: je me bornai à recueillir quelques notes, et ce sont ces notes que, devenu plus libre, je me sujs décidé à présenter à mon lecteur en leur donnant plus d'étendue.» Les Soirées de Saint-Pétersbourg ont paru en 1821; vingt ans et plus d'intervalle entre l'ouvrage et sa réfutation, c'est un peu moins de temps que n'en mit le Père Daniel à réfuter les Provinciales. Nous ne saurions rien, de l'auteur anonyme des Soirées de Rothaval, sinon, qu'il nous semble un esprit droit, scrupuleux et lent, un homme religieux et instruit; mais une petite brochure publiée en 1839, et qui a pour titre: M. le comte Joseph de Maistre et le Bourreau, nous indique M. Nolhac, membre associé de l'Académie de Lyon, qui avait lu dès lors dans une séance publique un chapitre détaché de son ouvrage. Il avait choisi un chapitre à effet, et nous préférons, pour notre compte, la couleur du livre à celle de l'échantillon. Le plus grand reproche qu'on puisse adresser au réfutateur de M. de Maistre, c'est qu'il n'embrasse nulle part l'étendue de son sujet, et qu'il ne le domine du coup d'oeil à aucun moment; il suit pas à pas son auteur, et distribue à chaque propos les pièces diverses et notes qu'il a recueillies. Le journaliste Le Clerc, parlant un jour de Passerat et des commentaires un peu prolixes de ce savant sur Properce, je crois, ou sur tout autre poëte, dit qu'on voit bien que Passerat avait ramassé dans ses tiroirs toutes sortes de remarques, et qu'en publiant il n'a pas voulu perdre ses amas. On pourrait dire la même chose de l'ermite de Rothaval: il a voulu ne rien perdre et tout employer. Les auteurs et les autorités les plus disparates se trouvent comme rangés en bataille et sur la même ligne; M. Ancelot, par exemple, y figurera pour six vers de Marie de Brabant, non loin de M. Damiron et des Védams. En revanche, on doit au patient collecteur, en le feuilletant, de voir passer sous ses yeux quantité de textes dont quelques-uns nouveaux, assez intéressants et qui ont trait de plus ou moins loin aux doctrines critiquées. Plus d'une fois il a cherché à rétablir au complet, et dans un sens différent, des citations que de Maistre tirait à lui; cette discussion positive a de l'utilité. J'appliquerai donc volontiers à ces notes ce qu'on a dit du volume d'épigrammes: Sunt bona, sunt quaedam...., et je pardonne à toutes en faveur de quelques-unes.

Si l'on demandait à l'auteur des conclusions un peu générales, on les trouverait singulièrement disproportionnées à l'appareil qu'il déploie: «J'ai montré, dit-il en finissant, M. Joseph de Maistre injuste dans sa critique et dépassant presque toujours le but qu'il voulait atteindre, parce que, pour ne suivre que les inspirations de la raison, il lui aurait fallu avoir dans l'esprit plus de calme qu'il n'en Avait.»—Ce sont là des truisms, comme disent les Anglais, et il semble que le réfutateur ait voulu infliger cette pénitence à l'impatient et paradoxal de Maistre, de ne pas les lui ménager. A lire les dernières pages des Soirées de Rothaval, je crois voir un homme qui a entendu durant plus de deux heures une discussion vive, animée, étincelante de saillies et même d'invectives, soutenue par le plus intrépide des contradicteurs, et qui, prenant son voisin sous le bras, l'emmène dans l'embrasure d'une croisée, pour lui dire à voix basse: «Vous allez peut-être me juger bien hardi, mais je trouve que cet homme va un peu loin.»—L'épigraphe qui devrait se lire en toutes lettres au frontispice des écrits de M. de Maistre est assurément celle-ci: A bon entendeur salut! L'honorable écrivain dont nous parlons ne s'en est pas assez pénétré; il y aurait, matière à le narguer là-dessus. Pourtant quand je parcours ses judicieuses réserves sur Bacon, sur Locke en particulier, si foulé aux pieds par de Maistre, une remarque en sens contraire me vient plutôt à l'esprit, et si j'ai eu tort de l'omettre dans les articles consacrés à l'illustre écrivain, elle trouvera place ici en correctif essentiel et en post-scriptum. De nos jours, les esprits aristocratiques n'ont pas manqué, qui ont cherché à exclure de leur sphère d'intelligence ceux qui n'étaient pas censés capables d'y atteindre: de Maistre, par nature et de race, était ainsi; les doctrinaires, les esprits distingués qu'on a qualifiés de ce nom, ont pris également sur ce ton les choses, et par nature aussi, ou par système et mot d'ordre d'école, ils n'ont pas moins voulu marquer la limite distincte entre eux et le commun des entendements. Il entend, il comprend, était le mot de passe, faute de quoi on était exclu à jamais de la sphère supérieure des belles et fines pensées. Eh bien! non: nul esprit, si élevé qu'il se sente, n'a ce droit de se montrer insolent avec les autres esprits, si bourgeois que ceux-ci puissent paraître, pourvu qu'ils soient bien conformés. Ces humbles allures, un peu pesantes, conduisent pourtant par d'autres chemins; les objections que le simple bon sens et la réflexion soulèvent, dans ces questions premières, demeurent encore les difficultés définitives et insolubles. Les esprits de feu, les esprits subtils et rapides, vont plus vite; ils franchissent les intervalles, ils ne s'arrêtent qu'au rêve et à la chimère, si toutefois ils daignent s'y arrêter; mais, après tout, il est un moment d'épuisement où il faut revenir; on retombe toujours, on tourne dans un certain cercle, autour d'un petit nombre de solutions qui se tiennent en présence et en échec depuis le commencement. On a coutume de s'étonner que l'esprit humain soit si infini dans ses combinaisons et ses portées; j'avouerai bien bas que je m'étonne souvent qu'il le soit si peu.

APPENDICE

A L'ARTICLE SUR GABRIEL NAUDÉ, PAGE 497.

J'ai pensé qu'il était bon de donner ici tout l'extrait de la lettre de Naudé à Peiresc, où il est question de Campanella.—Naudé commence sa lettre par des compliments et des excuses à Peiresc et parle de diverses commissions; puis il ajoute:

Le reste de la lettre est sur d'autres sujets; elle est datée de «Riète, ce 30 juin 1636.» On y peut joindre cette note que Guy Patin écrivait vers le même temps dans son Index ou Journal:

«1635.—Le 19 mai, un samedi après midi, ai visité aux Jacobins réformés du faubourg Saint-Honoré un Père italien, réputé fort savant homme, nommé Campanella, avec lequel j'ai parlé de disputes plus de deux heures. De quo vere possum afïirmare quod Petrarcha quondam de Roma: Multa suorum debet mendociis. Il sait beaucoup de choses, mais superficiellement: Multa quidem scit, sed non multum.»

J'ai cru qu'il n'était pas inutile, dans un temps où l'on est en train d'exagérer sur Campanella, de faire connaître cette opinion secrète de Naudé et du monde de Naudé. Puisque leur témoignage extérieur est souvent invoqué en l'honneur du philosophe calabrois, il était juste qu'on eût le témoignage intime et confidentiel.

Je mets de mes pensées où je puis, et à chaque édition nouvelle d'un ouvrage j'en profite comme d'un convoi qui part pour envoyer au public, à mes amis et même à mes ennemis (dussent-ils se servir de cette clé comme d'une arme, selon leur usage) quelques mots qu'il m'importe de dire sur moi-même et sur ce que j'écris. Voici une de ces remarques qui porte sur l'ensemble de mon oeuvre critique:

«J'ai beaucoup écrit, on écrira sur moi, on fera ma biographie, et les critiques chercheront à se rendre compte de mes ouvrages fort différents; je veux leur épargner une partie de la peine et leur abréger la besogne, en expliquant ma vie littéraire telle que je l'ai entendue et pratiquée.

J'ai mené assez volontiers ma vie littéraire avec ensemble et activité, selon le terrain et l'heure, avec tactique en un mot, comme on fait pour la guerre, et je la divise en campagnes.—Je ne parle ici que de ma critique.

De 1824 à 1827, au Globe; ce ne sont que des essais sans importance: je ne suis pas encore officier supérieur, j'apprends mon métier.

En 1828, j'entame ma première campagne, toute romantique, par mon Ronsard et mon Tableau du seizième Siècle.

En 1829, je fais ma campagne critique à la Revue de Paris; toute romantique également.

En 1831, et pendant près de dix-sept ans, je fais ma critique de Revue des Deux Mondes, une longue campagne, avec de la polémique de temps en temps et beaucoup de portraits analytiques et descriptifs;—une guerre savante, manoeuvrière, mais un peu neutre, encore plus défensive et conservatrice qu'agressive. (Les Portraits littéraires, pour la plupart, et les Portraits contemporains en sont sortis.)

Cette longue suite d'opérations critiques est coupée par mon expédition de Lausanne en 1837-1838, où je fais Port-Royal et le bâtis entièrement, sauf à ne le publier qu'avec lenteur. C'est ma première campagne comme professeur.

En 1848, je fais ma campagne de Liège (de Sambre-et-Meuse, comme me le disait Quinet assez gaîment), ma seconde comme professeur: de là sortent Chateaubriand et son Groupe, publié plus tard.

En 1849, j'entreprends ma campagne des lundis au Constitutionnel, trois années, et je la continue un peu moins vivement depuis, au Moniteur, pendant huit années.

Elle est coupée par ma tentative de professorat au Collège de France, une triste campagne où je suis empêché, dès le début, par la violence matérielle: il en sort pourtant mon Étude sur Virgile.

Je répare cette campagne manquée, par quatre années de professorat à l'École normale; mais ç'a été une entreprise toute à huis clos, quoique très-active. Je n'en ai rien tiré jusqu'ici (ou très-peu) pour le public.

Je recommence, en septembre 1861, plus activement que jamais, une campagne de lundis au Constitutionnel, en tâchant de donner à celle-ci un caractère un peu différent de l'ancienne.—En Avant: un dernier coup de collier; en Avant!

Toutes ces campagnes et expéditions littéraires veulent être jugées en elles-mêmes et comme formant des touts différents.»

FIN DU SECOND VOLUME.

TABLE DES MATIÈRES DU SECOND VOLUME Molière Delille Bernardin de Saint-Pierre Mémoires du général La Fayette M. de Fontanes M. Joubert Léonard Aloïsius Bertrand Le comte de Ségur Joseph de Maistre Gabriel Naudé Appendice sur Joseph de Maistre Appendice sur Gabriel Naudé Un mot sur moi-même FIN DE LA TABLE.

Notes in this chapter

Note 1 · Note 227: (retour) Un des grands généraux de la guerre de Trente Ans, qui guerroyait alors dans les Pays-Bas ou en Westphalie.Note 2 · Note 228: (retour) Voir de Maistre, Examen de Bacon, tome I, page 94.Note 3 · Note 229: (retour) La rose, dans l'antiquité, était l'emblème à la fois du plaisir et du mystère; c'est pourquoi on la suspendait aux festinNote 4 · Son premier écrit français connu (je laisse de côté l'introuvable Marfore) est son Instruction à la France sur la vérité de l'histoire des FNote 5 · Note 230: (retour) Il réitère et développe cette pensée avec une rare énergie au chapitre IV de ses Coups d'État: «....Ses plus belles partiNote 6 · Note 231: (retour) Apologie, chap. VIII.Note 7 · L'Apologie pour tous les grands personnages qui ont été faussement soupçonnés de magie, publiée en 1625, est un livre très-savant dont le suNote 8 · Note 232: (retour) «Les eaux de Sainte-Reine ne font point de miracles. Il y a longtemps que je suis de l'avis de feu notre bon ami M. NaudéNote 9 · La science humaine dans tout son fin et son retors et son déniaisé, pour parler comme lui, voilà l'objet propre, le champ unique de Naudé. JNote 10 · Note 233: (retour) Voir le Mascurat, page 246. Cette porte particulière n'eut pas temps de s'ouvrir, à cause des troubles. L'hôtel du cardinNote 11 · Naudé n'estime les bibliothèques dressées qu'en considération du service et de l'utilité que l'on en peut recevoir. Concevant cette utilité Note 12 · Note 234: (retour) Bayle aussi avait pour maxime de garder toujours une oreille pour l'accusé.Note 13 · Note 235: (retour) Il s'élève pourtant de ton en revenant sur ce sujet favori des révolutions d'idées, au chapitre VI de son Addition à l'HiNote 14 · Ce petit Adeis sur les bibliothèques renferme plus d'une fine remarque; tout en rangeant ses livres, Naudé ne se fait faute déjuger les auteNote 15 · Note 236: (retour) Parmi les ruses les plus permises, il faut mettre celle que raconte Rossi dans la lettre où il parle des acquisitions de Note 16 · A un certain endroit où il indique les moyens d'agrandir et d'accroître les bibliothèques, on sourit de voir le bon Naudé conseiller à mots Note 17 · Note 237: (retour) Il alla, en 1633, prendre ses degrés à Padoue, à cause de la charge de médecin honoraire de Louis XIII que son cardinal lNote 18 · Son voyage d'Italie et le long séjour qu'il y fît achevèrent vite de l'aiguiser et de lui donner toute sa finesse morale. Ces douze années, Note 19 · Note 238: (retour) ***put text here On lit, il est vrai, dans la préface de la première édition, que le livre n'est imprimé qu'à douze exempNote 20 · Naudé n'en demandait pas tant aux souverains de son temps, et, dans cette chambre close du cardinal de Bagni, il n'est plus que de la religiNote 21 · Note 239: (retour) «Et lorsque Campanella eut dessein de se faire roi de la Haute-Calabre, il choisit très à propos pour compagnon de son enNote 22 · Note 240: (retour) Voir, dans les lettres latines de Naudé, la 31e à Campanella, et la dédicace reconnaissante que celui-ci lit à Naudé de sNote 23 · Disons-le bien vite, en ceci Naudé, encore plus que de Maistre, se calomniait: cet apologiste de la Saint-Barthélémy est le même qui, à RomeNote 24 · Note 241: (retour) Voir sur cette version le Mercure galant de novembre 1683.Note 25 · Parmi les opinions particulières qui ne font faute, est celle qui range dans les inventions des coups d'État la venue de la Pucelle d'OrléanNote 26 · Note 242: (retour) Dans une page du Mascurat (190), on voit trop bien en quel sens Naudé est catholique et soumis à l'Église; c'est de la mêNote 27 · «Qui peut savoir et dire ce qu'arrive à penser sur toute question fondamentale un homme de quarante ans, prudent, et qui vit dans un siècle Note 28 · Note 243: (retour) Une lettre de lui à Peiresc, du 20 juillet 1634 (Correspondance de Peiresc, tome X, manuscrits de la Bibliothèque du Roi)Note 29 · Note 244: (retour) Page 254.Note 30 · Note 245: (retour) Une sorte de publicité existait dès les années précédentes: la bibliothèque s'ouvrait tous les jeudis aux savants qui se Note 31 · Note 246: (retour) Lettres choisies de Guy Palin, tome I, page 35.Note 32 · Note 247: (retour) Autre témoignage: «Naudé étoit d'une vie sobre et chaste; il eut aversion de tout temps pour les assaisonnements de viandNote 33 · Note 248: (retour) Les barricades sont, précisément de la même date que la lettre de Guy Patin jour pour jour, 27 août.Note 34 · La mort trop prompte du cardinal de Bagni, en juillet 1641, laissa Naudé au dépourvu et comme naufragé sur le rivage. Le cardinal Antoine BaNote 35 · Vina fugit, gaudetque meris abstemius undis 247.Note 36 · Pour moi, je ne puis que jeter de la poudre sur l'écriture de ces deux grands hommes, j'en bois fort peu; et néanmoins ce sera une débauche,Note 37 · Note 249: (retour) Et encore (page 370) il enfile toutes sortes d'historiettes sur des réponses faites par bévue, et se moque en même temps Note 38 · L'intervalle des deux Frondes fut un assez bon temps pour Naudé; il y composa (1649) son ouvrage le plus intéressant, le plus original et leNote 39 · Note 250: (retour) Page 152.Note 40 · La finesse d'ailleurs, la raillerie couverte, la sournoiserie même de l'auteur entre ces deux bons compères, Saint-Ange et Mascurat, va aussNote 41 · Note 251: (retour) M. Artaud, dans son ouvrage sur Machiavel (tome II, pages 336-350), cite un ouvrage manuscrit français qui est une apologNote 42 · Je ne pousserai pas plus loin ce qui aussi bien n'aurait aucun terme, car il faudrait extraire à satiété, sans pouvoir jamais analyser. La cNote 43 · Note 252: (retour) On peut voir, si l'on veut, sur cette sotte et désagréable affaire, la Bibliothèque critique de Richard Simon, tome Ier, Note 44 · Un malheur ne vient jamais seul; Naudé en eut un autre en ces années. Étant autrefois à Rome, il avait été consulté et avait donné son avis Note 45 · Note 253: (retour) Si c'était une illusion française, de respecter les personnes en attaquant les choses, il faut reconnaître qu'elle s'est Note 46 · Ces concessions ne se faisaient pas toujours, comme on voit, sans quelques escarmouches. On retrouve dans ces petits débats toute la vivacitNote 47 · Note 254: (retour) La Mothe-Le-Vayer.Note 48 · Note 255: (retour) Ciarla, en italien, d'où charlatan.Note 49 · «Je viens tout maintenant de recevoir lettre de Paris de M. Gaffarel qui me parle entre autres choses de l'affaire de C. (Campanella); mais
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