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Portraits littéraires, Tome II

Note (retour) — C.-A. SAINTE-BEUVE (continued 7)

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Son voyage d'Italie et le long séjour qu'il y fît achevèrent vite de l'aiguiser et de lui donner toute sa finesse morale. Ces douze années, depuis l'âge de trente jusqu'à quarante-deux ans, lui mirent le cachet dans toute son empreinte. Devenu l'un des domestiques, comme on disait, du cardinal de Bagni, adopté dans la famille, il se consacra tout entier à ses devoirs envers le noble patron, à l'agrément libéral et studieux de cette société romaine qui savait l'apprécier à sa valeur. On était alors sous le pontificat d'Urbain VIII, de ce poète latin si élégant et si fleuri, qui se souvenait volontiers de ses distiques mythologiques, et qui continuait de les scander tout en tenant le gouvernail de la barque de saint Pierre. Dans cette Rome des Barberins, Naudé put se croire d'abord transporté au règne de Léon X, d'un Léon X un peu affadi: son goût littéraire ne sentait peut-être pas assez la différence. Tous ses écrits de cette époque ne furent plus composés qu'en vue de quelque circonstance particulière et en quelque sorte domestique; moins que jamais le public apparut à sa pensée, ce grand public prochain qui allait être le seul juge. Pour le cardinal, son maître, homme d'État, il composa son livre des Coups d'État; pour son neveu, le comte Fabrice de Guidi, il fit en latin le petit traité de l'Étude libérale, à l'usage des jeunes gentilshommes; pour un autre neveu, le comte Louis, le gros traité latin sur l'Étude militaire, à l'usage des guerriers instruits. Il dressait en même temps pour leur père, le marquis de Montebello, une généalogie et une histoire de cette famille des Guidi-Bagni. Coeur délicat sans doute et reconnaissant, on le voit empressé de payer sa bienvenue à chacun des membres; lui aussi il se sent riche à sa manière, il veut rendre et donner. On peut soupçonner de plus sans injure qu'étranger et nécessiteux, il n'était pas fâché de recevoir. Je ne fais qu'indiquer d'autres opuscules latins, tous également de circonstance, ses cinq thèses médico-littéraires, agréables réminiscences du doctorat 237, espèces d'étrennes et de cartes de visite qu'il envoyait à des amis anciens ou nouveaux; son traité de la Bibliographie politique, adressé au Père Gaffarel, qui l'avait consulté sur ces sortes d'écrits. De toutes ces productions de Naudé composées durant le séjour d'Italie et couvées, pour ainsi dire, sous le manteau et sous la pourpre, on ne lit plus maintenant, on ne cite plus guère à l'occasion que ses Coups d'État; et, par leur renom de machiavélisme, ils ont presque entaché sa mémoire.

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