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Portraits littéraires, Tome II

Note (retour) — C.-A. SAINTE-BEUVE (continued 7)

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Un malheur ne vient jamais seul; Naudé en eut un autre en ces années. Étant autrefois à Rome, il avait été consulté et avait donné son avis sur des manuscrits de l'Imitation de Jésus-Christ que les bénédictins revendiquaient pour un moine de leur Ordre, Gersen; il n'était pas de leur avis, et avait jugé les manuscrits quelque peu falsifiés. Son témoignage en resta là et sommeilla quelque temps. Mais bientôt les chanoines réguliers de Saint-Augustin, qui revendiquaient l'Imitation pour Akempis, c'est-à-dire pour leur saint, comme les bénédictins pour le leur, introduisirent l'autorité, et l'acte de Naudé dans la discussion. Il y intervint lui-même par de nouveaux écrits publics. Courier, avec son fameux pâté sur le manuscrit de Longus, sut ce que c'est que d'avoir affaire à des pédants antiquaires et chambellans; Naudé, si prudent, si modéré, apprit bientôt à ses dépens ce que c'est que d'avoir affaire à des pédants, de plus théologiens, surtout à un Ordre tout entier et à des moines. Quand on est sage, règle générale, il ne faut jamais se mettre sans nécessité telles gens à robe noire à ses trousses. Si je l'osais, j'en donnerais le conseil même aujourd'hui encore à mes brillants amis. Du temps de Naudé, on en vint d'emblée aux injures. Il y avait dès lors un Dom Robert Quatremaire (notait-il pas de la famille de M. Etienne Quatremère?) qui en disait. Naudé eut le tort d'y céder et d'y répondre. Tout cela se passait à propos du plus clément et du plus miséricordieux des livres, autour de l'Imitation. Ajoutez que, dans cette querelle de Naudé et de Dom Quatremaire, on ne savait pas très-bien le français de part et d'autre, ou du moins on ne savait que le vieux français; les injures en étaient d'autant plus grosses. Il en résulta même des méprises singulières. Naudé, s'en prenant à un bénédictin italien, le Père Cajetan, qui était petit et assez contrefait, l'avait appelé rabougri; les bénédictins de Saint-Maur ne se rendirent pas bien compte du terme, et le confondirent avec un bien plus grave qui a quelque rapport de son. Ces vénérables religieux en demandèrent réparation en justice comme d'une appellation infâme. La naïveté prêta à rire. Naudé lui-même porta plainte en diffamation devant le Parlement; on a son factum (Raisons péremptoires, etc., 1651); je le voudrais supprimer pour son honneur. Sur ce terrain-là, il n'a pas son esprit habituel: ce n'est plus qu'un savant du XVIe siècle en colère. Il prit pourtant occasion de sa défense pour dresser une liste et kyrielle, comme il les aime, de toutes les falsifications, corruptions de pièces, tricheries, qu'on imputait aux bénédictins dans les divers âges. En poussant cette pointe, il a, sous air pédantesque, sa double malice cachée, et il infirme plus de choses ecclésiastiques qu'il ne fait semblant. On assure qu'il eut alors les rieurs de son côté; mais il dut être au fond mécontent de lui-même: le philosophe en lui avait fait une faute.252

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