Note 229 — C.-A. SAINTE-BEUVE (continued 7)
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Note 229:
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La rose, dans l'antiquité, était l'emblème à la fois du plaisir et du mystère; c'est pourquoi on la suspendait aux festins:
Est rosa flos Veneris, eujus quo furte laterent, Harpocrati matris dona dicavil Amor. Inde rosam mensis* hospes suspendit amicis, Conviva ut sub ea dicta taceuda sciat.
Naudé, qui cite cette épigramme dans la préface de ses Rose-Croix, l'a remise depuis dans son Mascurat, et en a fait la plus jolie page de ce gros in-4°: «La fable ancienne ou moderne dit que le Dieu d'Amour lit présent au Dieu du Silence, Harpocrate, d'une belle fleur de rose, lorsque personne n'en avoit encore vu et qu'elle étoit toute nouvelle, afin qu'il ne découvrît point les secrètes pratiques et conversations de Vénus sa mère; et que l'on a pris de là occasion de pendre une rose ès chambres où les amis et parents se festinent et se réjouissent, afin que, sous l'assurance que cette rose leur donne que leurs discours ne seront point éventés, ils puissent dire tout ce que bon leur semble.»—Cette dévotion du silence a encore inspiré à Naudé une jolie épigramme, la seule même assez gracieuse qu'on trouve dans le recueil de ses vers. C'est un discours supposé dans la bouche d'un Faune pour avertir les promeneurs à l'entrée d'un petit bois qui faisait partie de son domaine de Gentilly:
Nunc animis linguisque viti, juvenesque favete, etc.
Avec Naudé on a, en fait de sagesse, le sub rosa exactement opposé à l'ex cathedra.—Un moderne des plus modernes, qui, assurément, ne connaissait pas l'épigramme et l'historiette mythologique de la Rose, l'élégant et brillant comte d'Orsay, a dit un mot qui en rend à merveille l'esprit et qui en est pour nous le meilleur commentaire. Ruiné et criblé de dettes, on lui conseillait d'écrire ses Mémoires et de raconter tant de choses curieuses qu'il savait sur la haute société, dans laquelle il avait passé sa vie; un libraire de Londres lui promettait bien des guinées pour cela; quelques amis même le pressaient: «Non, c'est impossible, répondit le comte: je ne trahirai jamais des gens avec qui j'ai diné.»—Le comte d'Orsay et Gabriel Naudé! qu'importe le costume? les galantes âmes se rencontrent.