VI
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A midi sonnant, les portes du château de Glascow s’ouvrirent, et le peuple, la noblesse, les corps de métiers, la population tout entière de la ville fui conviée à cet imposant et triste spectacle d’une reine accusée et jugée par ses sujets.
La salle où se tenaient les douze lords composant le lit de justice, était entièrement tendue de noir.
Les juges étaient présidés par le comte d’Argyle.
Debout, devant leur estrade, se tenait un vieillard en habit de deuil, grave, sombre, résolu.
C’était lord Darnley, comte de Lenox.
Puis à côté de Darnley, il y avait un jeune homme triste, grave comme le vieillard, mais calme et semblant attendre avec impatience.
C’était Hector.
Entre l’estrade des juges et les bancs réservés à la noblesse et au populaire, se trouvait un large espace vide.
Au milieu de cet espace on avait placé un fauteuil: ce fauteuil était pour la reine,—c’est-à-dire pour l’accusée.
La reine parut bientôt.
Elle était encore, comme le matin, au bras de lord Bothwell.
Pâle, mais résolue, elle marchait d’un pas ferme et jeta un regard de calme dédain à ses juges et à ses accusateurs.
Elle marcha droit au fauteuil qui lui était réservé, et, avant de s’asseoir, elle dit aux juges qui demeuraient sur leurs siéges:
—Puisque vous ne m’avez point condamnée encore, puisque je suis encore votre reine, j’ai le droit de parler comme telle et de vous commander le respect. J’attends votre salut, milords.
Les juges se levèrent sans mot dire, s’inclinèrent froidement, puis se rassirent.
Alors la majesté royale s’effaça, la reine disparut devant l’accusée, et le comte d’Argyle s’adressant à elle directement, lui dit:
—Comment vous nommez-vous et qui êtes-vous?
—Je me nomme Marie Stuart, et je suis reine d’Écosse.
—Marie, reprit le président, vous êtes accusée du meurtre de votre époux, sir Henry Darnley, de complicité avec lord Bothwell, qui se trouve debout à votre droite.
—Qui m’accuse?
—Moi! dit le vieillard qui n’avait plus de fils.
—Nous! murmurèrent cent voix.
Tous les yeux se tournèrent vers Douglas, comme pour lui demander son approbation.
Mais Douglas se tut, Douglas parut douter; Douglas sembla revenir sur ses premières paroles par ce silence que nul ne comprenait.
Il avait accusé la reine, et tous l’avaient accusée avec lui; il avait proclamé l’innocence d’Hector, et tous avaient cru à cette innocence.
Maintenant il se taisait et n’accusait plus... beaucoup se turent comme lui, beaucoup sentirent leur conviction ébranlée par ce silence.
Seul, le comte de Lenox répéta:
—Moi, lord Darnley, père du roi, je t’accuse, toi, Marie Stuart, reine d’Écosse, de la mort du roi ton époux.
Mais avant que la reine eût répondu, Hector s’avança au milieu de la salle et dit:
—Moi seul suis le vrai coupable. J’aimais la reine...
Hector s’arrêta ému; un murmure d’étonnement se fit entendre; la reine eut un geste de surprise.
Hector continua:
—J’aimais la reine: une jalousie furieuse, une folie sans nom, m’ont porté à commettre ce crime.
Le murmure alla croissant: les uns ajoutaient foi à ces paroles, les autres doutaient encore...
Mais tous étaient soulagés.
Qu’était Hector? un soldat inconnu dont la vie n’importait à personne.
Qu’étaient les deux autres accusés?—Une reine et un seigneur puissant.
Condamner Bothwell, c’était déshonorer la noblesse écossaise,—condamner la reine, c’était déshonorer le royaume et la nation entière.
Il fallait choisir entre ce double déshonneur et la vie d’un simple gentilhomme.
Le choix ne pouvait être douteux.
Parmi les juges, plusieurs étaient persuadés de l’innocence d’Hector, et cependant aucun n’osa élever la voix pour l’absoudre.
Après une heure de délibération, le tribunal suprême rendit un arrêt qui reconnaissait lord Bothwell et la reine innocents de la mort du roi;—déclarait Hector, seul coupable, et le condamnait à avoir la tête tranchée.
Hector entendit sa condamnation sans tressaillir, sans manifester la moindre émotion.
Douglas s’approcha de lui et lui dit tout bas:
—Je vous sauverai!
—Non, répondit Hector; laissez-moi seulement poignarder Bothwell.