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Les cavaliers de la nuit, 1er partie (t. 2/4)

XII

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Le greffier entra le premier, appela trois fois le prisonnier par son nom, et Hector s’étant levé, il lui lut l’arrêt qui le condamnait à la peine de mort, et ordonnait qu’il marcherait au supplice et monterait les degrés de l’échafaud la tête couverte d’un voile noir.

Hector écouta froidement le greffier, puis, quand il eut fini:

—Je connaissais ma sentence, lui dit-il, à quoi bon cette lecture?

—Parce que, répondit le greffier, il est d’usage de procéder ainsi le jour de l’exécution.

Hector frissonna; don Paëz étreignit dans sa main convulsive la poignée de son épée.

—Et ce jour?... demanda Hector.

—Est venu, répondit le greffier en baissant la tête.

Et il s’effaça devant le prêtre qui s’avança un crucifix à la main.

Hector ne craignait pas la mort, mais il voulait le salut de la reine. Il avait donné sa tête pour elle, et cette tête ne pouvait tomber inutilement.

Un accès de fureur le prit et il s’écria:

—Je ne veux pas mourir!

Le greffier haussa les épaules et ne répondit pas. Mais un des gardes, demeuré jusque-là dans l’ombre, dit d’une voix dure:

—Il n’y a pas de grâce pour les régicides!

Hector recula stupéfait, don Paëz tressaillit sous son manteau... Cette voix qui parlait de sentence inexorable, c’était celle d’Henry.

Et pour qu’ils n’en pussent douter, Henry fit un pas en avant et se trouva dans le cercle de lumière décrit par la torche du greffier.

Son visage était calme, un imperceptible sourire démentait le ton dur de ses paroles.

Hector comprit qu’Henry était là pour le sauver. L’espoir revint à son cœur et il murmura avec résignation:

—Que la volonté de Dieu s’accomplisse!

En ce moment le greffier ajouta:

—Lord Bothwell, duc d’Orkney et régent du royaume d’Écosse, m’a chargé d’annoncer au condamné que s’il avait quelques révélations à faire avant de mourir, s’il avait des complices à nommer, il était prêt à l’entendre.

—Le lord est donc ici? exclama Hector avec un élan de joie auquel tous se méprirent, Henry et don Paëz exceptés.

—Oui, répondit Henry, et j’ai ordre de vous conduire en sa présence si vous voulez faire des aveux.

Hector parut réfléchir.

—Conduisez-moi, dit-il.

—Mon fils, dit le prêtre avec douceur, ne m’écouterez-vous pas d’abord, et mourrez-vous impénitent?

Hector interrogea Henry du regard. Henry hésita, mais il aperçut le manteau, il devina la présence de don Paëz, et il répondit au condamné par un signe de tête affirmatif.

—Mon père, murmura Hector, je suis prêt à vous faire ma confession.

—Attendez, dit Henry; à partir du moment où un condamné sait l’heure de son supplice, il ne faut plus le laisser seul. Je dois demeurer ici. Je me tiendrai à l’écart.

Le greffier sortit, puis l’autre garde, puis le bourreau.

La porte se referma sur eux; le prêtre et Henri demeurèrent seuls avec le condamné.

Le prêtre se mit à genoux et commença une prière.

Mais Henry l’interrompit:

—Assez, mon père, dit-il. C’est inutile.

Le prêtre se leva stupéfait.

Henry tira son épée et la lui porta tranquillement au visage.

Le prêtre recula et se trouva face à face avec don Paëz qui venait de rejeter le manteau et se dressait avec la calme lenteur d’un mort sortant à minuit de son sépulcre.

—Mon père, dit alors Henry, vous êtes de haute taille, vous avez une grande barbe brune, un large chapeau rabattu sur les yeux; si vous ramenez un pan de votre manteau sur l’épaule gauche, on n’apercevra presque plus votre visage.

—Eh bien? demanda le prêtre tremblant.

—Eh bien! ce cavalier que vous voyez là et dont naguère vous ne soupçonniez pas la présence, ce cavalier se nomme don Paëz. Il a comme vous la voix profonde et grave, comme vous il est de haute taille, comme vous il a la barbe brune.

Le prêtre regarda don Paëz et ne parut point comprendre.

—Or, poursuivit Henry, ce n’est point un sacrilége que nous voulons commettre. Nous n’avons nullement l’intention de vous manquer de respect, mon père; mais nous voulons sauver un innocent.

—Je comprends, murmura le prêtre.

—Vous allez donc changer d’habit avec don Paëz; il rabattra sur ses yeux votre large chapeau; il mettra votre surplis et il sortira avec nous tandis que vous resterez ici.

—Un mot? demanda le prêtre.

—Parlez, mon père.

—Jurez-moi sur ce Christ que le condamné est innocent, et j’obéis.

—Nous le jurons, répondirent Henry et don Paëz.

Le prêtre fit un signe d’assentiment, changea de vêtements avec don Paëz, se coucha, à son tour, sur la paille et dans le manteau.

Alors Henry heurta à la porte du pommeau de son épée; un guichetier accourut, suivi du second garde de la reine et Henry, reprenant son ton dur et rempli de dédain, dit:

—Marchons!

Don Paëz avait su prendre la tournure du prêtre et murmurait une prière, en fermant la marche.

Henry et le garde étaient placés, l’épée nue, aux côtés du condamné, le guichetier les précédait, une torche à la main.

Ils gravirent ainsi les cent marches humides et glissantes d’un étroit escalier, ils arrivèrent sur la plate-forme et passèrent au milieu d’une double haie de soldats des gardes, placés là pour intimider le condamné et lui enlever tout espoir de salut, toute chance d’évasion.

Hector était aimé parmi ses camarades des gardes. Tous le plaignaient, quelques-uns osaient murmurer tout bas qu’il était innocent;—le plus grand nombre prétendaient qu’il était atteint de folie, et qu’un accès de fièvre chaude avait seul pu le porter à l’exécution d’un pareil forfait.

Un morne silence accueillit son passage—un silence plein d’émotion, de tristesse, de sympathie. Quelques mains furtives se glissèrent même pour serrer la sienne.

Il remercia d’un regard et passa le front haut.

On le conduisit ainsi jusqu’à l’appartement occupé par lord Bothwell.

Cet appartement se composait de trois pièces—toutes trois ouvrant sur la plate-forme.

La première était une vaste salle où deux gardes veillaient nuit et jour; la seconde, la chambre à coucher du lord;—la troisième, une sorte de cabinet de travail où se tenait d’ordinaire un secrétaire toujours prêt à coucher sur le parchemin un ordre de son maître.

Ce fut dans la première pièce que s’arrêta le lugubre cortége.

—Attendez Sa Grâce, dit brusquement Henry au prisonnier.

Puis, passant près de lui sans affectation, il ajouta tout bas:

—Pas d’emportements, du calme, au contraire, nous te sauverons.

Hector s’assit sur un banc et attendit.

Le prêtre se plaça près de lui et feignit de l’entretenir.

Henry alla s’asseoir à distance, l’épée nue et l’œil sur le prisonnier.

Puis il se rapprocha de son compagnon, l’autre garde qui l’avait accompagné dans la prison et il lui dit:

—N’étiez-vous pas de garde cette nuit?

—De dix heures du soir à quatre heures du matin, mon gentilhomme.

—Ce qui fait que vous n’avez point dormi?

—Je tombe de lassitude, et si je trouvais un camarade qui voulût faire ma faction...

—Tope! dit Henry, j’ai votre homme.

—Un garde?

—Sans doute; un garde enrôlé d’aujourd’hui.

—Que vous nommez?

—Gaëtano; un Napolitain recommandé par la reine à lord Bothwell, et arrivé avec moi ce matin.

—Cordieu! murmura le garde en bâillant, s’il me veut remplacer ce soir, il me rendra un fameux service. A l’heure qu’il est, je donnerais toutes les maîtresses du monde pour le lit d’un bûcheron.

—Vous nous offrirez bien, en échange, demain, un pot d’ale anglaise?

—Dix bouteilles de vin du Guienne, au contraire! Mon oncle, le laird de Kirk-Will, vient de mourir, et j’hérite.

—Quel âge avait votre oncle?

—L’âge où un oncle bien élevé part pour l’autre monde.

Henry frappa sur la porte du pommeau de son épée.

—Holà! Gaëtano? cria-t-il.

Gaëtano, en costume de soldat aux gardes, quitta un moment ses nouveaux camarades au milieu desquels il pérorait, sur la plate-forme, avec sa verve toute méridionale, et accourut.

—Veux-tu monter la faction de monsieur?

—Hum! dit Gaëtano en faisant clapper sa langue, c’est selon...

—Dix bouteilles de vin de Guienne!

—Pecaïre! murmura l’Italien, tout de suite.

Le garde prit son mousquet, remit son épée au fourreau, salua, sortit et ferma la porte.

Alors Hector se trouva seul avec Henry, Gaëtano et don Paëz.

Henry alla vers la porte, colla son œil au trou de la serrure, puis revint à Hector et lui serra vigoureusement la main.

—Nous voici maîtres du terrain, murmura-t-il. A nous Bothwell!

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