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Le Karité, l'Argan et quelques autres Sapotacées à graines grasses de l'Afrique

QUATRIÈME PARTIE.

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Autres Sapotacées africaines à graines grasses peu connues.

Un certain nombre de graines ont apparu dans le commerce ou dans les Laboratoires, qui seront peut-être un jour l’une et l’autre récoltées pour l’industrie.

Dans l’état actuel de nos connaissances, elles sont à peine connues, au point de vue de leur origine botanique et on ignore complètement la biologie, l’extension géographique et la plus ou moins grande abondance des plantes productrices.

Certaines de ces Sapotacées habitent la haute forêt de la Côte d’Ivoire, les autres viennent surtout du Cameroun, du Gabon et du Congo.

Les deux auteurs auxquels nous nous adressons pour leur étude préliminaire, seront naturellement les deux savants monographes de la famille des Sapotacées, MM. Pierre et Engler.

Ici plus que jamais, les discussions sur les synonymies dans les noms botaniques jouent un très grand rôle et cela est facile à concevoir, puisque chaque auteur ne recevait au début que des fragments incomplets d’organes végétaux et donnait provisoirement un nom à la forme complète qu’il n’avait pu se procurer encore.

Nous avons eu entre les mains les descriptions mêmes de Pierre et les avons comparées à celles du distingué directeur du Muséum de Berlin, et nous sommes convaincu qu’il reste beaucoup à faire pour connaître d’une façon définitive les Sapotacées équatoriales.

La plus étudiée est le Mimusops Djave (Lanessan) Engler décrite par de Lanessan[138] sous le nom de Bassia Djave, appelée Bassia toxisperma par Raoul, Tieghemella africana[139] puis Baillonella toxisperma par Pierre[140], enfin replacée dans le genre Mimusops par Engler[141].

Voisine de celle-ci est la plante désignée sous le nom de Moabi, qui est le Baillonella obovata Pierre, dont Engler, après en avoir fait le Mimusops obovata (Pierre) Engler, en donne enfin la description sous le nom nouveau de Mimusops Pierreana.

On trouve encore dans les notes manuscrites de Pierre une description de graines venant de la Côte-d’Ivoire et qu’il attribue à une espèce nouvelle, sans doute encore de ce genre Mimusops et appartenant au sous-genre Baillonella admis par Engler ; elles sont désignées dans les notes de Pierre sous le nom indigène de Makerou et scientifique de Tieghemella ? Heckelii (Herbier L. P., no 6024, communication Heckel) que Lecomte considère comme extrêmement voisine sinon identique au Moabi.

Enfin récemment (fin 1905) nous avons reçu à notre laboratoire des graines envoyées au Hâvre, que nous avons soumises à M. Pierre ; elles appartiennent également à ce genre Mimusops et au sous-genre Lecomtedoxa ou Baillonella.

§ 1. — Djave ou Noumgou.

Mimusops Djave (Lanessan) Engler.

Syn. : Bassia Djave de Lanessan ; Bassia toxisperma Raoul ; Tieghemella africana Pierre (manuscrit) ; Baillonella toxisperma Pierre ; Baillonella Djave Pierre ; Tieghemella Jollyana Pierre (manuscrit).

La première mention de cette plante dont les graines fournissent au Gabon une matière grasse alimentaire et médicinale se rencontre dans l’ouvrage de de Lanessan[138] sur les plantes utiles des colonies.

Ém. Perrot. Le Karité, etc., 1907.

Illustration from Le Karité, l'Argan et quelques autres Sapotacées à graines grasses de l'Afrique

Fig. XXV. — D’jave ou Noumgou, Mimusops D’jave (Lanessan) Engler (d’après Engler in Sapotaceæ africanæ, Berlin 1904. Pl. XXII).

Il signale des graines de deux arbres, qu’il dénomme Bassia Djave et Bassia Noumgou, croissant au Gabon, dont les graines donnent jusqu’à 56 % d’un beurre analogue au beurre de Galam (B. de Karité) sous les noms de Agali-Djave et Agali-Noumgou. Ce beurre comestible, quand il est frais, s’emploie également en friction contre les douleurs rhumatismales, et il ajoute : « Une autre espèce de Bassia connue sous le nom de Acole ongounou donne aussi une matière grasse analogue[142] ».

Cette plante dont la graine fournit une matière grasse est connue au Gabon sous le nom de Djave ou Njave et au Cameroun sous celui de Nùmgù ou Nounegou. Voici ce qu’en a dit Pierre, dans ses notes :

Cette graine lui avait été envoyée de la Société pharmaceutique de Londres par M. Holmes, sous le nom de African Poison, appellation qui se concilie peu avec son produit qu’on dit comestible, mais qui s’explique pourtant par le principe amer que contiennent ses cotylédons, principe d’ailleurs assez commun chez les Lucumées et analogue à celui qu’on retire des amandes amères. Aussi les graines du Calospermum mammosum provoquent, dit-on, des troubles dans le cerveau si on en consomme avec excès[143].

Cette graine est une Lucumée, mais différant bien de tous les genres de cette tribu : « Le Baillonella toxisperma, dont le fruit et les fleurs sont encore inconnus, a une graine longue de 6 centimètres. Son plus grand diamètre (36 mm.) est au-dessous, du milieu de la face ventrale à la face dorsale et ce diamètre n’est plus que de 15 millimètres près du sommet. Il est de 25 millimètre transversalement.

« Elliptique un peu comprimée, subgibbeuse dans la partie confinant au micropyle, arrondie aux deux bouts, même à la face dorsale, elle a une cicatrice ventrale longue de 56 millimètres recouvrant un peu moins de la moitié de sa superficie. Là un peu rugueux, d’aspect terne, l’épaisseur de son tégument (environ 1 mm.) est à peu près la même que dans les autres régions. La partie vernissée a une teinte brun foncé chocolat. Son omphalodium (4 mm. sur 4 mm.) est situé à l’extrémité supérieur de la cicatrice qui est aussi le sommet organique de la graine. La marche de son raphé à travers le test est par-conséquent presque rectiligne. Le deuxième tégument est intimement adhérent à l’externe et s’en détache difficilement. Le système vasculaire quoique bien développé est sans relief. L’embryon se présente entouré du nucelle et d’une mince couche d’albumen. Les cotylédons elliptiques entièrement libres, bien appliqués l’un contre l’autre malgré leur épaisseur, ne sont pas bombés. Leur commissure est tournée vers le hile. Ils se terminent en bas en une tigelle courte recourbée en forme d’hameçon et dirigée vers le micropyle.

« C’est un des rares genres de la tribu où l’amidon n’existe pas. »

Dans les mêmes « Notes botaniques[144] », quelques pages plus loin, Pierre décrit, dans le genre Tieghemella, une graine qui a été rapportée à la même espèce ; nous voulons transcrire sa description afin qu’il soit permis de comparer, quand, selon toute vraisemblance, ces graines grasses assez nombreuses au Gabon seront à nouveau envoyées à nos collections.

Il existe quelques différences, comme on va le voir, entre cette description et la précédente.

« Le genre Tieghemella, dit Pierre, se trouve représenté dans les collections de la Société pharmaceutique de Londres, dans le Musée de Berlin, au Musée de l’Exposition coloniale à Paris[145] et au Muséum de Paris[146]. Les premières graines ont été apportées du Gabon par M. Aubry le Comte en 1853. Jusqu’ici l’arbre est inconnu. Les noms sous lesquels elles sont cataloguées sont évidemment erronés. On les appelle Vitellaria et Lucuma à Berlin et Illipe au Musée des colonies, probablement à cause de la grande quantité d’huile qu’elles renferment (56 %).

Ém. Perrot. Le Karité, etc., 1907.

Illustration from Le Karité, l'Argan et quelques autres Sapotacées à graines grasses de l'Afrique

Fig. XXVI. — Djâve, Mimusops Djave (Lanessan) Engler (in Notes manuscrites de Pierre sous le nom de Tieghemella africana).

Ém. Perrot. Le Karité, etc., 1907.

Illustration from Le Karité, l'Argan et quelques autres Sapotacées à graines grasses de l'Afrique

Fig. XXVII. — Oureri ou Djave, Mimusops Djave Engler (d’après les notes manuscrites de Pierre). Fruit communiqué par Heckel.

« Le nom indigène lui-même est suspect. Ainsi ces graines au Musée colonial (no 3604) portent le nom gabonais Ouréré, arbre à graisse ; et au Muséum de Paris, d’après M. Poisson, celui de D’iavé ou D’javé.

« Pour ne pas faire confusion, nous rejetons les noms de Bassia Djave ou Bas. Ourere, nom de collection non publiés et sans nom d’auteur et l’espèce sera le Tieghemella africana.

« Le test épais et dur, le conduit raphéen assez long, la cicatrice elliptique non linéaire-oblongue, éloignent ce genre d’Illipe et indiquent une Lucumée. Du Vitellaria Gærtner (Karité), il diffère par la forme oblongue de la graine, la proéminence de cicatrice, le test très dur, non coriace et peu épais, la présence du nucelle et de l’albumen, les cotylédons oblongs, plans-convexes et libre d’adhérence, la tigelle grosse, assez longue et un peu recourbée au lieu d’être adnée.

« Cette graine a ordinairement 8 cm. de longueur, 3,5 cm. de largeur de la face ventrale à la face dorsale, et 2,5 cm. latéralement. Elle est obovée, arrondie en haut, atténuée en bas et recourbée en dedans dans la région du micropyle ; enfin carénée vers sa partie inférieure dorsale. Sa cicatrice, longue de 53 mm. sur 25 mm., elliptique oblongue, arrondie aux deux bouts, n’atteint pas le sommet de la graine et en est séparée par un intervalle de 20 mm. qui est exactement la course intérieure du canal raphéen. Son omphalodium ligneux très bombée et très épais a une longueur de 25-28 mm. Il atteint le milieu de la graine, tandis que, dans le Vitellaria paradoxa, il descend seulement jusqu’au tiers de la face ventrale, par conséquent démontrant un raphé plus court.

« Sauf cet épaississement de la région du hile, le tégument a une épaisseur à peu près égale de 2 mm., et a une coloration rouge très foncé et une surface lisse et brillante en dehors de la cicatrice.

« Le deuxième tégument est, quoique mince, remarquablement épais et s’enlève difficilement. Il est rouge brun et violet. Le système vasculaire très serré est aplati. L’albumen très appauvri autour des parties supérieures de l’embryon et réduit souvent au nucelle, forme une calotte épaisse rostrée autour de la tigelle. Celle-ci, qui a 7-8 mm. de longueur et dont l’épaisseur est de 5-7 mm., est légèrement incurvée. Les cotylédons sont oblongs, très épais, à commissure régulière et ne se rejoignant pas au centre mais seulement sur les bords. Ils contiennent un peu de gutta, beaucoup d’huile, de l’aleurone, des leucites. »

On admettra donc ici avec Engler et jusqu’à preuve du contraire l’identité d’origine spécifique des graines ainsi décrites par Pierre, qui proviendraient du Mimusops D’jave, dont voici la diagnose.

« Arbre gigantesque ; rameaux et jeunes feuilles portant principalement sur les pétioles de longs poils très serrés, de couleur ferrugineuse ; feuilles groupées au sommet des rameaux. Stipules linéaires-lancéolées aiguës, égalant la moitié du pétiole, couverts de longs poils, écartées ou courbées en dehors. Pétiole arrondi, 8 ou 9 fois plus court que le limbe un peu coriace, glabre en-dessus et luisant, lancéolé, acuminé ; nervures latérales primaires au nombre de 35-40 de chaque côté, très proéminents, soudées près du bord ; nervures secondaires obliques légèrement proéminentes, ainsi que leurs ramifications, formant un réseau un peu serré. Plusieurs pédicelles axillaires égalant ou surpassant un peu les pétioles et pourvus de nectaires ovoïdes-aigus ; sépales oblongs, aigus, couverts d’un revêtement de couleur ferrugineuse, de poils serrés. Tube de la corolle un peu plus court que les segments ovo-lancéolés ; appendicules de même forme que les segments primaires : filets des étamines insérés dans le milieu du tube de la corolle. Anthères ovales terminées par une petite pointe et de longueur égale ; staminodes spathuliformes pourvus de longs poils à la partie basale et extérieurement, linéaires et un peu plus courts que les pétales.

« Ovaire ovoïde à longs poils, s’atténuant en un style conoïde un peu plus long que lui, 8-loculaire ; ovules attachés au milieu. Le fruit est une grosse baie globuleuse un peu pointue 1-2 sperme ; semence oblongue, un peu comprimée sur le côté, d’un brun pâle avec cicatrice oblongue assez large et un peu plus courte que la semence entière ; cotylédons de la forme de la graine, un peu inégaux. »

Cet arbre qui doit atteindre des dimensions considérables, croît au Cameroun et au Gabon où il fleurit en octobre. Ses rameaux terminaux qui sont assez gros et courts, 10 à 15 cm. de long sur 1,5 à 2 cm. de diamètre, portent un bouquet de feuilles verticillées et dans l’axe du faisceau ainsi formé partent les fleurs longuement pédonculées et groupées également en-dessous du faisceau de feuilles terminales.

Le fruit qui mesure 6 cm. de diamètre, est nommé Ouréré par les indigènes ; l’arbre s’appelle Noumgou au Cameroun et Njave ou Djave au Gabon.

Nous avons les dessins non publiés de Pierre et nous n’hésitons pas à identifier toutes les plantes dont nous avons donné les synonymies.

Le Djave reste entièrement à étudier au point de vue de sa répartition géographique, de sa fréquence dans la haute forêt où il paraît habiter, et aussi au point de vue de la composition chimique de sa graine.

L’avenir seul dira si son utilisation est possible sur place ou comme produit d’exportation.

Tout ce que nous savons, c’est que les graines renferment une proportion importante de matière grasse utilisée dans l’alimentation de certaines peuplades noires ; mais on y a signalé également de la gutta, de l’amidon, des cristaux et une matière amère donnant un goût désagréable au produit.

§ 2. — Moabi ou Maniki.

(Mimusops Pierreana Engler)

Syn. — Baillonella obovata Pierre. — Mimusops obovata (Pierre) Engler.

Nous reproduisons pour cette plante la diagnose manuscrite de Pierre, faite en 1895 et qui ne diffère en rien de celle du savant monographe berlinois.

Cette espèce a été recueillie par Lecomte dans la région de Loango du Gabon, sous le nom de Moabi et à cause de son beau bois un peu rougeâtre. Le latex, dit-il, abandonne une gutta dure et cassante, trop résineuse... Le fruit ne contient qu’une graine occupant toute la cavité.

Caractères botaniques. — Rameaux épais portant des stipules ; pétiole et limbe avec revêtement de poils malpighiens ferrugineux, grisâtre en dessous ; stipules oblongues-lancéolées membraneuses. Feuilles longuement pétiolées obovales, brusquement acuminées, s’atténuant peu à peu vers la base, glabres en-dessus sauf sur la nervure médiane proéminente ; les petites nervures (24 de chaque côté) sont confluentes en arc près du bord ; elles sont obliquement transverses et presque parallèles. Méristèle naissant horizontalement, et vers le milieu de la nervure, obcordée, elliptique et accompagnée dans le parenchyme central de 15 faisceaux de forme variable, cuticule de l’épiderme supérieur un peu épaisse ; cellules palissadiques assez régulièrement disposées et occupant le tiers du mésophylle.

Arbre de 25 à 30 m. de hauteur, avec un tronc atteignant à la base 2 m. environ de diamètre. Stipules longues de 8 mm., persistantes ou bien ramassées avec les feuilles à l’extrémité des rameaux. Pétiole mesurant 3 à 5 cm. et le limbe 12-20 cm. et plus. Fleurs et fruits inconnus. La semence obliquement ovoïde porte une large cicatrice oblongue ; elle mesure environ 5 cm. de longueur sur 27 mm. de largeur, de la cicatrice au dos et 25 mm. de diamètre latéral.

Hab. — Congo français, Gabon.

Lecomte et Hébert ont, en 1895[147], étudié cette graine et s’expriment ainsi :

« On rencontre, dans la vallée du Kouilou (Congo français), entre Kakamocka et Kitabi, de même que dans une des premières forêts traversées par le sentier de Loango à Brazzaville, à 30 km. environ à l’est de la première de ces localités, un grand arbre, véritable géant des forêts, que les noirs du pays désignent sous le nom de Moâbi.

Etude botanique. — Le Moâbi est une plante de la famille des Sapotacées ; son tronc atteint facilement 2 m. 50 et même 3 m. de diamètre, à 2 m. du sol, et s’élève à 25 m. ou 35 m. avant les premières branches.

L’écorce très épaisse (jusqu’à 0 m. 15 sur les gros troncs), contient dans un système de laticifères articulés un latex assez abondant, épais, fournissant par la coagulation un produit assez riche en gutta-percha.

Cet arbre diffère du Djave (Baillonella) par ses feuilles et par ses fruits ; mais les fruits présentent, à une petite différence de taille près, les caractères de ceux du Tieghemella Heckelii (Pierre), vulgairement Makerou du Grand-Bassam.

Les graines ont environ 5 cm. de long, 3 cm. à 3 cm. 5 de large et 2 cm. 5 d’épaisseur.

Sous un tégument brun de 1 mm. d’épaisseur, elles contiennent une amande formée de deux cotylédons charnus laissant dépasser, à une extrémité, la radicule de l’embryon.

Celui-ci contient, principalement à la périphérie du cylindre central, une multitude de laticifères articulés, constitués par des files de grosses cellules dont le contenu paraît surtout résineux. Les cotylédons ont leurs cellules gorgées de gouttelettes de graisse.

Ém. Perrot. Le Karité, etc., 1907.

Illustration from Le Karité, l'Argan et quelques autres Sapotacées à graines grasses de l'Afrique

Fig. XXVIII. — Moabi ou Makerou, Mimusops Pierreana Engler (décrit dans les notes de Pierre sous le nom de Baillonella obovata.)

Etude chimique. — 100 parties de graines décortiquées ont donné une proportion de 36 parties d’écorces contre 64 d’amandes. Les écorces, pilées et tamisées, puis séchées à 100°, contenaient 12,18 d’humidité pour 100. La matière séchée présentait la composition suivante, qui parait n’en faire qu’un produit de peu d’importance :

Cendres 1,20

Matières grasses 2,85

Matières azotées totales 4,37 (Azote = 0,70 pour 100)

Matières organiques solubles dans l’eau 1,50 pour 100 Matières azotées 0,37 (Azote = 0,06 pour 100)

Sucres réducteurs Traces

Sucres non réducteurs Traces

Gommes, tanins, acides végétaux, etc. 1,13

Cellulose 51,45

Autres principes (Vasculose, xylane ou analogue) ; par différence 39,00

100,00

Les amandes pilées, après dessication à 100°, ont montré en humidité 3,54 pour 100. La matière grasse a été extraite par la benzine ; la distillation de ce dissolvant a permis d’isoler une graisse dont la proportion était de 45 à 50 parties pour 100 d’amandes, ce qui correspond à un rendement d’environ 30 à 35 de matières grasses pour 100 de graines non décortiquées.

Le tourteau desséché, après épuisement des amandes par la benzine, donne à l’analyse les résultats suivants :

Cendres 4,40

Matières azotées totales 12,81 (Azote = 2,05 pour 100)

Matières organiques solubles dans l’eau 3 pour 100 Matières azotées 12,50 (Azote = 2 p. 100)

Sucres réducteurs 0,57

Sucres non réducteurs 3,50

Gommes, tanins, acides végétaux, etc. 13,43

Cellulose 18,75

Résine 12,36

Autres principes (Vasculose, xylane ou analogue) ; par différence 34,18

100,00

Le tourteau de Moâbi, d’après cette composition, constituerait donc un excellent engrais, ou même un bon aliment pour le bétail.

Etude de la matière grasse. — La graisse extraite des amandes de Moâbi est jaunâtre, solide à la température ordinaire : elle fond à 32°-33° et se solidifie à 25°-26°.

Elle est très soluble dans l’alcool à 90° ; sa densité à 30°, à l’état liquide, est de 0,894 ; elle présente les réactions suivantes :

Echauffement avec l’acide sulfurique monohydraté, + 24° ;

Avec l’acide azotique et le mercure : masse jaunâtre se solidifiant après une heure de contact ;

Avec la potasse (d₁ = 1,34) : à froid, masse blanc jaunâtre ; à chaud, savon jaunâtre, mou ;

Avec l’acide azotique fumant : coloration rougeâtre ;

Avec l’acide sulfurique : coloration rouge ;

Avec l’eau bouillante et la litharge : emplâtre mou ;

Degré marqué à l’oléoréfractomètre d’Amagat et F. Jean :

à 45° + 2°,0

La graisse de Moabi, après saponification par la soude alcoolique puis décomposition des sels de sodium par l’acide sulfurique, a fourni 88 pour 100 d’acides gras blancs, fondant à 45°-46°. Les sels de plomb de ces acides, traités par l’éther, ont indiqué pour 100 parties 50 parties d’acides liquides et 50 parties d’acides solides.

Les acides liquides ont été caractérisés par leur transformation en acide élaïdique au moyen du nitrate acide de mercure ; ils sont formés d’acide oléique. Les acides isolés fondaient à 62°-63° ; la méthode des précipitations fractionnées a fourni par l’acétate de magnésium trois portions dont les acides gras régénérés par l’acide chlorhydrique ont accusé les points de fusion et les compositions élémentaires ci-dessous :

1re portion 2e portion 3e portion

Point de fusion 58°-59° 64°,5 66°,5

Composition élémentaire Carbone % 74,14 75,47 75,61

Hydrogène % 12,48 12,10 12,11

Oxygène (par différ. %) 13,38 12,43 12,28

Calculé pour

C14H28O2 C16H32O2 C17H34O2 C18H36O2

Carbone % 73,68 75,00 75,55 76,50

Hydrogène % 12,28 12,50 12,59 12,67

Oxygène % 14,04 12,50 11,86 11,28

La composition de la première portion la place entre l’acide myristique et l’acide palmitique, mais on a vraisemblablement affaire à un mélange. La deuxième et la troisième portion, que le rapprochement de leur point de fusion et de leur composition peut faire considérer comme presque identiques, semblent correspondre à un mélange d’acides palmitique et stéarique et peut-être d’acide margarique.

Les eaux-mères de la saponification contenaient environ 7 parties de glycérine pour 100 de graisse.

§ 3. — Sur deux graines oléagineuses de Sapotacées du Congo.

Pachystela sp. Heim.

En 1902, Mussat présentait à la Société française de colonisation, des échantillons de deux graines grasses, originaires du Congo que l’on proposait à l’industrie[148] et que, reconnaissant pour appartenir à la famille des Sapotacées, il envoyait à Pierre.

L’une de ces graines réduite à ses cotylédons séparés ne pouvait se prêter à une investigation scientifique, l’autre pourvue encore de son tégument fut rapportée par Pierre à ce genre Pachystela.

M. Heim identifia ces graines à celles qu’il avait eu l’occasion de voir à l’Exposition de Bruxelles en 1897, originaires du Bas-Congo belge et désignées sous les noms de « Illipé (Bassia longifolia) » et de « Mowra (Bassia latifolia) » et nous allons résumer l’étude qu’il en fit en collaboration avec MM. Dehay et Cordonnier[149] et qu’il désigna sous les noms de « Faux Illipe » et de « Faux Mowra ».

Faux Mowra du Congo (Espèce botanique inconnue).

Les cotylédons de cette graine dont l’origine spécifique ou même générique est inconnue, affectant à l’état sec une forme de cuilleron ovale allongé, convexe, concave, ayant de 20 à 25 millimètres de longueur sur 10 à 12 de largeur et 3-4 millimètres d’épaisseur. De couleur brun cacao, ils sont lisses mats, d’une saveur fortement astringente, quelque peu aromatique plutôt désagréable, devenant peu à peu franchement amère.

Fig. XXIX. — Cotylédon isolé du faux Mowra (face interne). G = 2 d.

Illustration from Le Karité, l'Argan et quelques autres Sapotacées à graines grasses de l'Afrique

Le tissu de ce cotylédon est constitué par un parenchyme riche en cellules à graisse ; celles-ci renferment à la fois des cristaux confus d’acides gras, solides à la température ordinaire des globules huileux et des sphérules d’aleurone assez volumineuses.

L’auteur dénonce également la présence de tannin dans les cellules groupées par 3-4, et réparties sans ordre dans toute l’épaisseur du cotylédon : ne serait-ce pas les cellules à latex. Pas d’amidon.

On a pu en extraire par l’éther de pétrole 36,4 % de son poids de matière grasse, de densité 0,956 à + 15°, dont le point de fusion est de 34° ; elle rancit vite et acquiert une odeur désagréable ; elle est jaunâtre pâle et pas siccative.

Densité à + 15° 0,956

Indice d’Iode 99

Point de solidification 26°

— fusion 34°

— — des acides gras 48°

Chiffre d’acide 6,8

Indice de Hehner 97,1

Le tourteau, résultant de l’épuisement de la graisse par le sulfure de carbone contient :

Eau 3,2

Cendres 8,6

Matières azotées totales 27,3

Matières amylacées 41,9

Cellulose 25

Les cendres renferment :

Acide phosphorique 21,43 % ; magnésie 3,65 ; Potasse 26,4

Ém. Perrot. Le Karité, etc., 1907.

Illustration from Le Karité, l'Argan et quelques autres Sapotacées à graines grasses de l'Afrique

Fig. XXX. — Pachystela sp., Faux Illipé du Congo. Divers aspects de la graine et des cotylédons ; au bas, coupe du tégument séminal, d’après Heim.

Faux Illipé du Congo.

Les graines décrites sous ce nom par Heim et appartenant à une espèce encore douteuse de Pachystela, se présentent à sec encore recouvertes de leur tégument, comme sensiblement sphériques, largement déprimées parallèlement au plan de séparation des cotylédons ; mais cette dépression disparaît après un séjour dans l’eau. Le tégument séminal unique, mince, chartacé, fragile sur le sec, légèrement et irrégulièrement plissé, est d’un brun noir brillant, sauf sur toute l’étendue du hile où il est mat.

Fig. XXXI. — Parenchyme cotylédonaire.

Illustration from Le Karité, l'Argan et quelques autres Sapotacées à graines grasses de l'Afrique

La graine exalbuminée se compose de deux gros cotylédons, semisphériques, qui, après humidification, mesurent 15 à 18 millimètres de hauteur sur 13 à 15 millimètres de largeur et 7 millimètres d’épaisseur.

La plupart des graines envoyées avaient subi un commencement de germination, et avaient été évidemment ramassées à terre au pied de l’arbre producteur.

Au point de vue anatomique, le tégument de la graine comprend un épiderme externe scléreux et un parenchyme homogène avec faisceaux conducteurs plongés dans sa masse ; beaucoup de cellules de ce tégument sont tannifères, et d’autres sont des laticifères.

Le tissu des cotylédons est identique à celui des autres graines grasses des Sapotacées.

Cette graine abandonne à l’éther de pétrole 42 % et par expression à chaud 33 % seulement de son poids de graisse fusible à 42°. La matière grasse obtenue rancit facilement et acquiert une odeur désagréable ; elle est soluble dans l’éther, très peu soluble dans l’alcool. Les constantes sont les suivantes :

Densité à + 15° 00.973

Indice d’iode 77

Point de solidification 35°

— fusion 42°

— — des acides gras 55°

Chiffre d’acide 04,3

Indice de Hehner 98,2

Le tourteau provenant de l’épuisement de la graine par l’éther de pétrole renferme :

Eau 02,3

Cendres 06,9

Matières azotées 29,4

— amylacées 35,6

Cellulose 35,8

Les cendres contiennent : Acide phosphorique 29,7 %, magnésie 2,5 et potasse 23,29.

Usages. — « Ces deux graines paraissent donc susceptibles d’un bon emploi en savonnerie, leur rendement en graisse est moyen ; la richesse de celle du faux Illipe en acide stéarique peut la rendre intéressante pour la stéarinerie. »

Toute autre conclusion est impossible, il faudrait savoir d’abord quels sont les végétaux producteurs, leur aire de croissance, leur possibilité d’exploitation, etc.

Quant aux tourteaux, toute réserve faite sur leur toxicité, toujours à craindre quand il s’agit de graines de Sapotacées, ils seraient susceptibles d’acquérir de la valeur comme engrais ; la saveur amère de la graine du faux Mowra ferait certainement dédaigner son tourteau par le bétail ; nous avons vu déjà combien difficilement le tourteau de Karité semblait accepté par les moutons en particulier.

§ 4. — Une nouvelle graine grasse inconnue du Congo.

Mimusops sp. (sous-genre Baillonella ou Lecomtedoxa).

Il y a dix-huit mois environ, une maison de commerce du Havre envoyait à notre Laboratoire à l’Ecole supérieure de Pharmacie, une graine de Sapotacée, elliptique allongée, qui ne répondait à aucune description connue ; il en avait été vendu une certaine quantité sur le marché, en juillet 1905.

Une seule personne en France pouvait nous dire rapidement si la graine était connue, c’était M. Pierre à qui l’échantillon fut porté par M. Goris, notre chef de Laboratoire. Le savant monographe de la famille des Sapotacées nous répondit quelque temps après la lettre suivante :

« J’ai reçu, de votre part, des graines de Sapotacées du Congo. De leur étude, il ressort que ces graines appartiennent à la tribu des Mimusopées, et, comme il faut prendre le genre le plus anciennement connu pour caractériser la tribu, par droit de priorité, au lieu de Mimusopées, il faut lire Sapotées, du Sapota de Plumier — injustement remplacé par Achras Linné.

« Quoiqu’il en soit, vos graines indiquent, comme affinités, les genres Tieghemella, Baillonella, Lecomtedoxa. De ces trois genres, par la nature de l’embryon à cotylédons plans-convexes, plus ou moins sébacés et par les restes de l’albumen formant manchon autour de la radicule et finissant en lame ténue plus haut, elles diffèrent peu.

« Cependant sa tigelle est presque droite. Par leur tégument mince, elles ont quelque rapport avec le Baillonella et s’éloignent beaucoup des deux autres genres. Par la cicatrice aussi longue que la graine, c’est un Lecomtedoxa, mais moins linéaire-oblongue que dans ce dernier ; la cicatrice est aussi longue que chez le Baillonella mais bien moins large ; par contre, elle est bien plus longue et moins large que chez le Tieghemella.

« Comme dans ces trois genres, le hile est en haut très distant du micropyle basilaire, ce qui indique l’atropie de l’ovule.

« En somme, ces graines indiquent un genre nouveau qui, pour les auteurs, sont des sous-genres, parce qu’ils n’ont pas considéré que, chez les vrais Mimusops, l’ovule est complètement anatrope ; chez les Manilkara, l’ovule est hémitrope, et chez les Butyrospermum (Vitellaria), les Northea, les Vitelliaropsis, les Semicipium, Tieghemella, Baillonella et Lecomtedoxa, l’ovule, ainsi qu’il vient d’être dit, est complètement atrope.

Fig. XXXII. — Graine de Mimusopée inconnue, vendue en 1905 sur le marché du Havre (Musée de l’Ecole de Pharmacie de Paris).

Illustration from Le Karité, l'Argan et quelques autres Sapotacées à graines grasses de l'Afrique

« Evidemment ce caractère n’est pas le seul à considérer. Il y a d’autres différences génériques dans les stipules, dans la nervation, dans la structure du pétiole et du limbe, enfin dans la fleur et la graine.

« Vous avoir indiqué cette somme de différences, c’est vous dire que si j’ai la conviction intime que vos graines représentent un genre nouveau, encore faut-il trouver d’autres caractères avant de nommer le genre et que vous me rendriez un grand service en voulant bien vous procurer les rameaux fleuris de cette plante.

« Considérant ce que sont les Tieghemella, les Baillonella et Lecomtedoxa, il est très probable que vos graines proviennent d’un très grand arbre et qu’alors il sera difficile d’en avoir des échantillons... ».

Nous avons fait tout notre possible pour nous procurer des échantillons, en bon état, de l’arbre, mais sans résultat.

On voit néanmoins, par cet exemple, combien il doit exister d’espèces différentes de Sapotacées dans la région du Gabon et du Congo, dont les graines renferment toutes une assez grande quantité de matières grasses dans le mélange desquelles domine le glycéride stéarique, ce qui les rend toutes intéressantes. Des explorations scientifiques ultérieures nous donneront quelque jour les renseignements nécessaires pour en déterminer les caractères et la valeur économique.

D’après la méthode de classification de Engler, que nous avons adoptée, il ne semble pas douteux que cette graine n’appartienne au genre Mimusops et se range dans la section Baillonella.

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