PREMIÈRE PARTIE.
Reading edition
Généralités sur les Sapotacées.
Le Karité, dont l’étude approfondie fait le principal objet de ce fascicule, est un arbre de la famille des Sapotacées, l’une des plus intéressantes du règne végétal en n’envisageant que les produits qu’elle est susceptible de fournir à l’alimentation et surtout à l’industrie.
Divers arbres de cette famille appartenant aux genres Palaquium, Payena (et particulièrement le P. Gutta (Hook.) Burck., renferment une émulsion lactescente de laquelle on extrait cette substance de toute première nécessité dans les industries de l’électricité et que rien n’a pu remplacer jusqu’alors : la Gutta-percha.
On a retiré également d’un arbre voisin le Mimusops Schimperi, une autre substance très connue, ayant des applications industrielles différentes : la Balata. Il y a lieu de croire que le latex de plusieurs espèces de cette famille présente des caractères laissant pressentir des utilisations nombreuses et variées.
En outre, beaucoup de fruits de Sapotacées sont comestibles et réputés dans leurs pays d’origine, mais ce qui nous intéresse au premier chef dans cette étude, c’est la teneur en corps gras des graines de beaucoup de ces végétaux dont un tout petit nombre a été vraiment étudié jusqu’alors et encore bien superficiellement, comme on le verra dans la suite.
Rappelons rapidement tout d’abord les caractères botaniques des plantes de cette famille.
Les Sapotacées, qui croissent dans les régions tropicales et subtropicales des deux continents, sont des végétaux ligneux qui se distinguent de suite de ceux qui appartiennent aux familles voisines (Ebénacées, Symplocacées, Styracacées) par la présence dans leurs tissus, de vaisseaux remplis d’une émulsion laiteuse (laticifères articulés), abondants particulièrement dans l’écorce et la moelle de leurs tiges.
Ce sont la plupart du temps des arbres, à feuilles isolées simples, penninerviées, avec des fleurs régulières dans lesquelles le calice et la corolle sont souvent dédoublés, le premier, persistant après la floraison. Les pétales sont également assez souvent pourvus d’appendices. Les étamines, sur deux ou 3 rangées, sont parfois réduites et stériles dans le verticille externe, et les anthères s’ouvrent en dehors. L’ovaire est pluriloculaire avec un ovule dressé par loge.
Le fruit est d’ordinaire une baie avec de peu nombreuses graines, réduites souvent à l’unité et à tégument dur.
Cette enveloppe externe de la graine provient, croyons-nous, de la zone interne du péricarpe qui est très scléreux. Le tégument réel de la graine est au contraire réduit à une mince membrane papyracée.
L’albumen entoure l’embryon et il est huileux ; notons toutefois qu’il peut manquer.
Engler, le savant monographe de cette famille, dont bon nombre d’espèces nouvelles furent également décrites par Pierre[1], le regretté botaniste français mort récemment, range toutes les plantes de la famille en deux sections[2] :
I. PALAQUIÉES, se subdivisant en : 1o Illipinées avec les genres Palaquium, Illipe, Isonandra, Payena, etc. ; 2o Sideroxylinées avec les Argania, Sideroxylon, Lucuma, Bumelia, etc. ; 3e Chrysophillinées avec les Chrysophyllum, Cryptogyne, etc. ; 4o Achradotypinées.
II. MIMUSOPÉES avec les genres Mimusops et Northea.
Les Sapotacées sont ainsi réunies en une quarantaine de genres et comprennent plus de 400 espèces.
Sapotacées à graines renfermant une matière grasse utilisée ou signalée sur les marchés.
La plus utilisée, en Europe, des graines grasses de cette famille est le Mohwrah ou Mahwrah[3] (Illipe latifolia (Roxb.) Engler = Bassia latifolia Roxb. = B. villosa Wall.), dont l’huile sert en savonnerie ; vient ensuite l’Illipe Malabrorum König (Bassia longifolia L.) dont la matière grasse concrète est connue sous le nom de Beurre d’Illipé.
Tous deux sont indigènes dans la région indo-malaise.
De l’Illipe butyracea (Roxb.) Engler, on retire de même un beurre végétale, alimentaire dans son pays d’origine.
Les graines de l’Achras Sapota L. ont été également signalées comme pouvant fournir une matière grasse industrielle ; de même Pierre a décrit les graines de Mimusops Djave (de Lanessan) Engler et Mimusops obovata (Pierre) Engler, connues au Gabon sous les noms de Ndjave et Moabi. Enfin, Heim a parlé récemment de deux autres graines appartenant sans doute au genre Sideroxylon (Pachystela Pierre), section Bakerisideroxylon Engler[4] utilisées de même au Gabon.
Le nombre de ces semences utilisables sera certainement augmenté au fur et à mesure que l’inventaire économique de nos colonies s’établira ; ajoutons toutefois un mot concernant l’Argan, cette huile du Maroc très localisée géographiquement, dont l’exportation est interdite et qui sur place est l’objet d’un trafic considérable. L’huile d’Argan serait au premier rang des huiles comestibles, et remplacerait au Maroc, l’huile d’olive dans la consommation journalière.
En résumé, les plantes connues fournissant des corps gras plus ou moins intéressants et appartenant à la famille des Sapotacées, sont :
Illipe (Bassia) latifolia : Mohwrah, Indo-Malaisie.
Illipe (Bassia) malabrorum : Illipé, —
Illipe (Bassia) butyracea : Ghé ou Ghee, Fulva, Indo-Malaisie.
Butyrospermum (Bassia) Parkii : Karité, Afrique (zone soudanienne).
Argania Sideroxylon : Argan, Maroc.
Mimusops Djave (Tieghemella africana) : Ndjave, Ouréré, Gabon.
Tiegh. Jollyana (Baillonella toxisperma) : Noumgou, Gabon. Cette espèce est sans doute identique à la précédente.
Mimusops (Baillonella) obovata : Moabi, Gabon.
Tieghemella ? Heckelii : Makerou, Côte-d’Ivoire.
Mimusops sp ! Gabon.
Diploknema sebifera P. : Minjag-tangkawang, Bornéo.
De toutes ces espèces, l’une des plus importantes, au moins pour l’avenir, est le Karité qui fournit une matière grasse alimentaire, concrète à la température des régions tropicales et qui fait l’objet d’un commerce local très actif.
Le chiffre d’exportation en Europe, à peine sensible il y a quelques années s’élève rapidement et il y a lieu de croire à un trafic sérieux d’ici peu.
Cet arbre étant très répandu dans toute la zone soudanienne de nos possessions de l’ouest et du centre de l’Afrique, nous avons cru devoir entreprendre l’étude monographique qui va suivre, dans laquelle on trouvera l’ensemble de nos connaissances, tant au point de vue scientifique qu’au point de vue purement économique.
Nous la ferons suivre d’un essai sur l’Argan et les autres graines grasses africaines de la même famille encore à peine connues.
Ajoutons que le produit coagulé du latex du Karité et d’une ou deux autres espèces a été signalé comme susceptible de devenir un succédané de la véritable gutta ; nous verrons par la suite ce qu’il faut en penser.