INTRODUCTION.
Reading edition
Ce deuxième fascicule de la publication intitulée « Les Végétaux utiles de l’Afrique tropicale française » que dirige notre excellent ami, M. Auguste Chevalier, a été conçu sur le plan que ce dernier a lui-même exposé dans son Introduction.
On pourra s’étonner de constater un écart de deux années entre l’apparition de ces deux fascicules ; l’explication en est aisée. C’est que tout d’abord les missions successives dont est chargé M. Chevalier lui laissent un temps bien trop restreint pour lui permettre de mettre à jour ses notes et de rédiger ses nombreuses observations.
En effet, de retour à peine de son long et pénible voyage d’études dans la région du Chari et du Tchad, la confiance du Gouverneur général de l’Afrique occidentale française lui valut de repartir quelque temps après pour la Guinée et diverses colonies étrangères de l’ouest africain.
Rentré en France, en mars 1906, il la quitta de nouveau au mois de novembre dernier pour la Côte d’Ivoire où il étudie actuellement la flore scientifique et économique encore si mal connue de la grande forêt tropicale.
Hâtons-nous de dire toutefois que, doué de l’activité prodigieuse que l’on sait, M. Aug. Chevalier a réuni tous les éléments d’une étude sur le Cacao, portant particulièrement sur la culture à San-Thomé.
Des nouvelles récentes nous permettent de penser que cette étude nous sera communiquée bientôt afin d’être immédiatement publiée par nos soins.
D’autre part, M. Chevalier a bien voulu accepter notre collaboration pour ce service de publication, et celle que nous présentons aujourd’hui se rapporte à des plantes appartenant à une famille végétale des plus importantes au point de vue économique : celle des Sapotacées, dont quelques espèces fournissent la Gutta, la Balata et des corps gras connus sous les noms de Beurre ou Graisse d’Illipé, de Mohwra, de Karité, etc.
L’une d’entre elles, la Graisse de Karité, joue un rôle primordial dans l’alimentation d’un très grand nombre de peuplades de la région soudanienne, de la Gambie au Nil ; la place occupée à l’Exposition de Marseille par les produits du Karité témoignait de l’intérêt qui s’attache à la connaissance approfondie de tout ce qui se rapporte à ce végétal.
Nous avons réuni tous les documents publiés sur cette question, nous en avons extrait avec le plus grand soin ce qui nous a paru utile, en ajoutant nos observations scientifiques personnelles et les renseignements botaniques inédits de M. Chevalier. C’est ainsi que fut établie cette Monographie à laquelle nous avons ajouté l’étude aussi complète que possible de l’Arganier, cet arbre si curieux par sa localisation géographique au Maroc, et qui fournit dans sa région de croissance, où ne saurait végéter l’Olivier, une huile comestible très estimée.
Cette question de l’Argan n’est évidemment point sans intérêt pour la France, à cette époque où notre pénétration économique se fait au Maroc, vers le sud par la Mauritanie, et à l’est par l’Algérie. L’Arganier ne saurait-il donc étendre son aire de dispersion et rendre quelques services à ces contrées dont la mise en valeur paraît plutôt difficile ?
Enfin, par une série d’études incomplètes, nous avons montré combien nombreuses étaient les graines grasses africaines de la famille des Sapotacées, surtout dans la zone équatoriale ; plusieurs fois elles sont apparues sur nos marchés et nul ne saurait dire si l’une d’entre elles ne recevra pas quelque jour d’application directe dans notre industrie.
Nous ajouterons en terminant que la série de ces études monographiques ne sera point interrompue et qu’il apparaîtra successivement, après le Cacao de Chevalier, celles qui se rapportent aux Palmiers à Huile, aux Colatiers, etc.
Em. Perrot, Docteur ès-sciences, Professeur à l’Ecole supérieure de Pharmacie de Paris.
Paris, le 1er Mars 1907.
LES VÉGÉTAUX UTILES DE L’AFRIQUE TROPICALE FRANÇAISE