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Journal de marche du sergent Fricasse de la 127e demi-brigade: 1792-1802

SERGENT FRICASSE

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RECUEIL DES CAMPAGNES QUE J'AI FAITES AU SERVICE DE MA PATRIE. RÉPUBLIQUE FRANÇAISE UNE ET INDIVISIBLE

Je suis né le 13 du mois de février 1773, dans le village nommé Autreville, à deux lieues de Chaumont en Bassigny, chef-lieu du département de la Haute-Marne. Je suis fils légitime de Nicolas Fricasse, jardinier, et d'Anne Corniot, de la dite paroisse. À peine étais-je au monde, mes parents ont été appelés pour être jardiniers chez le seigneur de Juzennecourt. C'est dans cet endroit que j'ai été élevé et que mes parents m'ont appris à connaître ce que devait savoir un honnête homme.

Puis, mon père fut cultiver les jardins des Bernardins de Clairvaux. Ce changement a fait beaucoup pour mon apprentissage. Mon père était un des maîtres, et avait sous sa conduite quatre garçons. Après trois ans, il est retourné reprendre son ménage, et on m'a confié le même emploi qu'avait mon père. Je n'oublierai jamais un moine nommé Le Boulanger; il était archiviste et sacristain en chef. Ce digne homme n'a cessé de me procurer l'occasion de m'instruire, mais l'idée n'y était pas, et je n'ai pas su en profiter. Il me disait souvent: «Vois un peu, tu sais déjà lire et écrire. Eh bien! je veux t'apprendre la géographie: elle est bien utile à une personne qui veut faire quelque voyage.» Dans ce temps, je ne croyais jamais le quitter et je pensais que son grand savoir me servirait sans apprendre. Ah! que j'ai bien connu mes fausses idées dans la suite!

Dans ces années, les États généraux se sont assemblés, et on a parlé de la suppression des couvents. Ceci a changé bien des idées, surtout dans le couvent où j'étais, qui était de quatre-vingt-dix religieux. Les voilà donc obligés de quitter, et moi aussi. Je suis entré jardinier chez le marquis de Messey, seigneur de Beaux-le-Châtel. Ce seigneur m'a donné beaucoup de louanges; s'il était content, je ne l'étais pas, car la terre de son jardin était trop aride, et j'avais grand'peine à la cultiver.

Comme il était premier capitaine d'un régiment de cavalerie française nommé Royal-Étranger, en garnison à Dôle en Franche-Comté, il part pour rejoindre son régiment avec toute sa famille, et nous laisse dans la maison avec un cocher et une servante. J'en reçus une lettre dans laquelle il me marquait d'avoir soin de son jardin et de ses arbres, et qu'à son retour il me récompenserait. Présent ou absent, cela ne m'empêchait pas de faire mon service. Après, j'ai été une infinité de temps sans recevoir de ses lettres; j'avais beau en attendre, car le marquis avait émigré avec toute sa maison qu'il avait à Dôle. Me voilà donc résolu de le quitter. On a vendu tous les biens aussitôt après mon départ.

Je me voyais chéri de mes maîtres, mais aussi je faisais en sorte de l'être toujours et de mériter leur confiance, lorsqu'il a été requis un bataillon dans le département. En ce temps le citoyen Quilliard commandait la garde nationale du canton; il donne ordre que toutes les communes se rassemblent au chef-lieu le 24 août 1792. Le 24 au matin, il nous dit:

«Vous savez sans doute la besogne que j'ai à remplir: il nous faut plusieurs volontaires, ceux qui veulent quitter mon service sont libres. Si toutefois il ne se trouvait pas assez de volontaires, tous les pères de famille et les garçons seront obligés de tirer au sort. Si ce n'est pas votre dessein de partir, hé bien! mes amis, je ferai tout ce qui dépendra de moi pour vous rendre service en en faisant partir d'autres à votre place.»

En ce moment, pour remplir mon devoir, je me suis présenté à la tête de la compagnie; je leur ai demandé s'ils me trouvaient bon pour entrer dans ce bataillon. Les cris de toutes parts se sont fait entendre: «Oui! nous n'en pouvons pas trouver un meilleur que vous!»

Me voilà donc enregistré par le capitaine et le juge de paix, sans avoir prévenu mon maître de mon sentiment, dans le moment qu'il s'offrait à me rendre service. Je conviens que ce n'était pas bien fait de ma part, mais j'étais timide. La timidité et la jeunesse empêchent quelquefois de dire sa façon de penser.

C'est huit jours après, le 24 août, que j'ai quitté la maison; j'ai été dire adieu à mon père et à ma mère. Ceci m'a bien attendri de voir verser des pleurs à toute la famille sur mon éloignement sans leur aveu. Depuis ce moment, je voyage. Le lecteur pensera si j'ai bien ou mal fait.

Mon bataillon était requis par le général Biron; son titre était Premier bataillon de grenadiers et chasseurs de la Haute-Marne.

L'ordre du départ est enfin arrivé; le 2 septembre, je me suis rendu à Chaumont, chef-lieu du département. Nous y avons nommé des officiers provisoires qui nous ont montré les premiers principes de l'école du soldat sans armes. Les noms de ces officiers étaient: Ruel, capitaine, Barthélemy, lieutenant; Lemoine, sergent major; tous trois habitants de la ville. L'ordre de former le bataillon venu, nous sommes partis le 5 octobre pour Saint-Dizier. En y allant, nous avons logé à Joinville; l'étape nous était fournie ainsi que le logement.

À Saint-Dizier, on nous a fait prendre des cantonnements dans les environs, en attendant l'organisation. Je me suis trouvé dans la partie envoyée à Louvemont; dans ces cantonnements, nos officiers de route nous ont montré le maniement des armes.

Parti de Louvemont le 2 novembre, pour retourner à Saint-Dizier, pour notre organisation. C'est dans ce moment que mes compagnons m'ont honoré du grade de caporal dans la sixième compagnie; j'avais pour capitaine Lemoine; pour lieutenant, Mongis; pour sous-lieutenant, Thiébault.

Après que le bataillon a été organisé, on nous a fait cantonner de rechef; mais nos nouveaux cantonnements étaient à trois ou quatre lieues plus loin de Saint-Dizier où notre état-major est toujours resté. Deux villages étaient destinés à notre compagnie: Chamouilley, où le capitaine est resté avec la première section, et Bienville où j'étais avec les lieutenants: ces villages sont situés sur la Marne. Nous ne touchions aucun vivre; on donnait à un caporal vingt-trois sols huit deniers en papier par jour (pendant quelque temps, c'était six sols trois deniers en argent, et dix-huit sols en papier); un soldat avait quinze sols trois deniers par jour, tout compris. Avec ce prêt, nous étions obligés d'acheter tout ce qui nous était nécessaire. Les vivres n'étaient pas chers dans ce moment-là; nous pouvions vivre raisonnablement.

Nous sommes sortis le 21 janvier de ces cantonnements pour rejoindre la première section, et pour nous disposer à célébrer la bénédiction de notre drapeau, à Saint-Dizier.

Un jour après notre arrivée (le 24), on a donc assemblé le bataillon et on nous a conduits à l'église paroissiale de l'endroit. La bénédiction a été faite par notre aumônier: après, on a fait faire le serment de fidélité à tout le bataillon devant le drapeau. Le drapeau avait pour emblème une épée surmontée d'un bonnet de liberté, et pour devise: Huit cents têtes dans un bonnet.

Dans ce même moment, on a distribué à chaque compagnie un fanion sur lequel était son numéro. Comme tout le bataillon ne pouvait rester à la ville, car c'était un lieu de passage, on nous a envoyés reprendre nos cantonnements. La seconde section, dont je faisais partie, avait eu des difficultés avec des laboureurs de l'endroit qui ne voulaient pas nous vendre du bled pour du papier. Pour éviter tout différend, on nous a donné un autre village appelé Narcy, à une demi-lieue de la Marne. Nous avons achevé d'y passer l'hiver.

Notre état major a changé pour aller dans une autre ville nommée Vassy. Dans ce moment, nous avons changé de cantonnement. C'était le 15 mars; nous étions dans les environs de la ville, nous avions pour la compagnie deux villages qui se nommaient Brousseval et Domblain, où nous avons reçu notre habillement complet. Notre chef de bataillon, nommé Deprée, faisait souvent rassembler les compagnies pour faire la manoeuvre. Comme nous étions au printemps, plusieurs fois il nous faisait lever dès la petite pointe du jour, prendre les armes et mettre le sac au dos; il nous menait à deux ou trois lieues à la promenade militaire. Tout cela se faisait en attendant l'heure du départ.

Je ne ferai point de grandes observations sur les pays où nous avons resté. C'est un pays où le monde est très affable; il produit du pain, du vin et une infinité d'autres denrées; chaque particulier y vit content de son labeur. Nous avons quitté ces contrées pour aller à Metz, le 12 avril, par Bar-sur-Ornain, Saint Mihiel, Pont-à-Mousson.

Metz est une ville de guerre très fortifiée, et, dans ce temps-là, on augmentait encore ses fortifications. Nous avons fait le service de cette place pendant trois mois et demi, et logé au quartier Chambière avec le régiment de Suède. Nous avons été exercés à faire les différents feux.

Nous sommes partis, le 17 août, de Metz pour Maubeuge où était une partie de l'armée du Nord.

Nous en reviendrons à notre armée du Nord. Nous y voilà arrivés; c'est dans peu qu'il nous faudra mesurer pour la première fois nos armes avec celles de notre ennemi.

Nous n'avons pu loger au camp, car les tentes étaient toutes remplies; nous avons été obligés de rétrograder jusqu'au village de Beaufort, entre Avesnes et Maubeuge (c'était le 31 août). Là, nous avons trouvé le régiment de Beaujolais.

Depuis, ce n'a été que bivouacs et contremarches nuit et jour, car nous avions affaire à un ennemi dont nous n'étions pas les maîtres, et nous n'étions que très peu de monde.

7 septembre.--Partis de Beaufort pour Ténières près de la Sambre, où l'ennemi venait piller tous les jours. Nous nous sommes opposés à leur dessein. De là, nous avons été à Avesnes.

Après un repos de quatre heures, on a battu la générale. Nous sommes partis pour Marbaix, sur la route de Landrecies, où nous avons bivouaqué pendant quarante-huit heures, suivant le mouvement de l'ennemi.

Repos de trois heures sur les glacis de Landrecies; on nous a donné quelques petits rafraîchissements. La colonne s'est remise en route; chaque corps a été reprendre ses positions du 7 septembre.--Quinze heures de marche.

Notre colonne, de douze mille hommes, tant cavalerie qu'artillerie, avait voulu débloquer le Quesnoy et lui faire passer des vivres. Il était trop tard: lorsqu'elle est arrivée pour attaquer l'armée d'observation de l'ennemi, la ville s'est rendue; son dernier coup de canon était tiré avant le commencement de notre attaque.

Revenus à Beaufort, le bivouac a commencé à une heure du matin, à une demi-lieue en avant du village, derrière le régiment de Beaujolais qui était campé sur une hauteur, à un quart de lieue de la Sambre. On attendait de jour en jour le blocus de Maubeuge.

Retraite sur la ville de Maubeuge. Malgré notre vigoureuse résistance, nous n'avons pas tardé à être bloqués par leur nombreuse cavalerie qui cherchait à s'emparer des villages et des bois où nous devions passer. Comme nos tirailleurs ne leur donnaient pas assez d'occupation et ne nous laissaient pas le temps de défiler, nous avons été obligés de nous mettre en bataille en avant de la forêt de Beaufort. À l'approche de l'ennemi, nous avons fait le feu de file pendant trois quarts d'heure. Son artillerie nous a forcés une seconde fois à la retraite, après avoir perdu un canon et plusieurs canonniers tués et blessés. Vingt hommes de notre bataillon mis hors de combat. Notre route était coupée; il ne restait plus pour notre retraite qu'à nous enfoncer dans le bois et sortir comme l'on pourrait.

Nous voilà donc en marche. Après avoir fait une demi-lieue dans cette forêt, étant prêts de sortir, un régiment ennemi qui se dérobait à notre vue nous force de chercher un autre passage. Sur une autre lisière du bois, l'ennemi nous cerne de même. Ma foi! il n'y avait plus à balancer. Rester prisonnier ne nous accommodait pas; nous avons passé au travers de l'ennemi qui n'a cessé de faire une fusillade continuelle.

De cette forêt, nous avons rejoint la colonne qui se rassemblait dans la plaine, du côté de la route de Frieville. On voulait encore leur faire résistance, mais en vain. Il a fallu se mettre à l'abri dans le camp et disposer l'artillerie des redoutes à défendre les approches. L'ennemi s'est emparé des villages aux environs de la ville et a pillé nos effets qui y étaient restés.

Trente hommes de notre bataillon, restés dans la forêt de Beaufort sans avoir pu percer pour nous rejoindre, avaient été obligés de se renfoncer dans le bois. Chemin faisant, ils ont fait prisonnier une sentinelle autrichienne. Ce soldat, très content d'être prisonnier, a aidé nos hommes à sortir du bois et les a conduits dans un endroit, qui était le moins gardé, où ils ont pu passer entre les postes à la faveur d'une nuit obscure (30 septembre). Ils ont été faire le service à Avesnes, et nous ont rejoints après le déblocus de Maubeuge.

La même nuit, vers les dix heures du soir, notre bataillon a pris la garde de la redoute du Loup pour vingt-quatre heures. Après avoir été relevés, nous avons été prendre position à la gauche du camp retranché de Falise; c'était le nom du camp de Maubeuge.

Nous attendions de jour en jour le siège, mais en vain. Il a été rapporté par plusieurs personnes que l'intention du général Cobourg n'était pas d'assiéger la ville, mais de la faire rendre par famine, car elle n'était pourvue d'aucuns vivres. On comptait vingt mille hommes en état de porter les armes, tant dans le camp que dans la ville; au moment du blocus, on a fait le serment de mourir les armes à la main plutôt que de se rendre aux ordres d'un tyran.

6 octobre.--Sortie de six mille hommes, mais sans succès. Ils se sont présentés le triple et le double de ce que nous étions. On ne s'en est tiré qu'avec une grande perte.

7.--Même insuccès. Nous sommes investis de toutes parts sans pouvoir nous donner de l'élargissement.

Le 5 octobre, à la redoute de gauche, entre le bois du Tilleul et nos avant postes, une sentinelle française et une sentinelle hollandaise étaient à soixante pas l'une de l'autre, ce qui leur donnait facilité de converser. Quatre soldats de mon poste se sont avancés; les Hollandais, qui étaient dans le bois du Tilleul, ont été portés par la curiosité à se mêler de la conversation. Cependant, un Français reconnaît, parmi les Hollandais, son frère, qui était le plus empressé à demander comment nous étions, ce que nous pensions, et si les vivres ne nous manquaient pas.

Réponse: «Il ne manque rien aux républicains.»

Par dérision, ils répliquaient que nous mangions déjà nos chevaux, et que, avec notre papier, nos assignats, il fallait mourir de faim. Ils ajoutaient qu'ils nous tenaient dans leurs filets, qu'ils nous feraient danser une dernière fois la carmagnole. Celui-là disait que, quoique Français, il prendrait plaisir à nous voir arracher la langue.

Un volontaire lui dit: «Camarade, vous ne paraissez pas Hollandais, et sans doute il n'y a pas longtemps que vous êtes sorti de France. Vous paraissez bien sanguinaire pour une patrie qui renferme vos parents, mais que vous ne devez pas espérer revoir, car la loi prononçant votre arrêt de mort ferait tomber votre tête. Voilà ce qui est réservé aux coquins de votre espèce.»

Son frère, qui l'avait reconnu, interrompit la conversation en disant: «Laissez-moi voir ce coquin! C'était autrefois mon frère.»

L'autre dit: «Si j'ai été ton frère, je le suis encore.»

Le volontaire dit que non, qu'il s'en était rendu indigne. «Tu sais, malheureux, ajouta-t-il, que je suis parti volontairement. Qu'il te souvienne de la promesse faite! Tu me promis d'avoir soin de notre mère, mais tu as faussé ton serment, tu l'as laissée sans subsistance et dans le chagrin; tu es indigne de vivre, tu n'es pas un humain, mais un vrai barbare».

(Il faut remarquer que ce soldat généreux faisait part à sa mère de la moitié de sa paye.)

Les Hollandais, qui entendaient un peu le français, ne manquèrent pas de le blâmer, et le lâche se retira. Son frère arme son fusil, tire et l'attrape à la cuisse. Il se relève et s'enfonce dans le bois.

Un dragon autrichien, du régiment de Cobourg, chargeait un des nôtres, du 12e dragons. Après avoir tiré chacun leur coup de pistolet, ils s'approchent pour se sabrer. Quelle surprise! Ils se reconnaissent pour frères; depuis quinze ans ils ne s'étaient vus. À l'instant, leurs sabres tombent, ils sautent de cheval et se jettent au cou l'un de l'autre, sans pouvoir dire un seul mot. Un instant après, ils juraient de ne plus se séparer et de vivre sous le même étendard. Notre dragon fut trouver le général Jourdan pour le prier de ne point regarder son frère comme déserteur ni comme prisonnier, et le général consentit à incorporer cet homme dans le régiment.

Ces quatre-vingt mille hommes venaient de la Vendée, étaient commandés par un républicain; mais aussi la troupe l'a secondé. Ils ont fait repasser la Sambre à l'armée autrichienne qui a profité de la nuit pour disparaître, en laissant une quantité d'outils servant au travail de leurs redoutes.

Il ne l'a pas adopté, mais il a eu la chasse républicaine.»

18 octobre.--Sortis de notre camp à la découverte, nous nous sommes rendus à Hautmont, village à gauche de Maubeuge, tout en désastre. On était après la moisson; l'ennemi s'est servi des grains pour faire des baraques et donner à manger aux chevaux. C'était la plus grande désolation. Les habitations des cultivateurs dévastées et même en grande partie brûlées. Voyez un peu ce qu'est la guerre. Malheur au pays où elle est posée! Les habitants n'y peuvent qu'être malheureux.

Quoique nous n'ayons pas été longtemps bloqués, je dirai que nous sentions déjà notre misère, les vivres nous étaient retranchés (rationnés); la rivière passait au bas de notre camp, mais l'ennemi nous avait coupé l'eau; nous étions obligés de la prendre dans les fossés des retranchements où on allait faire les nécessités. La pluie, qui tombait continuellement faisait de tout cela un mélange. Aussi plusieurs de nous y avaient gagné le flux de sang.

Revenons à nos contremarches: l'ennemi a été repoussé, mais il faut garder ses passages.

29 octobre.--Partis de Hautmont pour aller à la droite de Maubeuge, dans un village appelé Marpent, sur le bord de la Sambre, où de temps en temps on se souhaitait le bonjour à coups de fusil avec les postes autrichiens.

14 novembre.--Partis de Marpent pour aller au camp de Saint-Remy, sur les hauteurs, jusqu'au 29. Ce dernier jour, nous sommes allés à Colleret.

Année 1794

Nous avons quitté Colleret pour Damousies le 12 janvier 1794, deuxième année de la République. Tous ces villages étaient en première ligne, près des avant-postes ennemis; car les impériaux avaient un passage sur la Sambre, près de Beaumont de sorte que nous étions obligés de nous garder partout. On allait fourrager pour la cavalerie sur leurs frontières, car les fourrages n'étaient pas bien abondants dans des pays où la troupe est toujours campée.

De Damousies, nous sommes venus, le 19 janvier, au village d'Aibes, toujours en première ligne où le bivouac était continuel. Là, je suis passé sergent, par ancienneté de grade, le 26 pluviôse.

Nous avons reçu dans ce temps des recrues de la réquisition, et les compagnies ont été au grand complet. À peine avait-on le temps de montrer les premiers principes d'exercice à tous ces hommes qu'il fallait aller se battre; aussi, la rigueur de l'hiver nous a causé bien des maux. Dans ces temps là, il n'y avait point d'armistice: hiver comme été, on était toujours en campagne.

Quitté Aibes, le 6 germinal, pour nous rendre à Jeumont. La moitié du bataillon a campé à une demi-lieue à droite, à un bois nommé le Bois de l'abbaye brûlée. Tous les quatre jours, on relevait les postes à quarante pieds de distance de l'ennemi, et, en d'autres endroits, il n'y avait que la Sambre qui séparait. Dans cet endroit, bien des fois nous nous sommes souhaité le bonjour à coups de fusil. On ne cherchait qu'à se surprendre les postes et à enlever les sentinelles.

Le 22, nous sommes partis de cette position. L'ennemi faisait de nouvelles tentatives pour bloquer Maubeuge. Encore une demi-heure plus tard, cela en était fait. Mais la brave armée du Nord ne s'est point découragée. Nous avons battu en retraite à deux lieues près de Cerfontaine, où était le quartier général. Toute la troupe était sur une ligne, disposée au combat qui a commencé aussitôt. La colonne autrichienne a été repoussée au delà de ses positions, laissant une très grande quantité de morts, de blessés et de prisonniers.

Avant de quitter les frontières du Hainaut, pour l'autre rive de la Sambre, je parlerai de la situation des habitants. La plupart n'avaient plus d'habitations (et encore combien avaient perdu la vie!). Je compare l'ennemi à une grêle qui ne laisse rien dans les campagnes où elle passe.

Dans ces contrées si fertiles, ces habitants vivaient tranquilles; leurs terres produisaient de bon froment, toutes sortes de grains, de fruits et de légumes. Le vin, très cher, n'est pas beaucoup en usage; la bière est la boisson. Leur manière de vivre est très simple: lait, fromage et fruits, c'est là leur usage. Bétail à cornes très beau; chaque habitant en possède plus ou moins selon son pâturage; il a des clos entourés de bois de tous genres desquels il tire du chauffage pour l'hiver; dans ces clos, il coupe le premier foin; après cela, leurs vaches y restent jusqu'à l'hiver sans rentrer à l'écurie. On ne voit presque pas les villages qu'on ne soit dedans; c'est tout clos, avec de grands bois à l'entour et près de chaque maison. La plupart des maisons sont couvertes de paille. Dans ce pays, les deux sexes y sont affables et humains.

8 floréal.--Nous sommes entrés dans la ville de Beaumont après une bataille avec les émigrés où il y en a beaucoup de restés sur le champ. Nous n'en avons faits prisonniers que très peu, car ils ne se rendaient pas volontiers.

Nous avons chassé l'ennemi de ses fortes positions autour de la ville; nous nous en sommes emparés sur-le-champ; elles nous étaient avantageuses.

18.--Arrivés au camp de Beaumont. Repartis le 20 à huit heures du soir, traversant la ville pour aller bivouaquer, jusqu'à la pointe du jour, sur la route de Mons, à deux lieues en avant. À la pointe du jour, nous avançons sur l'ennemi campé dans la plaine. Ses dispositions pour nous recevoir n'ont pas été assez promptes; il a pris la fuite dès notre première attaque. Dans cette même affaire, j'ai été détaché avec des tirailleurs pour débusquer les leurs d'un village; nous en avons pris huit et tué quelques uns. Le reste a pris la fuite.

22.--Après avoir fait plusieurs mouvements, malgré la pluie qui tombait tous les jours et rendait les routes impraticables, nous nous sommes arrêtés dans la plaine de Beaumont pour y passer la nuit.

23.--Dès la pointe du jour, la troupe a été divisée en trois colonnes; celles de droite et de gauche ont attaqué l'ennemi avec tant d'ardeur qu'elles l'ont fait se jeter sur nous au centre. Il y avait plus d'une demi-heure que nous entendions ronfler le canon et la fusillade. Il y avait un murmure dans notre colonne de ce qu'on était dans l'inaction. Tout à coup, on a vu l'ennemi manoeuvrer sur nous, ils n'ont pas été reçus avec moins d'audace. Nous les avons forcé à repasser la Sambre; plusieurs d'entre eux ont bu plus qu'ils n'ont voulu. Nous avons passé après eux; nous les avons poussés à plus de deux lieues au pas de charge. Nous avons pris plusieurs canons, quantité de prisonniers; très grand nombre de tués. On n'aurait pas arrêté si la nuit n'avait empêché de poursuivre.

24.--Nous nous sommes mis en marche dès la pointe du jour. Une colonne a longé la Sambre; l'autre avançait sur la droite. L'ennemi nous attendait dans ses fortes redoutes. Nous n'avons pas hésité. Le feu a commencé par une canonnade très vive. Notre artillerie s'est mis en devoir de répondre avec ardeur, elle a été soutenue par le feu de l'infanterie qui s'est avancée au pas de charge et a enlevé la redoute de vive force, malgré un feu terrible.--Toute la troupe a montré un courage digne de véritables républicains.

Les jours précédents avaient été favorables. Ce jour-là, nous avons perdu presque tout le terrain gagné, mais nous avons toujours notre passage sur la Sambre.

Voici donc de l'ouvrage à recommencer. Voyons si on s'y prendra de la même manière.

Il a fallu marcher toute la nuit pour arriver dans la plaine, où nous étions le 22.

25.--Malgré la pluie et le mauvais temps continuel, nous avons changé de position en nous rapprochant de l'ennemi. Nous n'avions pour couvert que le ciel.

26.--Nous nous sommes avancés pour nous opposer à la marche de l'armée autrichienne sur les bords de la Sambre. Le combat s'est engagé par nos tirailleurs tirés des compagnies à tour de rôle; l'artillerie les a secondés du matin au soir avec succès; elle a défait des pelotons de cavalerie, démonté plusieurs pièces; nos obus ont fait sauter des caissons, tué beaucoup de soldats et de chevaux. Une partie de nos soldats criait: «Venez, soldats de l'aigle impériale, vous ne résisterez pas longtemps à l'ardeur des soldats sans-culottes!»

Notre perte n'a pas été grande dans cette journée; un boulet nous a tué deux chevaux. Nous avons passé la nuit sous les armes.

27.--Pris position au village de Hantes, sur la Sambre. L'ennemi a fait une tentative pour passer dans l'endroit où nous étions, mais il n'a pas réussi.

30.--Quitté notre position pour nous rendre sur les hauteurs de l'abbaye de Lobbes. Cette abbaye a été brûlée à la retraite des Autrichiens.

Ier prairial.--Nous allons attaquer l'ennemi; l'artillerie et les tirailleurs commencent. Fusillade soutenue de midi à la nuit. Le 2, le combat s'est engagé de même, mais avec beaucoup plus de succès; l'ennemi s'est retiré dans ses fortes redoutes près de Grand-Reng, où le feu a duré jusqu'au soir. Journée sanglante pour les deux partis; nous nous sommes retirés sur les hauteurs près de Grand-Reng. On a établi les postes tout près de ceux de l'ennemi.

5.--On dégarnit notre colonne de cavalerie et d'une partie de l'infanterie pour les faire passer à la droite qui ne se trouvait pas assez forte. L'ennemi voit ce mouvement et prépare le combat.

Nous n'avions aucun ordre de prendre les armes le matin. Ordinairement, c'est le matin que les grands coups se faisaient. Nous étions tranquilles sous des petits brise-vent que nous avions faits avec des branches d'arbres; un brouillard très épais empêchait nos avant-postes de découvrir les mouvements de l'ennemi quand il les a surpris. Aussitôt, on entend crier de toutes parts: Aux armes! Chacun a couru se ranger en bataille. Ils étaient déjà dans notre camp, et leur cavalerie s'avançait à grands pas sur la route de Mons. Il y avait une pièce de douze et une de huit chargées à mitraille; nos canonniers y ont mis aussitôt le feu et ont retardé leur marche. Ils étaient beaucoup plus forts que nous; néanmoins, ils ont été reçus d'une manière républicaine, mais, malgré notre vigoureuse résistance, nous avons été obligés de battre en retraite et de repasser la Sambre. Dans notre colonne, il n'y avait que le régiment de cavalerie n° 22 au moment de la retraite. Nous avons eu cent hommes hors de combat. Le reste de la journée s'est passé à tirailler. Passé la nuit à Jeumont; le pont qui nous a servi se nomme Solre-sur-Sambre.

À l'affaire du 5 prairial, près Grand-Reng, le citoyen Mercier, fusilier de la compagnie d'Horiot (3e bataillon), natif de Provenchères, district de Joinville (Haute-Marne), combattit un hussard autrichien. Deux coups de sabre, sur la tête, et sur le poignet gauche le terrassèrent. «Rends-toi, coquin! dit le hussard.

--Un lâche le ferait, dit Mercier. Mais moi, non!»

Il se relève, prend son fusil de la main droite, met le canon sur la saignée du bras gauche, pose le doigt sur la détente et tue le hussard. Mais les blessures de ce vrai républicain étaient très dangereuses. Il est mort un mois après.

J'ai vu dans cette affaire des braves républicains couverts de blessures rassembler toutes leurs forces au moment où ils allaient exhaler le dernier soupir, s'élancer pour baiser cette cocarde, gage sacré de notre liberté conquise; je les ai entendus adresser au ciel des voeux ardents pour le triomphe des armées de la république.

Cailac, un de nos capitaines, eut la jambe fracassée par un boulet, et mourut au bout de trois semaines, disant: «Ma vie n'est rien; je la donnerais mille fois pour que la république triomphe.»

Atteint au ventre d'un éclat d'obus, un grenadier du bataillon dit à ceux qui voulaient lui porter secours: «Laissez moi, mes amis, laissez moi mourir! Je suis content, j'ai servi ma patrie.» Et il expire.

7.--Dès la pointe du jour, nous nous sommes mis en marche et nous avons été baraquer au village de Hantes. Comme les vivres avaient tardé, nous nous sommes mis à battre du blé, aller au moulin et nous avons fait du pain. Je dirai que tous les habitants de ces villages s'étaient retirés dans les bois, car les armées leur causaient trop de maux. Il semble que le ciel veuille augmenter les nôtres; la pluie est tous les jours notre partage.

8.--Partis de Hantes pour aller camper sur les hauteurs de l'abbaye de l'Aune.

12.--Sortis de nos positions à huit heures du soir pour aller à l'abbaye de l'Aune, nous y sommes arrivés à minuit, le même jour. Cette abbaye était entièrement dévastée et brûlée.

14.--Nous avons passé la Sambre, qui est tout près de là.

15.--La troupe s'est mise en marche et nous avons attaqué dès la pointe du jour. Combat engagé par une forte canonnade. L'ennemi abandonne ses positions; nous nous sommes emparés des hauteurs.

16.--Le canon s'est fait entendre de l'armée des Ardennes, qui est sous les murs de Charleroi.

L'ennemi s'y est porté en forces, avec un renfort de cinquante mille hommes, et soi-disant l'empereur à leur tête. Ce jour, ils ont débloqué la ville, nous ont repoussés sur le bord de la Sambre près de l'abbaye de l'Aune où nous restons trois jours.

21.--Arrivés à six heures du matin à Thuin, ville d'où on avait chassé l'ennemi quelques jours avant.

22.--Partis à une heure du matin pour le camp de Baudribut.

24.--Dès la pointe du jour, nous avons passé la Sambre et campé devant le bourg de Fontaine l'Évêque.

28.--Levée du camp. Nous avons attaqué à une heure du matin pour favoriser le siège de Charleroi. L'attaque a été vive et s'est engagée par le feu des tirailleurs. Leur cavalerie, qui ne voyait que des tirailleurs, a chargé sur eux; ce brouillard l'empêchait de voir les bataillons qui étaient embusqués derrière les haies. Lorsqu'ils ont vu que la cavalerie était à une demi-portée de fusil, ils ont fait un feu de file. Plusieurs tués, quelques prisonniers; le reste a pris la fuite. Nous avons suivi, nous avons rencontré leur infanterie qui n'a pu résister à notre ardeur, nous avons fait beaucoup de prisonniers, nous avons pris deux pièces de canon avec leurs caissons tout attelés.--Après cette conquête, nous sommes revenus à notre position près de Fontaine l'Évêque; étant arrivés, nous avons reçu ordre de nous rendre au camp de Baudribut où était le parc; arrivés à l'entrée de la nuit, nous y sommes restés quelques jours.

30.--Nous avons levé le camp à deux heures du matin et passé la Sambre pour la dernière fois à quatre heures. Nous sommes venus nous placer à la gauche de Fontaine l'Évêque. À midi, l'ennemi s'est avancé sur deux de nos compagnies qui étaient en avant; il voulait les surprendre. Nos bataillons, qui ont aperçu la manoeuvre, se sont mis en bataille et se tenaient prêts à marcher, lorsqu'un éclaireur est venu nous dire qu'ils battaient en retraite. Sur-le-champ on s'est mis en marche pour les poursuivre; leur cavalerie d'arrière-garde a voulu nous charger, pour retarder notre marche, mais elle a été reçue d'une manière républicaine, une décharge leur a fait bien vite partager la retraite.

2 messidor.--Nous avons suivi l'ennemi sans trouver de résistance; ils nous laissent plusieurs pièces de canons et caissons tout attelés. Notre cavalerie fait un grand nombre de prisonniers à l'infanterie autrichienne. La nuit suspend la victoire, mais elle en prépare une nouvelle en nous laissant faire des contremarches à la faveur de son obscurité pour se disposer au combat dès la pointe du jour.

7.--L'ennemi s'est montré en force pour débloquer Charleroi, mais nous avons porté obstacle à son dessein.

Le feu a commencé à quatre heures du matin et a duré une partie de la journée.

Lors du siège de Charleroi, un canonnier du régiment de Suède s'écriait en mourant: «Cobourg, Cobourg, avec tes nombreux florins, tu n'auras pas payé une goutte de mon sang; je le verse tout aujourd'hui pour la République et pour la liberté.»

Tous ceux qui ont perdu la vie dans ce siège n'ont donné, au milieu des douleurs les plus aiguës, aucun signe de plaintes. Leurs visages étaient calmes et sereins; leur dernière parole était: Vive la République! C'est au lit d'honneur qu'il faut voir nos guerriers, pour apprendre la différence qui existe entre les hommes libres et les esclaves. Les valets des rois expirent en maudissant la cruelle ambition de leurs maîtres. Le défenseur de la liberté bénit le coup qui l'a frappé; il sait que son sang ne coule que pour la liberté, la gloire et pour le soutien de sa patrie.

Nous avons perdu quelques braves républicains, mais on pourra juger de la perte de l'ennemi, toujours grande pour celui qui est obligé de prendre la fuite. Cette journée a été une des journées victorieuses de la République, elle portera pour toujours le nom de bataille de Fleurus.

Dans ce jour mémorable du 8 messidor, une infortunée délaissée de son mari qui avait émigré et n'ayant pas de quoi subsister était, sous des habits d'homme, avec son frère, à son rang de compagnie. La compagnie étant dispersée en tirailleurs, les tirailleurs ennemis, qui avaient eu un moment un peu d'avantage, sont venus charger les nôtres, dans la mêlée; elle s'est trouvée avec peu de monde environnée d'un grand nombre d'Autrichiens. Elle s'en est tirée en brûlant la cervelle de celui qui la tenait, ne cessant de dire que jamais elle ne se rendrait, que sa vie était sacrifiée à sa patrie. Ces tyrans lui promettaient d'avoir égard à son sexe et de ne la prendre que comme prisonnière. Cette femme était, avec son frère, dans le 22e régiment de cavalerie, qui a réparé ce jour là la faute qu'il avait faite près de Grand-Reng.

Avant la prise de Charleroi, pendant que nous étions à bivouaquer sur les hauteurs de Fontaine-l'Évêque, l'ennemi ne se croyant pas en force se contenta de nous envoyer des boulets et des obus. Nous perdîmes plusieurs hommes, entre autres un tambour du bataillon. Un éclat d'obus traversa son sac de peau et son côté; il resta mort sur la place; deux autres soldats furent blessés du même coup. Un hussard Chamborant passant dans la place, prit la caisse du tambour et s'est mis derrière un chêne, battant la charge avec le manche de son couteau, ce qui a mis l'ennemi en fuite.

9.--Nous sommes venus prendre les positions que nous avions auparavant.

12.--Nous avons marché toute la journée pour aller bivouaquer devant la ville de Binche. Arrivés à onze heures du soir, nous avons passé le reste de la nuit sous les armes. L'attaque a commencé par une forte canonnade.

16.--La ville rendue, nous avons été prendre position devant le village nommé Beausoir.

17.--Partis de cette position dès la pointe du jour, croyant trouver les Autrichiens, mais nous avons fait cinq lieues sans rencontrer personne.

Campé devant Braine-le-Comte, situé sur la route de Mons à Bruxelles. Nous sommes entrés dans la ville avec les plus vifs applaudissements de tous les bourgeois qui faisaient entendre les cris: «Vivent les soldats républicains français!»

21.--Nous avons levé le camp pour continuer notre route. Nous sommes entrés dans la ville de Hal avec les mêmes applaudissements; nous avons campé en avant de la ville jusqu'au 23. Nous sommes partis dès la pointe du jour, croyant trouver ceux qui nous menaçaient quelques jours auparavant. Notre avant-garde suffisait pour les faire disparaître.

23.--Nous sommes entrés dans la ville de Bruxelles, de même avec les plus vifs applaudissements de tous les bourgeois: «Vive les soldats républicains!» Comme nous étions à la tête de la colonne, nous sommes restés à la place, sous les armes, pendant que la colonne a défilé. Cela a duré toute la nuit.

30.--Nous sommes partis à une heure du matin. Nous avons été camper devant Louvain. J'étais parti trois jours auparavant avec un piquet de vingt-cinq hommes pour escorter des bateaux que nous avons été chercher à Villebruck, sur le canal qui vient à Bruxelles. Nous avons été bien reçus dans cet endroit qui est à cinq lieues. Nous sommes arrivés le 30 avec ces bateaux chargés de foin et d'avoine pour les magasins de Bruxelles, et j'ai rejoint, avec mon piquet, la demi-brigade qui était campée devant la ville de Louvain.

Ier thermidor.--Partis dès la pointe du jour, nous sommes venus nous placer devant la ville de Tirlemont, où nous avons trouvé notre ennemi, nous l'avons attaqué sans plus de cérémonie et nous l'avons poursuivi à deux lieues. Nous sommes revenus à notre position.

7.--Partis au jour, nous sommes allés nous placer devant la ville de Saint-Tron.

9.--Nous avons fait un mouvement, nous avons été camper dans une grande plaine assez près de Tirlemont, où nous entendons ronfler le canon de notre avant-garde, qui ne laisse pas à l'armée autrichienne le temps de se rallier.

16.--Partis de ce camp, nous sommes venus au camp de Berlingen.

29.--Nous avons fait un mouvement d'un quart de lieue à l'entrée de la nuit. Nous avons traversé un village qui séparait notre camp du camp de Looz.

Toutes ces plaines où nous étions campés étaient retranchées du côté de l'ennemi par de fortes redoutes.

Dans ce camp, nous avons appris la reddition de Valenciennes. On a trouvé dans cette place 227 bouches à feu et quantité de poudre et autres magasins bien approvisionnés, plus qu'on n'en avait trouvé lorsqu'ils avaient été livrés.

14 fructidor.--Nous sommes partis à deux heures du matin: nous avons été camper dans la plaine de Maëstricht, et nous en étions encore à trois lieues en seconde ligne. La paille a été délivrée à toute la colonne.

On nous a annoncé la reprise de Condé; on a trouvé dans cette place 1,600 prisonniers, 130 bouches à feu, des munitions de bouche pour six mois, 6,000 paquets de cartouches, un très grand magasin de poudre à canon, 6,000 bombes, 6,000 boulets, et cette place en bon état de défense.

Le même jour, a passé dans notre camp un colonel anglais avec toute son escorte et trente chevaux, qui avaient été pris aux environs de Maëstricht par notre avant-garde.

C'est dans ce même camp que nous avons fait la réjouissance de la reddition de toutes nos villes que les Impériaux nous avaient ravies: le Quesnoi, Landrecies, Valenciennes, Condé.

Voici la manière dont la réjouissance s'est faite dans l'armée de Sambre et Meuse. La fête a été annoncée à six heures du matin par trois coups de canon des pièces de position qui se sont trouvées dans chaque division. À sept heures et demie, les mêmes pièces ont répété la même chose. La musique de chaque demi-brigade était placée sur le front de bandière, où elle jouait différents airs patriotiques pendant toute la cérémonie. À huit heures et demie un feu de bataillon a été exécuté dans chaque division en commençant à la droite d'icelle. Ce feu fini, le général de brigade a passé devant chaque bataillon en criant: Vive la République! Nous nous sommes unis à sa voix. La distribution de l'eau-de-vie a été donnée à toute la troupe. L'ordre a été donné que chacun rentre dans ses baraques. Ce n'était pas sans en avoir besoin, car depuis minuit nous étions sous les armes.

Ier vendémiaire, an III.--Nous sommes partis du camp, dont c'était la première fête sans culottine, pour nous rapprocher de Maëstricht, et nous joindre à notre avant-garde qui était sous ses murs et s'était vaillamment battue.

La ville de Maëstricht a été bloquée et cernée entièrement. Nous y sommes restés quelques jours, et de là nous nous sommes mis en marche. Nous avons passé la Meuse, au-dessus de Maëstricht sur des pontons pour rejoindre notre avant-garde, et aller à la poursuite des Autrichiens. Il est resté une partie de notre armée pour contenir la garnison de Maëstricht en attendant que nous ayons repoussé l'armée autrichienne au delà du Rhin. Nous avons marché plusieurs jours sans rencontrer aucun vestige de l'armée autrichienne.

Arrivés à une forte rivière nommée la Roër, c'est là qu'ils espéraient remporter la victoire et nous empêcher de passer. Ils étaient bien retranchés dans les endroits où on aurait pu passer. Malgré plusieurs obstacles qui se trouvaient devant cette rivière, nous n'avons pas hésité un seul moment pour attaquer.

La bataille a été sanglante aux deux partis, et a duré depuis le matin jusqu'au soir; à la nuit, on a fait abandonner la rivière à l'ennemi. Nous avons eu dans ce jour plusieurs centaines d'hommes de blessés. Nos pièces de position, au nombre de quarante, étaient aux environs de la rivière et n'ont décessé de jouer; la fusillade a fait de même. L'ennemi a répondu au feu d'enfer que faisaient les républicains. Le soir, lorsque le feu a cessé, nous nous sommes retirés un peu en arrière, dans la plaine qui touche la rivière, pour passer la nuit.

Nous les avons vus qui faisaient de grands feux, car ils brûlaient leurs baraques; nous avons jugé par-là qu'ils allaient prendre la fuite. C'était réel: vers minuit, ils se sont mis en marche.

On a travaillé toute la nuit à faire des ponts avec des voitures, des chariots attachés avec des gros arbres, qui étaient sur le bord de la rivière; on a mis des planches sur ces constructions et le matin, à la pointe du jour, nous avons passé au milieu de leurs retranchements, qui étaient remplis de cuisses, bras et corps entiers qu'ils avaient laissés sans les enterrer. Plusieurs pauvres blessés criaient miséricorde; on les a portés de suite à l'ambulance avec les nôtres.

Notre voyage ne nous a pas été bien favorable: une pluie continuelle et froide, un vent qui nous glaçait les sens, et point d'autre couverture que le ciel.

Arrivés devant cette ville, on s'est tout de suite occupé à faire les travaux; on a fait des redoutes pour soutenir et répondre aux sorties qu'ils pourraient faire pendant qu'on ouvrirait les boyaux: on travaillait à ces ouvrages nuit et jour.

Malgré leur mitraille, nous avons ouvert les boyaux à une portée de pistolet de leur bastion. Nous y avons été, pour notre tour, cinq fois pour les ouvrir. On n'a pas perdu tant de monde que l'on croyait pour faire le siège d'une ville si forte. Notre commandant de bataillon a été blessé d'un éclat de grenade, et plusieurs officiers et soldats.

Tous les jours, les ouvrages se multipliaient, et nous rendions par ce moyen l'asile des assiégés plus étroit. Les jardiniers de la ville avaient planté beaucoup de légumes d'hiver dans leurs jardins; mais c'est nous qui en avons fait la récolte. Tous les matins, ils se trouvaient enfermés plus étroitement; s'il n'y avait pas eu des fossés, nous aurions été les prendre dans leurs palissades.

Nous avons tenu Maëstricht bloquée pendant quarante-quatre jours. Pendant ce blocus, les assiégés nous ont envoyé quarante-cinq mille boulets, trente-quatre mille tant bombes qu'obus, quatorze mille grenades. Ils nous envoyaient toutes ces pommes dans nos travaux, sans que cela fasse beaucoup d'effet.

Le feu cessé, on a été trois jours pour arranger la capitulation. La garnison est sortie de la ville le 17 brumaire; entre dix et onze heures du matin, les troupes impériales sont sorties par la porte d'Allemagne, et ont passé la Meuse au milieu des assiégeants, qui formaient la haie de chaque côté de la route où ils devaient passer. Ils sont sortis avec les honneurs de la guerre: tambour battant, mèche allumée et enseigne déployée. Lorsqu'ils ont été presqu'à la fin de la colonne, ils ont déposé leurs armes devant nous; la cavalerie et l'infanterie ont emporté leurs sabres. Il y avait de la troupe toute prête pour les conduire au delà du camp.

La troupe hollandaise est sortie le même jour, mais un peu plus tard, car il fallait le temps à la colonne française de venir se placer en haie sur la route par laquelle ils devaient passer, qui était d'une extrémité de la ville à l'autre. Ils sont sortis de même avec les honneurs de la guerre comme la troupe autrichienne. Ils ont été reconduits dans leur pays par nos chasseurs à cheval, ils ont conservé leurs sabres comme la troupe impériale. Les officiers composant la garnison de Maëstricht ont emmené leurs chevaux et tout leur bagage.

La Ville de Maëstricht est très forte; elle a un fort qui la commande et qui la défend. La Meuse flotte contre ses murs, et donne de l'eau dans ses fosses; elle a aussi des forts qui sont construits dans le milieu de la Meuse, qui défend son approche du côté de l'Allemagne. Il y a dans les environs de grandes plaines très fertiles en blés, orge, avoine, pommes de terre, etc.; elle est frontière de la Hollande.

C'était le général Kléber qui commandait le siège en chef; nous étions du côté gauche de la ville, sous les ordres du général Duhesme.

18 brumaire.--Nous sommes partis des alentours de Maëstricht pour aller sur les bords du Rhin.

20.--Nous avons passé dans la ville de Juliers, jolie petite ville très fortifiée; les maisons d'une assez belle construction, les rues très larges. Il y a aussi de très belles plaines très fertiles en blés et en toute sorte de grains; on y boit aussi de bonne bière, on y récolte aussi de très bons fruits. Cette ville est la capitale du duché de son nom.

22.--Nous sommes arrivés à Cologne; nous y avons campé en arrivant.

29.--Nous sommes sortis de ce camp pour aller cantonner sur le bord du Rhin au village nommé Langel. Nos postes étaient placés sur le bord du Rhin; nous étions une compagnie par ferme, très serrés à cause de la grande quantité de troupes qui étaient dans les environs. J'ai été voir la ville de Cologne; elle est très grande, bien peuplée, les rues larges; il y a une quantité de clochers. J'ai remarqué que sur une tour très haute, il y avait une grue peinte en vert. Le Rhin flotte contre les murs, et fait une partie de leur commerce. La ville n'est point fortifiée, elle est entourée d'un simple mur très haut. C'était là que l'électeur faisait sa résidence.

12 frimaire.--Sortis de Hangel pour passer à la droite de la Logne. Suivant les bords du Rhin à une demi-lieue de la Logne, nous cantonnons au village nommé Nille?

Nous avons reçu des ordres pour nous rendre à Bonn, soi-disant pour passer le reste de l'hiver; nous sommes partis le 13; lorsque nous avons été près des murs de ladite ville, nous avons reçu des ordres pour aller cantonner dans les villages à une lieue et demie à la droite de Bonn. Nous sommes arrivés dans ces cantonnements le 17, dans un village nommé Melheim, situé sur le Rhin. Notre état-major est resté dans ce village; notre compagnie a été détachée à une demi-lieue en arrière à un village nommé Lanesdorf, situé auprès de grosses montagnes; nous montions tout de même la garde sur le Rhin.

Quel froid nous avons enduré étant de garde dans ces endroits!

Des sentinelles sont mortes en faction; cependant on les relevait toutes les demi-heures. Le Rhin était tout en glace; pendant vingt-quatre heures, on était obligés de jeûner, car nos vivres étaient gelés, durs comme de la pierre. Je ne veux pas peindre les maux que nous avons soufferts dans ces différentes occasions; ils seraient faits pour attendrir un coeur de roche. Que l'on se souvienne de la rigueur des froids des différents hivers, de la rareté des vivres et du vêtement; cela suffira pour dire que nous avons été malheureux.

17 nivôse.--Sortis de ce cantonnement pour aller au village nommé Keising, à une demi-lieue de Bonn. Étant dans ce village, je suis allé voir la ville de Bonn; je dirai qu'elle est très belle: des rues larges et bien propres, des maisons d'une belle construction, très éclairées, de belles places bien grandes, un superbe château à l'entrée de la ville, situé au midi et appartenant à l'électeur. Le Rhin flotte contre ses murs: elle n'est fermée que par des petits remparts, très bien construits. Dans les environs de la ville, il y a de belles avenues de marronniers et de tilleuls, environnées de belles plaines.

Étant au village de Keising, nous avons fait l'anniversaire de la mort de Capet. Cela a eu lieu le 2 pluviôse, à dix heures du matin. Le bataillon étant rassemblé, on a fait trois décharges et les pièces d'artillerie en ont fait de même. Cela s'est fait dans l'armée de Sambre-et-Meuse, dans nos cantonnements sur le bord du Rhin.

Nous sommes partis de Keising le 5 pluviôse 1795 (vieux style). Journée odieuse et fatigante pour aller à Aix-la-Chapelle. Au moment où nous nous sommes mis en route, il tombait de la pluie; il y avait longtemps qu'il faisait de fortes gelées; ce jour-là il paraissait faire un dégel universel. Jamais Français et autres n'ont vu une pareille journée, elle a duré vingt-quatre heures. Toute la troupe était fatiguée. On enfonçait dans la terre jusqu'aux genoux, on faisait trois ou quatre pas, et il fallait s'arrêter pour reprendre haleine; aussi plusieurs soldats y ont perdu la vie, et même les chevaux, avec rien sur leur dos, avaient bien de la peine à s'en tirer. Ce n'était pas cependant dans des marais, c'était dans des champs de gravier; on aurait préféré marcher dans l'eau jusqu'aux reins, plutôt que dans de pareils chemins; mais il n'y avait pas de choix; il fallait que la route se fasse.

Nous avons été dans cette triste situation depuis le matin jusqu'au soir à la nuit. Étant arrivés à une petite ville nommée Bruhl, toute la demi-brigade n'y a pu loger. Il était nuit: il nous a fallu aller loger à une demi-lieue de Bruhl, dans un village. Pour faire cette demi-lieue, nous avons été deux heures; en arrivant, les billets de logement nous ont été distribués, mais on a eu bien de la peine à les trouver, par rapport à la nuit.

Le lendemain, la route était plus favorable, la gelée avait remplacé le dégel, la nuit avait raffermi la route, et le matin il tombait de la neige qui a duré jusqu'à midi. Nous sommes partis de nos logements à sept heures du matin vers Aix-la-Chapelle. Nous avons logé en y allant à Norwenig, à Duren, à Eschviller. À Aix-la-Chapelle, nous avons logé chez le bourgeois. Nous y sommes restés un mois pendant lequel les officiers et sous-officiers ont été plusieurs fois chez le général de division Poucet pour apprendre la théorie.

L'armée de Sambre et Meuse passait alors pour être si peu disciplinée, parmi les Français, que l'on croyait que les généraux n'osaient livrer aucun combat faute de discipline et de subordination. Le tout venait de la part des ennemis de la liberté, qui cherchaient à mettre le désordre parmi nos troupes, en faisant naître l'idée que le droit de la guerre était de piller tout pays conquis.

Mais le Français a su se comporter plus vaillamment, car c'est la discipline qui a fait tous nos succès, et qui a excité l'admiration de toute l'Europe. Voilà pourquoi les ennemis de la République voulaient nous entraîner au pillage; les perfides savaient bien qu'une armée sans discipline est une armée vaincue; ils savaient par eux-mêmes que des brigands ne sont jamais qu'une troupe de lâches. Nous avons démenti cette calomnie par notre conduite; l'amour de l'ordre et de la discipline, le respect pour les personnes et les propriétés, distingueront toujours l'armée de Sambre et Meuse.

Voici un discours du représentant du peuple Gillet aux habitants d'Aix-la-Chapelle, qui prouve la générosité des Français:

«Habitants d'Aix-la-Chapelle,

»Des actes de cruauté ont été commis dans votre ville envers des soldats français lors de la retraite de l'armée au mois de mars 1793: des soldats malades et blessés ont été jetés par les fenêtres dans la rue; d'autres ont été fusillés par des bourgeois qui se tenaient cachés dans leurs maisons. Nous n'userons point des droits que pourraient nous donner de justes représailles.

«Si les ennemis de la France se sont couverts de tous les crimes, le Français s'honorera toujours d'être généreux. Mais le sang de nos frères cruellement massacrés demande vengeance. Sans doute ces actes de barbarie ont été désavoués par la majorité des citoyens, et ne peuvent être l'ouvrage que d'un petit nombre. Nous demandons que les coupables nous soient livrés dans les vingt-quatre heures; vous nous devez cette justice, vous la devez à vous-mêmes sous peine d'être réputés complices des plus atroces forfaits.

Signé: «GILLET.»

Je dirai qu'Aix-la-Chapelle est très grand et bien peuplé: il y a beaucoup de manufactures en tout genre; on y trouve de bonne eau vulnéraire pour boire et prendre des bains; il y a de belles maisons très élevées, de belles rues larges et de belles grandes places. Elle n'est fermée que de plusieurs simples murs; c'est une ville très ancienne.

Nous sommes partis d'Aix-la-Chapelle le 11 ventôse pour aller cantonner aux environs d'Aix-la-Chapelle, au bourg nommé Eschviller; notre compagnie a été détachée à un village nommé Nolberg.

Je dirai que dans les campagnes de ces pays, ils sont assez à leur aise. Ils vivent bien avec de la choucroute, du bon lard; leur soupe est faite avec de l'orge mondé, de la viande de boeuf salé; ils mangent beaucoup de carottes, de navets; prennent le matin beaucoup de café avec du beurre frais et des confitures; leur boisson est de la bonne bière et du chenik. Leurs maisons sont très propres, lavées tous les samedis; leur batterie de cuisine est en fer noir et jaune, très bien éclaircie, et même leur crémaillère; pincettes et pelle à feu, tout est dans la plus grande propreté. Le sexe des deux sortes y est très affable; les hommes, leur costume n'est pas différent du nôtre; mais les femmes ont un déshabillé assez long; pour coiffure, des petits bonnets de velours ou autre couleur, bordés sur le devant avec une dentelle en or; leurs cheveux en plusieurs tresses qu'elles roulent derrière leur bonnet comme un escargot, et tenus avec une grande épingle en argent, large comme les deux doigts. Leur parler est l'allemand. Tout ce pays est très fertile pour toutes choses.

Nous sommes partis de Nolberg le 25 ventôse pour revenir sur les bords du Rhin; nous avons logé en y allant à Duren, à Norwenigbourg, à Bruhl-ville. De là, nous avons été prendre nos cantonnements sur le bord du Rhin, au village nommé Nieder-Weslingen. C'était le 27; dans cet endroit on nous a diminué les vivres; nous avions par jour une livre de pain et une once de riz; avec ces vivres nous étions une partie de la nuit sur pied et montions la garde d'un jour à l'autre. Voilà comme les soutiens de la patrie avaient toutes leurs aises.

16.--Arrivés à Coblentz où nous n'avons pas logé; notre logement a été à gauche de la ville, au village nommé Kesselheim, situé sur le bord du Rhin.

La ville de Coblentz est grande et très peuplée; il y a beaucoup de rues très larges, mais aussi il y en a où les voitures ne peuvent pas passer; il y a de belles places et principalement la place d'Armes, entourée de bornes de pierre avec de grosses chaînes de fer.

Deux rangs de tilleuls forment un berceau couvert tout autour de la place; elle est environnée de belles grosses maisons très hautes et d'une belle construction. Et même dans une partie de la ville, en sortant de la place d'Armes, on voit un boulingrin et une superbe maison toute neuve, que l'Electeur de cette ville a fait bâtir; elle nous servait d'hôpital du temps que nous étions dans ces contrées. Cette maison est sur le bord du Rhin, environnée de grands jardins nouvellement plantés. Il y a aussi de magnifiques promenades. Cette ville est du côté du nord, bornée par la Moselle qui tombe de là dans le Rhin, vis-à-vis du fort, et, au levant, le Rhin flotte contre ses murs. Cette ville avait de forts bastions et de gros cavaliers qui défendaient son approche, entre le Rhin et la Moselle; ces fortifications ont été démolies dans le temps que nous étions là, de sorte qu'elle n'est maintenant fermée que d'un simple mur, du côté du Rhin. Il y a un fort très haut qui peut brûler la ville; c'est un morceau qui ne peut être pris que par la famine. Les Français y sont entrés lorsqu'ils ont poussé l'armée autrichienne au delà du Rhin.

Nous avons construit des forts et des retranchements bien palissadés à une demi-lieue de la ville entre la Moselle et le Rhin, dans la plaine.

Le costume des deux sexes est le même que celui d'Aix-la-Chapelle.

10.--Partis de Rhense pour revenir à Capellen, sur le bord du Rhin, au pied de grosses montagnes.

18.--Partis de Capellen pour revenir camper sur une hauteur près de la ville de Coblentz, à droite du camp nommé le camp de la Chartreuse; il portait le nom du couvent qui était sur le bout de la montagne, près de la ville. Ce couvent était tout dévasté et servait à mettre les chevaux de l'artillerie. C'est dans ce camp que noua avons encore fait pénitence. La misère augmentait tous les jours pour les défenseurs de la patrie; nous avons été réduits à douze onces de pain par jour, et bien des fois on ne pouvait pas en avoir. Il fallait cependant faire son service, bivouaquer et monter la garde très souvent. Mais le printemps nous produisait des plantes pour un peu nous soutenir, qui étaient des feuilles de pois sortant à peine de terre, des coquelicots ou feu-d'enfer, du sarrasin, des pissenlits. Avec tous ces herbages, nous en faisions une farce que nous mangions en guise de pain; et lorsque le seigle est venu en grains, on allait lui couper la tête et on le faisait griller sur le feu. Les pommes à peine défleuries nous servaient aussi de nourriture.

Huit ou dix jours après on reparcourait les champs, les morceaux de pommes de terre qui avaient échappés à la première recherche commençaient à sortir de terre; on les enlevait avec beaucoup de contentement de se voir quelques petits morceaux de pommes de terre pour se sauver la vie.

Après une misère pareille et des maux si longs et si pénibles, quelques-uns diront: «les soldats ne sont que des voleurs. Voyez comme ils allaient dévaster les travaux des pauvres laboureurs!» Nous sentions bien la perte que nous causions, mais lequel pouvait-on préférer dans un pareil cas, de mourir? Non, mais je crois, de vivre et d'être utile!

Dans le courant de prairial, an III de la République française, les officiers, sous-officiers et soldats de la 127e demi-brigade de l'armée de Sambre-et-Meuse ont écrit à la Convention nationale, s'exprimant en ces termes:

«Que venons-nous d'apprendre? Quoi! les factieux s'agitent encore autour de la Représentation nationale; le reste impur des complices de la Terreur ose de nouveau provoquer au pillage, à l'assassinat, au mépris de l'humanité, à la violation des droits du peuple.

«Que veulent donc ces hommes téméraires? et quels sont leurs projet perfides, leurs avidités cruelles? Ils cherchent des prétextes. Mais ce n'est pas du pain qu'ils demandent, c'est du sang. Ils sont jaloux du repos du peuple, ils ont soif de son avenir heureux; leur rage scélérate veut ensevelir la liberté publique, sous les corps enlacés des victimes, et dominer sur ces débris.

«Législateurs, conservez l'attitude imposante que vous avez prise! rappelez-vous toujours ce qu'est le peuple et que le peuple ne veut pas être opprimé par une poignée de factieux; songez que les agitateurs qui osent vous menacer, ne sont pas citoyens de Paris, et que les citoyens de Paris ne sont eux-mêmes qu'une petite fraction de la République!

«Si l'audace des uns croissait avec leur criminel espoir, et si le courage des autres s'amollissait par la crainte; si les premiers oubliaient leur premier devoir et les derniers leur ancienne gloire; s'il fallait enfin que des colonnes s'ébranlassent des armées victorieuses pour aller défendre la Convention nationale; parlez, législateurs! Nous volons autour de vous, les factieux ne parviendront jusqu'à vous qu'en marchant sur nos cadavres.

Le 22 prairial, on nous a annoncé la prise de Luxembourg. Les 29 et 30 prairial, et le 1er messidor, nous avons vu passer la garnison du dit Luxembourg, au nombre de douze mille, qui ont passé le Rhin à Coblentz, après avoir passé devant nous.

Le 9 du mois de thermidor, nous avons reçu trois drapeaux tricolores où était le numéro de la demi-brigade. Avec les républicains qui composaient ce corps, nous avons juré dans ce moment de ne jamais abandonner ces drapeaux qu'à la mort, comme nous avions fait jusqu'alors des précédents.

On nous a fait dans ce même moment du feu avec les morceaux des anciens qui avaient été fracassés au blocus de Maubeuge et au siège de Maëstricht; ils ressemblent à des vieux guerriers qui étaient devenus bien caducs en acquérant de la gloire et en parcourant les champs de Bellone.

10 thermidor.--Partis du camp de la Chartreuse par une grande pluie qui a duré deux jours; les ordres étaient donnés pour nous rendre à Creutznach. Le 14, nous avons logé, en y allant, à Ventzenheim où nous avons eu séjour; le 15, à Kircheim-Bolanden. Dans cette ville, le prince de Weilburg a un superbe château de plaisance; il est environné de jardins où il y a des arbres de toute espèce, il y a un parc bien distribué: de belles cascades d'eau, des promenades bien agréables, et des pièces de gazon très bien garnies. La vue ne peut pas se contenter d'examiner toutes ces belles choses, qui semblent être faites par la nature.

16.--Logé à Pitzersheim. Avant d'arriver à ce village, on voit les tours de Mannheim: il est seulement à trois quarts de lieues de Neustadt.

19.--À Altenstadt, village à un quart de lieue de Wissembourg, où nous avons eu séjour.

22.--Partis à sept heures du matin pour nous rendre au fort Vauban, seulement le premier bataillon, les deux autres ont été camper dans la plaine de Beinheim. Nous avons relevé au fort un bataillon de la 92e demi-brigade, ci-devant d'Artois.

12 fructidor.--Sortis du fort; il est dans une île, et le Rhin passe tout autour. Les Prussiens avaient brûlé une partie du pont qui conduit à un petit fort qui est du côté de l'Alsace; il en porte le nom: ce pont traverse un bras du Rhin et conduit au grand fort: dans ce temps, pour y entrer, il n'y avait qu'un pont volant.

Sortant de cet endroit, nous avons été camper au camp près de Beinheim. Les gardes n'ont point été relevées en partant, à cause de la grande maladie; nous avons été relevés par un de nos bataillons.

14.--Nous sommes partis du camp pour nous rendre à Strasbourg. J'ai fait rencontre d'un vieux bourgeois qui m'arrête et me dit: «Mon ami, je ne peux m'empêcher de rire, vu le costume que la République vous donne, car vous ressemblez plutôt à un capucin qu'à un soldat.»

Nous avons été loger chez le bourgeois en arrivant. Le 15, nous sommes entrés dans la caserne de Finkmatt.

Partis de Strasbourg le 16; les gardes n'ont point été relevées en partant, car il n'y avait point de garnison.

16 et 17.--Nous avons logé à Plobsheim et à Rhinau, villages situés à un quart de lieue du Rhin, mais tout de même nos postes y étaient établis. C'est dans cet endroit que j'ai commencé à faire le service de sergent-major.

19.--Nous avons pris les armes pour recevoir notre nouvelle Constitution; on nous en a fait la lecture, et étant finie, tous ceux qui savaient signer ont été signer le procès-verbal, pour envoyer à la Convention, pour lui prouver le contentement que nous avions de l'ouvrage qu'ils venaient de nous achever. L'on est rentré de suite.

28.--Partis d'Offendorf pour Berg, village près de Lauterbourg, à une demi lieue.

2 brumaire.--Partis de Berg, pour Woerth, village sur le Rhin. Dans tous ces endroits, depuis la Wantzenau jusqu'à Mannheim, je reconnais que la guerre a bien causé de la misère dans tous les villages et bourgs; l'armée impériale et la nôtre n'ont cessé de se battre le long de ces bords. Les villages sont dévastés; une partie des habitants a émigré lorsque l'ennemi est venu dans les environs de Strasbourg.

3.--Partis de Woerth pour Spire, grande ville sur le bord du Rhin, dans le Palatinat. Cette ville n'est fermée que par de simples murs, mais cependant entourée de fossés remplis d'eau; c'est une ville très commerçante et environnée de grandes plaines. Notre logement dans cette ville était dans des maisons d'émigrés toutes dévastées; et, pour coucher, de la paille très courte. Nous sommes arrivés à dix heures du soir.

8.--Partis de Spire pour Otterstadt, toujours en descendant le Rhin.

12.--Partis de Otterstadt pour Waldsee, village anciennement fortifié; maintenant on y voit encore les anciens fossés, une partie du mur et le cintre des portes.

13.--Partis de Waldsee pour Muhlrhein, à une demi lieue sur la droite de Mannheim. Je suis allé voir cette ville; elle est peuplée, mais elle n'a pas beaucoup d'étendue; il y a de belles rues larges et très propres, et bien alignées; les maisons de toute beauté, hautes, mais pas plus l'une que l'autre; de chaque croisée on voit le rempart à chaque bout des rues, il n'y a point de carrefour.

24.--Partis de Waldsee pour venir au camp près de Spire.

Partis de ce camp le 29. Comme nous étions dans un circuit du Rhin, l'armée autrichienne s'avançait à grands pas; nous nous serions trouvés bloqués. Ils ne cherchent pas à nous faire abandonner le Rhin, et leur colonne se glisse le long des montagnes des Vosges.

9 frimaire.--Partis de ce camp pour entrer en cantonnement à Belheim, grand village situé sur les lignes de Guermersheim.

16.--Partis pour aller cantonner au village de Hoerdt, mais nous bordions toujours les lignes qui aboutissaient au Rhin.

20 nivôse.--Partis de ce village pour faire un mouvement vers Strasbourg. Le même jour nous avons été loger à Auenheim, village en arrière du Rhin.

Partis de Auenheim par une grande pluie, avec un dégel qui nous faisait une bien mauvaise route. Le 22, à sept heures du matin; nous avons logé à Hagenbach, bourg, nous y avons eu séjour.

24.--Partis pour Neubourg; grand village sur le Rhin, environné de marais.

28.--Partis pour Berg, à une demi-lieue de Lauterbourg, là où nous avions logé en allant à Mannheim. Étant dans ce village, il est venu un arrêté du Directoire exécutif pour que toutes les troupes de la République prennent les armes le 2 pluviôse, et renouvellent le serment d'être fidèles à la nation française et de même pour célébrer l'anniversaire de notre dernier roi de France. C'est ce que nous avons exécuté le 2 pluviôse 1796. J'ai cessé le service de sergent-major.

17 pluviôse.--Partis de Berg pour Niderroedern où nous sommes arrivés le même jour.

20.--Partis pour Sonffeldheim.

21.--Partis pour Beschwiller, bourg à cinq lieues à gauche de Strasbourg.

22.--Partis pour Reichstett, village sur la route, à une demi-lieue de Strasbourg.

29.--Nous nous sommes mis en route pour nous rendre à la Wantzenau à deux lieues à gauche de Strasbourg.

30.--Partis pour nous rendre à la plaine près de Kirchheim, en arrière du Rhin et à trois lieues de Strasbourg. C'était le lieu de rassemblement où la 127e et la 91e se sont réunies pour former des deux une seule demi-brigade.

Voici la manière dont cet embrigadement s'est fait. L'on a formé deux haies; on a fait ouvrir les rangs dans chacune d'icelle; le général de division en a passé la revue. De suite on a fait serrer les rangs; le quartier-maître a appelé tous les capitaines, lieutenants, sous-lieutenants au centre des deux demi-brigades pour tirer parmi eux les plus anciens de grade et les placer dans leur camp respectif. Il en a été de même des sous-officiers et caporaux; et tous ceux qui se sont trouvés surnuméraires, on en a formé une compagnie auxiliaire. Ensuite on a fait rompre par pelotons les deux demi-brigades; la 127e s'est jointe avec la 91e en commençant par les premières compagnies, et insensiblement de suite. Après ce mélange, on a fait former le carré pour nous faire connaître nos chefs. Après que toute la cérémonie a été faite, nous avons défilé devant les généraux, dans la boue jusqu'à mi-jambe, car il tombait du brouillard qui ressemblait bien à de la pluie et qui faisait dégeler les terres.

Dans ce jour, la 127e a perdu son numéro et a été mariée avec la 91e dont elle a pris le nom. J'ai vu que lorsqu'on faisait des mariages, que rien ne manquait pour célébrer cette heureuse fête; mais parmi nous il n'en était pas de même, car ce jour-là nous n'avions pas de pain. Cela ne nous surprenait pas, car ce n'était pas la première fois.

Chacun a été reprendre ses cantonnements; la 5e, dernière compagnie au 1er bataillon, à la Wantzenau; et la 1re à Kilstett. Ce jour-là, j'ai changé de compagnie; j'ai été dans la 5e du 1er (capitaine Mondragon).

2 ventôse.--Sortis de la Wantzenau pour rejoindre la tête de notre bataillon au village de Kilstett le 3, pour appuyer à gauche en descendant le Rhin; notre premier bataillon tenait depuis la Wantzenau jusqu'à l'Ill le long du Rhin. Cette étendue était de six lieues; notre compagnie était au village d'Offendorf et faisait le service sur le Rhin.

17.--Partis d'Offendorf pour Weyersheim, où tout le bataillon venait cantonner pour un mois; après, on retournait faire quinze jours dans ces mêmes cantonnements sur le Rhin, et on revenait faire un mois sur les derrières. Ça se faisait à tour de bataillon.

21 germinal--Sortis de Weyersheim pour reprendre nos cantonnements sur le Rhin; nous avons été de même à Offendorf.--26. Partis d'Offendorf pour aller à l'armée du Haut-Rhin, nous avons logé en y allant à Hoenheim, à une petite lieue à gauche de Strasbourg. Le lendemain 29, le matin, nous avons passé à Strasbourg et nous avons logé à Erstein, ville; le 30 germinal, à Kuenheim; le 1er floréal, à Andolshein, village à deux lieues à gauche de Brisach et à une lieue de Colmar, à droite; nous y avons eu séjour.

3.--À Herrlisheim, située à une lieue et demie de Colmar.

4.--À deux heures du matin, partis pour Ensisheim.

5.--À une heure du matin, partis pour Huningue. Nous ne sommes pas entrés dans la ville; nous avons reçu des ordres pour cantonner dans les villages aux environs. Nous avons pris la traverse, et nous avons été cantonner au village nommé Attenschwiller sur une petite colline à une lieue de Bâle, du même côté et à deux lieues de Huningue. Étant dans ce village, nous occupions les postes de sauvegarde du canton de Bâle. Personne ne passait à ces postes sans être muni d'une permission signée du général en chef. Si cela ne s'était pas fait de la sorte, on aurait enlevé une partie des vivres et des marchandises de la France.

Les frontières de la Suisse étaient bornées avec de grands poteaux de bois, à distance d'un tiers de quart de lieue; il était inscrit sur une plaque de fer blanc: Sauvegarde de Basel.--Cette épitaphe était incrustée en haut de la potence.

Ce jour-là, la République nous a passé le pain, la viande, l'eau-de-vie double.--Voilà quel était l'ordre du général en chef.

13 prairial--Partis d'Attenschwiller pour Hagenheim, dans une petite colline, et à une demi-lieue d'Attenschwiller et même distance d'Huningue; ce village est en grande partie habité par des juifs.

17.--Partis d'Hagenheim à cinq heures du matin pour entrer en garnison à Huningue. Elle n'est pas beaucoup étendue, mais forte par ses bastions garnis de gros canons qui défendent d'approcher; les rues y sont larges et bien éclairées; il y a beaucoup de casernes pour loger les soldats; les maisons bourgeoises ne sont pas beaucoup hautes, mais elles ne se dépassent pas; le Rhin flotte contre ses bastions et donne de l'eau dans les fossés. Il y a une belle place qui a bien cent soixante-dix pieds au carré, elle est environnée de pavillons qui servent à loger les officiers de la garnison. Cette ville est à une demi-lieue de Bâle; à chaque porte il y a trois forts pont-levis et de bonnes barrières. Le temps que nous étions dans la ville, nous n'avions que des paillasses et des bois de lit pour toute fourniture, mais, en récompense, les puces ne manquaient pas.

8 messidor.--Sortis à huit heures du soir pour nous rendre à Ottmarsheim; où nous sommes arrivés à trois heures du matin; le village est à une portée de fusil du Rhin, et sur la route d'Huningue à Brisach.

9 messidor.--Tous les cantonnements qui étaient pour garder le Rhin depuis Huningue jusqu'aux lignes de Guermersheim, ont reçu l'ordre de prendre les armes à dix heures du soir. C'est la nuit du 5 au 6 messidor qu'on avait choisie pour se faire un passage sur le Rhin. Voilà la ruse que l'on a employée pour ce fait: Vers minuit, il y a eu plusieurs compagnies de grenadiers en des barques, qui ont traversé le Rhin, où ils ont égorgé plusieurs postes ennemis. L'attaque a été générale dans toute l'étendue de la ligne du Rhin, car la canonnade s'est fait entendre, de même que la fusillade, depuis les deux heures du matin jusqu'à quatre heures. On criait: En avant telle et telle colonne! allons! embarquons-nous! Le passage est à nous! On faisait reconnaître différents régiments de cavalerie et d'artillerie pour faire voir que nous étions bien du monde.

Le passage s'est effectué sans avoir essuyé la moindre perte; on les a si bien surpris et trompés par nos manoeuvres, que l'on a pris le commandant du fort de Kehl avec sa garnison prisonniers de guerre.

17 messidor--Sortis de Ottmarsheim, à quatre heures du matin, pour nous rendre à Balgau, village à deux lieues de Brisach, à droite. La nuit du 18 au 19, tous les cantonnements ont pris les armes pour faire la même attaque que celle du 5 au 6.

19.--Sortis de Balgau, à huit heures du matin, pour nous rendre à Neuf-Brisach, ville forte où il y a une belle place entourée de quatre entrées, fermées chacune de quatre ponts levis; les barrières, les maisons et les casernes ne dépassent pas le premier rempart. Il y a une belle place entourée de quatre rangs de peupliers qui sont coupés de manière à ce qu'ils ne fassent point découvrir la place en dehors; à chaque coin de cette place, il y a un puits, et tout au milieu de la place, on voit les quatre portes; les rues sont bien alignées ainsi que les maisons. Sous tous les remparts sont des casemates, et sur ces casemates est une belle promenade qui fait le tour de la ville. Ces remparts sont garnis de forts canons; l'eau vient dans les fossés par un canal qui vient de la rivière.

21.--Sortis de Brisach pour aller à Marckolsheim, bourg à quatre lieues de là, sur la même route.

25.--Partis de Marckolsheim à dix heures du matin pour nous rendre dans les environs de Neuf-Brisach pour y faire une fausse attaque. C'était la nuit du 25 au 26, à côté du Vieux-Brisach, dans une île du Rhin; une centaine d'hommes se sont embarqués pour passer le Rhin, ils ont fait fuir plusieurs postes ennemis; ils en ont surpris un près d'une batterie, ils l'ont égorgé. En un autre, ils ont pris un canonnier, deux charretiers et trois chevaux. Sur la pointe du jour, le canon s'est fait entendre de droite et de gauche sur la rive du Rhin. Vers les quatre heures du matin, l'ennemi nous a riposté plusieurs coups de canon. Vers les sept heures du matin, les hommes embarqués sont rentrés et nous avons cessé l'attaque: elle était faite pour établir un pont à Rhinau.--Nous sommes retournés dans nos cantonnements qui étaient depuis Brisach jusqu'à Rhinau, où deux de nos bataillons ont passé le Rhin.

28.--Nous avons quitté ces cantonnements à dix heures du soir pour nous rendre à Brisach, où nous sommes arrivés à dix heures du matin. Nous nous sommes transportés vis-à-vis le Vieux-Brisach pour y passer le Rhin; nous l'avons passé sur un pont volant vers les trois heures de l'après-midi du 29 messidor. Nous avons logé dans de grosses baraques que les Autrichiens avaient fait construire du temps que les Français assiégeaient la ville du Vieux-Brisach.

Ces logements étaient couverts en terre et derrière le Vieux-Brisach, hors de portée du canon.

30.--Nous avons repassé le Rhin à dix heures du matin pour aller le passer à Huningue; nous avons logé en y allant à Ottmarsheim.

1er thermidor.--Partis à quatre heures du matin, nous sommes arrivés à Huningue, et nous avons passé le Rhin vers les dix heures du matin. Nous avons été au premier village où le vin nous a été distribué. De là, nous avons été loger à Lorrach, bourg dans le Marquisat. Je dirai que nous avons passé le Rhin sur un pont volant, et après cela nous avons été obligés de passer un bras du Rhin avec des petites barques, ce qui nous a tenus bien du temps.

3.--Partis de Lorrach à deux heures du matin pour aller à Schopfheim, petite ville entre deux montagnes garnies de beaux bois; la colline est garnie de beaux prés bien entretenus et tout de niveau où ils mettent l'eau quand ils jugent à propos. Cet endroit a beaucoup d'usines, tant en forges, manufactures de fils de fer, papeteries, etc. Je remarquerai aussi que les Autrichiens avaient quitté les bords du Rhin le 27 messidor, parce que la colonne qui avait passé à Strasbourg les prenait par derrière les montagnes du Brisgau pour leur couper leur retraite.

9.--Partis de Schopfheim, à deux heures du matin, pour aller à Sackingen. Nous avons repassé le Rhin à Laufenburg. Dans cet endroit, le Rhin fait un grand saut au bas du pont; il passe entre deux rochers, il est extrêmement rapide. Les ponts sous lesquels on passe sont tous couverts et bien construits. Sackingen et Laufenburg sont deux petites villes près des frontières suisses et situées à sept lieues de Schopfheim.

10.--Partis de Sackingen à deux heures du matin pour Eibrechsferengel? Nous en sortions le onze à deux heures du matin pour nous rendre à Fiezen, village situé à huit lieues.

12.--Partis de Fiezen à trois heures du soir pour nous rendre à Singen, où nous sommes arrivés le treize à quatre heures du soir.

14.--Partis de Singen à dix heures du matin pour Esplingen, village sur le lac de Constance.

15.--Partis le 15 à quatre heures du matin pour nous rendre auprès de l'abbaye de Salmonswiler, située de même sur le lac, dans la Souabe.

C'est là que nous avons aperçu l'arrière-garde d'une colonne ennemie. On a détaché des tirailleurs de droite et de gauche pour fouiller les environs de notre route; après avoir tiré plusieurs coups de fusil, ils ont continué leur retraite. C'est dans l'abbaye, ou pour mieux dire dans la plaine au-dessus, que nous avons commencé à camper. Je dirai que tous les villages dont j'ai parlé ci-devant et où nous avons logé, sont situés sur les frontières de la Suisse, en venant sur le lac de Constance.

Je remarquerai que nous avons passé au pied du fort de Randenburg, situé sur une montagne en pain de sucre, qui n'est commandé d'aucun côté, qui se rendit sans résistance; on y trouva un arsenal bien garni, quarante-trois bouches à feu en bronze, et quantité de munitions.

Je dirai que nous étions sous le commandement du général Palliard. Notre colonne a pris à gauche du lac de Constance; nous sommes sortis du camp près l'abbaye de Salmonsweiler le 16, à huit heures du matin par une grande pluie qui avait commencé à trois heures du matin, pour aller à la poursuite de l'ennemi. Nous avons été camper près du village nommé Eriskirch, sur le bout du lac, dans un bois où notre artillerie a été obligée de tirer quelques coups de canon. Dans ses environs, il s'est trouvé plusieurs obstacles: des fossés, des petits marais et des bois; mais l'ennemi a été forcé de prendre sa retraite. Nous sommes partis du camp le 19 à quatre heures du matin pour aller à la poursuite des ennemis vers la ville de Lindau, faisant partie du cercle de Souabe. Arrivés dans cette position, comme nous avions suivi les côtes de la Suisse avec un bataillon de la 38e demi-brigade et un détachement de hussards du 8e, nous avons quitté cette colonne le 20 thermidor pour aller rejoindre nos deux autres bataillons de la 3e demi-brigade de ligne. Nous avons logé en y allant à Waldsee, ville où nous sommes arrivés à la nuit; nous avons été loger dans un couvent où nos prisonniers de guerre étaient détenus avant que nous passions le Rhin; mais ils avaient été évacués à notre approche.

21.--Partis du Waldsee à quatre heures du matin, nous avons été bivouaquer à une lieue en avant de la ville, et à une lieue de Wartzack, où nous avons retrouvé les deux bataillons qui avaient passé le Rhin à Rhinau.

22.--Partis de ce bivouac à quatre heures du matin pour aller à la poursuite de l'ennemi qui était la légion de Condé, nous avons campé ce même jour dans un bois faisant partie de la forêt Noire, près d'un village nommé Itett(?) qui fait partie du cercle de Souabe.

23.--Partis du camp à trois heures du matin pour aller camper une lieue en avant. À notre approche, l'ennemi a pris sa retraite.

25.--Sortis du camp à quatre heures du matin, nous avons passé à Memmingen, ville grande et belle, entourée de petits bastions et de grands jardins tous remplis de houblon; elle est au duc de Wurtemberg. Ce même jour, nous avons été camper en avant d'un village où les émigrés sont venus nous attaquer à cinq heures du matin, le 26, mais ils ont été repoussés avec vigueur et on leur a fait quelques prisonniers. J'ai remarqué dans cette contrée la grande mortalité des bêtes à cornes; c'était la peste qui était dans ce pays, car on ne pouvait en sauver aucune.

Le même jour, vers les six heures du soir, nous avons fait un mouvement pour appuyer à gauche, pour donner du renfort à la troisième ligne qui avait été attaquée pendant la nuit par les chevaliers de la légion de Condé, où ces derniers ont perdu bien du monde car dans le mouvement que nous avons fait, nous en avons vu dans des places plus d'un cent, et beaucoup qui étaient répandus dans les bois, et beaucoup qui étaient enterrés que nous ne voyions pas. Ceux qui étaient hors de terre étaient des hommes qui avaient en partie des cheveux gris.

Leur attaque a été singulièrement combinée, ils sont venus croyant surprendre nos gens; lorsqu'ils ont été à une portée de fusil d'eux, ils ont fait le demi-tour, et faisaient les feux de peloton en retraite, et leurs canons envoyaient des obus en l'air. Étant assez près de nos troupes pour être reconnus, aussitôt nos troupes ont fait un feu de file sur ces messieurs. Comme cette petite avant-garde ne se voyait pas assez forte, elle a battu en retraite pour un moment; mais aussitôt ils ont eu du renfort de la 74e qui était campée derrière eux, et ils les ont repoussés avec toute la chaleur républicaine. Comme je l'ai dit, plusieurs cents ont mordu la poussière. Cette bataille s'est donnée, la nuit du 25, dans le bois près le village d'Obergein. Nous y avons campé le 26 au soir, nous avons eu la pluie pendant deux jours.

29.--Partis de ce camp à quatre heures du matin pour aller en avant, nous avons été camper sur la hauteur, près du village de Meltheim, près d'une petite rivière et derrière une grosse ferme où était logé le général.

2 fructidor.--Sortis de ce camp à huit heures du soir pour aller à la poursuite des émigrés, nous avons pris la route à gauche de Meltheim et nous avons campé dans la plaine.

4.--Partis à onze heures du matin, nous avons été camper près d'une abbaye, dans la Bavière.

Partis le 5, à deux heures de l'après midi pour nous rendre au camp à trois lieues de la ville d'Augsbourg, ville capitale des cercles de Souabe. Nous ne suivions pas de route directe, c'était en partie tous chemins de traverse; il y a un peu de temps que nous n'avons vu notre ennemi. Nous sommes obligés de marcher à grandes journées, encore ne peut-on pas le rattraper. Nous sommes campés sur le bord d'une rivière et dans un bois dont je ne connais pas les noms, mais je mettrai un nom à ce camp, et la troupe qui a campé dans ce camp ne pourra pas me démentir; je le nomme le camp de la fourmilière, car vraiment il n'y avait pas une place où la terre n'en soit couverte, et tous les arbres en étaient garnis; on pourrait encore l'appeler le camp de la pénitence.

7.--Sortis de ce camp à six heures du matin, sans regret, pour aller passer la rivière où nous avons trouvé l'armée autrichienne; sur l'autre rive, ils avaient coupé tous les ponts et nous attendaient sur la hauteur. Quoique les ponts fussent coupés, cela n'a point arrêté notre marche; nous l'avons franchie avec tout le courage possible. Comme elle était rapide et que quelques républicains ont voulu la traverser, il y en eut quelques-uns de noyés. La profondeur à l'endroit où nous passions était de trois pieds quelques pouces; nous avons mis un quart d'heure pour passer ces obstacles. C'était sur la droite d'Augsbourg, entre dix et onze heures du matin.

Après ce défilé, et étant de l'autre côté, on s'est formé en colonne et on a marché sur l'ennemi qui s'est vu forcé d'abandonner ses fortes positions.

Notre division a fait ce jour-là huit cents prisonniers et pris seize pièces de canon. Au moment où ils ont pris la fuite, on les a poursuivis à quatre lieues de la ville d'Augsbourg. Notre avant-garde a gardé sa position, et l'armée est revenue camper à deux lieues en avant d'Augsbourg, et à une lieue de Fridberg.

Partis de ce camp à neuf heures du matin pour appuyer à droite et suivre la marche de l'ennemi, ce jour-là nous avons campé près d'un village, dans les environs d'un superbe château appartenant à un colonel de cavalerie autrichienne. Ce château est remarquable pour la troupe qui était campée dans les environs; on y a trouvé quantité de bière, d'eau-de-vie et toutes sortes d'effets; toute la maison était partie à l'approche de l'armée française, et on s'est emparé de tout ce qu'il y avait dans la dite maison.

10.--Partis de ce camp à dix heures du matin pour aller camper à une demi-lieue. C'est dans ce camp qu'on nous a annoncé la trêve avec le duc de Bavière.

13.--Partis à cinq heures du matin pour nous rendre au camp, près de Dachau.

17.--Partis à six heures du matin pour aller camper dans la plaine de Munich. Je dirai qu'on avait laissé une certaine quantité de soldats avec un officier dans notre camp de Dachau, pour allumer des feux comme s'il y avait eu de la troupe. Ce camp était aperçu depuis les hauteurs en avant de Munich, c'était pour faire voir à l'ennemi que nous étions en forces.

Nous étions campés dans la plaine de Munich près les parcs du duc de Bavière. Je peux dire que ces parcs étaient superbes et grands, entourés de planches très hautes et renfermant toutes sortes de bêtes sauvages et d'oiseaux. C'était si bien construit que c'était vraiment amusant; mais la guerre détruit tout; on a enlevé les planches pour se construire des abris dans le camp: de suite on s'est mis à donner la chasse aux bêtes, comme lapins, lièvres, chevreuils, biches, cerfs; les oiseaux ne s'en sont pas échappés; tout cela se prenait à la main, avec des bâtons.

Je dirai que dans les environs, à droite et à gauche de la ville de Munich, le duc de Bavière a de superbes châteaux très vastes et bien construits; il a aussi de superbes parcs fermés de murs, où il a toutes sortes d'animaux que l'on puisse imaginer; il y a aussi de beaux jets d'eau et de superbes avenues, promenades, etc. Plusieurs qui les ont vus comme moi ont dit qu'il n'y avait que le château de Versailles qui pouvait le surpasser; tout cela était fait pour enchanter.

21.--Sortis de ce camp à onze heures du matin pour nous rendre sous les murs de Munich, là où notre avant-garde s'était battue la nuit sur l'Isar. Alors, les émigrés voulaient passer devant Munich; mais ils n'ont rien gagné. Ce même jour, nous avons campé près le faubourg de cette ville. Les faubourgs y sont grands et il y a de belles maisons; les rues larges. La ville de Munich n'est pas extrêmement étendue, mais bien peuplée, les maisons fort hautes, les rues larges et bien éclairées; dans le milieu de la place, il y a un beau jet d'eau. Elle est fermée par des bastions environnés de fossés, mais elle n'est point dans le cas de soutenir un siège; c'est la capitale de la Bavière.

Dans la bataille de la nuit du 20 au 21 que nos troupes ont eue avec les émigrés, on a brûlé des tanneries, qui étaient sur le bord de la rivière, et plusieurs gros magasins de bois. Lorsque les émigrés ont vu que ça ne pouvait servir à rien, ils ont cessé le feu. Je dirai qu'ils avaient une maison sur la route du pont, qui a été aussi brûlée.

Le duc de Bavière avait dans la ville, pour garnison, dans ce temps, douze mille hommes, tant cavalerie qu'infanterie.

Les soldats français pouvaient entrer dans la ville avec une permission par écrit du colonel. La rivière qui passe près de la ville de Munich porte le nom de l'Isar.

La gauche de notre division avait déjà passé l'Isar à cinq ou six lieues de Munich, sur la droite; lorsqu'on apprit la retraite du général Jourdan qui commandait l'armée de Sambre-et-Meuse. Nos troupes ont été obligées de repasser la rivière et de se disposer à la retraite.

26 fructidor.--À une heure du matin, nous avons commencé notre retraite, sans cependant y être forcés par l'ennemi de notre côté. Nous avons pris la route de Munich à Dachau, bourg situé à six lieues; nous sommes restés environ quatre heures sous ses murs pour nous reposer et attendre la gauche de notre division qui est arrivée une heure après. Je dirai que notre retraite a commencé par un temps de pluie. Nous nous sommes donc mis en marche, toute la division, et nous sommes venus camper à neuf lieues de Munich, dans la position du 7 fructidor.

28.--Sortis de cette position à sept heures du matin pour exécuter plusieurs mouvements, sur la droite d'Augsbourg et de la rivière. À huit heures du soir du même jour, nous sommes revenus prendre une position à une lieue de Fridberg, en avant. Nous étions en ce moment d'arrière-garde, et même nous nous sommes vus bloqués de toute part; il fallait nous battre de tous les côtés et plus particulièrement derrière nous qu'en avant; nous aurions eu plus de facilité de retourner à Munich que du côté de la France. Et quels étaient ceux qui nous bloquaient? C'était une partie des paysans qui servaient à prendre nos parcs, les convois de malades et de pauvres blessés; ils prenaient ce qu'ils pouvaient avoir et de suite les mettaient à mort. Ils nous coupaient les routes dans lesquelles nous devions passer, par de grands fossés et des abattis d'arbres qu'ils croisaient dans la route, pendant que les Autrichiens et la légion de Condé nous faisaient user le reste de nos munitions afin d'avoir plus de facilité de nous prendre. Ils se croyaient les plus forts, mais ils s'étaient bien trompés, car si ce n'est qu'on a voulu en sortir avec tous les vivres et convois, composés de quantité de voitures chargées de toutes sortes, l'armée impériale ne nous aurait pas arrêtés un seul jour. Ils avaient de même envoyé des proclamations dans tous les pays que nous avions conquis, où ils disaient aux paysans que l'armée française était presque toute en leur pouvoir; qu'ils en avaient pris une grande partie entre Augsbourg et Munich; qu'il n'y avait plus que trois mille hommes qui s'étaient échappés, et qu'ils ne savaient pas où battre en retraite; voilà pourquoi les paysans s'étaient empressés de s'armer contre nous.

Étant dans cette position, nous avons fait encore plusieurs mouvements, allant du côté de Munich, mais nous n'avons rencontré aucune troupe.

3.--Partis en retraite sur Fridberg; où nous avons passé la rivière nommée le Negel; le même jour les ponts étaient rétablis. Nous ne sommes pas passés dans la ville d'Augsbourg, nous en avons fait le tour; elle a des remparts très hauts.

Le même jour, nous sommes venus camper à deux lieues de ce côté-ci, sur la route de Gunzbourg.

4.--Sortis à deux heures du matin pour venir sur les hauteurs de Gunzbourg où nous avons campé dans les terres labourées.

5.--Partis à huit heures du matin, nous avons passé dans la ville de Gunzbourg; nous avons été prendre une position à trois lieues de là, bordant le Danube.

Notre position était à la droite de la ville, qui n'a que de petites fortifications et n'est pas capable de soutenir un siège. Nous sommes partis de notre position le 3, à onze heures et demie du soir, pour continuer notre retraite sur Fribourg en Brisgau. Nous avons campé à une demi-lieue d'Ulm; nous avons pris la traverse pour favoriser l'évacuation de nos parcs.

4.--Nous sommes arrivés près d'un passage du Danube, à huit heures du soir, où l'ennemi voulait forcer notre ligne et nous couper notre retraite. Depuis le matin jusqu'à neuf heures du soir, la fusillade et le canon n'ont cessé de jouer, de sorte qu'ils n'ont pas pu passer. Nous avons campé ce jour-là dans un bois, à sept lieues d'Ulm. Étant dans cette position, nous avons fait plusieurs mouvements tant de jour que de nuit pour en imposer à nos ennemis.

6.--Sortis de ce camp à une heure de l'après-midi, nous sommes venus camper auprès d'une grosse abbaye qui est à cinq lieues de Waldsee, en avant.

7.--Partis à une heure du matin, nous sommes allés camper à deux lieues de Waldsee, sur la gauche.

8.--Sortis de ce camp à une heure du matin pour nous rendre sur des hauteurs à gauche de Ahldorf; ce village est situé près des grands marais et vis-à-vis d'un parc. C'est dans ces environs que notre colonne s'est réunie, de manière que lorsque la colonne se mettait en marche, elle était divisée sur plusieurs points, pour deux ou trois jours; et après il y avait un point de ralliement. Je dirai que dans ce village de Ahldorf le feu a pris à une grosse maison pendant la nuit.

Notes in this chapter

Note 1 · Sortant de cette maison, je savais déjà où était ma place: j'avais été prévenu d'avance par le maître et la maîtresse. Ces aimables gens étaNote 2 · Nous voilà donc à la ville où tous les villages du canton étaient rassemblés. En premier lieu, il ne se trouvait guère de volontaires; il étNote 3 · Avant de passer plus loin, je dirai que j'ai fait à Metz une maladie qui m'a porté à deux doigts de la mort. J'attribuais la cause de cette Note 4 · 12 septembre.--À cinq heures du matin, nous sommes arrivés derrière Landrecies. La tête de colonne a commencé l'attaque derrière la ville, sNote 5 · 29 septembre.--Nous étions à bivouaquer comme de coutume, lorsqu'un déserteur autrichien est venu au camp de Saint-Remi-malbâti; il a dit quNote 6 · Heureuse époque du 18 octobre! C'est à une colonne de quatre-vingt mille hommes 9, commandée en chef par le général Jourdan, que nous devonsNote 7 · Je rapporterai ici ce que nous disaient les soldats autrichiens: «Eh! petits carmagnoles 10, vous ne sortirez pas d'ici que vous ne soyez enNote 8 · Nous avons repris notre position dans le village. Nous y avons trouvé de leurs chasseurs à pied qui avaient passé la Sambre pour piller; nouNote 9 · Nous leur avons pris quatre pièces de canon et leurs caissons, plusieurs prisonniers et beaucoup de tués. Nous les avons poursuivi, baïonnetNote 10 · Nous sommes restés quelques jours dans cette position 14.Note 11 · 19.--Nous sommes partis pour Hantes, où nous arrivons à onze heures du soir, bien fatigués de marche continuelles 15.Note 12 · Nuit passée sous les armes à la gauche du camp de Trazegnies.--Partis de ce camp à trois heures du matin pour aller nous réunir à l'armée deNote 13 · 8.--Nous sommes sortis de notre chemin couvert pour nous opposer au défilé des colonnes autrichiennes pour nous cerner. Ce jour-là ils avaieNote 14 · À la colonne de gauche et à celle de droite, qui était l'armée de la Moselle, le canon n'a cessé de ronfler toute la journée. Le combat a étNote 15 · 15.--Nous sommes partis pour attaquer l'ennemi en retraite vers Mons. À huit heures du matin, les tirailleurs se sont avancés au pas de charNote 16 · 24.--Le reste de la colonne a passé. De suite, on a fait entrer les troupes dans les casernes, mais la moitié restait toujours sous les armeNote 17 · Ier fructidor.--C'est dans ce camp que nous avons été amalgamés avec le régiment de Beauce et un bataillon du Haut-Rhin 21. Les officiers etNote 18 · Notre colonne de droite avait passé la rivière avant nous. Nous avons été plusieurs jours pour arriver au Rhin, mais aucun Autrichien ne s'eNote 19 · Notre ennemi est de l'autre côté du Rhin, tranquille, et nous, mous allons retourner sur nos pas pour aller faire le siège de Maëstricht 23.Note 20 · Les ouvrages allaient être achevés; on a commencé à bombarder la ville le 12 brumaire; cela a duré trois jours. Le 14, la ville de MaëstrichNote 21 · Le 10 ventôse, nous avons célébré la fête de la prise de la Hollande 25, et, ce même jour-là, les nobles et ceux qui avaient des titres de nNote 22 · 7 germinal.--Sortis de Nieder-Weslingen. Ce jour-là, nous avons appris le traité avec le roi de Prusse 26. Notre marche était dirigée sur CoNote 23 · 17.--Entrés dans la ville de Coblentz à huit heures du matin. Nous avons été logés dans des maisons d'émigrés toutes dévastées, et à peine aNote 24 · 5 floréal.--Partis de Coblentz à deux heures du matin pour nous rendre à Rhense, ville située sur le Rhin, sur le versant d'une petite colliNote 25 · C'était vraiment une grande misère, on voyait plusieurs soldats cachés derrière des haies, attendant que le laboureur qui plantait des pommeNote 26 · Le matin on battait la breloque pour le pain, la viande, mais on revenait souvent sans viande 31. Le soir, à l'entrée de la nuit, pas tous lNote 27 · «Une république fondée sur les moeurs et sur la justice est impérissable comme la nature 32.»Note 28 · 17.--À Neustadt; 18, à Nuzdorff, premier village de France, venant de Coblentz et frontière du Palatin 33. Ce village est très grand et situNote 29 · 21.--À Beinheim, village situé sur la route de Lauterbourg 34 à Strasbourg.Note 30 · Cette place se nommait, avant la Révolution, le Fort-Louis; elle ne pouvait être prise que par famine, mais elle a été livrée aux Prussiens Note 31 · Étant dans cette place, nous avons fait la réjouissance de l'anniversaire de la Fédération. Le 23 thermidor 36, chaque pièce de canon a tiréNote 32 · Je lui dis que l'habit ne faisait pas le moine et qu'il pouvait continuer sa promenade; qu'il ne serait plus si étonné, car il en verrait beNote 33 · 4 complémentaire 38.--Partis de Rhinau pour la Wantzenau, grand village situé sur la route de Strasbourg à Lauterbourg.Note 34 · 1 vendémiaire an IV 39.--Partis de la Wantzenau pour nous rendre à Offendorf, à un quart de lieue du Rhin, sur la gauche de Strasbourg.Note 35 · Les rues et places sont très bien illuminées: de chaque côté des rues, à distance de trente pas, il y a un réverbère: la place est grande, eNote 36 · 19.--Partis de Mannheim pour retourner sur nos pas 41, nous sommes venus au village de Waldsee où nous étions le 12. Étant dans ce village, Note 37 · Nous sommes donc sortis du camp à deux heures du matin pour nous rendre aux lignes de Guermersheim où nous sommes restés campés jusqu'au 9 fNote 38 · Dans le courant du mois de floréal, nous avons appris la paix avec le roi de Sardaigne. Nous avons aussi célébré la fête, le 10 prairial, deNote 39 · L'endroit destiné pour le passage était au fort de Kehl, près de Strasbourg, où cette attaque n'avait pas lieu, et l'ennemi ne savait pas oùNote 40 · La colonne du général Férino 46 chassait les ennemis de diverses places situées sur le lac de Constance, à droite du côté de la Suisse et s'Note 41 · 19.--Sortis du camp à huit heures du matin pour appuyer à gauche de Munich, nous avons campé à trois lieues. C'est pendant que nous étions dNote 42 · 2 complémentaire 49. Nous avons été à quatre lieues, suivant la route de Munich, et nous avons campé près du village d'Andelheim.Note 43 · 1er vendémiaire, an V.--Partis à huit heures du soir pour la ville d'Ulm, où nous sommes arrivés à deux heures du matin. Nous avons traversé
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