PLANCHES
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I GÉNÉRAL DE DIVISION D'après une gravure de la collection Dubois de l'Étang, (Ensemble réduit aux deux tiers de l'original.) Plumet tricolore surmontant trois plumes rouges. Habit bleu à collet rouge rabattu; galon d'or au chapeau, aux manches, aux poches et au collet. Culotte blanche, bottes noires; écharpe rouge à frange dorée. Dragonne dorée à la poignée du sabre; le fourreau est garni de cuivre doré. Cette figure jeune ne doit pas surprendre à l'époque où un simple officier pouvait franchir quatre grades en vingt-quatre heures pour perdre aussitôt le commandement s'il ne justifiait pas cette confiance par une victoire.

II ADJUDANT GÉNÉRAL Même provenance «En tenue de campagne», dit la légende. Le ceinturon doré, le chapeau à plumes et à glands contrastent bien un peu avec la sévérité de cette longue capote bleue à collet rouge rabattu. Mais il était bon que l'adjudant général fût aperçu de tous, car c'était un véritable chef d'état-major, classé hiérarchiquement au-dessous du général de brigade, mais au-dessus du colonel.

III HUSSARD D'après un recueil d'uniformes gravés à Augsbourg en 1802. (Bibl. nat. Estampes O 34 B. A.) Shako noir entouré d'une flamme de drap noir à passepoil bleu. Panache vert et rouge. Cordon blanc avec gland retombant à droite du shako. Dolman brun-marron soutaché de blanc et fourré de noir. Culotte bleue soutachée de blanc. Sabretache orangée avec ornements de cuivre. Demi-bottes noires. L'inclinaison prononcée du shako paraît un peu forcée par les dimensions du panache: elles sont telles que l'équilibre serait compromis si la verticale était conservée.

IV OFFICIERS ET SOLDATS D'INFANTERIE Même provenance. L'officier porte un panache rouge. Habit bleu à col et parements rouges. Revers blancs à passe poil rouge. Gilet et pantalon collant blancs. Sac au dos. Hausse col doré. La main droite s'appuie sur une canne. Le fantassin placé derrière lui a les guêtres noires et la culotte de nankin. Habit bleu à revers blancs. Le bonnet à poil du grenadier rappelle trop celui des grenadiers autrichiens pour ne pas avoir été pris dans un magasin de l'ennemi. Ce qui confirmerait dans cette idée, c'est qu'il est visiblement trop étroit pour la tête de notre homme. Gilet rayé blanc et rouge; cravate rayée blanc et bleu; celle-ci encadre le menton comme une cravate à la Garat. Épaulette rouge; plumet tricolore; pantalon nankin. Même habit que le précédent.

V SOLDAT D'INFANTERIE Même provenance. Celui-ci offre un specimen du genre négligé. Il a le même habit et le même chapeau, mais son pantalon quadrillé bleuâtre porte au genou une forte pièce d'étoffe différente. Des souliers, il n'a conservé que les semelles sur lesquelles l'empeigne taillée fait l'office de courroies de sandales. Pas de gilet. Cravate lâche. L'habit ouvert laisse largement passer la chemise.

VI CAVALIERS Même provenance. Habit bleu à revers rouges. Collet, culotte et buffleteries blancs. Bottes et chapeau noirs. Panaches roses. Cravate jaunâtre. On sait qu'il y avait alors à côté des hussards, des dragons, et des chasseurs, des régiments de cavalerie proprement dite. C'était, moins la cuirasse et le casque, ce que nous avons appelé ensuite la grosse cavalerie.

VII OFFICIERS D'ARTILLERIE Même provenance. L'un de ces deux officiers semble appartenir à l'artillerie légère; il porte le casque de cuivre du dragon orné d'un panache rouge, ce qui dut être une exception; l'autre a conservé le chapeau à cornes en usage dans l'artillerie à pied. Leurs uniformes sont complètement bleus avec passepoil rouge. Des soutaches rouges ornent le pantalon et le gilet. Les poignées de sabre affectent des formes diverses, les bottes sont de même fortes et légères. Ce qui ne varie point, c'est le type des figures, qui sont rasées et ornées seulement de petits favoris très courts.

VIII CHASSEUR À CHEVAL D'après les Abbildung französischen, Leipzig. 1794. Casque noir à courte crinière semblant retomber devant et derrière. Habit et pantalon collant vert avec passepoil rouge; des galons rouges, blancs et bleus sont disposés sur la chausse de façon à former une pointe tricolore. On trouve dans le supplément Uniformes une description plus complète de l'armement et de l'uniforme de cette cavalerie.

IX VOLONTAIRE DU 1er BATAILLON DE PARIS Même provenance. Casque noir à demi-crinière droite et à ornements de cuivre; il est entouré d'une bande tigrée, habit bleu, avec revers et retroussés blancs. Culotte blanche, guêtres noires, épaulettes vertes. Voir également dans notre supplément Uniformes les détails qui concernent les gardes nationaux volontaires.

X DRAGON ET HUSSARD Bibl. nat. OB. 32 V Le dragon est conforme au type décrit dans notre supplément. Son casque est sans visière; une épaisse crinière augmente encore le caractère énergique d'un profil doté de longues moustaches. Son compagnon le hussard nous offre le profil de cette coiffure étonnante qu'on a déjà vue planche III. Le panache rouge n'a rien perdu de ses dimensions: il est négligemment entouré d'une flamme marron à passepoil rouge. Dolman et pantalon verts; collet et soutaches rouges. Les gants sont jaunes; le fourreau du sabre est en cuir garni de cuivre.

XI HUSSARD Même provenance. Les hussards républicains qu'on représente d'ordinaire sont conformes au type de nos planches III et X. Celle-ci prouve qu'il y en avait un autre ne portant pas le dolman à tresses, mais un habit vert à revers et à pans longs, collet et parements roses. Pantalon et gilet verts; le pantalon est protégé par une basane fauve dont les bords sont déchiquetés à la grecque. Il boutonne sur le côté selon le modèle qui fut baptisé du nom de chutmari. La bande est rouge. La coiffure reste seule identique: tresses de cheveux tombant sur le devant pour encadrer le visage, shako entouré d'une flamme noire à passe poil rouge que fixe un cordon blanc; panache rouge. D'où part le sous-pied qui rattache le pantalon déboutonné à ce soulier muni d'éperon?... Mystère!

XII GRENADIER À CHEVAL D'après les Abbildung französischen, Leipzig. 1794. (Bibl. nat. Estampes OA, 106. C.) Son uniforme, son armement et son équipement répondent à la description très complète donnée dans notre supplément. Bonnet à poil brun avec plaque blanche, plumet et cordon rouges. Rabat bleu à revers et collet rouges, retroussis et basques, gilet et culotte blancs. Bottes noires, gants à manchettes de buffle. Schabraque bleue galonnée de jaune.

XIII TAMBOUR D'après un recueil gravé à Augsbourg en 1802. (Bibl. nat. Estampes OB, 32. A.) Le baudrier de buffle flotte tout avachi: l'enfant a décroché son gros tambour retenu sur l'épaule à l'aide d'une bretelle qui devrait aller rejoindre le cercle de la caisse. Cette charge n'est pas commode, son corps ballotte dans son habit bleu qui est trop large; son chapeau à pompon rouge est aplati comme un chapeau d'arlequin. Le pantalon de nankin laisse voir des chevilles nues, les souliers sont devenus savates, mais cela n'empêche pas le gamin de marcher fièrement à grandes enjambées. La planche XX montre que presque tous nos tambours étaient alors des enfants. Et quand on pense qu'un ministre de la guerre a rogné nos tambours de moitié avant 1870 pour ne pas incommoder des hommes faits!

XIV FANTASSIN ET SOUS-OFFICIER D'après une gravure allemande de 1796. (Bibliothèque nationale Estampes, collection Hennin.) L'air posé et la tenue presque régulière du sous-officier contrastent avec la pose lamentable du soldat. La cravate pend; les manches de son habit vert sont déchirées; il n'a plus qu'un bas de couleur brune, le pan de sa culotte nankin menace ruine. Une cuiller et une fourchette à deux pointes, croisées derrière sa cocarde de chaque côté du pompon, complètent son air de soldat maraudeur. Un mouchoir serré au biceps semble protéger une blessure. Type analogue à nos numéros X et XVII.

XV CHASSEURS À PIED D'après un recueil gravé à Augsbourg en 1802. (Bibl. nat. Estampes OB, 32. A.) Ces chasseurs diffèrent un peu du type décrit dans notre supplément. L'un, qui semble un caporal, porte le casque de volontaire. Son habit court est de couleur noire à parements bleus. Pantalon bleuâtre à raies bleu foncé. Cravate jaune. Épaulettes rouges. Galons blancs sur la manche. Son voisin a l'uniforme complètement noir, avec collet et retroussis bleu clair. Son chapeau est placé à rebours. Épaulettes et panaches rouges; buffleteries jaunâtres. Les souliers ont été transformés en savates retenues par des cordelettes croisées au-dessus de la cheville du pied qui est un comme toujours.

XVI GRENADIER DE LA LIGNE D'après les Abbildung französischen, Leipzig. 1794. (Bibl. nat. Estampes OA, 106. C.) Bonnet à poil noir avec plaque de cuivre. Habit, veste et culotte blancs. Les revers, le collet et les parements sont rouges, les guêtres noires. Il ne porte point de havre-sac mais on voit une sorte de besace pendre à côté de sa giberne. C'est un dernier échantillon de l'ancienne armée qui va prendre l'habit bleu au moment où l'embrigadement fondra les régiments et les bataillons de volontaires.

XVII VOLONTAIRES D'après une gravure allemande de 1796. (Bibliothèque nationale Estampes, collection Hennin.) Le volontaire casqué sent d'une lieue son faubourg. Ami d'un certain luxe, il a retroussé sa manche pour montrer un bout de manchette, il fait exhibition d'un mouchoir de poche élégamment noué à sa buffleterie et une breloque de parure descend sur sa cuisse gauche. Le noeud coquet de sa grosse cravate, la cuiller qui montre sa tête au revers de l'habit et le pain empalé dans sa baïonnette sont autant de détails caractéristiques. L'un de ses souliers est retenu par une boucle. L'autre est noué avec une ficelle. Zébré d'un côté, quadrillé de l'autre, comme ces chausses en partie du moyen âge. Le pantalon blanc rayé de bleu est trop court pour ne pas avoir appartenu à quelque frère d'armes. Nous avons décrit l'assortiment gastronomique du voisin dans le supplément: son bonnet de police bleu à turban rouge est à remarquer comme un échantillon du modèle primitif.

XVIII CUIRASSIERS D'après la gravure de Zix (Fac-similé réduit aux deux tiers de l'original.) Zix est un artiste strasbourgeois qui a pu étudier d'après nature les soldats de l'armée de Rhin et Moselle. Non content d'un supplément d'illustrations pittoresques pour la partie géographique du Journal de Fricasse, mon ami Charles Mehle a bien voulu mettre la gravure de Zix à ma disposition. Mais leur dimension rendait la reproduction difficile. J'ai dû me contenter de détacher un groupe de deux cuirassiers attablés sur le seuil d'une maison alsacienne. On sait que les cuirassiers formèrent en 1799 le 8e régiment de cavalerie. De là leur ressemblance avec les cavaliers de l'autre planche VI.

XIX
HUTTES DE CAMPEMENT
D'après une gravure datée du 14 août 1796. (Bibl. nat. Estampes, collection Hennin.)
Ces huttes ou abris, dont-il est question dans notre journal, étaient faites de branchages. On voit qu'elles affectent trois formes: une forme oblongue, destinée sans doute aux soldats; une forme pyramidale, moins spacieuse, destinée aux sous-officiers; une forme conique, dont la clôture plus complète annonce un campement d'officiers.
Le factionnaire qui veille à la porte ne laisse aucun doute sur ce dernier point. Il sonne en ce moment d'un cornet d'appel, ce qui lui donne les doubles fonctions de sentinelle et de trompette de garde.

XX
RASSEMBLEMENT D'INFANTERIE
D'après une gravure allemande conservée dans la collection Dubois de l'Étang. Voici la traduction de son titre:
Véritable représentation d'une parade de la garde française à Mannheim au mois d'octobre 1795.
(Fac-similé réduit au tiers de l'original.)
Cette planche est excessivement ennemie. On ne doit pas prendre son titre au pied de la lettre. Le dessinateur allemand, que je tiens d'ailleurs pour sincère, a pris le moment non de la parade proprement dite, mais du rassemblement qui la précède.
Logés chez les bourgeois de la ville, les soldats arrivent petit à petit et se portent sur le front de l'alignement indiqué par les trois officiers qui viennent de mettre le sabre à la main.
Dans cette troupe figurent, selon l'usage, des détachements de tous les corps de passage dans la place et certainement aussi des soldats isolés, éclopés, utilisés pour le service. De là, un coup d'oeil fortement bigarré que l'artiste aura exagéré encore pour offrir des modèles de chaque espèce.
Les quatre petits tambours qui se font la main à l'extrême droite suffiraient à montrer que le commandement ne s'est pas fait encore entendre. Ce sont des enfants dont le plus âgé n'a pas atteint sa douzième année. Derrière eux, le tambour-major charme son attente par quelques moulinets de fantaisie.
Les officiers, vus au dos, ont une ample capote grise ou brune, sur laquelle tranche seul le hausse-col, insigne du commandement.
Les soldats semblent tous appartenir soit aux bataillons des volontaires, soit aux légions rurales dont il est question dans notre supplément. On remarque, en effet, en seconde ligne, des bonnets fourrés, des chapeaux de paysans; on voit se dresser une des piques qui figuraient encore dans l'armement de ces non combattants. L'un d'eux, sapeur primitif, tient la hache sur l'épaule et la pipe à la bouche. Son voisin porte un pantalon à la turque, et paraît vouloir dissimuler sous une couverture blanche les désastres de son uniforme. Tous n'ont pu dissimuler ainsi leurs tenues en lambeaux. Beaucoup de chaussures sont avariées; un jeune soldat a les pieds complètement nus.
En revanche, ce qui ne manque nulle part, c'est la cuiller: chacun porte à la boutonnière, au chapeau ou au bonnet ce précieux ustensile. Quelques bidons et marmites se remarquent aussi, çà et là; les pains sont troués pour le passage d'une corde qui les retient au côté, à moins qu'ils ne soient passés à la baïonnette. Un quartier de viande est même ainsi exhibé à côté du porteur de pique. Il est à remarquer qu'il n'y a pas ici un seul des panaches qui abondent dans nos planches précédentes. Mais nous sommes en 1795 et les Français qui viennent d'entrer à Mannheim ont fait une campagne fort rude. Leurs habits bleus ne sont pas seulement usés par la victoire, ils sont surtout troués et déchirés par les marches et les bivouacs des nuits d'hiver. De là ce coup d'oeil étrange, qui dépasse encore, il faut bien l'avouer, tout ce qu'on pouvait supposer de l'aspect des troupes républicaines. Mais la pauvreté de leur aspect ne peut que grandir encore le souvenir de leur courage et de leur patriotisme.
