Note 60 — PLANCHES
Reading edition
Note 60:
(retour)
Une entrée des troupes françaises à Zurich avait été précédée d'une proclamation qui promettait que rien ne serait demandé pour l'entretien des troupes, dont la solde et les subsides étaient, disait-elle, assurés par les convois de France. Une fois en ville, il fallut cependant faire des demandes de vivres; elles furent justifiées par l'excuse que les convois étaient malheureusement en retard; on fit la promesse de les rendre en nature, à l'arrivée des convois, ou de les rembourser avec les premiers fonds que le Directoire enverrait. L'agent du Directoire sanctionnait par sa présence cet engagement. Quelques jours après, un arrêté impose à la ville de Zurich une contribution extraordinaire de guerre payable dans un très court délai: l'abus de la force était la seule raison à donner d'un pareil manque de foi. Une députation de notables se rend auprès du général commandant, pour lui faire des représentations. Le général était d'autant plus embarrassé de répondre qu'il n'était lui-même pas coupable; il n'avait agi que d'après des ordres. Il cherchait comme la première fois, à trouver des excuses dans le retard des convois attendus de France, dans les besoins pressants de l'armée, lorsque l'orateur de la députation le tira d'embarras: «Général, lui dit-il, nous ne sommes pas venus pour vous reprocher d'avoir oublié vos engagements que sans doute on vous a obligé à violer, ni pour nous plaindre que la contribution soit trop forte, mais pour vous dire, au contraire,
que nous pouvons payer davantage, et pour vous prier de nous le demander
.»
Puis, lui saisissant vivement la main: «Quand vous nous aurez pris, ajouta-t-il, des richesses qui ont aguerri votre courage et dont nos ancêtres savaient se passer, nous reviendrons dignes d'eux, nous reviendrons Suisses.»
Nous donnons d'après les Mémoires du maréchal Soult (comme toujours) ce beau trait qui est à méditer en tout temps et en tous pays.