Manière d’exécuter ce Plan.
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Manière d’exécuter ce Plan.
On objectera peut-être que l’éducation que je propose, n’est pas possible ; qu’on n’a ni les Maîtres ni les Livres nécessaires pour l’exécuter ; que les jeunes gens ne pourroient pas dans leurs premières années apprendre tout ce qui est compris dans ce Plan.
Je répondrai que l’éducation des Grecs & des Romains étoit beaucoup plus difficile ; que des gens très-sensés ont cru possible ce que je propose ici, & il faut se garder de condamner sur des préjugés le sentiment de grands Hommes, Fleury, Locke, Nicole : quels noms ! & quel est l’homme qui oseroit élever la voix contre leur autorité réunie ? Je déclare que je n’ai fait dans ce Mémoire que les commenter.
Enfin tout projet sensé doit être appuyé sur des faits, & je conviens qu’il n’y a rien de plus mauvais en morale, que ce qui est physiquement impossible.
Pour former une éducation, il faut des Maîtres ou des Livres, & il faut apparemment l’un & l’autre. On propose de former des Maîtres, c’est un ouvrage de longue haleine, qui ne dispenseroit pas d’avoir des Livres tout faits. Je demande des Livres aisés à faire, qui dispenseroient peut-être d’avoir des Maîtres. Je dis que tous ces Livres sont faciles à faire, ou plutôt qu’ils sont presque tous faits. Il ne s’agiroit, pour la plûpart que de compilations sensées & raisonnables, qui seroient faites non par des hommes qui ne pensent point, & qui n’ont jamais rien imaginé, mais par des personnes capables de composer elles-mêmes les Livres qu’elles compileroient, d’ouvrir des routes, de perfectionner celles qui sont découvertes, d’imaginer des méthodes, & de juger les sciences avec un esprit philosophique.
A l’égard de l’impossibilité prétendue d’apprendre les sciences à de jeunes gens, je remarque premierement qu’on leur apprend (mal à la vérité) des choses plus difficiles. De plus, je suppose au moins dix ans d’éducation depuis six ou sept ans, jusqu’à dix-sept ou dix-huit. Et que ne pourroit-on pas apprendre en dix ans, si l’on étoit bien conduit, & que l’on eût de bons Livres élémentaires ?
Il n’y a point d’enfant, qui au College, ou pour se préparer à y entrer, n’ait huit heures & demie & neuf heures de travail par jour.
Je ne demande que quatre à cinq heures de classe où la peine soit principalement pour les Maîtres, où ils fassent travailler les enfans devant eux, ou les disciples plus avancés feroient les démonstrations aux plus jeunes ; des Livres où l’instruction fût toute faite, une éducation qui n’exige dans les commencemens que des yeux & de la mémoire.
Dans les trois ou dans les quatre premieres années, hors ces Classes, nulle étude que des leçons agréables & utiles à retenir, qu’ils pourroient apprendre en se promenant ; la plus grande peine seroit d’écrire, de dessiner & d’apprendre un peu de Géométrie.
Des personnes instruites feront aisément l’arrangement de ce Plan & sa tablature, s’il a le bonheur d’être approuvé du Maître & de la Nation.
Je le répète, il n’est besoin, pour exécuter un bon Plan d’éducation littéraire, que de Livres qui serviroient d’instruction ou de méthode d’instruction : & ces Livres sont aisés à composer. Le Roi n’a qu’à ordonner ; qu’il dise & tout sera fait ; alors l’éducation sera facile & on ne demandera dans les Maîtres, les Gouverneurs & les Gouvernantes, que de la religion, des mœurs & de savoir bien lire ; cela ramènera à l’éducation domestique, qui est la plus naturelle & la plus favorable aux mœurs & à la société.
J’ai conduit les jeunes gens à la porte des Sciences, il est réservé à des plumes plus savantes de les introduire dans leur sanctuaire.
FIN.