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Essai d'éducation nationale

De l’Education du premier âge, jusqu’à environ dix ans.

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De l’Education du premier âge, jusqu’à environ dix ans.

Les enfans n’ont point d’expérience, parce qu’ils n’ont rien vu ; ils n’ont point d’attention, parce que la foiblesse de leurs organes ne résisteroit pas à une tension soutenue sur le même objet ; ils n’ont pas de jugement, parce qu’ils n’ont ni assez de matériaux dans l’esprit pour les comparer, ni assez d’exercice & de force pour saisir les détails sans lesquels toute comparaison manque de justesse. Ils ont des sens qui sont les portes des connoissances ; de la mémoire qui leur rappelle les choses absentes qu’ils ont vues ; ils ont de plus la faculté de réfléchir sur leurs sensations, sur le sentiment intérieur qui ne les abandonne jamais, non plus que les autres hommes, & sur les représentations des uns & des autres, c’est-à-dire, sur leurs idées.

Il ne s’agit que d’employer ces facultés pour fixer leur attention, pour perfectionner leur jugement, & leur procurer l’expérience qui manque à cet âge.

J’avoue qu’après l’effort inconcevable qu’ont fait les enfans pour apprendre à parler, ce qui me paroît le plus difficile dans toute l’éducation, c’est de leur apprendre à lire. J’ai peine à comprendre comment on y parvient, sur-tout par la méthode qu’on emploie pour les instruire. Si l’on fait attention aux différentes combinaisons, à la multiplicité des opérations que cette étude exige, à la quantité de sons inutiles ou impropres qu’on leur fait articuler : on conviendra que ce n’est pas une chose aisée, quoiqu’elle soit commune, & qu’il faut nécessairement ou que ce soit presque l’effet d’une routine méchanique, ou que leur esprit soit déjà capable d’une infinité de combinaisons, lorsqu’il s’applique à des objets sensibles.

Ce qui porteroit à supposer cette capacité dans les enfans, c’est le peu d’effort avec lequel ils apprennent des jeux qui exigent des combinaisons assez fines. Mais d’un autre côté on peut demander si cette facilité ne viendroit pas plutôt de ce qu’ils ont les idées particulieres de la chose qu’ils font, & qu’ils font avec plaisir.

Je remarque que tout ce que fait la nature, quelque compliqué qu’il soit, elle le fait aisément ; dès que l’art survient, la difficulté naît ; l’art est long & pénible. Apprendre à parler, apprendre une langue par l’usage, cela se fait naturellement & facilement : apprendre à lire, apprendre une langue par regles & par art, c’est l’occupation de plusieurs années.

Ainsi ce seroit une matiere digne de la recherche des bons Citoyens & de l’attention des Gouvernemens que de fixer une fois la méthode la plus simple d’enseigner à lire & d’enseigner les langues. Ce seroit épargner beaucoup de peine aux enfans, d’embarras aux peres & aux maîtres ; ce serait ménager bien du temps pour l’acquisition des connoissances réelles. Je crois, d’après plusieurs expériences réitérées, que le Bureau Typographique est sans comparaison ce qu’il y a de mieux pour la lecture.

Mais je suppose qu’un enfant sache déjà lire & écrire ; qu’il sache même dessiner, ce que je regarde comme nécessaire, je dis que les premiers objets dont on doit l’occuper depuis cinq ou six ans jusqu’à dix, sont l’Histoire, la Géographie, l’Histoire naturelle, des Récréations physiques & mathématiques ; connoissances qui sont à sa portée parce qu’elles tombent sous les sens, parce qu’elles sont les plus agréables, & par conséquent les plus propices à occuper l’enfance. S’il est vrai que ces objets soient la base & les matériaux de nos idées, le fondement de la vie civile, de toutes les sciences & de tous les arts sans exception, il est évident que c’est par-là qu’on doit commencer l’instruction.

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