Des Observations physiques, astronomiques ; des Expériences & des Méchaniques.
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Des Observations physiques, astronomiques ; des Expériences & des Méchaniques.
Sous le titre de Récréations physiques, je comprends les observations, les expériences, les faits de la nature les plus simples, les plus frappans, & les plus faciles à retenir.
Je dois prévenir ici une objection facile à faire, & plus facile encore à tourner en plaisanterie. On dira peut-être que pour faciliter l’étude à des enfans, je veux qu’ils apprennent l’Histoire naturelle, la Physique, les Arts & l’Astronomie.
Je réponds que l’objection ne pourroit être faite que par des personnes qui n’auroient aucune teinture de ces sciences ; elle seroit fondée, si je prétendois qu’on formât à cet âge des Physiciens, des Astronomes & des Méchaniciens ; mais ce n’est pas ce que je propose ; je prends pour exemple l’Histoire naturelle, & je dis pour apprendre cette science, il faut d’abord distinguer les objets, les appeller par leur nom, les reconnoître par la forme, la grandeur, le poids, les couleurs, &c.
C’est-là une premiere opération nécessaire, mais qui ne suffit pas pour former un Naturaliste.
Pour posséder cette science, il faut non-seulement connoître les qualités sensibles, mais tout ce qui a rapport à la naissance, à la production, à l’accroissement, au développement, aux usages de chaque objet en particulier, son histoire raisonnée, en un mot tout ce que des doctes Académiciens rassemblent dans leur savante Histoire naturelle.
Il en est à peu près de même dans les Arts, dans la Physique, dans l’Astronomie, &c.
Je conviens que des enfans ne sont point en état de comprendre les secondes opérations, ni les raisonnemens qu’elles exigent ; mais je soutiens que toute personne qui a des sens, est capable des premieres, puisqu’elles ne consistent qu’à distinguer les objets & leurs différentes parties, à les peser, à les mesurer, à remarquer leurs couleurs, à dessiner leurs contours : tout ce qui ne demande que des yeux, des mains & un très-simple calcul, n’est point au-dessus de la portée de l’âge le plus tendre.
On ne prétend point démontrer à des enfans la divisibilité de la matiere à l’infini ; mais un enfant de sept ans peut appercevoir qu’un grain de carmin teint sensiblement dix pintes d’eau, & que par conséquent il peut être divisé en autant de particules, qu’il y a de petites gouttes de liqueur.
Qu’un grain d’or mis en feuilles, peut couvrir une surface de 50 pouces quarrés ; que chaque feuille d’un pouce quarré, peut se couper en deux cens petites bandes, & chaque petite bande en deux cens plus petites ; de sorte que chaque feuille ainsi divisée, contient des parties presque innombrables.
Qu’une feuille d’or couvrant un cylindre d’argent, peut être applatie, alongée & mise en un fil de 444 lieues. On découvre dans les liqueurs, des animaux qu’on démontre géométriquement être 27 millions plus petits qu’un ciron ; ces animaux ont des veines, des muscles, &c. &, ce qui est plus petit encore, des liqueurs qui y circulent & qui en entretiennent le jeu. (Hist. de l’Acad. des Sciences, 1718, p. 9.)
On ne demande pas que la Méchanique soit enseignée aux enfans ; mais on ne sauroit les accoutumer de trop bonne heure à voir les machines simples qui produisent & facilitent le mouvement, à remarquer les effets sensibles du levier, des roues, des poulies, de la vis, du coin & des balances.
Les femmes considerent des ciseaux par leur matiere & comme un bijou ; les ouvrieres, comme un outil pour couper : y auroit-il de l’inconvénient que l’on fît considérer cet instrument aux enfans, comme étant composé de deux leviers réunis par un clou qui leur sert de point d’appui, & les deux branches tranchantes en dedans, comme deux coins propres à diviser, lorsqu’ils éprouvent l’action des leviers ?
Qu’on leur fît remarquer que plus le point d’appui est éloigné de la puissance qui donne le mouvement, plus la force est grande, &c.
Il y a un livre assez imparfait, intitulé, Description abrégée des principaux Arts & Métiers, & des instrumens qui leur sont propres, le tout détaillé par figures. L’académie fait imprimer la description des Arts : c’est un des plus beaux monumens que la génération présente puisse laisser à la postérité.
Est-il au-dessus de la portée des enfans, de feuilleter ces Livres, d’en dessiner quelques figures ? Seroit-il impossible d’avoir dans un College une salle où l’on mît des modeles de machines en bois ou en fer ? S’il y avoit dans cette salle des armoires garnies, de quelques morceaux d’Histoire naturelle, ne demanderoient-ils pas avec empressement à les voir ! Ils se promeneroient, ils agiroient & acquerroient en même temps des connoissances.
On ne prétend point apprendre l’Astronomie à des enfans ; mais seroit-il inutile de leur dire, par exemple, que le soleil est à environ 34 ou 35 millions de lieues de la terre ; qu’il faudrait vingt-cinq ans à un boulet de canon pour y parvenir ?
Que le diametre du cercle que nous parcourons en un an autour du soleil est double, ou de 70 millions de lieues.
Que l’éloignement des étoiles est incomparablement plus grand.
Qu’en supposant égale au Soleil l’étoile Sirius, l’une des plus grandes, des plus éclatantes, & vraisemblablement la plus proche, il faudroit à un boulet de canon, pour y parvenir, 27 à 28 millions de fois 25 ans.
Que l’on compte avec les yeux un peu plus de 1022 étoiles ; mais qu’avec le télescope on en découvre dix & vingt fois davantage, dont chacune est vraisemblablement aussi éloignée de l’autre, que le Sirius l’est de nous.
Que la terre dans son mouvement journalier autour du Soleil, fait plus de six cens mille lieues en une heure, quatre cens seize en une minute ; qu’un boulet de canon ne pourroit faire que deux mille six cens lieues en vingt-quatre heures ; qu’ainsi la terre va cent cinquante fois plus vite qu’un boulet de canon.
Encore une fois je demande s’il y auroit de l’inconvénient à frapper d’admiration & d’étonnement l’esprit des enfans par ces infiniment grands & ces infiniment petits.
Quelle idée n’en résulteroit-il pas de l’Etre qui a produit toutes choses ? & faudroit-il leur demander, à quelque âge qu’ils fussent parvenus, Quis est qui creavit hæc ?f
Seroit-il nécessaire après ces connoissances inculquées de loin, de les préparer à comprendre la pesanteur de l’air, son ressort, tous les phénomènes que la Physique décrit, & tous ceux que la Chymie découvre ? Y auroit-il du danger à leur montrer que la viande où les mouches déposent leurs œufs, se charge de vers ; & que celles où elles n’en déposent pas, ne s’en charge point ?
Ce fait, dont les yeux sont témoins, ne les conduiroit-il pas à penser que tout est organisé & a son germe ? N’en concluroient-ils pas naturellement qu’un champignon est l’ouvrage de la Sagesse de Dieu, ainsi que le monde ?
Y a-t-il dans les Livres d’Exercices spirituels des réflexions plus pieuses que celles qui résultent de ces observations & de ces expériences ?
Il seroit à desirer que les enfans fussent de bonne heure familiarisés avec des globes, des Cartes, des Sphères, des Termometres, des Barometres ; qu’ils eussent des étuis de Mathématique ; qu’ils sussent faire usage de la regle, du compas, quand ce ne seroit que pour se procurer un divertissement ; qu’ils apprissent qu’il y a un art de rapprocher les objets les plus éloignés, d’appercevoir ceux qui leur semblent imperceptibles.
Ils verroient avec le microscope ce qu’ils ne soupçonnoient pas sur la tête d’une mouche, & dans la barbe d’une plume. Ces instrumens seroient de nouveaux organes qu’on ajouteroit à leurs yeux, & qui leur feroient découvrir de nouveaux mondes : ils manieroient la machine pneumatique, & tous ces instrumens inventés par le génie, & employés par l’art pour dévoiler la nature : ils se réjouiroient avec des jeux d’Optique qui leur mettraient sous les yeux les monumens des quatre parties de l’Univers.
Ils verroient les phénomènes de l’Electricité qui embarrassent les Philosophes, & qui étonnent tous les hommes.
On leur feroit connoître le plus grand nombre d’objets qu’il seroit possible : enfin tout sera bon, pourvu que tout soit exact. Je ne propose de leur apprendre que des faits, des faits dont les yeux déposent à sept ans comme à trente : je demande si ce sont là des études pénibles, ou si ce sont des récréations, utiles & agréables.
Je passe aux Mathématiques.