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Essai d'éducation nationale

Des temps où l’on peut remonter dans l’Histoire.

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Des temps où l’on peut remonter dans l’Histoire.

3°. Quant aux temps auxquels on peut remonter, & aux Histoires auxquelles on doit ajouter foi, la regle la plus sûre est de tenir pour suspect tout ce qui précede les tems où chaque Nation a reçu l’usage des Lettres. Un autre principe également certain, est que quand il y a des interruptions & de grands vuides dans une Histoire, tout ce qui les précede est faux ou suspect.

Aussi rien n’est-il plus incertain que toute l’Histoire ancienne, dont les Auteurs rapportent les faits arrivés long-tems avant eux. Dans les siecles postérieurs, & même dans ceux qui sont les plus proches du nôtre, on trouve la même incertitude, lorsque les Mémoires des contemporains manquent, ou qu’ils sont défectueux ; ce qui exclut de la certitude presque toute l’Histoire ancienne d’Egypte ou d’Orient, dont à peine il s’est conservé quelques vestiges ; tout ce qui précede les Olympiades chez les Grecs, & à peu près la seconde guerre Punique chez les Romains ; en un mot, les origines de toutes les Nations, excepté celle du Peuple Juif dont on ne perd point la trace.

On peut mettre dans le même rang la plus grande partie de l’Histoire du moyen âge, non qu’elle soit dépourvue d’Auteurs contemporains, mais leurs Mémoires sont si défectueux, & les lacunes si grandes, qu’il n’est pas possible de les remplir. Rien n’est plus juste ni plus ingénieux que ce que dit sur l’Histoire ancienne M. de Fontenelle, dans l’éloge de M. Bianchini.

« Si d’un grand Palais ruiné on trouvoit les débris confusément dispersés dans l’étendue d’un vaste terrein, & qu’on fût sûr qu’il n’en manquât aucun, ce seroit un prodigieux travail de les rassembler tous, ou du moins sans les rassembler, de se faire, en les considérant, une idée juste de toute la structure de ce Palais ; mais s’il manquoit des débris, le travail d’imaginer cette structure, seroit plus grand & d’autant plus grand, qu’il manqueroit plus de débris & il seroit fort possible que l’on fît de cet édifice différens plans qui n’auroient presque rien de commun entr’eux. Tel est l’état où se trouve parmi nous l’Histoire des tems les plus anciens. Une infinité d’Auteurs ont péri ; ceux qui nous restent ne sont que rarement entiers. De petits fragmens & en grand nombre, qui peuvent être utiles, sont épars çà & là dans des lieux fort écartés de routes ordinaires, où l’on ne s’avise pas de les aller déterrer ; mais ce qu’il y a de pis, & ce qui n’arriveroit pas à des débris matériels, ceux de l’Histoire ancienne se contredisent souvent, & il faut ou trouver le secret de les concilier, ou se résoudre à faire un choix qu’on peut toujours soupçonner d’être un peu arbitraire. Tout ce que des Savants du premier ordre & les plus originaux ont donné sur cette matiere, ce sont différentes combinaisons de ces matériaux d’antiquité ; & il y a encore lieu à des combinaisons nouvelles, soit que tous les matériaux n’aient pas été employés, soit qu’on en puisse faire un assemblage plus heureux, ou seulement un autre assemblage. »

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