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Essai d'éducation nationale

Des Mathématiques.

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Des Mathématiques.

Le préjugé commun a attaché à ces Sciences l’idée d’une grande difficulté pour les enfans : & par qui cette difficulté est-elle exagérée ? Par des gens qui dès l’âge de six ans leur mettent en main la Grammaire, c’est-à-dire, la Métaphysique du langage ; un tissu d’idées abstraites, difficiles à saisir par elles-mêmes, & rendues inintelligibles par la façon dont elles sont présentées.

La coutume qui régit la multitude, avoit renvoyé les Mathématiques à la fin des études, pour en prendre une légère teinture bientôt effacée. Les lumieres de ce siecle, l’exemple & l’autorité des gens capables ont ramené à l’avis des Anciens, de Pythagore, de Platon, qui vouloient que personne n’entrât aux Ecoles, sans être initié à la Géométrie : Socrate conseilloit d’apprendre les Mathématiques dès l’âge le plus tendre. Platon Rép. Dial 7g. L’expérience & le raisonnement prouvent que les enfans sont capables de s’appliquer à ces Sciences.

La Géométrie ne présente rien que de sensible & de palpable, rien dont les sens ne rendent témoignage. Les Géometres mesurent ce qu’ils voient, ce qu’ils touchent, ce qu’ils parcourent : les sens sont dans un perpétuel exercice ; & lorsque les sens ne suffisent pas, la mémoire vient au secours pour conserver le souvenir d’une premiere vérité, d’une seconde, d’une troisieme, &c. Nulle science n’est plus assortie à la curiosité des enfans, à leur caractere, à leur tempérament, qui les porte à être presque toujours en mouvement : rien ne flatte davantage l’amour-propre, que de croire inventer soi-même les figures que l’on construit, ou les problêmes que l’on résout.

Je ne parle point de leur utilité par rapport aux besoins des hommes, à la perfection de tous les Arts, aux secours qu’en tirent les Sciences, & sur-tout la Physique ; le principal motif pour y appliquer les enfans, c’est le grand avantage qu’elles ont de perfectionner l’esprit.

La premiere qualité de l’homme, la plus nécessaire, celle qui s’étend à toutes ses actions, à tous ses emplois, & qui étant jointe à la droiture du cœur, qu’elle doit mettre en œuvre & conduire par sa lumiere, fait toute sa perfection ; c’est la justesse de l’esprit.

Pour acquérir cette qualité, il ne suffit pas de savoir les regles qui conduisent à la vérité ; il faut y joindre l’habitude de suivre ces regles, & elle ne s’acquiert que par la pratique continuelle des actes qui la produisent : or il est évident que par la méthode que l’on est forcé de suivre dans l’étude des Mathématiques, on pratique continuellement les actes qui forment cette habitude. Pour apprendre & raisonner, il suffit de bien raisonner sans discontinuation, c’est ce que l’on fait toujours & nécessairement dans les Mathématiques. Il est très-possible & très-ordinaire de raisonner mal en Théologie, en Politique ; cela est impossible en Arithmétique & en Géométrie : si l’on n’a pas l’esprit juste, la regle a de la justesse & de l’intelligence pour celui qui la pratique.

Les Mathématiques accoutument à l’esprit de combinaison & de calcul ; esprit si nécessaire dans l’usage de la vie ; elles donnent de l’aptitude à lier les idées, & c’est peut-être la plus essentielle de toutes les dispositions ; car on ne voit ordinairement dans tout le reste de la vie, que comme on a vu dans les commencemens.

D’ailleurs qu’elle comparaison entre les idées claires des corps, de la ligne, des angles qui frappent les sens, & les idées abstraites du verbe, des déclinaisons & des conjugaisons, d’un accusatif, d’un ablatif, d’un subjonctif, d’un infinitif, du que retranché, &c. La Géométrie ne demande pas plus d’application que les jeux de Piquet & de Quadrille.

C’est aux Mathématiciens à trouver une route qui n’est pas encore assez frayée. On pourrait peut-être commencer par des récréations mathématiques : mais celles d’Ozanam ne sont pas si claires que les Elémens même, & ne sont pas si instructives.

M. Clairaut a donné des Elémens de Géométrie & d’Algebre dans l’ordre que les inventeurs eussent pu suivre. Il a réuni les deux avantages d’intéresser & d’éclairer les Commençans.

Telles sont les opérations que je propose pour le premier âge : apprendre à lire, à écrire & à dessiner ; de la Danse, de la Musique qui doivent entrer dans l’éducation de toutes les personnes au-dessus du commun ; des Histoires & des vies d’Hommes illustres de tout Pays, de tous siecles & de toute profession ; la Géographie ; des Récréations Physiques & Mathématiques ; les Fables de la Fontaine, qui, quoi qu’on en dise, ne doivent pas être retirées des mains des enfans, mais qu’on doit leur faire toutes apprendre par cœur. Du reste, des promenades, des courses, de la gaieté, des exercices; & je ne propose même les études que comme des amusemens.

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