← Table of contents
Contes et poésies de Prosper Jourdan: 1854-1866

MANDOLINE

Reading edition

J'ai pour unique amante Une fille charmante, A l'oeil profond et doux Comme un ciel andalous. —Quelque ennui me tourmente.

Son tuteur subrogé N'a, certes, pas songé Que je pourrais peut-être Entrer par la fenêtre. —Je ne sais ce que j'ai.

C'est un moyen pratique, Très-vieux, mais poétique Et qui, pour nos amours, Nous est d'un grand secours. —Je suis mélancolique.

Que j'aime la rougeur De plaisir et de peur Dont rougit, quand j'arrive, Mon amante craintive! —J'ai du noir dans le coeur.

Seigneur! qu'elle est jolie! J'en ai fait ma folie; Et sans elle, ici-bas, Je n'existerais pas. —Tout m'attriste et m'ennuie.

Sa soeur a de grands yeux Bruns; mais les siens sont bleus. On ne sait trop laquelle Des deux est la plus belle. —Je suis très-malheureux.

Et, deux fois la semaine, A l'église elle mène, Ange plein de douceur, Son tuteur et sa soeur. —Comment guérir ma peine?

Ma main souffletterait Quiconque toucherait Un cheveu de la tresse De ma jeune maîtresse. —J'éprouve un mal secret.

Le coeur me bat d'avance. Le soir, lorsque je pense Que va sonner pour nous L'heure du rendez-vous. —Quelle triste existence!

Certes, j'aime à plein coeur Cette belle en sa fleur, Et l'amour de ma mie M'est plus cher que ma vie. —Mais … j'aime aussi sa soeur.

Paris, Avril 1866.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings