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Contes et poésies de Prosper Jourdan: 1854-1866

LE RÊVE

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I

Elle m'a fait une marque Sur le front; Les siècles y passeront. Chaque rive où je débarque M'apparaît Sombre comme une forêt,

Comme une forêt détruite Que le vent Tourmente éternellement.

C'est une terre maudite, Et mes yeux La retrouvent en tous lieux.

II

J'entends des voix gémissantes, Et ne vois Que le vide autour de moi, Et leurs plaintes menaçantes Font un choeur Qui me déchire le coeur.

On dirait des funérailles Dont le bruit, Qui vient traverser la nuit Semble sortir des entrailles D'un enfer Qui se serait entr'ouvert.

C'est comme un chant monotone Que les morts Viennent chanter sur leurs corps, Ou le glas lointain qui sonne, Désolé, De quelque monde écroulé.

Mont-Riant, Février 1864.

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