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Contes et poésies de Prosper Jourdan: 1854-1866

LA ROSE

Reading edition

O ma pauvre rose effeuillée, Charme, regret, parfum, trésor, Toi que ses lèvres ont mouillée, O fleur, parle-moi d'elle encor.

C'est dans un bal que je l'ai vue, Blanche avec des lèvres de feu. Une douce flamme ingénue Brillait dans son profond oeil bleu. C'était, je crois, la nuit dernière Que je la vis pour en mourir.

Il n'est point de pire misère, Et pourtant ma douleur m'est chère Et cher aussi son souvenir.

II

La Valse a d'étranges ivresses; Je sentais à chaque détour Ses beaux bras aux molles caresses Qui me chargeaient de morbidesses Toutes ruisselantes d'amour. —Elle est blanche, sa chevelure L'éclaire comme un cadre d'or Éclaire une miniature. L'étoile tremblante qui dort Aux cieux où sa clarté s'azure, Brille d'un moins pur diamant Que ne brillait son front charmant Pendant cette nuit de féerie.

Hélas! Tout s'est enfui, pourtant! Mais de ma vision chérie Il me reste la fleur flétrie Qu'elle a perdue en me quittant.

O douceur! ô mélancolie! Adieu, fleur désormais pâlie! L'amour est ce bel oiseau bleu Léger comme un songe frivole, Qui nous caresse, et puis s'envole. En battant des ailes, vers Dieu!

Paris, Novembre 1859.

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