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Contes et poésies de Prosper Jourdan: 1854-1866

LE MYOSOTIS

Reading edition

—A MON PÈRE—

Dis-moi, la connais-tu, la fleur que je préfère? Celle qu'au bord de l'eau je cueille avec mystère Dans le sentier perdu; Celle qui, dans l'instant où, rêveur, je l'admire, Tantôt me fait pleurer, tantôt me fait sourire, Dis-moi, la connais-tu?

Ce n'est pas cette fleur orgueilleuse et coquette, Le dahlia hautain qui redresse la tête, Envieux et jaloux; Superbe parvenu qu'un parterre vit naître, Et qui n'orna jamais la modeste fenêtre D'un poëte humble et doux.

II

C'est le myosotis, la fleur douce et pensive, Étoile du gazon scintillant sur la rive, Rayon du souvenir Par qui l'amer regret se change en espérance Et dont l'azur promet au coeur gros de souffrance Un céleste avenir.

Trésor des coeurs aimants, combien tu nous rappelles De vierges comme toi pâles, jeunes et belles, Épouses du tombeau! Tu fais revivre un nom parfumé d'ambroisie, Un nom cher à l'amour, cher à la poésie: Hégésippe Moreau.

Père, c'est le présent que mon amour t'apprête; De mon coeur à ton coeur il sera l'interprète Le plus digne de foi; Sous des cieux étrangers m'accompagnant sans cesse, Ce talisman dira, stimulant ma tendresse: «Enfant, rappelle-toi.»

Margency, 25 Août 1864.

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