CELUI QU’ON N’EMMÈNE PAS —————
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Bien entendu, pendant ces vacances, je vais très souvent en automobile. Ma voiture est une voiture très cotée,—je peux vous l’indiquer sans faire de réclame,—c’est la célèbre voiture d’ami, si en faveur dans le monde des chauffeurs.
La voiture d’ami, à quelque marque qu’elle appartienne, a des avantages énormes: D’abord, elle est exempte de ces inconvénients qui rebutent tant d’amateurs d’automobile et qui sont connus sous le triste nom de «frais d’acquisition» et «frais de réparation».
Le seul tort que présente la voiture d’ami ne réside pas dans sa construction, mais dans le caractère de son propriétaire et dans cette bienveillance excessive qui lui fait inviter un nombre d’amis presque toujours supérieur au nombre de places dont il dispose. Il faut donc qu’une ou deux des personnes conviées se récusent; alors, c’est un assaut de politesse et de fausseté, une de ces luttes de courtoisie où la victoire est plus affligeante que la défaite.
Oh! l’air navré de la personne qui a réussi à céder sa place! Oh! l’air hypocritement résigné de celle qui a été forcée d’accepter le sacrifice!
Évidemment, la personne qui reste ne va pas jusqu’à souhaiter une bonne panne à ceux qui s’en vont: l’humanité n’est pas aussi mauvaise, et puis une panne sérieuse risquerait d’immobiliser la voiture pour le lendemain.
Mais quand on se voit seul au milieu de la cour d’entrée, quand le dernier grognement vraiment peu sympathique de la trompe s’est fait entendre au lointain, on regarde autour de soi avec maussaderie. Il y a là des arbres; on les connaît. Derrière la maison se trouvent des pelouses, de vertes pelouses. Six semaines de contemplation ont fortement contenté votre amour de la nature. Et, d’ailleurs, le paysage que l’on préfère est celui qu’on voit de l’auto, le brusque étalage, au tournant de la route, d’une vallée magnifique, devant laquelle la trente-chevaux vous fait passer rapidement, pour ne pas abuser des meilleures choses, pour faire cette vision plus charmante en la faisant plus furtive, comme a dit le poète de la maison, pour l’embellir de la séduction d’un regret, comme il a dit encore (il y a des jours où il est remonté).
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Non, nous n’irons pas dans le jardin regarder les vertes pelouses; nous n’irons pas dans la salle à manger pour goûter, car il est encore trop tôt... Alors, on se dirige timidement vers la bibliothèque... Elle est pleine de livres intéressants... C’est curieux! Moi qui, à Paris, regrette toujours de n’avoir pas le temps de lire, de converser familièrement avec les génies du temps passé, et bien! ils sont là, les génies du temps passé... Ils t’attendent derrière les vitres. Voici les soixante-douze volumes de Voltaire; il y en a bien une quarantaine de Balzac; deux rayons sont pleins de Victor Hugo; voici tous les grands classiques de l’édition Hachette; voici les conteurs galants du XVIIIᵉ, dont je parle avec tant d’attendrissement; il suffit de tourner une petite clef, d’ouvrir un volume au hasard... De jolis vers s’envoleront dans la chambre ou bien une prose magnifique va retentir.
Si j’allais faire un tour à bicyclette?
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C’est que j’ai une bicyclette, une bicyclette toute neuve, à roue libre et à changement de vitesse. Elle est ornée d’une jolie petite sacoche en cuir jaune, où se trouvent différents petits objets de musée, tels qu’une petite pompe, un nécessaire à réparations, voire une clef anglaise. Il est défendu de toucher à ces objets parce que, lorsqu’on les déplace, c’est le diable ensuite pour les faire tenir dans la sacoche, qui est très étroite.
On fait sortir la bicyclette de la remise avec précautions, puis on s’aperçoit non sans satisfaction qu’on a encore oublié d’acheter à la ville voisine des pinces de pantalon; on reconduit la bicyclette dans la remise.
D’ailleurs, le pays n’est pas agréable pour le vélo. Il y a cinq cents mètres de plat de chaque côté de la maison. A droite, on tombe sur une montée. N’en parlons pas. A gauche, on arrive à une bonne descente. Mais je ne suis plus un enfant, et je sais que les descentes, il faut à un moment donné que ça se remonte.
On rentre donc dans la bibliothèque, et on se précipite dans de la poésie jusqu’au moment de goûter. Puis on goûte. On goûte trop, par désœuvrement, et on se dit qu’on n’aura plus assez faim pour le dîner. De tristesse, on s’endort.
Un coup de trompe vous réveille... Ce sont eux qui reviennent. Ils vous racontent leur promenade avec enthousiasme. On les écoute en hochant la tête, comme un homme pas épaté du tout et qui veut simplement montrer qu’il est poli.