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La coucaratcha (I/III)

CHAPITRE III. EMBARRAS.

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Il était au désespoir; Résolu, dans cette aventure. De ne pas épargner sa main ni son savoir. . . . . . . . . . . HAMILTON, Poésies.

Je conçois la haine quand elle peut conduire à la vengeance; mais une haine cachée, sans espoir, qui ne peut pas même dire tout haut, je hais:—Une haine qui vit sur elle-même,—amère nourriture! est une triste, triste passion.

Figurez-vous un tigre muselé, enchaîné dans une cage obscure, et voyant hors de portée de ses griffes de jolies gazelles luisantes et dorées; bondir et s'ébattre au soleil sur l'herbe, parmi les touffes de lilas en fleurs, et venir brouter en paix des feuilles de roses, presque sur la cage de l'animal féroce, dont elles ne soupçonnent pas l'existence, et qui ne peut même troubler ces joies innocentes par ses rugissements...

Telle était à peu près la position de Crâo, le bossu, dans l'hôtel de Lussan... Ce misérable haïssait tout ce qui était jeune, heureux et beau.—Parce que l'envie est chez l'homme plus qu'une passion qui naît et meurt, plus qu'un sens qui s'émousse.—C'est un instinct,—et cet instinct organique, intime, vital, prend l'homme au berceau, et le dépose dans la tombe.

—Chez les hommes qui ont de l'avenir,—l'envie devient ambition et non pas haine,—parce qu'on ne peut haïr franchement ce que l'on peut obtenir.

Mais chez ceux qui voient un mur d'airain s'élever entre leur envie et leurs prétentions, l'envie devient haine, haine sourde ou turbulente; mais toujours implacable.—Aussi toute loi politique ou sociale; largement entendue, ne devrait tendre qu'à résoudre cette question.—L'impossibilité physique d'une possession égale et commune étant démontrée:—Mettre ceux qui possèdent à l'abri des effets de l'ENVIE de ceux qui ne possèdent pas.—Or ou esprit,—blason ou génie,—emploi ou patrimoine,—chaumière ou royaume:—peu importe. Le pauvre qui possède un sou a son envieux dans celui qui ne possède rien.

Ainsi donc, Crâo, laid, bossu ignoble, ayant l'intime conviction de ne devenir jamais beau, bien fait et élégant, enveloppait tous ses contrastes dans une exécration cordiale.

Surtout pendant les heures qui suivirent son étrange apparition sous le péristyle de l'hôtel. Jamais il n'avait senti plus amèrement l'horreur de sa position.

Le comte de Lussan avait élevé Crâo par pitié.—C'était le fils d'un de ses piqueurs tué à la chasse par accident. Comme cet enfant, né difforme et infirme; ne pouvait rendre aucun service dans sa maison, M. de Lussan l'avait mis en état d'être à peu près son secrétaire, en lui faisant donner une éducation passable. Ordinairement Crâo regagnait les combles où il logeait, par un escalier de service; mais les préparatifs de la fête ayant masqué ce passage, il avait été obligé de venir chercher une autre entrée sous le vestibule où lui arriva l'aventure que vous savez.

Il avait souvent vu venir à l'hôtel M. de Cérigny, sa femme et Georges, et comme les laquais sont toujours les premiers instruits des intrigues, Crâo connaissait parfaitement les rapports qui liaient si intimement toutes ces heureuses personnes; mais il connaissait aussi les tolérances mutuelles qui rendaient ces liens si difficiles à briser.

Et c'est ce dont Crâo enrageait; car Georges et Hortense étant à ses yeux le type du beau et du bonheur, le vilain bossu eût mille fois donné sa chétive existence pour changer cette félicité en tourment.—On concevra l'embarras de Crâo en lisant ce qui suit.

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