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France noire (Côte d'Ivoire et Soudan)

APPENDICE

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(EXTRAIT DU Temps DU 11 SEPTEMBRE 1893.)

Le gouvernement anglais vient de déposer sur le bureau de la Chambre des Communes le texte de la convention franco-anglaise conclue, le 12 juillet dernier, pour compléter les conventions du 10 août 1889 et du 26 juin 1891, et pour fixer la frontière entre la colonie française de la côte d’Ivoire et la colonie anglaise de la côte d’Or.

On se souvient qu’une commission mixte franco-anglaise avait été désignée en 1891 pour procéder, sur place, à l’établissement de cette frontière conformément à ces deux conventions. Le commissaire français était le capitaine Binger, qu’accompagnaient le docteur Crozat, le lieutenant Braulot et notre collaborateur Marcel Monnier ; le commissaire anglais était le capitaine Lang. Mais le texte de la convention de 1889 n’était pas d’une grande précision, et il prêtait à des interprétations très différentes.

La frontière, y disait-on, qui a pour point de départ Newtown sur la côte, devait suivre « la lagune de Tendo et celle d’Aby jusqu’à Nougoua. A partir de Nougoua, le tracé de la frontière sera établi en tenant compte des traités respectifs conclus par les deux gouvernements avec les indigènes. Ce tracé sera prolongé jusqu’au 9e degré de latitude nord. »

C’est pour ce motif qu’en 1891 une seconde convention vint préciser la première afin de déterminer la valeur des « traités respectifs conclus par les deux gouvernements avec les indigènes ». C’est ainsi que la frontière, à partir de Nougoua, devait se diriger vers le nord en laissant le Sanwi et l’Indénié à la France, le Broussa, le Aowin et le Sahué à l’Angleterre. Plus au nord, la ligne frontière devait passer à 10 kilomètres à l’est de la route d’Annibilékrou à Bondoukou et gagner la Volta en plaçant le territoire de Bondoukou dans la sphère d’action de la France.

On pouvait supposer avec ce commentaire que les capitaines Binger et Lang allaient pouvoir exécuter facilement la mission qui leur était confiée. Mais, dès les premiers jours, on constata que le commissaire anglais, jugeant les intérêts de la colonie de la côte d’Or compromis par ces arrangements, voulait, dans l’interprétation des textes, arriver à repousser vers l’est la frontière française. Tout d’abord, un conflit s’éleva sur l’attribution de la ville même de Nougoua. « A partir de, disait le capitaine Lang, ne veut par dire que le village soit français. Dès lors, j’en revendique la propriété pour l’Angleterre. » Il fut impossible ensuite de s’entendre sur les limites des territoires dénommés dans la convention explicative de 1891. Tel village perdu dans la forêt équatoriale relevait-il du chef de Broussa et, par conséquent, était-il anglais : ou bien, au contraire, appartenait-il à la France comme tributaire du chef de Sanwi ? Les contradictions s’accumulèrent au point que la rupture fut inévitable. Le capitaine Binger et le capitaine Lang s’en allèrent en exploration chacun de leur côté, et M. Marcel Monnier a raconté, ici même, le voyage si intéressant qu’il a fait avec le commissaire français à Kong et dans la vallée du Comoé.

Les explorateurs revinrent en Europe et communiquèrent à leurs gouvernements les résultats de leurs missions. Des négociations s’engagèrent alors à Paris entre MM. Phipps et Crowe, de l’ambassade d’Angleterre, et MM. G. Hanotaux, directeur des consulats au ministère des affaires étrangères, et J. Haussmann, chef de division à l’administration des colonies. Il résulta de ces pourparlers que le capitaine Binger avait parfaitement accompli son devoir en résistant aux prétentions de son collègue, puisque la convention qui fut signée le 13 juillet nous donne entièrement satisfaction.

Ainsi, le village de Nougoua reste en notre possession, de sorte que la frontière, après avoir suivi la lagune et le fleuve Tanoé, quitte ce fleuve à cinq milles en amont de Nougoua. De là, la frontière se dirige vers le nord, passe par le sommet de la colline de Ferra-Ferrako et atteint la rivière Boi ou Bogne, affluent de droite du Tanoé, à deux milles au sud-est du village de Bamianko qui reste à la France. A partir de ce village, c’est le thalweg de la rivière Boi, dont le cours est orienté de l’ouest à l’est, qui sert de frontière, jusqu’au village d’Edoubi ou Dibi. Au delà, la frontière est moins précise, parce que la carte de ces régions, essentiellement forestières, n’est pas aussi exactement relevée qu’aux environs de Nougoua et de la rivière Boi. Aussi la convention se borne-t-elle à dire que la limite passera à 16 kilomètres à l’est du village de Iaou, situé sur la rivière Bia qui se déverse dans la lagune d’Elby, et à un kilomètre au sud du village d’Abourouferrassi qui appartient à la France. C’est ainsi que le territoire français de l’Indénié se trouvera séparé du territoire anglais de Sahué.

Comme Abourouferrassi est à plus de deux cents kilomètres de la côte, il ne semble pas utile, en ce moment, de mieux fixer une frontière qui traverse des forêts presque impénétrables. Ce que l’on veut, par des conventions de cette nature, c’est s’assurer des facilités de communication entre l’intérieur et la côte. On conçoit, dès lors, pourquoi dans l’acte du 12 juillet dernier on se borne à reproduire une clause de la convention du 26 juin 1891 plaçant la frontière à 10 kilomètres à l’est de la route conduisant directement d’Annibilékrou — village situé à 20 kilomètres environ au nord d’Abourouferrassi — à Bondoukou, ce grand centre commercial avec les chefs duquel le capitaine Binger a conclu en 1888 un traité de protectorat.

A quelques kilomètres au sud de Bondoukou, s’arrête la forêt dense. On est là en pays découvert, en région peuplée et civilisée. La frontière assure à la France et aux habitants de Bondoukou le libre accès dans la boucle du Niger, en se tenant toujours à 10 kilomètres à l’est de la route commerciale qui va de Bondoukou à la Volta noire ou occidentale, en passant par Sorobango, Tambi, Takhari et Bandagadi. C’est entre Bandagadi et Kirhindi que la frontière atteint la Volta, qu’elle suit dans la direction du nord jusqu’au 9e parallèle. A partir de ce point, les limites restent indécises et ne seront fixées que le jour où, à la suite des voyages de leurs explorateurs, la France et l’Angleterre pourront fixer leur sphère d’influence dans la boucle du Niger.

On enregistrera avec plaisir, en France, l’accord qui vient de mettre fin aux difficultés si malencontreusement suscitées par le capitaine Lang, et si un vœu pouvait être exprimé, c’est que la France et l’Angleterre règlent au plus tôt une affaire semblable soulevée, presque en même temps, à propos de la délimitation de Sierra-Leone et de la Guinée française.

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