QUARTIER SAINTE-OPPORTUNE.
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Ce quartier est borné à l'orient par le marché de l'Apport-Paris et par la rue Saint-Denis exclusivement; au septentrion par la rue de la Féronnerie, y compris les charniers des Saints-Innocents du côté de la même rue, et par une partie de la rue Saint-Honoré inclusivement, depuis ladite rue de la Féronnerie jusqu'au coin des rues du Roule et des Prouvaires; à l'occident, par les rues du Roule et de la Monnoie, et par le carrefour des Trois-Maries jusqu'à la rivière, le tout exclusivement; et au midi, par les quais de la Vieille Vallée-de-Misère et de la Mégisserie inclusivement.
On comptoit en 1789, dans ce quartier, vingt-neuf rues, deux places et deux culs-de-sac. On y voyoit, avant la révolution, une église collégiale et paroissiale, une chapelle, une prison et un grenier public.
En jetant les yeux sur la carte qui représente Paris tel qu'il étoit sous le règne de Philippe-Auguste, on voit que ce quartier est un des plus anciens de cette partie de la ville, et qu'il étoit déjà renfermé en entier dans l'enceinte que ce prince avoit fait élever.
Tel étoit alors l'état de la partie de Paris connue sous le nom de Ville: des terrains vagues et déserts occupoient l'extrémité de son enceinte, et des marais fangeux la bordoient le long du cours de la rivière.
En sortant de la Cité pour aller au Louvre, le premier édifice public que l'on rencontroit étoit une espèce de château qui appartenoit à l'évêque, et qui n'a été détruit que vers la fin du siècle dernier.
LE FOR-L'ÉVÊQUE.
LE GRENIER À SEL.
Derrière le grenier à sel étoit la juridiction des officiers préposés à la distribution de cette denrée, dont la vente appartenoit exclusivement à l'autorité publique.
LA CHAPELLE SAINT-ÉLOI.
Cet hôpital, ainsi disposé, fut destiné à recevoir les pauvres orfévres âgés ou infirmes et leurs veuves; et les choses restèrent en cet état jusqu'au règne de Henri II. À cette époque les premiers bâtiments, construits en bois, menaçant ruine, on prit la résolution de les reconstruire en pierre, ainsi que la chapelle. La communauté se trouvoit alors propriétaire de huit maisons environnantes qu'elle avoit acquises successivement, et qu'elle fit entrer dans le nouveau plan de ses constructions. Un hôpital plus vaste, une chapelle plus commode prirent la place de ces vieilles masures, et le tout fut achevé en 1566. Un établissement si respectable a duré jusqu'en 1789, et l'on ne peut assez louer ce zèle noble, cette générosité touchante, qui ne se sont pas démentis un seul instant dans cette compagnie. Les pauvres orfévres étoient assurés de trouver à la fin de leur carrière une retraite honnête et tranquille, où ils recevoient tous les secours nécessaires à la vie; et l'on a vu même plusieurs de leurs confrères, par une charité encore plus ardente, sacrifier une partie considérable de leur fortune, pour adoucir le sort de ceux que leurs infirmités forçoient d'aller chercher un dernier asile dans l'hôpital des Incurables.
La chapelle étoit desservie par un chapelain, un diacre et un sous-diacre d'office, deux chantres et quelques autres officiers aux gages du corps des orfévres, et à la nomination des gardes; le chapelain seul ne pouvoit être nommé ou destitué que par délibération des gardes en charge et anciens gardes assemblés. On choisissoit de préférence pour remplir cet emploi un fils d'orfévre, si d'ailleurs il avoit les qualités requises.
Cette communauté étoit l'un des six corps qui, sous la monarchie, représentoient le commerce de Paris. Nous pensons que c'est ici le lieu de donner sur cette institution des six corps les détails que nous avons tirés des divers historiens de Paris.
LES SIX CORPS.
On attribue la réunion des six corps à Philippe-Auguste. Avant ce temps, le commerce de Paris ne se faisoit que par une compagnie de gens associés sous le titre de Marchands de l'eau hansez de Paris; cette compagnie formoit le Corps-de-Ville; et c'est par cette raison que le prévôt des marchands est appelé le chef de l'Hôtel-de-Ville.
Ces six corps étoient les drapiers, les épiciers, les merciers, les fourreurs, les bonnetiers et les orfévres.
Cette institution a éprouvé d'assez grandes variations; et le nombre des corps qui la composoient n'a pas toujours été le même pendant le cours de son existence. Sous François Ier on trouve qu'il y en avoit sept, tandis qu'on n'en compte que cinq sous Louis XII. «Et s'il est vrai, dit Sauval, que les pelletiers puissent être écoutés en cette occasion, il ne s'en trouveroit que quatre anciennement; et c'étoient eux qui marchoient à la tête.»
Ils formoient entre eux une étroite confédération, dont l'objet étoit le bien du commerce en général. Cette union et ses effets étoient exprimés dans leur devise, dont le corps étoit un Hercule qui s'efforce vainement de rompre un faisceau composé de six baguettes. On lisoit autour de l'exergue ces mots: Vincit concordia fratrum.
Les marchands de vin sollicitèrent long-temps pour être admis dans cette communauté, et y former un septième corps. Il avoient même obtenu à cet effet des lettres-patentes de Henri III, qui furent confirmées d'abord par Henri IV, ensuite par Louis XIII et Louis XIV. Cependant les six corps, tant qu'a duré leur ancienne forme, n'ont jamais voulu ni les reconnoître, ni les admettre dans leurs assemblées, ni souffrir qu'ils se mêlassent avec eux dans les solennités publiques. Ce ne fut qu'en 1776 qu'ils parvinrent enfin à y être agrégés, lorsque Louis XVI, après avoir donné son édit pour la suppression des jurandes et communautés de commerce, recréa sur-le-champ, par un édit nouveau, six corps marchands et quarante-quatre communautés d'arts et métiers. Les marchands de vin obtinrent alors ce qu'ils désiroient depuis si long-temps, et furent le sixième corps dans la nouvelle organisation. Voici quelques détails sur l'ancienne forme, les statuts et les prérogatives de cette compagnie.
LES DRAPIERS.
Quoique le premier rang leur ait été quelquefois disputé, cependant il paroît que, depuis très-long-temps, ils le possédoient sans aucune contestation. Ce corps, qui étoit l'un des plus anciens, étoit en même temps l'un des plus riches de la communauté.
La plupart d'entre eux habitèrent long-temps la rue de la Vieille-Draperie, dans laquelle Philippe-Auguste leur avoit donné vingt-quatre maisons confisquées sur les Juifs après leur bannissement; nous avons déjà dit que c'étoit des drapiers que cette rue avoit pris son nom.
Leur bureau étoit situé rue des Déchargeurs, dans une ancienne maison nommée les Carneaux, qu'ils avoient achetée en 1527, et qu'ils rebâtirent vers le milieu du dix-septième siècle. En 1629, ils demandèrent aux prévôt et échevins de Paris des armoiries, tant pour mettre aux torches de leurs enterrements, que pour se faire distinguer dans les autres solennités. Cette demande leur fut accordée: c'étoit un navire d'argent à la bannière de France flottante, un œil en chef et le champ d'azur.
LES ÉPICIERS.
On appeloit ainsi celui des six corps où se faisoit le commerce des drogues et autres marchandises comprises sous le nom d'épiceries. Il avoit rang après celui des drapiers.
Ce corps étoit partagé en apothicaires et épiciers, et ces derniers en droguistes, confituriers et ciriers. Ces deux divisions étoient gouvernées par les mêmes maîtres et gardes, et régies par les mêmes lois. Ces gardes, au nombre de six, et pris également parmi les apothicaires et les épiciers, étoient chargés de tenir la main à l'exécution des statuts et réglements, de faire au moins trois visites par an, et en outre, des visites générales chez tous les marchands, maîtres de coches, etc., pour confronter les poids et les balances. C'étoit un droit dont ils jouissoient exclusivement, parce qu'ils ont eu de tout temps des étalons de poids en dépôt; mais ils ne pouvoient l'exercer sur les cinq autres corps qui étoient exempts de leur inspection.
Ils avoient pour armoiries, coupé d'azur et d'or, à la main d'argent sur l'azur, tenant des balances d'or; et sur l'or, deux nefs de gueule, flottantes aux bannières de France, accompagnées de deux étoiles à cinq pointes de gueule, avec la devise en haut: Lances et pondera servant.
LES MERCIERS.
Le corps de la mercerie, le troisième des six corps marchands, étoit si étendu et si considérable, qu'il étoit pour ainsi dire divisé en vingt classes différentes: on distinguoit les négociants ou marchands en gros; les marchands d'étoffes de soie, brochées en or et argent; ceux qui faisoient le commerce de dorure et de galons, dentelles et réseaux d'or et d'argent; les marchands de fer, de soieries, de modes, toiles, dentelles, etc. Ce nom de mercier indique en effet, par son étymologie, toutes marchandises, denrées, ou choses dont on peut faire trafic.
Ce corps fut établi par Charles VI, qui lui donna ses premiers statuts et réglements en 1407 et 1412. Ils furent depuis confirmés et augmentés par Henri II, Charles IX, Henri IV, Louis XIII et Louis XIV.
À la tête de ce corps étoient sept maîtres et gardes, préposés pour la conservation de ses priviléges et de sa police. Leur bureau étoit situé rue Quinquempoix.
Les armoiries du corps de la mercerie étoient un champ d'argent chargé de trois vaisseaux, dont deux en chef et un en pointe. Ces vaisseaux étoient construits et mâtés d'or sur une mer de sinople, le tout surmonté d'un soleil d'or, avec cette devise: Te toto orbe sequemur.
LES PELLETIERS.
Ce corps, qui est le quatrième, se composoit de ceux qui apprêtent et vendent toutes sortes de peaux avec leur poil, comme manchons, palatines, fourrures, etc.
Dans les cérémonies publiques, il disputoit le troisième rang au corps de la mercerie, lequel s'est cependant maintenu en possession de la préséance, malgré toutes les protestations des pelletiers, qui ne pouvoient oublier que dans l'origine ils avoient marché à la tête des six corps.
En 1586, sous Henri III, la communauté des fourreurs fut réunie à celle des pelletiers, et il leur fut donné les premiers statuts, qui les qualifioient de maîtres et marchands pelletiers, haubaniers, fourreurs. Ces statuts ont été depuis augmentés et confirmés par Louis XIII et Louis XIV.
Les armoiries de ce corps étoient un agneau pascal d'argent en champ d'azur, à la bannière de France de gueule, ornées d'une croix depuis 1368. Ce nouveau symbole fut le résultat d'une concession que leur procura le duc de Bourbon, comte de Clermont, grand chambellan de France, qu'ils prétendoient avoir eu pour chef et pour protecteur.
Ils avoient leur bureau rue Bertin-Poirée.
LES BONNETIERS.
Les bonnetiers formoient le cinquième corps. Ils avoient le droit de vendre bonnets de drap, de laine, bas, gants, chaussons, et autres semblables ouvrages faits au métier, au tricot, à l'aiguille, en laine, fil, lin, poil, castor, coton, et autres matières ourdissables.
Dans les statuts de la bonneterie, accordés par Henri IV en 1608, les marchands bonnetiers sont appelés aulmuciers-mitoniers, parce qu'anciennement c'étoient eux qui faisoient des aumuces ou bonnets dont on se servoit en voyage; et qu'ils vendoient des mitaines.
Ce cinquième corps s'est accru, en 1716, de la communauté des maîtres bonnetiers et ouvriers en tricots, des faubourgs.
Il avoit son bureau dans la rue des Écrivains.
Ses armoiries étoient d'azur à la toison d'argent, surmontées de cinq navires aussi d'argent, trois en chef et deux en pointe. Il avoit autrefois une confrérie établie dans l'église de Saint-Jacques-de-la-Boucherie, sous la protection de saint Fiacre.
LES ORFÉVRES.
Ce corps se composoit des orfévres, joailliers-bijoutiers, metteurs en œuvre et marchands d'or et d'argent. Il étoit le sixième et dernier des six corps marchands.
L'orfévre est l'artiste et le marchand tout ensemble. Il fabrique, vend et achète toutes sortes de vaisselles, bijoux, vieux galons et autres effets d'or et d'argent. Il a aussi le négoce et l'emploi des diamants, perles et pierres précieuses.
Philippe de Valois avoit honoré ce corps des armoiries qu'il possédoit. Elles étoient de gueules à trois croix d'or dentelées, accompagnées, aux premier et quatrième quartiers, d'une coupe d'or, et aux second et troisième, d'une couronne du même métal, au chef d'azur semé de fleurs de lis sans nombre.
L'ÉGLISE ROYALE, COLLÉGIALE ET PAROISSIALE DE SAINTE-OPPORTUNE.
L'origine de cette ancienne église a fait naître de grands débats parmi les historiens de Paris; et, dans les opinions contradictoires qu'ils présentent, on ne voit d'aucun côté des autorités assez fortes pour que l'on puisse, sans balancer, embrasser l'une de ces opinions. Jusqu'ici l'on a pu remarquer que, dans la plupart de ces antiquités dont il est resté des traditions si confuses, l'incertitude est presque toujours le résultat de tant de travaux entrepris pour démêler la vérité.
Le plus grand nombre prétend que cette église ne fut dans ses commencements que la chapelle d'un ermitage, qu'on nommoit Notre-Dame-des-Bois, parce qu'elle étoit située à l'entrée d'une forêt qui s'étendoit en largeur depuis cet ermitage jusqu'au pied de Montmartre, et en longueur, depuis le pont Perrin, qui étoit vers la porte Saint-Antoine, jusqu'aux environs de Chaillot. Ils ajoutent que les incursions et les ravages des Normands ayant forcé Hildebrand, évêque de Séez, de s'enfuir de son diocèse, il demanda à l'un de nos rois un lieu de sûreté pour son clergé et pour les reliques de sainte Opportune, fille du comte d'Hiême, et morte abbesse d'Almenêche; que d'abord ce prélat obtint la terre de Moucy-le-Neuf près de Senlis, où le corps de la sainte fut déposé; mais que ne s'y croyant pas encore entièrement hors d'insulte, il fut appelé à Paris, et établi dans cette chapelle de Notre-Dame-des-Bois; qu'il y fit apporter les reliques de la sainte, devint recteur de cette chapelle, et d'un hospice élevé auprès par ses soins; et qu'enfin la dévotion des fidèles et les offrandes qu'attiroient les miracles fréquents opérés par ces restes précieux permirent bientôt d'y bâtir une église plus considérable.
Jaillot, qui vient après tous ces auteurs, prétend les réfuter tous: sans s'arrêter à prouver qu'on ne peut sérieusement avancer qu'il existoit une chapelle à Paris dès l'an 252, lorsqu'on n'a aucune autorité qui puisse donner même de la vraisemblance à une semblable assertion, il soutient que sous Charles-le-Chauve il existoit déjà une enceinte au nord, dans laquelle cette chapelle devoit être enclavée, et qu'il seroit absurde d'imaginer qu'il y eût une forêt dans cette enceinte. Il ajoute que nos historiens nous ayant conservé les noms de la chapelle de Saint-Pierre, de celle de Sainte-Colombe et des églises qui subsistoient dans ces temps reculés, ils auroient nécessairement fait mention de celle de Notre-Dame-des-Bois, si elle eût alors existé; que cependant on n'en trouve aucun vestige, ni dans les chartres qui contiennent les libéralités de nos rois envers l'église de Sainte-Opportune, ni dans l'histoire de la vie de la sainte, dont l'auteur avoit pu être témoin oculaire d'une partie de ces faits, etc. «Enfin, dit-il, pourquoi Hildebrand fit-il bâtir une église pour y mettre le corps de sainte Opportune? La chapelle de Notre-Dame-des-Bois ne suffisoit-elle pas pour renfermer ce saint dépôt? Et quelque petite qu'on puisse la supposer, n'étoit-elle pas assez grande pour lui et les quatre clercs qui l'accompagnoient? Quelle conséquence en tirer, si ce n'est que cette chapelle n'existoit point alors, et qu'elle n'a été bâtie que depuis, sous un nom que des circonstances ou des motifs particuliers lui auront fait donner, et dont la connoissance n'est point venue jusqu'à nous?»
De telles raisons ne peuvent sembler concluantes: l'ermitage et la forêt pouvoient exister avant que l'enceinte eût été formée; et lorsque l'on conçut le projet d'élever une muraille contre les incursions des Normands, on put y faire entrer la chapelle, établie sans doute sur la lisière du bois, sans être forcé d'y comprendre la forêt tout entière. En supposant qu'il ne reste aucune trace de cet ancien édifice dans les vieilles chroniques, une tradition aussi constante que celle sur laquelle s'appuient tous les historiens n'est point à dédaigner, et ne peut être rejetée comme une chimère, lorsqu'il s'agit d'un événement aussi simple, aussi naturel que celui de l'érection d'une chapelle; mais la dernière raison surtout nous semble peu digne d'un critique aussi éclairé: pourquoi Hildebrand n'auroit-il pas fait bâtir une église à la place de cette chapelle pour honorer davantage la sainte, surtout si la dévotion et les offrandes des fidèles lui en fournissoient les moyens? (et cet incident fait aussi partie de la tradition.) Il y a tant d'exemples de chapelles changées en églises magnifiques, uniquement parce qu'on y avoit déposé les reliques de tel ou tel saint, qu'on ne sauroit s'appuyer sur d'aussi foibles preuves pour rejeter cette tradition.
Jaillot est plus heureux dans ses conjectures sur le prince qui donna à Hildebrand le terrain sur lequel il bâtit cette église: il prétend que ce fut Louis-le-Bègue, et non Charles-le-Chauve et Louis de Germanie. Il prouve aussi très-bien que toutes les chartres des rois de la troisième race, dans lesquelles les antiquaires ont cru voir une donation de ce territoire, ne contiennent que la confirmation d'un droit de propriété que les chanoines de Sainte-Opportune possédoient dès la seconde, etc. Au reste, en soutenant que la chapelle n'existoit point avant Hildebrand, que ce fut lui qui la fit bâtir ainsi que l'hospice, il convient avec tous les historiens que les miracles opérés par les reliques de sainte Opportune occasionnèrent un concours de fidèles dont la piété et la libéralité fournirent les moyens de bâtir une plus grande église sous son invocation.
Le territoire sur lequel cette église fut élevée étant dans la dépendance de Saint-Germain-l'Auxerrois, le chapitre de cette église prétendit être en droit de nommer aux prébendes de Sainte-Opportune, ce qui lui fut accordé par Imbert, évêque de Paris, vers 1030, et confirmé par Galon en 1108, et Maurice de Sully en 1192.
En 1311 Guillaume d'Aurillac, évêque de Paris, établit dans cette église deux marguilliers laïques, auxquels il donna l'administration de la fabrique.
Cette église possédoit plusieurs reliques renommées, et entre autres une côte et un bras de la sainte dont elle portoit le nom. Ce dernier ossement, qu'elle obtint, dit-on, en 1374, de l'abbé de Cluni, à qui appartenoit alors la terre de Moucy-le-Neuf, y fut apporté avec une pompe remarquable. Cette translation se fit du palais Saint-Paul à l'église avec grands luminaires et grande suite de peuple, à la tête duquel étoient Charles V et toute sa cour. Dès lors il fut ordonné que l'on feroit tous les ans, le premier dimanche d'après les Rois, jour de cette translation, l'office double de sainte Opportune, et que l'office du dimanche seroit remis à un autre jour.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINTE-OPPORTUNE.
TABLEAUX.
La Présentation au temple, par Jouvenet; une Mère de douleur, par Champagne.
SÉPULTURES.
La chapelle Notre-Dame-des-Bois étoit affectée depuis 1515 à la sépulture de la famille Perrot.
On remarquoit encore dans cette église un candélabre à dix branches, d'un fort beau travail, que lui avoit donné l'empereur Charles-Quint, lors de son passage à Paris.
L'église Sainte-Opportune a été détruite et est remplacée par des maisons particulières.
HÔTELS DU QUARTIER SAINTE-OPPORTUNE.
MAISON DE LA COURONNE D'OR.
HÔTEL DE VILLEROI.
De l'autre côté, entre les rues de la Limace et des Mauvaises-Paroles, étoit situé, vers le milieu du seizième siècle, l'hôtel des ducs de Villeroi; il a été acquis depuis par MM. Pajot, et a servi pendant quelque temps de bureau général des postes.
HÔTEL DE ROHAN-MONTBAZON.
C'est dans la rue de Béthisi, voisine de celle des Bourdonnois, que demeuroit Gaspard de Coligni, amiral de France; et c'est là qu'il fut massacré dans la nuit de la Saint-Barthélemi. Cette maison a été occupée depuis par les seigneurs de Rohan-Montbazon, dont elle portoit encore le nom en 1772. Elle est petite, à peine suffisante pour l'établissement du marchand qui l'occupe aujourd'hui, et n'a, dans son extérieur, rien qui annonce qu'elle ait été la demeure de personnages distingués.
HÔTEL DE ROYAUMONT.
L'abbé et les religieux de Royaumont avoient leur hôtel dans la rue Saint-Germain-l'Auxerrois. Cet hôtel avoit été amorti au mois de février 1248; mais en 1316, ils l'échangèrent, avec Jean de Dijon, pour une maison située rue Raoul Roissole (aujourd'hui rue du Jour), près Saint-Eustache.
HÔTEL DE L'ABBAYE DE JOIE-EN-VAL.
L'hôtel des religieux de cette abbaye étoit situé dans la rue des Orfévres, qui, par cette raison, portoit anciennement le nom de la rue aux Moignes de Jenvau. C'est ainsi qu'elle est désignée par Guillot.
MAISON DU CHEVALIER DU GUET.
Le commandant de ce corps est nommé chevalier du guet dans une ordonnance de saint Louis, de l'année 1254, et dans plusieurs autres titres de cette même époque; et Delamare, rejetant les diverses étymologies que l'on a voulu donner à cette dénomination, pense avec raison qu'il faut aller en chercher l'origine jusque chez les Romains, qui ne confioient un poste de cette importance qu'à un personnage d'une condition relevée, et qui le choisissoient toujours dans l'ordre des chevaliers.
Si nous examinons maintenant les divers changements et révolutions qu'a éprouvés le guet de Paris, nous trouvons que, par un édit de 1559, la compagnie du guet royal fut portée à deux cent quarante hommes, et qu'en même temps le guet assis fut supprimé. Deux ans après, en 1561, au milieu des troubles que firent naître les guerres de religion, on voit la garde de Paris remise entièrement aux bourgeois, et le guet royal supprimé. Enfin, par l'édit de pacification de 1563, les bourgeois furent de nouveau entièrement déchargés du service, et le guet redevint ce qu'il avoit été en 1559. Depuis cette époque et jusqu'à la destruction de ce corps opérée dans la première année de la révolution, il n'a éprouvé d'autre changement que celui d'une augmentation successive, et proportionnée aux accroissements continuels de la capitale.
BUREAU DES MARCHANDS DRAPIERS.
RUES ET PLACES DU QUARTIER SAINTE-OPPORTUNE.
La place Gastine étoit à l'entrée de cette rue. Sur cette placé étoit auparavant la maison d'un protestant, nommé Philippe de Gastine, condamné à mort et exécuté en 1568, pour l'avoir fait servir au prêche de sa secte, contre la teneur des édits; et à l'endroit de cette maison, qui fut en même temps rasée, on érigea une croix, que depuis on enleva et transporta au cloître des Innocents, par suite de l'édit de pacification que Charles IX accorda aux réformés en 1570.
Le premier nom de cette rue étoit la Charpenterie, et c'est ainsi qu'elle est indiquée dans les censiers de l'évêché du quatorzième siècle; elle le portoit encore au milieu du siècle suivant, mais seulement depuis la rue Tire-Chape jusqu'à celle des Bourdonnois. L'autre partie conservoit le nom de Béthisi.
Rue Boucher. Elle donne d'un bout dans la rue Thibaut-aux-Dés, de l'autre dans celle de la Monnoie. Cette rue, commencée en 1776, fut ouverte en 1778 sur l'emplacement de l'ancien hôtel des Monnoies. Elle porte le nom d'un échevin qui étoit en exercice dans l'année 1773.
Rue ou place du Chevalier-du-Guet. Elle aboutit dans la rue des Lavandières, à la place du Chevalier-du-Guet et à la rue Perrin-Gasselin. En 1300 et jusqu'au milieu du seizième siècle, la place et ces deux rues n'étoient connues que sous ce nom général le Perrin-Gasselin. Celui que porte celle-ci vient d'une maison que le roi y avoit acquise pour loger le chevalier ou commandant du guet. On présume que ceci se passa en 1363, sous le roi Jean.
Rue Courtalon. Elle va de la rue Saint-Denis à la place du cloître Sainte-Opportune. Nous avons déjà observé que c'est celle que Guillot appelle rue à petits Soulers de Bazenne. Dans le siècle suivant, on ne la désignoit que sous le nom général de cloître Sainte-Opportune. On ignore si elle doit son dernier nom à une enseigne ou à Guillaume Courtalon, qui possédoit, vers le milieu du seizième siècle, deux maisons au coin de la rue des Lavandières.
Rue des Déchargeurs. Elle aboutit d'un côté dans la rue des Mauvaises-Paroles, et de l'autre dans celle de la Féronnerie. En 1300 et 1313, on la nommoit le Siége aux Déchargeurs, et depuis rue du Siége et du Viel Siége aux Déchargeurs. À l'endroit de la rue de la Féronnerie, où aboutit celle-ci, étoit une place appelée anciennement la place aux Pourciaux, et ensuite la place aux Chats. Avant que la ville se fût accrue de ce côté-là, c'étoit un lieu plein d'immondices et une voirie. Elle s'étendoit assez loin, car on ne peut douter que la rue de la Limace et le cul-de-sac de la Fosse aux Chiens n'en fissent partie.
Rue Étienne. Elle commence dans la rue Béthisi, et vient aboutir à la rue Boucher. Elle fut percée en même temps que cette dernière, sur le même emplacement, et porte comme elle le nom d'un échevin.
Henrici Magni recreat præsentia cives, Quos illi æterno fœdere junxit amor.
Rue des Fourreurs. Elle aboutit d'un côté dans la rue des Déchargeurs, et de l'autre au cloître Sainte-Opportune. Son ancien nom étoit la Cordouannerie; elle le portoit au treizième siècle. Depuis on l'a nommée Cordonnerie et Vieille-Cordonnerie; et c'est ainsi qu'elle est indiquée par Corrozet. Son dernier nom lui est venu des pelletiers qui s'y sont établis au dix-septième siècle.
Rue Saint-Germain-l'Auxerrois. Elle va de la place des Trois-Maries à la rue Saint-Denis. On peut faire remonter son origine jusqu'à celle de l'église qui lui a donné son nom, c'est-à-dire jusqu'au règne de Chilpéric Ier: car il est certain que, soit qu'il y eût ou non une clôture au nord, il existoit, à la sortie de la cité, un chemin qui conduisoit à cette église, et qui est représenté par cette rue. Il en est fait mention dans un diplôme de Louis-le-Débonnaire, de l'an 820. Guillot l'appelle rue Saint-Germain-à-Couroïers, peut-être parce qu'elle étoit alors habitée en grande partie par des corroyeurs. Avant qu'on lui eût donné le nom de Saint-Germain-l'Auxerrois, ce qui n'est arrivé que depuis environ trois cents ans, elle étoit indiquée sous celui de Saint-Germain ou grant rue Saint-Germain. Jaillot croit qu'en 1262 le bout de cette rue qui vient finir à la rue Saint-Denis étoit distingué de l'autre, et que c'étoit la rue indiquée dans les titres sous le nom de Jean de Fontenay.
Rue Jean Lantier. Elle aboutit d'un côté dans la rue Bertin-Porée, et de l'autre dans celle des Lavandières. Le véritable nom de cette rue est Jean-Lointier. On le trouve écrit ainsi dans les actes des treizième et quatorzième siècles; elle est appelée Philippe Lointier dans la liste des rues du quinzième. Au reste, Sauval, Gomboust, Bullet et autres ont plus ou moins défiguré le nom de cette rue.
Rue des Orfèvres. Elle aboutit d'un côté dans la rue Saint-Germain-l'Auxerrois, et de l'autre dans la rue Jean-Lantier. Le premier nom connu qu'elle ait porté est celui des Moines de Joie-en-Val, qu'on appeloit par corruption Jenvau. C'est ainsi que Guillot la désigne la rue à Moignes de Jenvau. On voit que, dès ce temps, cette rue étoit fermée par deux portes, ce qui lui fit donner le nom d'entre Deux-Portes, aux Deux-Portes et des Deux-Portes; elle le portoit encore au commencement du quinzième siècle. Le procès-verbal de 1636 la nomme rue de la Chapelle aux Orfèvres, parce que la chapelle et l'hôpital qu'ils avoient fait bâtir y étoient situés.
Rue des Mauvaises-Paroles. Elle traverse de la rue des Bourdonnois dans celle des Lavandières. Nous avons déjà dit, en parlant de celle des Deux-Boules, qu'au douzième siècle on la confondoit avec celle-ci. On les trouve toutes les deux distinguées dans Guillot. Corrozet l'appelle rue des Mauvaises-Paroles, et ce nom n'a pas varié depuis.
Rue Perrin-Gasselin. Elle fait la continuation de la rue du Chevalier-du-Guet, et aboutit à la rue Saint-Denis. Ce nom, commun autrefois à tout cet endroit, n'est resté qu'à la petite partie de la rue qui le porte aujourd'hui, et ce n'est que depuis la fin du dix-septième siècle qu'il lui a été restitué; car sur les plans de Gomboust et de Bullet, elle est nommée, dans toute son étendue, rue du Chevalier-du-Guet.
Cette rue a toujours conservé le même nom, cependant avec un changement dans l'orthographe, qui en détruit l'étymologie; car on écrit et on l'appelle rue de la Sonnerie ou Petite-Sonnerie. Seroit-ce par aphérèse, dit Jaillot, et parce qu'on y vendoit du poisson? En effet, elle est nommée, dans le procès-verbal de 1636, rue de la Petite-Poissonnerie.
Rue Thibaut-aux-Dés. Elle commence à la rue Saint-Germain-l'Auxerrois, et finit à celle des Bourdonnois. Il est peu de rues dont le nom offre autant de variations dans l'orthographe. On trouve Thibaut-à-Déz dans Guillot, Thibaut-aux-Dez en 1313; et dans la liste du quinzième siècle, Thibaut-Ausdet, Thibaut-Todé, Thibaut-Oudet, Thiebaut-Audet. Ces derniers noms ne paroissent être que des fautes de copistes.
QUAIS.
Quai de la Mégisserie. Il va du pont Neuf au pont au Change. Le peuple l'appelle plus ordinairement quai de la Ferraille, parce qu'il est habité en grande partie par des marchands de fer. On le nomma d'abord quai de la Saunerie; et la dernière rue qui vient y aboutir lui avoit donné ce nom qu'elle conserve encore. La partie occidentale de ce quai étoit habitée, dès la fin du treizième siècle, par cette classe d'ouvriers qui préparent les peaux, et qui ont besoin, pour exercer leur industrie, du voisinage des eaux; et dès ce temps-là on l'appeloit la Méguiscerie et la Mégisserie.
Le Marché aux fleurs, aux graines, aux arbrisseaux, etc, se tenoit sur ce quai avant la révolution; depuis il a été transporté dans la Cité. (Voyez première partie, p. 465.)
RUES ET PLACES NOUVELLES.
Place Sainte-Opportune. Cette place a été formée d'une portion des bâtiments du cloître de l'église Sainte-Opportune. L'autre partie de ces bâtiments existe encore.