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Sainte Thérèse

APPENDICE

Reading edition

Pour la commodité du lecteur, nous croyons devoir donner ici quelques indications bibliographiques, réduites à l’essentiel.

I. — Textes de sainte Thérèse, en espagnol :

— Édition princeps de Luis de Leon, Salamanque, 1588 :

Los libros de la Madre Teresa de Jesus, fundadora de los monasterios de monjas y frayles carmelitas descalços de la primera regla… En Salamanca, por Guillelmo Foquel, MDLXXXVIII.

— La plus moderne des éditions espagnoles, celle qui fait actuellement autorité :

Obras de santa Teresa de Jesus, editadas y anotadas por el P. Silverio de Santa Teresa. Tipografia de « El Monte Carmelo », 1915-1919. 6 vol. parus.

II. — Traductions françaises :

— Œuvres de sainte Térèse, traduction par le P. Marcel Bouix, de la Compagnie de Jésus. Paris, Lecoffre, 1861. 6 vol.

— Œuvres complètes de sainte Térèse de Jésus, traduction nouvelle par les Carmélites du premier monastère de Paris, avec la collaboration de Mgr Manuel-Marie Polit, évêque de Cuenca. 6 vol in-8o. Paris, Beauchesne et Cie, 1907-1910.

III. — Biographies :

— P. Francisco de Ribéra :

La vita de la Madre Teresa de Jesus, fundadora de la Descalças y descalços carmelitas, compuesta por el P. Doctor Francisco de Ribéra, de la Compañia de Jesus… Salamanca, Pedro Lasso, 1590.

— Traduction française par le P. Marcel Bouix, de la Compagnie de Jésus : La vie de sainte Térèse, par le P. François de Ribéra. Paris, Lecoffre, 1864. 2 vol.

— Les Bollandistes, Acta sanctorum, t. VII. Bruxelles, 1843.

— L’histoire de sainte Thérèse, par une carmélite de Caen, 2 vol. in-8o. Paris, Rétaux, 1882.

— Sainte Térèse, sa vie, son œuvre et sa doctrine. Éditions de la Vie spirituelle. Saint-Maximin (Var).

— Sainte Thérèse (collection de la Vie des Saints), par Henri Joly. Paris, Lecoffre.

IV. — Études récentes :

— L’Amour divin : Essai sur les sources de sainte Thérèse, par G. Etchegoyen. (Bibliothèque de l’École des Hautes Études hispaniques, fascicule IV), 1923.

— Sainte Térèse écrivain, son milieu, ses facultés, son œuvre, par l’abbé Rodolphe Hornaert. Desclée, Paris, 1922.

II NOTE SUR L’ECCE HOMO ET LE CHRIST A LA COLONNE

Est-ce la vue d’un Ecce homo, ou d’un Christ à la Colonne qui détermina la conversion de sainte Thérèse ? Étant donnée la prédilection qu’elle semble avoir toujours eue pour cette image du Christ à la Colonne, j’avais pensé que c’était elle qui fut la cause occasionnelle de ce grand bouleversement moral d’où sortit sa conversion. Il paraît que cette idée est contraire aux traditions du monastère de l’Incarnation.

Voici ce que m’écrit à ce sujet le T.R.P. Christoval de la Virgen del Carmen, actuel prieur du couvent des Carmes déchaussés d’Avila :

Avila, 1er juillet 1926.

… Les doutes que vous me soumettez sont au nombre de deux :

1o L’image de l’Ecce homo, qui est vénérée au couvent de l’Incarnation et devant laquelle, dit-on, sainte Thérèse prononça son vœu de perfection, en 1560 (vœu renouvelé en 1565 sous une nouvelle forme), est-ce la même image qui se trouvait accidentellement dans l’oratoire du couvent et devant laquelle la Sainte fut si profondément émue qu’elle versa des larmes amères sur ses fautes, comme elle le rapporte elle-même au chapitre IX de sa Vie ? — A cela je réponds que, selon la tradition et les manuscrits qui se conservent dans la communauté, il semble que c’était la même. En effet, ces documents affirment que l’image en question se trouvait à l’infirmerie du couvent et que, de là, on la transporta à l’oratoire pour une fête religieuse que l’on préparait. Et c’est ainsi que la Sainte la rencontra à cet endroit (dans l’oratoire). Replacée à l’infirmerie, cette statue y resta jusqu’à l’époque où fut détruite, en même temps que l’oratoire, la première cellule occupée par la Sainte, avec d’autres dépendances du couvent, pour construire la chapelle de la Transverbération, où l’on accède par l’église.

Par la suite, on bâtit un autre oratoire, et c’est dans cet oratoire que se conserve actuellement l’image de l’Ecce homo. Le fait que cette sculpture n’a pas grande valeur artistique n’empêche pas que sa vue ait impressionné la Sainte et qu’elle en ait conçu une grande douleur et un grand repentir de ses péchés, car les impressions de ce genre dépendent bien plus des dispositions intérieures du sujet et de la grâce de Dieu qui meut les cœurs, que de la perfection esthétique d’une image.

2o Le second doute que vous me proposez est le suivant : La Sainte a-t-elle jamais eu une vision imaginaire du Christ à la Colonne ?

A cela, je vous répondrai que, selon toutes les informations relatives à ce sujet, la Sainte eut une vision imaginaire du Christ à la Colonne, tandis qu’elle s’entretenait avec un cavalier, dans le parloir du couvent de l’Incarnation, aux environs de 1540. Dans son autobiographie (chap. VII, no 6), la Sainte dit que Notre-Seigneur lui apparut et qu’elle le vit avec les yeux de l’âme (vision imaginaire). Et, bien qu’elle ne dise pas sous quelle forme elle le vit, tous ses biographes, dont quelques-uns l’ont connue, affirment qu’elle le vit « attaché à la Colonne ». Par exemple, don Diego de Yepès, biographe et confesseur de la Sainte : « Elle eut, dit-il, cette vision, dans la porterie du monastère, étant en conversation avec cette personne, dont elle nous parle. Alors Notre-Seigneur lui apparut attaché à la Colonne et avec de nombreuses plaies (muy llagado), particulièrement à un bras, tout près du coude, où un morceau de chair est arraché. Depuis, la Sainte Mère fit peindre cette vision dans un ermitage du couvent qu’elle fonda, à Saint-Joseph d’Avila… »

Je ne puis que m’incliner devant de telles affirmations. Toutefois, je conserve des doutes relativement au lieu où sainte Thérèse rencontra à l’improviste cette image de l’Ecce homo. On nous dit que c’est dans l’oratoire du couvent. Pour moi, j’incline à croire que ce fut dans son oratoire particulier : il semble que, dans ces conditions, la rencontre eut quelque chose de plus intime, de plus personnel et que la Sainte en fut plus frappée, que si le fait s’était produit dans un lieu ouvert à tous.

Le Père Christoval me répond : « J’ai conféré à ce sujet avec les religieuses de l’Incarnation, et, après leur avoir posé diverses questions, je me suis convaincu que l’affirmation du Père de Ribéra (sur lequel je m’appuyais) n’a pas de raison d’être. En effet, jamais les religieuses de l’Incarnation n’ont eu d’oratoire particulier. Et il n’y a pas lieu de supposer que sainte Thérèse faisait exception. Elle s’est toujours distinguée par sa soumission à la règle commune, laquelle n’autorisait pas les oratoires particuliers. Le texte de la Sainte elle-même ne permet pas de déduire que le fait ait eu lieu dans un oratoire privé… »

J’avoue qu’il m’est difficile de concilier ces conclusions avec d’autres textes, dont un, au moins, de sainte Thérèse elle-même. Elle dit, en effet, au chapitre III de sa Vie : « … On me voyait, si jeune encore… me retirer souvent dans la solitude, pour prier et faire de longues lectures. J’aimais à parler de Dieu, à faire peindre de Lui de nombreuses images, à avoir un oratoire, à y arranger des choses propres à exciter la dévotion… (tener oratorio, y procurar en él cosas que hiciesen devoción). »

D’autre part, Maria Pinel, dans un document reproduit par le P. Silverio (Obras de S. Teresa, t. II, p. 113), parle expressément de l’oratoire de la Sainte : « Lorsque la nuit, dans son oratoire (en su oratorio), elle faisait son examen de conscience… » Enfin, le célèbre historien du Carmel, le P. Jeronimo de San José, qui écrivait au commencement du XVIIe siècle et qui a pu interroger bien des religieuses contemporaines de sainte Thérèse, — confirme le fait dans un passage également cité par le P. Silverio (Obras de S. Teresa, t. II, p. 122) : « Elle eut deux cellules dans ce monastère. Avant d’être prieure, elle passa vingt-sept ans dans l’une d’elles ; dans l’autre, elle passa les trois années de son priorat, étant déchaussée. La première se divisait en deux appartements, l’un en bas, l’autre en haut. Dans l’appartement du bas, elle avait son oratoire (en el bajo tenia su oratorio) ; dans une niche, se trouvaient quelques images et, au-dessus, une inscription qui disait : Non intres in judicium cum servo tuo, Domine !…

Il semble donc bien assuré que sainte Thérèse avait, au couvent de l’Incarnation, un oratoire particulier. Est-ce dans cet oratoire, ou dans l’oratoire commun à toutes les religieuses qu’elle rencontra une statue représentant soit le Christ à la Colonne, soit l’Ecce homo, — la chose n’est pas absolument indifférente, comme nous venons de le dire. La rencontre, ayant lieu dans l’oratoire privé de la Sainte, pouvait passer, à ses yeux, pour une grâce plus spéciale. En tout cas, ce qui est certain, c’est que la vue de la statue, à cette place, fut, pour elle, quelque chose de fortuit, d’imprévu. On avait déposé accidentellement cette statue en cet endroit, et, — que la Sainte en ait été avertie ou non, — cette image ainsi placée était pour elle un spectacle insolite, dont elle fut vivement frappée. Si c’est dans son oratoire particulier que le fait se produisit, c’est-à-dire dans une étroite cellule, où elle put la contempler de tout près, on conçoit que l’impression ait été d’autant plus forte.

Le difficile est d’expliquer pourquoi on aurait déposé cette statue dans l’oratoire privé d’une religieuse, en vue d’une fête qui se préparait. Mais la même difficulté subsiste, si l’on suppose que ce fut dans l’oratoire de la communauté. C’est dans l’église du couvent que l’image aurait dû être placée, puisque c’est évidemment dans l’église que se célébrait la fête. Si l’on suppose qu’il s’agissait d’un paso, d’une statue mobile que l’on devait promener dans une procession, il est très simple de supposer qu’on l’avait placée dans l’oratoire de sainte Thérèse, en attendant la procession, — aussi simple que de supposer qu’on l’eût placée dans l’oratoire commun.

Mais, même si ce fut dans l’oratoire commun, pièce très probablement beaucoup plus exiguë qu’une église ou une salle d’infirmerie, la Sainte vit la statue de plus près que lorsqu’elle était à sa place ordinaire. Et cela me paraît être le point capital.

III SUR LES DIRECTEURS DE SAINTE THÉRÈSE

Elle en a eu de toutes sortes, laïques et religieux, réguliers et séculiers. On peut dire que les trois grands ordres religieux de ce temps-là, — les franciscains, les dominicains et les jésuites, — ont collaboré à sa formation spirituelle, les deux derniers surtout. Les jésuites lui ont enseigné la discipline intérieure, les dominicains l’ont éclairée sur l’orthodoxie de ses états mystiques. Cela est vrai en gros, mais il serait inexact de croire que les deux grands ordres religieux se soient ainsi rigoureusement partagé les rôles dans la direction de sainte Thérèse. En réalité, les jésuites, comme les dominicains, ont eu sur elle une influence d’ordre intellectuel ou plus exactement théologique, de même que les dominicains ont eu également sur elle, et très probablement avant les jésuites, une influence d’ordre moral.

Elle-même, dans sa première relation au P. Rodrigue Alvarez (1575) a pris soin d’énumérer ses principaux directeurs, tant jésuites que dominicains, — et l’on voit que la Sainte a consulté les uns et les autres surtout en qualité de théologiens, du moins à partir du moment où elle eut des visions. Pour les jésuites, les P.P. Araoz, commissaire de la Compagnie, François Borgia, Gilles Gonzalez, Balthasar Alvarez, Salazar, Santander, Ripalva, Paul Hernandez et Ordoñez… Pour les dominicains, les P.P. Vincent Baron, Dominique Bañez, Chaves, Ibañez, Garcia de Toledo, Barthélemy de Médina, Philippe de Menesès, Salinas, Diego de Yanguas…

IV SUR LA RENCONTRE DE SAINTE THÉRÈSE ET DE PHILIPPE II

La lettre de sainte Thérèse sur sa rencontre avec Philippe II, — et qui me paraît apocryphe, — a été publiée dans le Boletin de la Real Academia de historia, t. LXVI, p. 440, año 1915, mayo.

Le R. P. Julian Zarco Cuevas, le savant historien de l’Escorial, qui a bien voulu m’en copier le texte, m’écrit à ce propos : « J’ai entendu le P. Silverio de Santa Teresa, carme déchaussé, et sans nul doute le mieux informé actuellement, de tout ce qui se rapporte à la Sainte, — déclarer que cette lettre lui paraissait apocryphe. Mais les raisons qu’il me donna, fondées uniquement sur des considérations internes de style, ne m’ont point paru suffisamment convaincantes. De prime abord, la lettre me paraît sans nul doute authentique. Le papier, examiné par D. Ramon Menendez y Pidal, a été reconnu par lui comme étant bien du XVIe siècle. Et les paroles prêtées à Philippe II sont tout à fait conformes à l’attitude du roi dans ses audiences. Tous les témoignages concordent, en effet, pour affirmer que Philippe II fut, dans ses réceptions, le monarque le plus affable et le plus élégant de son temps et aussi le plus courtois ; toujours calme et posé, écoutant avec patience tout ce qu’on lui exposait… »

Quelle que soit l’autorité du P. Julian Zarco Cuevas, j’avoue que l’opinion du P. Silverio me paraît la plus vraisemblable, — et cela pour les raisons que j’ai exposées ailleurs.

Mais, de toutes les façons, il semble bien certain que sainte Thérèse a été reçue par Philippe II. C’est, à l’Escorial, une ancienne tradition. Rotondo, dans son Historia del Real monasterio de San Lorenzo, Madrid, 1863, — affirme que cette rencontre eut lieu en mai 1578. Mais, selon le marquis de Piedras Albas, thérésianiste éminent, ce fut entre le 11 et le 17 décembre de l’année 1577.

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