← Table of contents
Robert Burns. Vol. 2, Les Oeuvres

CHAPITRE IV.

Reading edition

LE SENTIMENT DE LA NATURE DANS BURNS.

I. CE QUE BURNS A VU DE LA NATURE.

Si jamais poète a vécu au sein de la nature ce fut Burns. On peut dire qu'il a été élevé par elle. Il a passé son existence, non seulement à la contempler mais à la travailler, à lui donner sa sueur et ses pensées, à recevoir d'elle des récompenses ou des angoisses. Il a été celui dont parle le poète,

Il est curieux de rechercher comment il a su l'aimer. C'est une étude qui a d'autant plus d'intérêt que Burns peut être regardé comme le représentant des hommes de sa classe; il a exprimé avec conscience et clarté ce que ressentent obscurément, confusément, depuis des siècles, une grande quantité d'hommes qui labourent et remuent la terre. Il se peut même qu'il exprime plus encore et que, par la singularité unique de son éducation, il nous ait rendu un mode de comprendre la nature, très primitif, depuis longtemps abandonné par la poésie, parce que la forme agricole de société ayant disparu, ou plutôt ayant été recouverte par d'autres formes: militaire, religieuse, industrielle, il y a longtemps que les poètes n'écrivent plus pour les paysans, et plus longtemps encore que les paysans ne sont plus poètes. Par un accident unique, Burns nous rendrait donc une façon très ancienne de sentir la nature. Ce n'est pas qu'on ne puisse trouver, dans des vers d'autres paysans, des traces d'un sentiment pareil, mais ce sont des ébauches grossières et gauches qui demeurent à l'état de bégaiement obscur. Lui seul a fait des sentiments d'un paysan des œuvres d'art. Essayons donc de déterminer ce qu'il a su voir de la nature que sa contrée lui a présentée, pendant ses voyages aussi bien que pendant ses années de résidence, et comment il l'a vue.

Mon cœur est dans les Hautes-Terres, mon cœur n'est pas ici; Mon cœur est dans les Hautes-Terres, à chasser le cerf, À chasser le cerf, à poursuivre le daim, Mon cœur est dans les Hautes-Terres, partout où je vais.

Adieu aux Hautes-Terres, adieu au Nord, Le berceau de la valeur, le pays de la vertu; Partout où j'erre, partout où je me perds, J'aime pour toujours les collines des Hautes-Terres.

Mais il avait vécu, au bord de cette même mer, un peu plus bas, et si elle n'a pas, sur les côtes de l'Ayrshire, la poésie qu'elle prend sur les côtes de Skye, elle a cependant déjà sa grandeur. Avec ses vastes baies, ses falaises abruptes, le vieux château de Greenan, le roc d'Ailsa Craig, et la masse puissante de l'île d'Arran, derrière laquelle se couche le soleil, elle a un caractère de rude vigueur fait pour émouvoir un poète. Cette mer-là, Burns la connaissait. Il avait été élevé devant elle, il avait erré maintes fois sur ces rivages. La Muse, dans La Vision, lui dit:

Par ci, par là, un souvenir de son séjour à Irvine et de ses rapports avec les matelots; encore est-ce plutôt une image d'activité humaine et une comparaison technique de métier qu'une impression de nature. Il dit quelque part:

Et ailleurs:

Les paysages que Burns a compris ne sont pas si grandioses. Ce sont ceux des Lowlands, et, dans ceux-ci encore, il faut faire un choix. Il n'a pas touché aux Borders, à la chaîne des Cheviot, où le paysage, avec sa bordure de donjons délabrés, se redresse, devient plus farouche, et prend un intérêt historique. Ce qu'il a connu de plus élevé est la ligne des hauteurs moyennes qui relient les Cheviot aux Grampians, séparent les sources de la Clyde de celles de la Tweed, et, de chaque côté, viennent mourir en ondulations à une faible distance de la mer. Elles n'ont pas le caractère puissant des montagnes des Hautes-Terres, ni le rude aspect de celles des Borders. C'est une suite de hautes collines pastorales, avec leurs ruisseaux, leurs plaques de bruyère, leurs creux tout tremblants de fougères; sur leurs flancs semés d'innombrables chardons se répandent des troupeaux, et parfois un berger se détache sur leur ciel. Elles ont à leurs pieds les landes réjouies par la chanson incessante de l'alouette. Elles sont sauvages encore, mais sans terreur et sans sublimité; elles ont une tristesse et un abandon plus humains; elles semblent regretter que l'homme leur manque, tandis que les autres solitudes semblent s'irriter qu'il les trouble. Elles sont plus accessibles; elles ont des traits moins puissants et que l'esprit peut saisir sans s'oublier. C'est en même temps un paysage où le détail reparaît, reprend sa place, et non plus un spectacle fait d'une seule sensation gigantesque qui l'écrase.

Ce point est important, car c'est par le détail que les lieux saisissent les esprits nets, peu ouverts aux vagues impressions panthéistes. Burns a mieux compris ces collines moyennes; elles reparaissent volontiers dans sa poésie. Le plus souvent, comme dans sa vie, elles sont aperçues de loin:

Parfois ce sont quelques-uns des aspects sombres dont elles sont souvent revêtues. C'est l'hiver qui vient:

Ou quelque orage qui éclate:

Abandonnés sur les collines sombres, les troupeaux errants Fuient le farouche ouragan et s'abritent parmi les rochers. Les ruisseaux écumants se précipitent, rougeâtres, cinglés par la pluie, Les pluies amassées crèvent au-dessus de la plaine lointaine; Sous la rafale, les forêts dépouillées gémissent.

Ou bien encore c'est un joli coin des vallons qui se trouvent au pied des derniers replis de ces hauteurs, comme dans ce charmant paysage de gorge pleine de verdure:

Que les terres étrangères vantent leurs bosquets de myrtes suaves, Où les étés resplendissants répandent leurs parfums, Bien plus cher m'est ce ravin de fougères vertes Où le ruisseau glisse sous les longs genêts jaunes.

La description la plus complète et la plus haute qu'il ait fait de ces régions de montagnes se trouve dans les strophes suivantes qu'on a déjà vues mais qu'on peut relire ici, au point de vue spécial qui nous occupe. C'est un joli tableau, et, pour la sincérité et la vérité des traits, bien supérieur à tous ceux de Walter Scott.

Ces sauvages montagnes aux flancs moussus, si hautaines et si vastes, Qui nourrissent dans leur sein les jeunes sources de la Clyde, Où les grouse conduisent leurs couvées à travers la bruyère, Et le berger garde ses troupeaux en jouant sur son roseau. Où les grouse conduisent leurs couvées à travers la bruyère Et le berger garde ses troupeaux en jouant sur son roseau.

Ni les riches vallées de Gowrie, ni les bords soleilleux du Forth, N'ont pour moi les charmes de ces moors sauvages et moussus; Car là, près d'un clair ruisseau, solitaire et retiré, Vit une douce fillette, ma pensée et mon rêve.

Ces plaques de mousse qui couvrent les flancs de ces montagnes, la bruyère traversée par les grouse, le berger solitaire, ces ruisseaux écumants qui ont chacun son petit ravin vert, sont des traits charmants et exacts. Mais ce tableau est unique dans Burns; c'est, avec les autres traits que nous avons cités plus haut, presque tout ce qu'il a donné sur les montagnes. Toutefois il eût été injuste de les passer sous silence.

C'est qu'en effet il n'a pas laissé de ces importantes peintures de sites, de ces tableaux si complets, si poussés jusqu'au détail, si séparés du reste, et parfois si inutiles au reste, si faits en vue d'eux-mêmes, qu'on pourrait, pour ainsi dire, les détacher et les isoler dans un cadre où ils formeraient un tout. On ne trouverait pas, chez lui, un seul de ces passages qui rapprochent l'écrivain du peintre, et font de bien des poèmes modernes des galeries de paysages. Il y a telles descriptions poétiques qu'on transposerait facilement sur la toile; il suffirait de les copier pour en avoir la transcription en couleurs et en lignes. Cela serait, avec lui, impossible. Il indique plutôt qu'il ne peint, et il suggère plutôt qu'il ne représente. Ses moyens sont trop simples et l'effet obtenu trop vaste pour la peinture. Généralement, le paysage est très large et perçu d'ensemble. Il est évoqué nettement et vigoureusement, en deux ou trois traits, si courts, si rapides, si sobres, qu'il n'y aurait pas les éléments d'une étude; et en même temps si profonds, si larges, si réels, qu'il y aurait la matière de vingt tableaux.

L'impression mélancolique d'un jour grisâtre qui s'achève à l'extrémité d'un paysage de moors et de ces marécages qu'on appelle en Écosse, des «mousses» apparaît en quelques vers:

Voici une nuit d'hiver et de tempête:

Lorsque les orages bourrus frappaient sur la colline, Et que les nuits d'hiver étaient noires et pluvieuses.

C'est une conséquence de cette méthode que souvent les paysages ont beaucoup d'espace, une large voûte de ciel. Quelques-uns ont été aperçus du flanc d'une colline; la contrée s'étend à vol d'oiseau.

Dans d'autres au contraire, la campagne s'étend, bornée au loin par les hauteurs, mais toujours très prolongée et très vaste. On est toujours en plein air. Voici la plaine en hiver, avec les monts qui commencent à blanchir au loin.

Et la voici par un jour de printemps. Quel joli tableau matinal, avec sa plaine tout entière en train de s'éveiller!

Ou encore cet autre paysage tout en ciel et en échos lointains.

Lorsque la description s'allonge un peu, elle est formée non par le développement d'un seul trait, mais par un assemblement rapide de plusieurs traits, chacun d'eux extrêmement bref et solide. Les coups de pinceau tombent très serrés, très précis, chacun d'eux apportant quelque chose, sans une retouche. Voici une vue d'automne.

Qu'on lise cette courte strophe dans l'original, on verra que chaque mot est chargé de sens. Tout y est: le vent, son bruit, sa direction, l'instant du jour, l'expression des rayons du soleil, la saison, l'aspect et la couleur des bois. Que dis-je? Leur agitation du moment, leur disposition générale. Qu'on prenne un autre exemple, c'est un crépuscule d'hiver.

Pas une épithète pour l'effet littéraire, tout est en renseignements: l'air si lointain du soleil derrière la neige, son court éclat, sa position exacte dans le ciel plus obscur par le contraste avec la neige; et quand il s'agit de celle-ci, la strophe n'est pas achevée par quelque détail littéraire; en quelques mots, il y a deux actes d'observation, les deux aspects de la neige: ou les lentes tombées de flocons, ou les trombes furibondes fouettées par le vent. Ce n'est plus de la composition littéraire, ce sont des faits entassés dans des mots. Veut-on un autre passage encore?

Toute la journée s'y trouve des premières aux dernières clartés du jour. Il faut songer aux longs assombrissements des hivers de là-haut, pour comprendre ce qu'il y a de justesse dans cette joie rendue aux airs, et dans cet or revenu sur la mer qui depuis des mois n'a été qu'une grisaille uniforme. Qu'on prenne un dernier exemple:

Quelle profondeur dans ce tableau! Et pourquoi? C'est qu'il a saisi les deux sensations extrêmes entre lesquelles sont compris tous les paysages lunaires: au loin, les hauteurs vagues, indiquées à peine et baignées dans une lumière indécise; à nos pieds, tous les ruisseaux peuplés de croissants d'or vacillants. Burns n'a pris que deux traits mais tels, qu'ils sont le fond et le premier plan de la nuit et qu'ils la contiennent tout entière.

Lorsqu'il s'agit du détail et non plus de l'ensemble d'un paysage, lorsqu'il veut rendre un coin au lieu d'une étendue de campagne, et un effet particulier au lieu d'un aspect général, il a les mêmes qualités, avec cette différence que la précision prend le pas sur la largeur du trait. C'est toujours net et court. Cette précision ne l'abandonne jamais, alors même que le sujet qu'il traite semble le plus éloigné de la vie réelle. S'il parle des plantes, il donnera l'endroit précis où elles poussent; s'il parle d'oiseaux, il indiquera la saison, l'heure du jour, où ils chantent, les tons de leurs voix, les endroits qu'ils préfèrent, en sorte que des strophes entières seront presque des passages d'un livre de botanique ou d'ornithologie, et avec cela de la poésie. Qu'on lise les vers suivants avec cette préoccupation, on verra que chacun d'eux est instructif.

C'est dans ces observations minutieuses des faits intimes que se découvrent, sinon le sentiment, du moins la connaissance et la fréquentation assidue de la Nature. Pour rendre les grands espaces de terrain ou les grandes phases des jours et des saisons, il suffit d'un coup d'œil d'artiste et d'un maniement suffisant de la langue. La surprise de la campagne peut quelquefois en remplacer l'intimité, et l'enthousiasme des premières rencontres arracher des accents plus vifs que la calme douceur d'une longue amitié. Mais lorsqu'il s'agit de pénétrer dans le détail, de démêler les mille sons dont est faite l'harmonie des champs, de percevoir les symptômes légers qui précèdent les mouvements atmosphériques ou plutôt qui en font déjà partie et en sont comme la frange; lorsqu'il s'agit de posséder les habitudes et les préférences des plantes, leurs heures, leurs endroits et leur saison, les coutumes et les habitats de tant d'oiseaux et d'animaux, on entre dans une étude immense. Une vie humaine y suffit à peine. Wordsworth y a consacré la sienne, avec l'assiduité d'un savant, pendant les trois quarts d'un siècle. Chaque jour il a examiné la nature; il en a fait son occupation unique; il est arrivé à en avoir une merveilleuse connaissance. C'est avec Burns le poète moderne qui l'a observée le plus directement et le plus intimement connue. Mais il l'a regardée, pour ainsi dire, en faisant un choix; cherchant en artiste ses effets rares et nouveaux à interpréter en moraliste. Il la voyait à travers la double préoccupation du pittoresque et de la parabole, en extrayant de préférence ce qui était beau ou instructif. Aussi ses observations ont toujours quelque chose d'épuré. Elles semblent avoir été prises moins pour elles-mêmes que pour leur éclat ou la leçon qu'elles contiennent.

Il n'en est pas ainsi de celles de Burns. Il a, bien entendu, cette connaissance complète de la campagne, mais elle lui vient moins d'une observation voulue que d'une fréquentation constante. Il la possède parce qu'il a vécu avec elle, qu'il l'a travaillée de ses propres mains, arrosée de sa sueur, surprise à toutes ses heures. Il est familier avec ses mille aspects et ses mille voix, mais sans s'être donné la tâche de le devenir. Sa façon de la voir est plus simple et plus désintéressée. Il n'y recherche ni les tableaux brillants, ni les comparaisons éloquentes. Ce n'est pas un artiste qui l'étudie, c'est un paysan qui la cultive; les faits le frappent, non parce qu'ils sont curieux, mais parce qu'ils sont ordinaires. Ce qui l'attire dans les choses, ce n'est pas leur pittoresque, mais leur réalité, leur importance au point de vue de la vie rurale, la place qu'ils y tiennent; le pittoresque ne vient qu'à la suite et par surcroît. On comprend qu'il y a, dans cette façon de voir la campagne, quelque chose de moins éclatant et de moins subtil; mais de plus solide, de plus ferme et de plus pratique. La plupart du temps, Burns fait des descriptions sans s'en douter; il n'a été préoccupé que de relater des faits; ses vers, pleins, écrits pour la chose qu'ils disent, sont en réalité des renseignements qui ont rencontré la couleur. Par exemple, lorsqu'il dit:

Ce dernier trait qui note que les plus hauts grains, parce qu'ils sont les plus secoués et les plus mûrs, se perdent le plus facilement, est d'un coup d'œil de paysan.

Sa poésie est tellement claire, de proportions moyennes et à angles vifs, qu'elle s'écarte instinctivement de ce qui donne aux objets quelque chose d'obscur, de vague ou d'excessif. Les phénomènes de brumes ou de brouillard, si communs dans un pays humide comme l'Ayrshire, sur lequel traînent continuellement les longues files des nuages de l'Atlantique, et qui, dans un pays voisin, ont fourni à Wordsworth tant de tableaux d'une subtilité ou d'une splendeur merveilleuses, ne paraissent presque pas dans ses vers. Lorsque par hasard il les rencontre, il leur donne quelque chose d'arrêté et de précis qui leur enlève une partie de leur charme ou de leur terreur. Le côté vaporeux, flottant et perdu des choses, par lequel certains esprits aiment à les contempler, parce qu'elles sont par là plus transformables, et sur qui furent constamment fixés les beaux yeux rêveurs de Shelley, n'existe guère pour lui. De la nuit même, d'autres voient surtout les profondeurs ténébreuses; les lumières ne servent qu'à les rendre plus reculées et plus insondables; lui y voit surtout un fond pour ses lumières qui, sur cette noirceur, jouent plus vives, plus individuelles, plus nettes, que dans l'universelle clarté du jour. Aussi ses vers sont-ils pleins de ces effets de nuit, toujours rendus par rapport aux points lumineux, et jamais par rapport aux arrière-plans obscurs.

Tout est en points lumineux et scintillants. Cette même netteté d'expression, ce quelque chose de bref et d'un peu sec, de limpide, qui lui fait rendre si bien la clarté froide de la lune, lui fait aussi rendre admirablement les effets de gelée claire et sonore.

Ou bien encore ces vers qui décrivent si bien une nuit d'hiver:

C'est là aussi ce qui le fait parler si heureusement du chant clair et du vol léger de l'alouette, de tout ce qui est vif, mobile, rapide.

On ne connaît pas la quantité de nature qui se trouve dans un poète quand on ne connaît que les descriptions directes qu'il en a faites. On peut même dire qu'on n'en a que la partie la moins intime, la moins personnelle, l'expression purement extérieure. À travers une œuvre poétique, surtout moderne, apparaissent, dans les comparaisons, dans les métaphores, une foule d'impressions de la Nature qui, ayant séjourné dans l'âme du poète, en remontent transformées et toutes chargées de sa pensée. Il y a bien des jours, bien des années qu'elles se sont déposées au fond de lui; elles y sont restées ignorées et perdues dans les profondeurs où le souvenir cesse d'être volontaire; elles y ont subi un lent et mystérieux travail; un choc les ébranle, elles reparaissent parfois presque méconnaissables de ce long séjour dans une âme humaine. Une partie de l'infinie poésie de la Nature qui ornait l'âme de Shakspeare nous apparaît de cette façon, à propos de sentiments humains. Ces impressions sont forcément profondes, puisqu'elles ont duré longtemps; elles sont aussi généralisées par le lent dépouillement des détails accidentels et les nécessités de fournir une comparaison applicable partout. C'est parmi elles qu'on trouve souvent les plus hautes et les plus subtiles manifestations de la Nature, dans un poète.

Ces réapparitions sont-elles nombreuses dans Burns? Y a-t-il, dans ses métaphores, dans les unions de pensée et d'images naturelles, une assez grande proportion de ces dernières pour que, en les dégageant, on obtienne un aspect nouveau de son sentiment de la Nature? À priori, on peut croire que non. D'abord, parce que ses métaphores sont brèves et rapides. Ce foisonnement d'images qui, dans certaines œuvres, décore l'idée jusqu'à la recouvrir, et étouffe le sens sous une luxuriante végétation parasitaire, est plutôt le propre des poètes d'imagination que des poètes de passion. Il y en a plus dans Shelley et dans Coleridge que dans Byron et dans Burns. Pour s'envelopper de ces ornements, la pensée a besoin de loisir qui lui permette un moment d'arrêt, et lui donne du répit pour cette toilette. Le sentiment violent est volontiers nu, parce qu'il est impétueux, sa fougue l'emporte à travers ces ajustements. Il s'en soucie peu. Il est pressé d'atteindre, de frapper, de sentir le choc de son but. C'est ce qui arrive à Burns, où l'éloquence est bien plus dans l'accent que dans l'image, et dans le mouvement que dans l'éclat. Il ne s'attarde jamais aux comparaisons, il les traverse rapidement, et nous pouvons prévoir que, par suite de la brusquerie de ses métaphores, les impressions de Nature qui y sont contenues ne seront pas très nombreuses. Il y a à cela encore une autre raison, c'est que la plus grande quantité peut-être de ses images est empruntée à des actions, des détails de vie humaine.

Il y a bien un assez grand nombre de ces réminiscences naturelles, dans ses chansons d'amour. Mais il y a si longtemps que la plupart d'entre elles ont été empruntées à la Nature qu'elles ont perdu leur parfum d'origine; elles ont servi à tant de cœurs humains qu'il ne leur reste plus qu'une valeur de sentiment. Elles font partie de l'éternel vocabulaire des vers amoureux; elles ne sortent pas du fonds d'images auquel il est permis à tous les poètes de puiser comme à un coffre commun. Ce sont des yeux comme des étoiles pendant la nuit; des cheveux dorés comme des anneaux d'or, noirs comme l'aile du corbeau, ou blonds comme le lin; ce sont des joues comme des lis tachés de vin; des lèvres comme des cerises mûres protégées du vent froid par des murs ensoleillés; des tailles comme les jeunes frênes qui montent au-dessus des buissons entre deux talus semés de primevères; des innocences aussi pures que la pâquerette qui s'ouvre dans la rosée ou que l'épine dont les fleurs sont si blanches et les feuilles si vertes. Il se trouve, dans ces comparaisons, de jolis détails; çà et là, un détail que Burns a rajeuni et auquel, pour employer l'expression de sa femme, il a donné un coup de brosse; mais, en réalité, rien de bien nouveau, ni de bien profond.

Cependant, lorsque l'émotion moins tendue lance moins rapidement l'expression, il arrive que sa pensée prend le temps de se placer dans une de ces observations naturelles. Alors l'effet de nature qui en constitue l'enveloppe est plus subtil, plus nuancé que ceux qui se rencontrent généralement dans ses descriptions directes. L'observation est toujours brève et nette, mais elle s'applique à des phénomènes plus fugitifs, plus changeants, plus susceptibles de se perdre dans l'âme et de se confondre confusément avec elle. Les délicats phénomènes de lumière et d'atmosphère, dont Shelley devait plus tard composer sa poésie aérienne et irisée, sont très rares dans Burns. Ceux qu'on rencontre généralement chez lui se trouvent presque uniquement dans ses métaphores.

Ou bien:

Ou encore:

Ou bien cette jolie énumération de choses fragiles et fugitives dans Tam o' Shanter, pour laquelle un poète disait qu'il aurait donné tout ce qu'il avait écrit:

Ces rayons de soleil dans une averse, ce reflet de lune dans un ruisseau, tous ces phénomènes de lumière, de nuances à peine perçues, sont des effets rares dans Burns. Ils manquaient pour lui de réalité. Sa main robuste et un peu rude voulait saisir quelque chose de plus matériel.

C'est là, chez lui, le point extrême en fait de transformation de la Nature. C'est dans ces passages qu'elle est le plus légère, le plus pénétrée de sentiment. On voit combien elle est encore sobre et solide, combien elle reste pratique en quelque sorte. Les faits demeurent toujours précis, nets, perdent à peine un peu de leurs contours. En sorte que cette étude plus profonde des sensations de la Nature nous fait seulement mieux sentir encore combien son regard sur elle était bref, et clair; combien peu il s'occupait d'elle quand il n'était pas en commerce direct avec elle; combien elle séjournait en lui sans le déformer, c'est-à-dire combien elle et lui restèrent distincts.

Un des caractères les plus frappants de la nature, telle qu'on la voit dans Burns, est qu'elle n'est presque jamais inanimée. Ce n'est pas une scène silencieuse et dépeuplée, où l'homme seul paraît, un décor de théâtre peint pour lui seul. Elle fourmille d'existences particulières; elle est pleine de mouvements et de voix; elle est sillonnée de mille animaux qui la peuplent et la font vivre. De tous côtés, on voit les lièvres courir le long des sillons, les volées criaillantes de perdrix partir, les couvées de grouse courir sous la bruyère, les aigles passer au-dessus des collines. Les oiseaux de toute espèce remplissent les taillis. Le renard glapit. Les phases de la journée ne sont pas notées simplement par les couleurs qu'elles étalent dans le ciel et que n'importe qui peut étaler dans ses vers; elles sont accompagnées de quelque fin détail de vie animale que seul possède celui qui connaît bien la campagne.

Presque jamais, le paysage n'est sans bêtes, que les scènes soient riantes ou sauvages.

Burns lui-même marquait la place que les animaux tiennent dans ses vers, lorsqu'il disait:

Cette présence des animaux est à noter, car, chez la plupart des poètes, si on tuait les oiseaux, la nature resterait dépeuplée.

Sur ces fonds déjà fourmillants de vie ressortent plus fortement les animaux domestiques. À chaque pas, ce sont des coins de collines, de prairies ou de champs, dans lesquels ils figurent avec une touche de sentiment humain qui les rapproche des premiers plans. Ils servent à indiquer les heures du jour:

Ou la saison de l'année, comme dans le passage déjà cité plus haut.

Enfin, au premier plan, l'homme paraît, et les paysages de Burns sont souvent des scènes rustiques de labour ou de moisson.

Quoi de plus vrai et de plus vivant que cette description de moissonneurs dont le travail est interrompu par la pluie, qui se mettent à l'abri quand l'averse est trop forte, ou, quand elle diminue un peu, s'amusent à de rudes bousculades?

Une autre scène du même genre apparaît dans ces autres vers:

De tous côtés, ce sont des laboureurs, des semeurs, des bergers, des jardiniers, des moissonneurs, qui vont à leur travail ou en reviennent, des joueurs de curling qui se dirigent vers les lochs gelés, des gens qui parcourent la campagne en chantant et en sifflant. Toute cette animation s'ajoute à celle que tant d'animaux donnent déjà aux champs, et les remplit de mouvement et de bruits. Voici une pièce qui donne bien l'idée de cette superposition de mouvements.

En vain pour moi, les primevères fleurissent, En vain pour moi, poussent les violettes, En vain pour moi, dans les glens ou les bois, Chantent le mauvis et le linot.

Gaiement, le garçon de charrue anime son attelage, Avec joie le semeur attentif chemine, Mais la vie est pour moi un rêve fatigant, Le rêve de quelqu'un qui ne s'éveille jamais.

La foulque folâtre effleure l'eau, Parmi les roseaux les jeunes canards crient, Le cygne grave nage majestueusement, Et tout est heureux excepté moi.

Le berger ferme la porte de son parc, Et à travers les moors siffle bruyamment, D'un pas farouche, inégal et errant, Je le rencontre sur la colline brillante de rosée.

Les exemples sont à foison. Il n'y a qu'à plonger la main pour en retirer. Voici l'hiver: la description physique, brève et ferme comme toujours, est aussitôt appuyée par la présence de l'homme.

Un ruisseau coule; mais il ne suffit pas qu'il longe des rives couvertes d'arbustes, il faut que celles-ci soient garnies d'activité humaine.

Qu'on décompose cette simple petite strophe, on sera surpris de ce qu'elle contient de vie et de paysages. Il y a le cours paresseux du flot dans les vallons; il y a les filles qui étalent leur linge sur l'herbe; il y a le cours plus rapide du ruisseau le long des rives plus abruptes, et il faut remarquer comment chacune de celles-ci est précisée, avec sa végétation favorite. Les détails sont accumulés les uns sur les autres. Ce n'est pas tout; il y a du haut de ces rives des bergers qui chantent; les merles les accompagnent, et tout ce mouvement aboutit à celui du jour qui se clôt. Chaque vers y a son action, et, dans chaque vers, chaque mot; la petite strophe tremble tout entière de vie comme un arbuste qui frémit jusqu'aux feuilles.

Cette intervention de l'homme, venant s'ajouter à celle des animaux, fait parfois reculer la description de la nature elle-même jusqu'à ne lui laisser que très peu de place, comme dans la strophe suivante où elle l'a reléguée dans le premier vers. Le détail animé expulse presque complètement le détail inanimé:

Les matins surtout sont animés et joyeux. Les travailleurs de toute espèce vont allègrement à leur besogne et font retentir la campagne de leurs chansons. C'est un laboureur qui va retrouver sa charrue et chante joyeux dans la fraîcheur d'une aurore de mai toute ruisselante de notes d'alouettes; leurs deux chansons se rencontrent et se mêlent:

Comme j'errais un matin, au printemps, J'entendis un joyeux laboureur chanter doucement, Et comme il chantait, il disait ces paroles: «Il n'y a pas de vie comme celle du laboureur, dans le mois du doux mai».

Un peu plus loin, c'est un jardinier qui s'en va, la bêche sur l'épaule. Et sa chanson est plus fraîche et plus jolie encore:

Quand le rose mai arrive avec des fleurs, Pour parer ses bocages dont la verdure s'ouvre, Alors occupées, occupées sont ses heures, Au jardinier, avec sa bêche. Les eaux de cristal tombent doucement, Les oiseaux sont tous des amoureux, Les brises parfumées passent autour de lui, Le jardinier avec sa bêche.

Ailleurs, le paysage prend plus de grandeur, de réalisme et de tristesse. On est en face de la véritable vie des champs, avec ses fatigues et la poésie qui, malgré tout, flotte autour d'elle. Un bel exemple est le retour du laboureur, le samedi soir, après la semaine de dur acharnement contre le sol, avec la perspective du repos du lendemain.

On dirait un de ces poignants dessins de Millet où des formes de paysans, anoblies par le crépuscule et toutefois traînant le poids du labeur, reviennent dans la mélancolie des soirs.

On voit donc que, parmi les spectacles que sa contrée a déroulés devant les yeux de Burns, il a passé, sans les apercevoir pour ainsi dire, devant les paysages puissants et étranges, devant ce qu'on appellerait les paysages de grand romantisme, les décors à grand effet, ceux que recherche le plus le goût moderne. Ce n'était pas par ignorance, car l'attention avait été appelée sur eux par Mac Pherson, et leur sublimité avait été rendue sinon avec une précision, du moins avec un sentiment qui n'a pas été surpassé. Burns n'a véritablement compris que le coin de terre où il a vécu, et il l'a dépeint de la façon la plus sommaire, la plus brève et la moins compliquée. Il a été très sensible aux impressions physiques de la nature, au retour du printemps, à la fraîcheur des matins, aux parfums du soir, aux douceurs des nuits claires, aux sensations agréables par lesquelles elle nous enveloppe dans ses grandes caresses, aux joies universelles auxquelles notre corps participe. En dehors de cela, il a rendu surtout les aspects familiers d'une campagne cultivée; chez lui la nature est un arrière-plan à l'activité humaine. Il l'a vue comme un paysan, bien que le sentiment de la propriété n'apparaisse pas une fois chez lui, pas même le désir de posséder un bout de terre, ou de dire: «ce sont là mes arbres». Cet amour du sol n'existait pas dans le cercle de pensée des fermiers de ce temps et de ce pays. Chez lui la nature ressemble au spectacle dont on jouit au mois d'Avril ou de Septembre, lorsqu'on se tient à mi-hauteur d'une colline et qu'on voit à ses pieds une plaine cultivée. Elle est animée et bruyante. De toutes parts on admire le travail humain dans son effort ou sa récompense, soit que les attelages de charrues se croisent enveloppés d'une buée légère, soit que les moissonneurs avancent en faisant reculer les blés devant eux; jusqu'au fond de la plaine éclatent, çà et là, l'éclair des rocs ou des faux, tandis que s'élèvent au loin les fumées des fermes. Il y a, dans cette contemplation de l'activité humaine, quelque chose de rassurant et de noble. Ce n'est pas la nature menaçante et solitaire, c'est une nature à notre taille, qui porte un visage ami, conquise par l'homme et l'en remerciant.[Lien vers la Table des matières.]

II. LA TENDRESSE POUR LES BÊTES.

Dans cette animation de travaux champêtres qui fait une partie du sentiment de la nature dans Burns, il y aurait à extraire tout un chapitre sur les animaux. Ce sont surtout ceux qui vivent avec l'homme: chiens, vaches, moutons, chevaux, les animaux qui peuplent une cour de ferme. Est-il besoin de dire qu'il les connaît admirablement? En cela, il n'est comparable qu'à La Fontaine. C'est la même observation, la même bonhomie, la même familiarité, avec une pointe de raillerie. Il y a cependant quelques différences. La Fontaine a toujours une préoccupation humaine; il donne à ses bêtes nos vices ou nos travers; il les rend vicieuses ou ridicules à notre ressemblance; il les complique à notre image. Il a pour elles une indulgence narquoise, mais c'est celle d'un vieil observateur qui connaît bien les défauts du monde et en sourit, sachant qu'on ne les guérira pas. Chez Burns, il y a plus de simplicité dans les bêtes et dans les sentiments qu'il a pour elles. Ce sont les animaux tels qu'ils sont, innocents à leur manière, sans rouerie tout au moins, et avec cette ignorance de leurs défauts qui les rend pardonnables comme les enfants. Leur âme ne sort pas d'un état d'enfance confuse. Burns les aime ainsi, tout franchement, non en moraliste curieux qui s'en amuse, mais en homme qui s'en sert et les pratique, qui apprécie leur obéissance, leur patience au labeur, leurs bonnes qualités, et qui leur sait gré de leur aide. Il n'y a pas, dans toute son œuvre, un seul passage où il en parle avec dureté et avec colère. L'amertume qu'il avait parfois à l'égard des hommes n'est jamais entrée dans ses relations avec les bêtes. Sa façon de leur parler est faite d'humour affectueux, et il n'a jamais mieux réussi ce mélange d'attendrissement et d'un peu de raillerie que lorsqu'il s'est adressé à elles. Il a sur elles tout un groupe de pièces qui sont parmi ses plus originales et ses meilleures. Il suffit d'en examiner quelques-unes, car il est impossible de négliger ce côté caractéristique de son génie.

Une de ses premières productions: La Mort et les Dernières Paroles de la pauvre Mailie, appartient à ce groupe de pièces. Toute sa bonhomie pour les bêtes y était déjà. Mailie sa brebis favorite paissait un jour, attachée à une longe, elle se prend le pied dans la corde et tombe dans un fossé. Hughoc, jeune gars stupide, arrive en flânant et l'aperçoit. Mais l'idée ne lui vient pas de l'en retirer. Il demeure ébahi. Les yeux grands ouverts et les mains levées, le pauvre Hughoc reste là, comme une statue. La pauvre Mailie, voyant la sympathie sur sa face, le charge de porter à son maître ses dernières paroles et ses dernières recommandations.

Mais Mailie est une bonne mère. Ses dernières pensées sont pour ses agneaux. Elle les recommande à son maître d'une façon à la fois touchante et comique. Rien n'est plus heureux que ce mélange de réelle anxiété maternelle et de détails particuliers et exacts, tels qu'ils peuvent s'offrir à une cervelle de brebis.

Dis-lui qu'il fut un maître indulgent Et toujours bon pour moi et les miens; Maintenant, je lui laisse mes derniers vœux, Je lui confie mes pauvres agneaux. Oh! demande-lui de garder leurs pauvres vies, Des chiens, des renards, des couteaux de bouchers; De leur donner du bon lait de vache en suffisance, Jusqu'à ce qu'ils puissent se pourvoir eux-mêmes; Et de les nourrir exactement matin et soir D'une poignée de foin ou d'une pleine-paume de blé. Puissent-ils ne jamais apprendre les façons De moutons mal élevés et gênants, Passer par les clôtures, voler et grignoter Aux rames de pois ou aux tiges de choux. Puissent-ils ainsi, comme leurs grands-parents, Pendant maintes années passer sous les ciseaux. Ainsi les femmes leur donneront des morceaux de pain, Et les enfants pleureront quand ils mourront[790].

La sollicitude maternelle n'est pas satisfaite de ces conseils; elle va plus loin. Un de ses agneaux est un jeune bélier, et quelle est la mère qui, sans le dire, ne prévoit pas les dangers auxquels son fils peut être exposé? Dieu sait les tentations qui attendent la jeunesse! Mailie, qui est une brebis d'expérience, les prévoit, hélas! et elle en parle aussi clairement que la décence le lui permet.

Et sa pauvre fillette si tendre et si innocente, l'oubliera-t-elle! N'est-elle pas plus frêle encore et plus difficile à protéger que le jeune garçon, qui, après tout, rapportera toujours ses cornes à l'étable.

Et toi, ma pauvre petite agnette, Dieu te garde d'une longe et d'une corde! Oh! puisses-tu ne jamais te mésallier Avec un de ces méchants béliers des moors; Mais pense toujours à t'associer et à t'unir Avec un mouton respectable comme toi[791].

Elle expire en leur donnant sa bénédiction.

Et maintenant, mes chéris, avec mon dernier soupir, Je vous laisse ma bénédiction à tous deux, Et quand vous penserez à votre mère, Rappelez-vous d'être bons l'un pour l'autre[791].

Comme si ce n'était pas assez de ce morceau pour immortaliser Mailie, Burns y avait ajouté une élégie, l'oraison funèbre de cette pauvre bête désormais plus glorieuse que bien des pasteurs de peuples. On reconnaîtra facilement l'imitation de l'élégie de Hamilton de Gilbertfield sur le brave Heck.

Gémissez en vers, gémissez en prose, Que les larmes salées coulent sur votre nez; Le destin de notre barde est achevé, Passé tout remède; Voici le faîtage de tous ses malheurs, Pauvre Mailie est morte.

Ce n'est pas la perte d'un peu d'argent, Qui pourrait tirer une larme si amère, Ou faire porter à notre sombre barde, Une étoffe de deuil; Il a perdu une amie, une chère voisine, Mailie morte.

Autour de la ferme, elle trottait près de lui; À un demi-mille, elle le reconnaissait; Avec un bêlement amical, quand elle le voyait, Elle accourait rapidement; Jamais n'approcha de lui ami plus fidèle Que Mailie morte.

Sûrement, c'était une brebis de sens, Et qui savait se conduire décemment; Je puis le dire, jamais elle n'avait brisé une palissade, Pour voler avidement. Notre barde reste morose au coin de feu, Depuis que Mailie est morte.

Ou s'il erre dans la vallée, Son agnette, son image vivante, Vient bêler près de lui sur la colline, Demandant du pain; Et il laisse couler des perles amères, Car Mailie est morte.

Elle n'était pas fille de ces béliers des moors, Aux toisons feutrées, aux hanches velues; Ses ancêtres furent amenés par bateau, D'au delà de la Tweed: Meilleure chair ne passa jamais sous les ciseaux Que Mailie morte.

Malheur à l'homme qui, le premier fabriqua Cette vile et traîtresse chose—une corde! C'est elle qui fait que de bons garçons grimacent, passent la langue Dans un étranglement terrible; Par elle, le bonnet de Robin a un crêpe flottant, Car Mailie est morte.

L'autre est un chien commun, un chien de berger; il a un nom du pays, il s'appelle Luath; il appartient à un pauvre laboureur; il est humble, il n'a pas de collier de cuivre, mais c'est une bonne et brave bête, gaie, honnête, intelligente, bon enfant. Comme son maître, il est populaire partout où il va. Son portrait de prolétaire est joliment tracé.

Quelles parties ils font ensemble! Les distinctions sociales disparaissent, le collier en cuivre est oublié. Ils s'en donnent à cœur joie. Rien n'est plus sérieusement comique, ni plus fidèle, que le tableau de leurs amusements de chiens, depuis les premières reconnaissances du nez et les bonjours en flairements, jusqu'aux courses éperdues et à la conversation qu'ils ont, gravement assis.

Nul doute qu'ils s'aimaient beaucoup l'un l'autre, Et qu'ils faisaient une étroite paire d'intimes; Car tantôt ils se sentaient et se flairaient d'un nez amical, Tantôt ils grattaient le sol pour trouver des souris ou des taupes; Tantôt ils s'échappaient en longues excursions, Et s'exténuaient à tour de rôle pour se distraire; Jusqu'à ce que, rendus de jouer, Ils s'assirent sur un monticule, Et entamèrent une longue digression À propos des lords de la création[796].

Et ils causent gravement et sagement de leurs maîtres, le premier, comme un valet qui profite mais n'est pas dupe de la somptueuse existence qu'on mène autour de lui; le second, comme un humble serviteur qui prend intérêt à la modeste vie à laquelle il est associé.

Je te souhaite une bonne année, Maggie! Tiens! voici une poignée de grains pour ton vieux sac: Bien que tu sois creuse des reins maintenant et noueuse, J'ai vu le jour Où tu pouvais courir comme un cerf, À travers une prairie.

Bien que tu sois maintenant lente, raide et caduque, Et que ta vieille peau soit aussi blanche qu'une pâquerette, Je t'ai connue pommelée, lisse et luisante, Une jolie grise; Il aurait fallu un gaillard pour oser t'agacer, Au temps jadis.

Tu fus jadis au premier rang, Une jeune jument, forte, nerveuse et mince, Et tu posais bien une jambe aussi bien faite Que celles qui ont jamais foulé terre; Et tu aurais pu voler par dessus une mare, Comme un oiseau.

C'est maintenant la vingt-neuvième année, Depuis que tu étais la jument de mon brave père; Il t'a donnée à moi, en dot bien claire, Avec cinquante marcs; C'était peu, mais c'était de l'argent bien gagné, Et tu étais robuste.

Quand la première fois j'allai faire ma cour à ma Jenny, Tu trottais alors à côté de ta mère, Bien que tu fusses friponne, maligne et joueuse, Tu ne fus jamais rétive, Mais familière, douce, tranquille et bonne, Et si jolie à voir!

Tu piaffais toute fière, le jour Où j'amenai à la maison ma jolie fiancée; Et elle, douce et gracieuse, se tenait sur toi, Avec un air modeste! J'aurais pu défier tout Kyle-Stewart de me montrer Une paire comme vous deux.

Bien que tu clampines et que tu boîtes maintenant, Et que tu vacilles, comme une lourde barque à saumon, En ces temps-là, tu étais une trotteuse fameuse Pour les sabots et le vent; Et tu les dépassais tous, si bien qu'ils se traînaient Loin, loin derrière!

Quand toi et moi étions jeunes et fringants, Et que le repos à l'étable t'avait paru long, Comme tu piaffais, comme tu renaclais et hennissais, Comme tu enfilais la route! Les gens de la ville se sauvaient, s'écartaient, Disaient que tu étais folle.

Quand tu avais eu ton avoine et que j'avais bu un coup, Enfilions-nous la route comme une hirondelle! Aux courses des mariages, tu n'avais pas ta pareille, Pour le fond ou la vitesse, Tu les battais d'autant de queues que tu voulais, Partout où tu allais.

Les petits chevaux de chasse à croupe avalée Auraient peut-être pu te battre à une petite course; Mais six milles écossais, alors tu essayais leur fond, Et tu les faisais souffler; Pas de fouet, pas d'éperon, juste une baguette De saule ou de noisetier.

Tu étais une aussi noble labourière, Qui ait jamais été attelée de cuir ou de corde! Souvent toi et moi, en une poussée de huit heures, Par un bon temps de mars, Nous avons tourné six quarts d'acre, Pendant des journées à la file.

Tu ne tirais pas à coups, tu ne plongeais pas, tu ne te dressais pas, Mais tu fouettais l'air de la vieille queue, Tu étalais bien large ton poitrail bien rempli, Avec courage et force; Les mottes pleines de racines se brisaient et craquaient, Puis versaient doucement.

Quand la gelée durait longtemps et que les neiges étaient épaisses Et menaçaient de retarder le travail, Je mettais à ta mesure un petit tas Au-dessus du bord; Je savais que ma Maggie ne s'endormirait pas Pour cela, avant l'été.

À la voiture ou au chariot, tu ne t'arrêtais jamais, Tu aurais attaqué la montée la plus raide, Tu ne regimbais pas, tu ne forçais pas, tu ne saccadais pas, Pour ensuite t'arrêter à souffler; Tu pressais ton pas, juste une idée, Et tu l'enlevais sans effort.

Mon attelage est maintenant fait de tes enfants, Quatre bêtes aussi vaillantes que bêtes qui ont jamais tiré; Sans compter six autres que j'ai vendues, Et que tu as nourries; Elles m'ont rapporté treize livres deux, La moindre d'entre elles.

Mainte dure journée, nous avons peiné ensemble, Et combattu dans ce monde fatiguant! Et en mainte anxieuse journée, j'ai bien cru Que nous aurions le dessous! Cependant, nous voici arrivés tous deux à la vieillesse, Avec quelque chose de côté.

Et ne crois pas, ma vieille et fidèle camarade, Que maintenant peut-être tu as moins de mérite, Et que tes vieux jours puissent finir dans la faim; Sur mon dernier boisseau, Je réserverai le huitième d'un boisseau, Mis de côté pour toi.

Il est impossible de quitter ce sujet des animaux dans Burns sans replacer une remarque qui revient à intervalles réguliers comme des traits de craie sur un mur. Nous notons ici—comme nous l'avons noté auparavant et comme nous aurons à la noter plus loin—sa merveilleuse puissance de personnification. Tandis que les animaux de La Fontaine et que l'âne de Sterne sont des animaux en général, ceux de Burns sont tous des personnalités. Sa pauvre Mailie, le chien Luath, la vieille et honnête Maggie sont désormais des connaissances. Qui, les ayant connus, pourrait les oublier? Il n'est pas jusqu'à la jument que Nicol lui avait donnée à soigner qui n'ait sa ressemblance tracée en quelques traits. On l'appelait Peg Nicholson. C'était une aussi bonne jument baie que toutes les juments qui ont jamais trotté sur du fer.

Peg Nicholson était une bonne jument baie Et jadis elle avait porté un prêtre; Mais maintenant elle flotte au fil de la Nith, Banquet pour les poissons de la Solway.

Il avait de la pitié pour tous les malheurs qui peuvent arriver aux bêtes.

Cette façon de traiter les animaux nous amène à ce qui, peut-être, est la véritable originalité de Burns dans le sentiment de la nature, nous voulons dire la richesse de tendresse, de pitié, de compassion, d'affection, qu'il a répandues sur toutes les choses animées. Il est en cela unique, bien au-delà des autres poètes. Wordsworth avait une âme trop sereine, trop au-dessus des phénomènes particuliers; son élévation le faisait séjourner dans une sorte d'optimisme où les accidents n'arrivaient pas. Un flot de tendresse est sans doute sorti de l'âme de Shelley, mais elle était impersonnelle, vague, élémentaire, pour ainsi dire, s'adressant plutôt à des forces atmosphériques qu'à des êtres. Elle n'était pas pratique. C'était une aspiration naturaliste plutôt qu'un acte de sympathie humaine. Celui qui approche le plus de Burns est Cowper. Il a fallu une nature délicate, féminine, sensitive, pour avoir horreur de la souffrance des autres presque autant que ce cœur de paysan. Il est curieux de voir combien, après tout, la tendresse virile de celui-ci l'emporte sur la sensibilité exquise de l'autre.

Rien de plus, pas un mot de compassion. Tout d'un coup, la tendresse du mélancolique Jacques reparaît en même temps dans les deux poètes, à des degrés différents. Quel autre accent il y a déjà dans Cowper.

Cette malédiction dans laquelle passe de la colère, phénomène rare dans cette âme bénigne, est reprise plus vigoureusement encore par Burns. Chez Cowper, cette aversion de la chasse est un peu la délicatesse et la timidité physiques; chez lui, elle n'a pas cette faiblesse de nerfs. Elle est virile et toute en charité. Elle paraît de tous côtés, dans le passage des Deux Ponts d'Ayr cité plus haut, et dans maints endroits de ses chansons. Même quand il se promène avec Peggy, au moment où les vents d'ouest et les fusils meurtriers ramènent le plaisant temps d'automne, voyant les oiseaux se réjouir, il s'écrie:

Homme inhumain! maudite soit ton adresse barbare, Que ton œil qui vise au meurtre se dessèche! Puisse la pitié ne jamais le consoler d'un soupir! Les plaisirs ne jamais réjouir ton cœur méchant!

Va vivre, pauvre coureur des bois et des champs, Ton petit reste amer de vie: Les fougères épaisses et les plaines verdissantes N'ont plus pour toi, ni refuge, ni nourriture, ni jeux.

Va, malheureux meurtri, vers quelque endroit de repos habituel, Cherche, non plus le repos, mais un lit pour mourir! Les roseaux protecteurs bruiront au-dessus de toi, Et ta poitrine saignante pressera la terre froide.

Peut-être l'angoisse d'une mère s'ajoute à ta souffrance, Tes deux petits jouent, se pressent avidement à ton flanc, Oh! orphelins dénués, qui maintenant leur donnera Cette vie qu'une mère seule peut donner?

Burns, à la même époque, rendait les mêmes idées mais avec une autre puissance de pathétique et de réalité. Pendant les nuits d'hiver, quand l'orage mugissant fait osciller les clochers, il ne peut s'empêcher de penser aux bêtes exposées dehors, même aux plus méchantes d'entre elles, à celles qui rôdent en quête de meurtres.

En écoutant les portes et les fenêtres battre, Je pensais aux bestiaux grelottants, Ou aux pauvres moutons qui supportent ces assauts De la guerre de l'hiver, Et sous les tourbillons de neige, enfoncés dans la boue, se pressent Contre un pan de montagne.

Chaque oiseau sautillant, petite, pauvrette créature, Qui, dans les mois joyeux du printemps, Me donnais plaisir à t'entendre chanter, Que deviens-tu? Où abriteras-tu ton aile frissonnante, Où fermeras-tu tes yeux?

Cette commisération pour les animaux s'offre à lui sous les formes les plus humbles et sous les moindres prétextes. On sent qu'elle est sans cesse auprès de son esprit. Quand il visite les cascades de Bruar, et qu'il les trouve presque desséchées, faute d'ombrage, il pense aussitôt aux poissons délaissés par l'eau baissante, sur ces pierres qui perdent peu à peu leur grise teinte mouillée, et, selon son expression, blanchissent au soleil.

Et il feint que la cascade elle-même prie le duc d'Athole de faire planter des arbres sur ses bords, afin que les oiseaux trouvent un abri qui les protège des orages, «et que les lièvres peureux dorment rassurés dans leur gîte d'herbes.»

Mais de semblables déclarations étaient nouvelles à cette époque. Cowper et Burns étaient, en cela, des précurseurs. Est-il besoin cependant de faire remarquer combien la sympathie de Burns est la plus véhémente et la plus chaude des deux, et de quel plus fougueux élan de tendresse elle est poussée? Les recommandations de Cowper ont quelque chose d'impersonnel et de toujours calme. Ce sont des réflexions générales, exprimées dans un style qui est un peu de sermon. Chez Burns, c'est presque toujours un fait individuel de sympathie s'adressant à l'être qu'il voit souffrir sous ses yeux plutôt qu'à des êtres perdus et confondus dans l'éloignement des généralités, sans s'étendre et se refroidir en une réflexion. Le sentiment jaillit, ardent, particulier, immédiat. L'émotion y bat toute vive. On sent que chacune de ses aventures de compassion a été pour son cœur un événement qui l'a remué. Aussi la forme est-elle toujours vivante et dramatique. Ce n'est plus une exhortation comme dans Cowper. C'est une scène à laquelle on assiste. Sa pièce à une Souris est un chef-d'œuvre, né d'une émotion de ce genre.

Pauvre petite bête lisse, craintive, tremblante, Ô, quelle panique il y a dans ta petite poitrine, Tu n'as pas besoin de te sauver si vite, Et de courir en trottinant. Je ne voudrais pour rien le poursuivre et te chasser, Avec le bâton meurtrier.

En vérité, je suis triste que la domination de l'homme Ait brisé l'union sociale de la nature, Et justifie la mauvaise opinion Qui te fait t'enfuir De moi, ton pauvre compagnon, né de la terre Et mortel comme toi.

Je sais bien que parfois il t'arrive de voler, Mais quoi? pauvre petite bête, il faut bien vivre; Un épi par hasard dans deux douzaines de gerbes, C'est peu de chose. J'aurai une bénédiction avec le reste, Et je n'y perdrai rien.

Et ta mignonne maisonnette en ruines! Ses pauvres murs dispersés aux vents! Et rien maintenant pour en bâtir une autre, Plus un brin d'herbe; Et les vents du glacial Décembre qui arrivent, Durs et aigus!

Tu voyais les champs s'étendre nus et dépouillés, Et le triste hiver arriver vitement; Et bien au chaud, ici, sous la rafale, Tu pensais demeurer, Lorsque soudain le coutre cruel a passé À travers ta cellule.

Ce petit tas de feuilles et de fétus T'a coûté maint grignotement fatiguant. Te voici maintenant dehors, après tant de peine, Sans maison ni abri; Pour supporter les brumes, les grésils d'hiver, Et les froides gelées blanches.

Mais, petite souris, tu n'es pas la seule À prouver que la prévoyance peut être vaine. Les plans les mieux faits des souris et des hommes Bien souvent gauchissent, Et ne nous laissent que chagrins et souffrance Au lieu de la joie promise.

Chose bien plus étrange encore chez un paysan accoutumé à couper les épis, à les écraser sous le fléau, à maltraiter le grain de mille manières, les plantes elles-mêmes participaient à cette tendresse. Sans le moindre penchant au panthéisme, auquel sa nature compacte et nouée en robuste personnalité ne se prêtait pas, il y a pénétré aussi loin que des natures diffuses et vaporeuses comme Shelley, faites pour s'éprendre de modes d'existence vagues, flottants et pas encore solidifiés en conscience. Rien ne répugnait plus à son esprit clair et limité, mais sa sympathie le menait au fond des choses, jusqu'aux racines obscures communes à toute vie. Il sortait de tout ce qui vivait et pouvait souffrir, à quelque profondeur que ce fût, un appel qui montait jusqu'à lui. Plus tard, avec Wordsworth et surtout avec Shelley, les fleurs vivront, seront chéries, livreront leurs rêves, étudiés et devinés par ces purs poètes. Mais, à cette époque, c'était une chose inouïe véritablement. Cowper, lorsqu'il parle des plantes, ne dépasse pas les sentiments d'un jardinier; ses vers font penser à ceux de l'abbé Delille. Darwin les décrivait en botaniste. Mais les aimer, les plaindre, sentir quelque chose qui ressemble à de l'émotion ou à de l'intérêt pour une fleur flétrie ou une branche brisée! C'était une chose faite pour surprendre.

Cependant, là encore, sa bonté a mené Burns plus loin que son esprit. Un jour de printemps, le soc de sa charrue trancha une pâquerette qui fleurissait avec confiance. Il ne put voir, sans être touché, la petite fleur expirante. Il écrivit une pièce qui est le pendant exact de celle sur la Souris, et qu'il est curieux d'en rapprocher. Elle est d'une teinte un peu moins sombre, de nuance plus gaie et plus riante. Et ce détail suffirait seul à montrer quelle était l'impressionnabilité de Burns. Sur les mêmes sujets, la première pièce fut écrite un jour de novembre, et la seconde un jour de printemps. Instinctivement, elles se sont présentées à son esprit dans deux tonalités différentes. Sans qu'il y ait presque un mot de description, la première est assombrie, la seconde a la clarté printanière et l'écho d'un chant d'alouette. Les deux paysages ont passé dans l'émotion même et l'ont colorée différemment.

Petite, modeste fleur, cerclée de cramoisi, Tu m'as rencontré dans une heure mauvaise Il a fallu que j'écrase dans la poussière Ta tige mince! T'épargner maintenant, n'est plus en mon pouvoir, Toi jolie perle.

Hélas! ce n'est pas ta douce voisine, La gentille alouette, compagne faite pour toi, Qui te courbe dans les gouttes de rosée Sous sa poitrine tachetée, Quand elle jaillit au ciel joyeuse, pour saluer L'Est qui s'empourpre.

Le Nord aux dures morsures souffla froidement Quand naguères, tu naquis humblement; Malgré cela, tout heureuse, tu parus et brillas Sous l'ouragan, Dressant à peine au-dessus de ta mère, la terre Ta tendre forme.

Les fleurs orgueilleuses que nos jardins produisent, De hauts bois protecteurs et des murs les défendent; Mais toi, au hasard, sous l'abri D'une motte ou d'une pierre, Tu pares ce champ d'éteule aride, Ignorée, solitaire.

Là, vêtue de ton étroit mantelet, Tournant au soleil ta poitrine neigeuse, Tu lèves ta tête modeste, D'une humble façon Mais soudain, le soc soulève, arrache ton lit; Te voici prosternée.

Telle est le sort de la jeune fille Douce fleurette des ombres rustiques; Trompée par la simplicité de l'amour Et une confiance naïve, Comme toi, toute souillée, elle tombe, Et gît dans la poussière.

Tel est le sort de l'humble barde, Sur le rude Océan de la vie, sous une mauvaise étoile, Il est inhabile à consulter la carte Du savoir prudent, Jusqu'à ce que les rafales soufflent, les vagues mugissent, Et l'engloutissent.

Tel, le sort de la vertu malheureuse, Qui longtemps a lutté avec les besoins et les chagrins, Que l'orgueil et la malice humaine ont poussée Au bord de la misère; Arrachée de tous ses soutiens, sauf le ciel, Ruinée, elle tombe.

Reconnaissons tout de suite que cette pièce est inférieure dans son ensemble à celle sur le nid de souris. Elle est moins touchante et moins parfaite. Les strophes de la fin, qui ont un intérêt dans l'histoire de Burns, car elles désignent évidemment Jane Armour, le poète lui-même et son père, la surchargent. Elles la font trop tourner à l'allégorie et lui donnent à première vue l'air d'un cadre littéraire. Il y a aussi, à l'antépénultième strophe, une comparaison maritime, inopportune et hors de proportions avec l'image qui devait à elle seule constituer la pièce. Elle en dérange l'unité et l'harmonie.

Mais, ces réserves faites, on peut admirer. Rien de plus joli n'a été écrit sur la pâquerette, et surtout, ce qu'il faut toujours relever dans Burns, rien de plus précis. Sa petite toilette simple, sans prétentions, à peine relevée d'un liseré rose en février et rouge en avril, est indiquée en deux mots. Son amitié avec l'alouette, qui la réveille en lui trempant la tête dans la rosée et lui annonce le matin, est d'une grâce mignarde. Et qui a mieux rendu la petite personnalité de la pâquerette? La modestie, la gaîté calme, la sagesse pratique de la vaillante fleurette, toujours d'égale humeur, qui s'accommode du moindre abri, fleurit par tous les temps et, avec son contentement et son humilité, ressemble à un sourire tranquille. Wordsworth dont elle était la favorite, et dont il se disait le poète:

Et il ajoutait avec une charmante naïveté d'enthousiasme:

Appuyé sur mon coude et mon côté, Tout le long jour suis-je résolu à rester étendu Pour rien autre,—et point ne mentirai-je— Sinon regarder la pâquerette, L'impératrice et la fleur de toutes les fleurs; Et si prié-je Dieu que tout bien lui advienne, Et, à cause d'elle, à tous ceux qui aiment les fleurs[827].

Dans Burns, il y a en plus le drame, la souffrance, l'émotion, et une telle puissance d'individualité que, tandis que les autres poètes ont parlé de la pâquerette en général, il a fait de celle-ci une personne qui vit dans notre esprit, comme une petite amie qu'on ne saurait oublier. Si le vœu de Wordsworth a été exaucé; si on a planté un saule sur la tombe de Musset; si Keats, qui disait en mourant qu'il sentait déjà les violettes pousser au-dessus de lui, dort sous les violettes; Burns devrait avoir un tertre vert parsemé de pâquerettes, où descendraient les rosées et d'où monteraient des alouettes.

Cette exquise sensibilité pour toutes les formes de la vie n'était pas un artifice littéraire. Il la portait avec lui partout; elle faisait le charme de ses promenades solitaires et de ses rêveries. Dans une de ses plus belles lettres, il a admirablement rendu cette tendresse qui débordait de son âme et se déversait sur son chemin. C'est un passage qui, même après ses pièces sur la Souris et sur la Pâquerette, mérite d'être cité. Il respire peut-être mieux encore cette merveilleuse bonté.

Burns n'a pas revêtu les choses d'une teinte plus céleste, mais il a répandu sur elles une infinie bonté. Là est sa véritable originalité dans le sentiment de la nature, ce qui l'ennoblit, lui donne la «consécration et le rêve du poète.» C'est par là, nous le verrons, et par là seulement, qu'il prend place parmi les modernes. Ici comme ailleurs il restera glorieux pour avoir beaucoup aimé.[Lien vers la Table des matières.]

III. QUE LE SENTIMENT DE LA NATURE DANS BURNS EST TRÈS ÉLOIGNÉ DU SENTIMENT DE LA NATURE DANS LA POÉSIE MODERNE.

La question qui se pose naturellement au bout de cette étude est celle-ci: Quels rapports y a-t-il entre cette façon de comprendre la Nature et le sentiment de la Nature dont est faite presque exclusivement la poésie moderne. Burns peut-il compter parmi les poètes qui, depuis un siècle, l'ont si minutieusement décrite et si richement, l'ont tellement explorée, qu'ils ont pénétré, par des sentiers non foulés, jusqu'à des sources nouvelles?

Certains poètes se contentent de jeter sur la Nature leur émotion du moment. Elle s'assombrit ou s'égaie, selon qu'ils sont eux-mêmes tristes ou joyeux; elle prend la teinte de leur âme. Elle ne détient rien de son propre fonds, ni signification, ni caractère. Elle attend, pour savoir ce qu'elle ressentira, que nous le lui disions. Un site n'est ni mélancolique ni riant par lui-même; il devient l'un ou l'autre selon l'homme qui y apparaît. Le même site, visité par deux hommes dont l'âme est agitée d'émotions opposées, aura des aspects opposés. La Nature n'a pas d'expression; elle n'est qu'un écho qui répète les choses qu'on lui dit, pleure ou se réjouit selon les paroles qu'on lui jette; elle attend de nous son mot d'ordre.

Une larme splendide est tombée De la grenadille de la porte, Elle arrive, ma colombe, ma chérie, Elle arrive, ma vie, ma destinée. La rose rouge crie: «Elle est près, elle est près!» Et la rose blanche pleure: «Elle tarde!» Le pied-d'alouette écoute: «Je l'entends, je l'entends!» Et le lis soupire: «Je l'attends!»[859]

Un des exemples les plus complets et les plus brillants de cette manière se trouve dans son Élégie sur le Capitaine Matthew Andersen. On y saisit ce qu'elle a de faux; même lorsqu'elle est mise en œuvre au moyen de touches justes et fermes, l'ensemble ne donne qu'une impression douteuse. Presque chacune des strophes qui suivent est un petit tableau exact et solide; on y peut même reconnaître aussi bien qu'en n'importe quel autre passage de ses œuvres sa fidélité d'observation, et cependant la pièce a quelque chose de factice et de forcé.

Il est mort! il est mort! il nous a été arraché! Le meilleur des hommes qui fut jamais! Ô Matthew, la nature elle-même te pleurera, Par bois et par landes, Où peut-être erre la Pitié solitaire, Exilée de parmi les hommes!

Pleurez, vous, bosquets que connaît le ramier, Bois pleins de noisetiers, et vallons pleins d'épines! Vous ruisselets tortueux qui descendez vos glens, En trébuchant bruyamment, Ou en écumant fort, en bondissant vite, De cascade en cascade.

Pleurez, petites campanules dans les prés, Vous fastueuses digitales belles à voir, Vous chèvrefeuilles qui pendez joliment En bosquets embaumés, Vous roses sur vos épineuses tiges, Les premières d'entre les fleurs.

À l'aurore, quand chaque brin d'herbe Plie avec un diamant à son faîte, Le soir, quand les fèves répandent leur senteur Dans la brise bruissante, Vous lièvres qui courez dans la clairière, Venez, joignez-vous à mes plaintes.

Pleurez, vous chanteurs des bois, Vous grouse qui vous nourrissez des bourgeons de bruyère, Vous courlis qui faites vos appels dans les nuages, Vous pluviers siffleurs; Et pleurez aussi, couvées bruyantes de perdrix, Il est parti pour jamais.

Pleurez, foulques brunes, et sarcelles tachetées, Vous hérons pêcheurs qui guettez les anguilles, Vous canards et malarts qui, dans vos cercles aériens, Enveloppez le lac; Et vous butors, jusqu'à ce que les fondrières résonnent, Criez à cause de lui.

Pleurez, râles de genêts qui piaillez à la chute du jour, Parmi les champs brillant de trèfle en fleur, Quand vous vous envolerez pour votre voyage annuel, Loin de nos froids rivages, Dites à ces terres lointaines qui gît dans l'argile Qui nous pleurons.

Vous, hiboux, de votre chambre de lierre, Dans quelque vieil arbre ou quelque tour hantée, À l'heure où la lune, avec un regard silencieux, Montre sa corne, Pleurez à l'heure morne de minuit, Jusqu'à l'éveil du matin.

Ô rivières, forêts, collines et plaines! Vous avez souvent entendu mes chants joyeux; Mais maintenant que me reste-t-il Sinon des histoires de tristesse? Et de mes yeux ces gouttes qui tombent Couleront toujours.

Pleure, Printemps, mignon de l'année! Chaque corolle de primevère contiendra une larme; Toi, Été, tandis que les épis des blés Dressent leur tête, Déchire tes tresses brillantes, vertes, fleuries, Pour celui qui est mort.

Toi, Automne, en chevelure dorée, Déchire de douleur ton manteau jaunâtre! Toi, Hiver, qui lances à travers les airs La rafale hurlante, Annonce à travers le monde dénudé Le mérite que nous avons perdu.

Pleure-le, toi Soleil, grande source de lumière, Pleure, impératrice de la nuit silencieuse! Et vous, brillantes, scintillantes petites étoiles, Pleurez mon Matthew! Car à travers vos orbes il a pris son vol, Pour ne revenir jamais.

Ô Henderson! ô homme, ô frère! Es-tu parti et parti pour toujours? Et as-tu traversé cette rivière inconnue, Limite sombre de la vie? Le pareil à toi, où le trouverons-nous, À travers le monde entier?

Allez à vos tombes sculptées, ô grands, Dans tout le vain clinquant de votre pompe! Près de ton honnête gazon je resterai, Ô honnête homme! Et je pleurerai le destin du meilleur garçon Qui jamais fut couché en terre.

Il convient de dire que ce morceau n'est pas dans la véritable veine de Burns. Il est de la seconde période de sa vie, il sent l'exercice littéraire. Il est probable qu'il en avait emprunté le modèle à quelque imitation des élégies classiques. C'est la charpente des élégies de Bion et de Moschus, qui s'est propagée dans la littérature à travers mille copies. Si l'on y regarde de près, on verra que c'est au fond presque la même construction que celle de l'Adonaïs de Shelley. Tel qu'il est, c'est un parfait spécimen de l'envahissement de la nature par les sentiments humains. C'est une tendance absolument opposée à l'école moderne de Poésie; et si l'on veut comprendre combien celle-ci a essayé de réagir contre elle, on n'a qu'à relire les vers de Coleridge.

C'est une véritable protestation contre cette soumission de la Nature à nos passions, et une revendication de son indépendance vis-à-vis de nous. Ici encore, on voit combien Burns était, sur ce point, en dehors du courant de la poésie moderne.

Nous trouvons donc quelque chose en face de nous. Il peut y avoir de véritables rapports, un véritable commerce entre l'homme et la Nature. Il y a une réalité qui les soutient et en fait autre chose qu'un vain mirage de nous-mêmes. L'expression des choses n'est pas le simple reflet des émotions que nous apportons devant elles. Il y a là une vaste sensibilité à connaître, à étudier, à pénétrer. La Nature ne fait pas que répéter ce que nous disons; elle a quelque chose à nous enseigner; elle sait nous contredire et, si nous allons à elle découragés et las, elle nous répond quelquefois qu'il faut être patient et de bon espoir. C'est par ce caractère indépendant de nous qu'elle a prise sur nous, qu'elle agit sur nous. De là découlent ses vertus salutaires et guérissantes.

Il est hors de doute que cet élément moral donne aux représentations de la Nature un sens, une portée que la description purement pittoresque ne saurait fournir. Il suffit, pour comprendre toute la différence, de comparer deux paysages, l'un décrit avec des épithètes matérielles, l'autre, avec des épithètes morales, et de comparer, par exemple, une page de Théophile Gautier à une page de Michelet. Quand elle s'appuie sur un fond solide et exact de traits matériels, cette touche intellectuelle donne aux scènes de la Nature une profondeur, un charme, et une éloquence qui font paraître insignifiantes et inertes les représentations auxquelles manque cette lueur intime.

Pour discerner le caractère habituel et les émotions accidentelles des choses, il faut une pénétration singulière: une longue étude morale de la Nature, et un don pareil à celui qu'ont les peintres de discerner l'expression d'un visage. Ce don, Wordsworth et Shelley l'ont possédé à un haut degré. Wordsworth surtout a étudié avec une admirable délicatesse, sensible

Ici donc, quelque chose existe en dehors de nous et d'une façon permanente agit sur nous. L'école historique des milieux, dont les solutions sont encore si enfantines par leur simplicité et leur naïve assurance, ne repose-t-elle pas presque entièrement sur cette idée d'une expression et d'une influence morale des lieux? Mais elle semble ignorer tout le travail de la poésie moderne. Elle ne pourra obtenir de résultats que lorsque l'analyse, infiniment complexe, longue et délicate des caractères des sites, et en même temps l'étude aussi difficile de leur mystérieuse domination, auront été poussées assez loin pour permettre de discerner l'autorité ou la séduction d'un site particulier, et la façon dont il a parlé à tel esprit. Il y a là un travail immense que la poésie a commencé à peine, et dont la science ne semble pas se douter. Lorsqu'il sera achevé, alors seulement la théorie des milieux qui, par suite de la variété des sites et des esprits, ne peut être qu'une série d'applications très complexes et tout à fait individuelles, et qui se complaît jusqu'à présent dans des solutions générales, des simplifications, qui sont sa négation même, donnera des résultats. La seule tentative qui ait été faite dans cette direction est le Prélude de Wordsworth, cette merveilleuse autobiographie, cette histoire de la formation d'un esprit poétique, où sont notés les influences morales, et par suite les aspects moraux des lieux, où pour la première fois on a attentivement écouté et compris ce verbe de la Nature.

Il faut, pour trouver ces quelques indications si douteuses, passer au crible tout ce qu'il a écrit. C'est insignifiant. Cela ne dépasse pas les idées qu'on atteint parfois involontairement par la seule force des mots et des images.

C'est qu'il est toujours sur le terrain des sentiments et qu'il ne sort jamais de sa passion pour s'occuper de la Nature en dehors de lui-même. Il est en cela fidèle à la tradition humaine, mais il est hors de l'étude attentive et psychologique des choses, et il n'est pas dans les préoccupations de la poésie moderne.

Enfin, au-delà et au sommet des degrés que nous avons parcourus, se trouve une conception générale de la Nature considérée comme un tout, et de nos rapports avec elle, une métaphysique de la Nature, avec son influence sur notre destinée. On peut dire que cette conception a envahi la poésie moderne. Dans la littérature anglaise, comme dans les autres, elle remplace presque entièrement l'élément religieux. Celui-ci ne se trouve plus à l'état pur que dans des poètes secondaires, comme Montgomery, Pollock ou Keble; ou, s'il se rencontre chez des poètes principaux comme Cowper, il n'y occupe qu'une place secondaire et ce n'est pas par lui qu'ils sont grands. Si Cowper ne possédait pas l'élément humain il ne serait pas beaucoup au-dessus de Young. Le sens religieux qui persiste dans Wordsworth s'est ranimé et rajeuni en se combinant avec une conception de l'univers; et pour certains poètes comme Shelley, cette conception a été toute une religion. Pour tous, bien qu'à des degrés divers, la vie humaine n'apparaît qu'à travers un système du monde, et pour quelques-uns elle y disparaît. Ce qui reste de mysticisme, de vénération et d'attente confiante, dans la poésie moderne, n'existe que mélangé à une philosophie de la Nature. C'est là seulement que les poètes de notre temps puisent leurs plus hautes inspirations; là seulement qu'ils ont trouvé les paroles d'enseignement supérieur et sacré qui semble indispensable à toute grande poésie. C'est là que les espérances de In Memoriam ou des Contemplations se suspendent. Pour quelques-uns, il y a la Nature sans religion; pour personne, il n'y a plus de Religion sans l'aide de la Nature.

Dans un autre système poétique, la Nature absorbe la vie humaine. Celle-ci n'existe pas, ne subsiste pas en dehors d'elle, elle se confond avec elle, y disparaît. Mais il y a deux façons bien différentes d'accepter cette même conviction, et qui ont donné naissance à deux lignées bien différentes de poètes.

Pour les uns, la Nature est la dévoratrice insatiable, le gouffre ouvert toujours où tombent d'interminables multitudes, le néant effroyable ou souhaité dans lequel disparaissent les bonheurs ou les lassitudes de la vie. Ils la regardent avec terreur et avec haine, soit qu'ils se soient haussés à un mépris stoïque comme de Vigny, ou qu'ils soient torturés par une impuissante révolte comme Mme Ackermann. Cette vue toute négative de la Nature, cette façon de n'apercevoir en elle que la destruction indifférente et implacable a produit quelques-unes des plus puissantes inspirations de la poésie moderne. Nous empruntons, par exception, nos citations à notre littérature, parce que nous ne connaissons pas, dans la littérature anglaise, de passage où ce sentiment soit exprimé avec autant de force. Lorsque de Vigny dit:

Ne me laisse jamais seul avec la Nature, Car, je la connais trop pour n'en avoir pas peur;

Elle me dit: «Je suis l'impassible théâtre Que ne peut remuer le pied de ses acteurs; Mes marches d'émeraude et mes parvis d'albâtre, Mes colonnes de marbre ont les dieux pour sculpteurs.

Je n'entends ni vos cris, ni vos soupirs, à peine Je sens passer sur moi la comédie humaine Qui cherche en vain au ciel ses muets spectateurs.

Je roule avec dédain, sans voir et sans entendre, À côté des fourmis, les populations; Je ne distingue pas leur terrier de leur cendre, J'ignore en les portant les noms des nations.

On me dit une mère, et je suis une tombe, Mon hiver prend vos morts comme son hécatombe. Mon printemps ne sent pas vos adorations.»

Lorsque Mme Ackermann, que de Vigny, ce grand précurseur envers lequel on est ingrat, avait devancée, pousse avant de sombrer le cri déchirant et l'anathème qui fait frissonner l'oiseau et épouvante les vents, lorsqu'elle lance à la Nature son imprécation:

Sois maudite, ô marâtre, en tes œuvres immenses, Oui, maudite à ta source et dans tes éléments, Pour tous tes abandons, tes oublis, tes démences Aussi pour tes avortements!

Tous deux ils traduisent, avec une tristesse hautaine ou un emportement farouche, la sombre poésie qu'il y a dans cette conception. À la vérité, c'est peut-être moins regarder la Nature en soi que la vie humaine par rapport à elle. Car, en admettant que nos vies sont des bulles éclatant à la surface des forces, il se peut que des âmes plus résolues ou plus résignées soient heureuses de participer à ce renouvellement de l'être et de se sentir emportées par cette onde immense d'existences qui déferle à travers les temps.

C'est ce qui arrive à d'autres esprits. Pour eux aussi la vie humaine n'est pas plus que le moindre des bourgeons; elle s'ouvre un instant et périt pour jamais. C'est encore le matérialisme avec l'engloutissement irréparable de l'homme. Mais ils envisagent les choses par la face de la reproduction plutôt que de la destruction; ils considèrent le rajeunissement éternel plutôt que la décrépitude. Dans le cercle alternativement noir et blanc de naissance et de mort qui forme le travail de l'Univers, ils disent que la seconde n'est que la condition de la première, et pour eux les nuits ne sont pas les tombeaux des jours, mais des berceaux d'aurores. Ils ne sont pas sensibles à la terreur que leur existence sera un jour supprimée, mais à la joie qu'elle ait été produite. Ils sont heureux de prendre part un moment à la vie universelle, dont ils sentent en eux le tressaillement profond; et, reconnaissants d'avoir existé, ils retombent sans regrets dans le courant des métamorphoses. Cette façon de voir dans la Nature une évocation infatigable de l'être, une profusion, un épanouissement, une floraison de forces suffit pour remplacer une révolte inutile par une satisfaction tranquille. La plupart des âmes humaines sont, il est vrai, trop encastrées dans leur personnalité pour faire autre chose que de comprendre cette idée. Elles sont impuissantes à la ressentir: trop captives pour se perdre en elle, et trop étroites pour la recevoir en soi. Elles se contentent de l'exprimer dans une forme intellectuelle qui déjà ne manque pas de grandeur. Elles en tirent une fermeté tout humaine, semblable à celle que put éprouver une âme comme Littré, quelque chose comme la gratitude du convive rassasié dont parle noblement le poète latin.

Shelley a eu un instinct si puissant de la vie générale qu'il ne s'arrêtait pas aux attributs de forme ou de couleur des phénomènes. Il a pénétré jusqu'à leur vie intime, leur âme obscure, leurs aspirations inconscientes, le sens épars de leur fonction et la vague allégresse de leur course, car peut-être le mouvement est la joie des choses. Aussi jamais la matière n'a été plus immatérialisée. La force inchoative, la vie centrale, y perce partout, en sorte que, derrière la mince matérialité des attributs, on rencontre l'immatériel. La profondeur même de ce matérialisme conduit à quelque chose qui ressemble à du spiritualisme. La matière disparaît presque, se pénètre de vie et de mouvement, perd sa pesanteur qui, en réalité, n'est qu'une idée humaine, prend sa vraie légèreté, son bondissement, son allégresse cosmiques. Alors, tous les phénomènes allégés, spiritualisés, vus par leur face intérieure et impalpable, passent, se croisent, comme s'ils étaient purement lumineux et des jeux rapides de forces. À cet enivrement de mouvements infinis, s'ajoute l'idée qu'ils sont eux-mêmes dans un autre mouvement plus vaste, qui les soulève vers le progrès; l'idée d'une transformation, d'un déroulement du Monde vers la perfection. On a non-seulement l'exaltation d'appartenir à la grande vie, mais l'enthousiasme d'être emporté par l'immense roue de l'Univers courant au mieux. C'est pourquoi, lorsqu'il parle de la Nature, Shelley ne trouve d'autre moyen d'expression que le lyrisme violent et tendu. Des hymnes seuls peuvent rendre cette ivresse de panthéisme. Il a ainsi donné la poésie de la Nature la plus vraie, la plus centrale, la plus organique, la plus riche, qui ait jamais paru. Il chante au cœur même de la Nature. La chétive vie humaine disparaît entièrement, ne devient plus qu'une des voix qui célèbrent la vie immense.

Enfin, il y a un troisième système qui, bien que dérivé des philosophies, est, en poésie, la création et le glorieux domaine de Wordsworth. Dans cette conception nouvelle l'homme et la Nature existent également; il ne la supprime pas au profit de la Divinité; elle ne l'absorbe pas. Tous deux vivent: la Nature dans sa richesse; lui, dans son indépendance vis-à-vis d'elle. Mais il est toujours en contact avec elle; il y a entre eux une sorte d'harmonie préétablie; il est créé pour la percevoir; elle, pour être perçue par lui.

Il y a donc une sorte d'ajustement, de fiançailles, d'union, entre l'esprit humain et la Nature. Il la perçoit dans sa vie innombrable et splendide; mais cette vie n'est pas tout: la raison d'être de l'Univers n'est pas comprise en lui-même, ni sa signification; il n'est que la révélation de quelque chose de plus grand. Cette manifestation est tout ce qu'il nous est donné de saisir. Nous ne pouvons connaître que la Nature; mais elle nous parle de quelque chose d'au-delà d'elle. Dans son langage mystérieux et immense, elle nous révèle l'existence d'une force supérieure, de modes d'être inconnus, d'une puissance lointaine et invisible. Dès lors, la Nature n'est pas seulement un fait, elle est un signe; il ne suffit pas de la regarder, il faut l'interpréter; un élément idéal se mêle par là à son étude.

Il est aisé de voir que cette doctrine diffère des autres. Avec le système de Cowper, il n'y a ni étude de la Nature pour elle-même, ni interprétation donnée à ses millions de formes. On ne s'arrête pas à elle. Il n'y a pas de relation continue; dès qu'on a trouvé, par l'idée de loi, l'idée d'un Régulateur, on a tout découvert; il n'y a plus qu'à chanter ses louanges. Ici, au contraire, la Nature reste au premier plan. Elle est l'objet d'une lecture constante, comme un texte qu'on ne se lasse pas de relire et de commenter, pour en pénétrer le sens. Le système qu'on a appelé «Wordsworthien» conserve l'homme, conserve la Nature, et ne ferme pas toute ouverture sur l'inconnu. On comprend qu'il offre au point de vue poétique plus de ressources, qu'il est en quelque sorte plus large et plus hospitalier. Il est réaliste, car il s'attache à la Nature, il tire d'elle tout ce qu'il sait, vit de sa vie, s'élargit en la connaissant plus, a besoin d'être constamment nourri par son observation. Il est idéaliste, car, prenant la Nature comme une révélation et un signe, il met derrière ses faits des pensées; il la spiritualise constamment, et, en laissant subsister sa réalité sur quoi tout s'appuie, il en tire des enseignements et de l'espérance. En même temps, il reste en quelque sorte dans le rayon scientifique des faits, car il ne tire de la Nature que ce que celle-ci peut donner: quelque chose de confus, de vague, de lointain, de mystérieux, l'idée de cet Inconnaissable redoutable qui est de l'autre côté des murs flamboyants du monde. Rien de défini, de précis, d'humain comme le Dieu de Cowper, qui est plutôt fourni par la révélation; mais la présence devinée d'une impérissable puissance dont la Nature n'est que le voile de notre côté. C'est, après tout, l'idée de plus d'un philosophe scientifique; Wordsworth l'a exprimée dans une image qui en rend à la fois le grandiose et l'obscur.

L'œil ne peut s'empêcher de voir, Nous ne pouvons commander à l'oreille de cesser d'agir, Nos corps sentent partout où ils se trouvent, Contre ou avec notre volonté.

Je pense de même qu'il y a des pouvoirs Qui d'eux-mêmes font impression sur nos esprits, Et que nous pouvons nourrir notre esprit Dans une sage passivité.

Pensez-vous, dans cette puissante somme Des choses qui parlent sans cesse, Que rien ne viendra de soi-même, Et qu'il nous faut toujours courir après?

Et écoutez! comme joyeusement la grive chante! Elle aussi est un bon prédicateur, Venez, venez à la lumière des choses, Que la Nature soit votre préceptrice.

Elle a tout un monde de trésors préparés Pour enrichir les cœurs et les esprits: Une sagesse spontanée, exhalée par la santé, La vérité exhalée par la gaîté.

Une impression venant d'un bois printanier Peut vous enseigner plus sur l'homme, Plus sur le bien et le mal moraux, Que tous les sages ensemble.

Douce est la science que donne la Nature; Notre intelligence affairée Déforme la beauté des choses, Et tue afin de disséquer.

On pourrait croire qu'il est à peine possible de saisir cette insensible pénétration de l'homme par la Nature, ces moments où elle s'épand en nous en noyant notre conscience, ces minutes trop profondes pour des mots. Wordsworth les a pourtant aperçus, avec une délicatesse et une subtilité qui font de lui un psychologue presque aussi pénétrant qu'il est grand peintre de la Nature. Avec quelle finesse il note ce petit choc imperceptible et cette surprise, par lesquels une âme perdue se réveille tout à coup et s'aperçoit qu'elle déborde de nature.

Ces heures de divine réceptivité, ces moments mémorables et consacrés, Wordsworth les a décrits avec de merveilleuses ressources de langage. Il a su exprimer des états d'âme presque inexprimables et qui n'avaient jamais été révélés. C'est une contemplation qui, peu à peu, se spiritualise; la scène extérieure, tout en persistant avec sa netteté et ses détails, s'affine, devient immatérielle, se change en rêve; elle passe du dehors dans l'âme qui la contemple, avec une ineffable douceur, entrant en elle, se transformant en elle. Sensations intraduisibles et désespérantes pour les lourds termes humains, et que Wordsworth a su rendre dans une transparente immatérialité et avec précision.

En accumulant ainsi de nobles impressions et de beaux spectacles, l'âme s'enrichit, se fait des provisions de calme, de santé et de haute jouissance. Elle en est profondément pénétrée comme d'une fraîcheur. Dans chacun de ces moments, il y a de la vie et de la nourriture pour les années futures. Et cette influence, qui sait jusqu'où elle peut s'étendre? Jusqu'aux moindres actes de la vie quotidienne. Elle affecte la continuité même de l'âme.

Peu à peu, ces extases mûrissent en un plaisir plus calme; l'esprit devient une demeure pour toutes les formes aimables; la mémoire est l'habitation de sons et d'harmonies pleines de douceur. L'âme, remplie de ces belles choses, devient belle à son tour. Elle en est pour ainsi dire construite et chaque nouvelle impression la rend plus complète et plus noble. Elle prend les habitudes mêmes de la Nature. Elle devient sereine, calme, pleine de bonté, de pardon, d'indifférence aux petites choses, pleine de sérieux, de gravité, et d'un sentiment de respect religieux.

Sur des touffes de primevères, dans ce petit bois, La petite pervenche traînait ses guirlandes, Et c'est ma croyance que chaque fleur Jouit de l'air qu'elle respire.

Les oiseaux autour de moi sautillaient et jouaient, Je ne puis mesurer leurs pensers, Mais le moindre mouvement qu'ils faisaient Semblait un frisson de plaisir.

Les rameaux bourgeonnants ouvraient leurs éventails Pour saisir la brise légère; Et je ne pouvais m'empêcher de penser Qu'il y avait du bonheur autour de moi.

Avec ces éléments, Wordsworth a créé la poésie de la Nature la plus complète, la mieux enchaînée et la plus profonde que l'esprit humain ait encore produite. Comme l'univers est un livre qu'il faut étudier et lentement comprendre, sa poésie devait être méditative, de même que celle de Shelley a été lyrique. Le mouvement, l'élan, la passion sûrement y sont moindres. C'est qu'en effet, elle est, par un côté, inférieure à celle de Shelley. L'idée du progrès que fera l'esprit humain dans l'intelligence du monde y est bien; le progrès du monde lui-même n'y saurait trouver place. La Nature n'est pas une improvisation continuelle, un discours qui se déroule, profitant à chaque instant de sa clarté et de son éloquence acquises; c'est un livre écrit pour jamais. Le sens en est arrêté. Il n'y aura d'avancement que dans l'explication de son texte mystérieux.

De quelque côté pourtant qu'entraînent les préférences, eux deux sont de beaucoup les deux plus grands poètes de la Nature, on pourrait presque dire les deux seuls. Chez tous les autres, chez Cowper, chez Byron, chez Keats, chez Coleridge, chez Tennyson, il y a des fragments exquis ou puissants; mais combien l'ensemble est inférieur en richesse et en fidélité, moins substantiel, souvent même composé d'éléments contradictoires. Les deux noms de Shelley et de Wordsworth se dressent au-dessus de tous. Le sentiment moderne de la Nature réside en eux, comme le soleil sur deux pics, les seuls assez hauts pour voir l'aurore et le crépuscule, et connaître le cercle entier du jour.

On voit par quels larges degrés nous nous sommes éloignés de plus en plus des régions moyennes qu'occupe le travail des hommes. Nous n'apercevons plus que de bien loin, comme du haut des sommets alpestres, cette plaine animée au bruit des semailles ou des moissons dans laquelle naguère nous vivions avec Burns. Il est demeuré là-bas, à nos pieds, ignorant ces vertiges et ces ivresses, occupé à la besogne humaine, travaillant, labourant, aimant, souffrant, et trouvant que son travail, son amour et sa souffrance sont toute sa vie. Des distances immenses, des abîmes et des monts, sont entre lui et ceux qui méditent sur les cimes. Si l'on voulait mesurer, d'une façon frappante, quelle étendue le sépare du sentiment de la Nature moderne, on n'aurait qu'à imaginer deux promenades, l'une faite par Wordsworth, et l'autre par lui. Il n'y aurait pas de contraste plus frappant. On verrait le premier sortant de son jardin de Ridal-Mount, sérieux, avec une sorte de recueillement et l'attente de rencontrer dans sa promenade des leçons morales. Il va puiser à la grande sérénité, pour entretenir celle de son âme. Il marche dans la Nature, comme dans une cathédrale, où se déroulent des cérémonies religieuses dont il ne peut pénétrer le sens, mais dont le caractère solennel le remue. Le soir, il revient dans un état d'âme grave et respectueux, comme après une communion sacrée. S'il avait pu emporter quelques troubles, ils seraient apaisés; même les douleurs les plus saintes, celle que cause la mort d'un frère, se calment, s'élèvent, et prennent leur place dans la haute harmonie de l'âme. Combien la promenade de Burns est différente! Il sort de Mossgiel, le cœur agité de passions, ne cherchant qu'à songer plus librement à son angoisse. Il emporte avec lui des sentiments auxquels il appartient tout entier; il souhaite seulement un endroit où rien ne les vienne distraire. Chemin faisant, il jette un rapide regard sur les champs de blés verts, mais c'est son œil seul qui perçoit la scène; son esprit ne s'en mêle pas. La préoccupation intérieure continue, se plaçant machinalement dans ce cadre. Il rentre rapportant les mêmes peines, plus violentes et plus orageuses, de cette promenade où rien ne les a gênées. La Nature n'a eu pour lui aucune vertu, aucun baume calmant. Elle reste indifférente à ses douleurs; lui, l'a à peine aperçue.

Et si l'on reprenait un à un tous les traits du sentiment de la Nature tel que nous avons essayé de le dégager de la poésie moderne, on verrait qu'il ne s'en trouve pas un seul dans Burns. La peinture minutieuse, la recherche d'effets neufs et rares ne se rencontre pas chez lui; il se contente des effets ordinaires et il les peint sommairement d'un seul trait. Le mélange d'âme humaine et de Nature, ce commerce nouveau, cette humanisation des sites et des objets, n'apparaît guère chez lui, qu'en quelques passages et si rapidement qu'on ne sait si ce n'est pas un hasard de métaphore. Quant aux méditations sur la vie universelle et à leur influence sur les sentiments, il les a absolument et toute sa vie ignorées. En réalité, il ne s'est jamais occupé de la Nature pour elle-même, ce qui est le trait caractéristique de la poésie moderne. Il n'a été en contact avec elle que par le travail champêtre ou pendant quelques promenades de paysan désœuvré. Sa personnalité était trop vigoureuse, trop active et trop exigeante pour faire les moindres concessions à un sentiment vague et épars. Il est resté vis-à-vis de la Nature sur le véritable terrain humain, ne la prenant que comme un cadre étroit à ses passions et à son travail. Par là, il est presque unique dans la littérature contemporaine. On peut dire que, seul parmi les modernes, il a aimé la Nature à la façon antique.

Notes in this chapter

Note 1 · Footnote 790: The Death and Dying Words of Poor Mailie.[Retour au Texte Principal.]Note 2 · Footnote 791: The Death and Dying Words of Poor Mailie.[Retour au Texte Principal.]Note 3 · Footnote 796: The Twa Dogs.[Retour au Texte Principal.]Note 4 · Footnote 827: Chaucer. Prologue to the Legend of Good Women.[Retour au Texte Principal.]Note 5 · Footnote 859: Tennyson. Maud. Part. I. XII.[Retour au Texte Principal.]Note 6 · exercetque frequens tellurem atque imperat arvis[704].Note 7 · Burns n'a pas compris les paysages des Hautes-Terres d'Écosse, dans leur splendeur ou leur mélancolie puissantes. Il a pourtant vu, car il lNote 8 · Adieu aux montagnes, couvertes de haute neige, Adieu aux straths[706], aux vallées vertes qui sont à leurs pieds, Adieu aux forêts, aux boisNote 9 · Mon cœur est dans les Hautes-Terres, mon cœur n'est pas ici; Mon cœur est dans les Hautes-Terres, à chasser le cerf, À chasser le cerf, à poNote 10 · Il y a dans ces vers un sentiment de liberté et quelque chose de la nostalgie des montagnes, qui fait penser à la fameuse pièce de Duncan BaNote 11 · Une autre beauté de la terre écossaise est la côte ouest, avec ses îles nombreuses, ses rochers, ses falaises, ses lochs découpés, et ses prNote 12 · Je t'ai vu chercher la grève retentissante, Charmé par les mugissements des houles[712].Note 13 · Cependant cette fréquentation de la mer n'a pas laissé beaucoup de traces en lui. À peine si on rencontre, épars dans son œuvre à de grandesNote 14 · sur la grève solitaire, Tandis que les oiseaux de mer volent et crient autour de moi, Par-delà les flots roulants, écumants et mugissants, VNote 15 · Avec bon vent et la marée en poupe, Vous filez tout droit au large, Mais faire voile contre l'un et l'autre, Cela fait étrangement louvoyer[Note 16 · Mais, pourquoi commencer à parler de mort? Maintenant, nous sommes vivants, solides et robustes, Allons! hunier et grand hunier, hissons lesNote 17 · C'est là tout à peu près. Cette indifférence pour la mer a étonné Keats[719]. Il oubliait que Burns était un paysan, et que le paysan même dNote 18 · Gaiement l'œil d'or du soleil Regardait par dessus les hautes montagnes[720].Note 19 · Le brouillard paresseux pend au front de la colline, Il cache le cours assombri du ruisseau tortueux. Combien semblent languissantes les scèNote 20 · Bien plus chers me sont ces humbles buissons de genêts, Où la jacinthe et la pâquerette se cachent invisibles; Car là, marchant légèrement pNote 21 · Parmi ces sauvages montagnes sera toujours mon sentier, Chaque ruisseau écume dans son ravin étroit et vert; Car là, avec ma fillette, j'errNote 22 · Le vrai pays de Burns, celui qu'il a connu, pratiqué, aimé, et chanté avec sa sincérité habituelle, est la partie agricole de l'Ayrshire. PaNote 23 · Ce n'est pas qu'il en ait laissé, comme Wordsworth l'a fait pour son gracieux district des lacs, une suite de tableaux si nombreux, si minutNote 24 · Parfois, il n'y a qu'un seul trait, qui traverse le pays et le pénètre jusqu'au fond. On en a vu quelques exemples à propos de la mer et desNote 25 · Le soleil suspendu au-dessus des moors Qui s'étendent de toutes parts[733].Note 26 · Derrière les collines là-bas où le Lugar coule, Parmi ces moors et ces marécages nombreux, Le soleil d'hiver a clos le jour[734].Note 27 · De tous côtés, ce sont des descriptions en un seul vers: «La pâle lune se leva dans l'est livide[735]».—«Les vents d'automne ondulent sur leNote 28 · La sombre nuit se ramasse rapidement, La sauvage et inconstante rafale rugit, Là-bas, ce nuage obscur est lourd de pluie, Je le vois passer Note 29 · Quand les vents se désolent dans les arbres nus, Ou que les frimas, sur les collines Sont d'un blanc grisâtre, Ou que les tourbillons de neiNote 30 · Un dimanche d'été, le matin, Quand la face de la Nature est belle, Je sortis et marchai pour voir le blé, Et aspirer l'air plus frais. Le soNote 31 · Les vents étaient tombés, l'air était calme, Les étoiles passaient le long du ciel, Le renard hurlait sur la colline, Et les échos distants Note 32 · Le vent soufflait rauquement venant des collines, Par accès, les rayons expirants du soleil Jetaient un regard sur les bois flétris et jauneNote 33 · Quand le mordant Borée, piquant et âpre, Frissonne aigrement dans les bois effeuillés, Quand Phébus jette une lueur vite morte, Bien loin, aNote 34 · Le printemps souriant revient dans sa gaieté, Et le chagrin Hiver s'enfuit maussadement. Claires comme le cristal sont maintenant les chutesNote 35 · Ô toi, orbe pâli et silencieux, qui brilles, Tandis que les mortels dorment délivres de leurs soucis, Sans plaisir, je vois tes rayons ornerNote 36 · On voit combien ces tableaux sont denses et compacts. Chaque partie étant à la fois très exacte et très généralisée, l'ensemble contient beaNote 37 · Maintenant le lis fleurit près de la rive, La primevère au pied des pentes, L'épine bourgeonne dans la glen, Et la prunelle est blanche commNote 38 · Maintenant l'alouette éveille le matin joyeux, En l'air, sur ses ailes mouillées de rosée; Le merle, à midi, dans son bosquet, Fait retentirNote 39 · La grise alouette, gazouillant éperdument, S'élèvera vers les cieux; Le chardonneret, le plus gai fils de la musique. Se joindra doucement aNote 40 · La perdrix aime les collines fertiles, Le pluvier aime les montagnes, La bécasse hante les vallées solitaires; Le héron au vol élevé les fonNote 41 · Il tenait à cette exactitude. Dans une de ses lettres à Thomson, parlant d'une chanson, Les Rives de la Dee, il écrit: «la chanson est assezNote 42 · En été, lorsque le foin était coupé, Que le blé vert ondulait dans tous les champs, Au moment où la luzerne fleurit blanche sur la plaine, ENote 43 · il s'occupe moins de l'aspect que de l'état réel de la campagne, dans les semaines qui suivent la fenaison. Si, vers la fin d'avril, il écriNote 44 · Puisse Borée ne jamais battre vos sillons, Et ne pas donner de croc-en-jambe à vos tas de gerbes, Dispersant la récolte à travers moors et mNote 45 · Nous n'errerons plus sur le bord du ruisseau, Nous ne sourirons plus au visage ridé de la lune dans la vague[760].Note 46 · Le char de Cynthia d'argent massif Montait dans le ciel étoilé, homme; Les rayons reflétés dorment dans les ruisseaux, Ou se cassent dans leNote 47 · Nous irons le long du Cluden, À travers les noisetiers qui s'étendent largement Au-dessus des vagues qui glissent lentement, Si claires sousNote 48 · Donnez-moi la vallée solitaire, Le soir plein de rosée, la lune montante, Qui luit joliment et fait ruisseler Sa lumière d'argent dans les bNote 49 · Quand les feuilles jaunies jonchent la terre, Ou que, voltigeant comme des chauves-souris, Elles obscurcissent le souffle du froid Borée, QuNote 50 · Tout était endormi comme l'œil fermé de la nature, Silencieuse, la lune brillait très haut au dessus d'arbres et tours; Le gel froid, sous sNote 51 · Ses yeux sont plus brillants que les rayons radieux Qui dorent l'averse fuyante, Et étincellent sur le cristal des ruisseaux, Et réjouissentNote 52 · Comme dans le sein du ruisseau Le rayon de lune séjourne au soir humide de rosée, Ainsi tremblant et pur était le jeune amour Dans le cœur dNote 53 · Son front est comme l'arc-en-ciel, Quand de brillants rayons de soleil interviennent Et dorent le front de la montagne lointaine[768].Note 54 · Les plaisirs sont comme des pavots épanouis, Vous prenez la fleur, ses pétales tombent; Ou comme la neige qui tombe dans la rivière, Un instNote 55 · Oh! plaisants sont les prés et les bois de Coila, Où les linots chantent parmi les bourgeons, Et les lièvres coureurs, dans leurs jeux amourNote 56 · Le soleil était hors de vue, Et le crépuscule plus sombre amenait la nuit, Le hanneton bruissait avec un bourdonnement lent, Et les vaches dNote 57 · Combien aimables, ô Nith, sont tes vallées fertiles, Où les aubépines éployées fleurissent gaîment, Combien doucement sinuent tes vallons enNote 58 · Solitaires sur les glaciales collines, les troupeaux errants Évitent les cruels orages parmi les rochers abritants; Les ruisseaux se précipiNote 59 · Tant que les églantiers et les chèvrefeuilles verdissants, Et les perdrix qui piaillent haut le soir, Et le lièvre matinal qu'on voit filer Note 60 · Quand, sur la colline, l'étoile orientale Annonce que le moment de parquer les brebis est venu, Et que les bœufs, du champ aux nombreux sillNote 61 · Quand les vaches nouvellement vêlées beuglent à leur piquet, Et que les chevaux fument à la charrue ou à la herse, Je prends cette heure surNote 62 · Avec eux apparaissent de tous côtés les occupations et les travaux des champs, les semailles, les moissons, les charrues, les meules. Qu'on Note 63 · C'était quand les meules mettent leur couverture d'hiver, Et que le chaume et les cordes assurent les récoltes durement gagnées; Les tas de Note 64 · Quand les blés mûrs et les cieux azurés Font naître le bruit frémissant des faucheurs[779].Note 65 · Toi, alouette, qui t'élances des rosées du gazon, Pour avertir le berger que la grise aurore pointe[780].Note 66 · Tandis que les moissonneurs se blottissent derrière les gerbes, Pour éviter l'averse froide et piquante, Ou se bousculent en courant dans deNote 67 · Mais voici les gerbes renversées par la rafale, Et voici que le soleil clignote au couchant, Il faut que je coure rejoindre les autres, Et lNote 68 · Et quand l'alouette, entre l'ombre et la lumière, Joyeuse s'éveille à côté de la pâquerette, Et monte et chante sur ses ailes palpitantes, SNote 69 · Quand l'hiver s'enveloppe de son manteau, Et durcit la boue comme un roc, Quand vers les lochs, les curlers vont en foule, Joyeux et marchanNote 70 · Dans les vallons émaillés de pâquerettes, ton ruisselet s'attarde, Là où les fraîches filles mettent leur linge blanchir, Ou bien il trotte Note 71 · Le soleil avait clos le jour d'hiver, les joueurs de curling avaient quitté leur jeu retentissant; Et le lièvre affamé avait pris le chemin Note 72 · L'alouette au matin s'élance de son nid, Et monte dans l'air, la rosée sur sa poitrine, Avec le joyeux laboureur, elle siffle et elle chanteNote 73 · Quand le pourpre matin éveille le lièvre, Qui se glisse à chercher son repas matinal, Alors, à travers les rosées, il doit partir, Le jardinNote 74 · Lorsque novembre souffle bruyamment avec un sifflement irrité, Le jour d'hiver décroissant est près de sa fin; Les bêtes boueuses reviennentNote 75 · Ô toi, dont la face lamentable Semble plaindre mon malheureux état, Écoute attentif mes derniers mots, Et porte-les à mon cher maître. Dis-lNote 76 · Mon pauvre petit bélier, mon fils et mon héritier, Oh! dites au maître de l'élever avec soin, Et s'il vit pour devenir un mâle, De lui enseiNote 77 · C'est un bon conseil. Des lèvres humaines ne le donneraient pas plus touchant; mais, pour conserver l'accompagnement de raillerie qui fredonNote 78 · Ô vous tous, bardes du joli Doon, Vous qui sur les flots de l'Ayr accordez vos chansons, Venez, joignez-vous à la triste lamentation, Du rosNote 79 · Il y a la même connaissance des bêtes et la même bienveillance dans son poème des Deux Chiens. Le début est un modèle d'observation. Il y a Note 80 · Son brillant collier de cuivre, avec cadenas et lettres, Le désignait comme un gentleman et un lettré; Mais, bien qu'il fût de haut degré, INote 81 · C'était un mâtin, mais finaud et fidèle, Autant que chien qui ait jamais sauté fossé ou talus; Sa bonne figure honnête tachée de blanc Lui fNote 82 · Lorsqu'il s'agit d'animaux qui partagent sa vie, alors c'est une véritable camaraderie. Il leur parle d'une façon familière, amicale, touchaNote 83 · Usés et caducs nous voici arrivés ensemble à la vieillesse; Nous trottinerons çà et là, l'un avec l'autre; J'aurai bien soin de planter ton Note 84 · Si l'on rapproche cette pièce du discours, si joli cependant et si bon à sa façon, que Sterne adresse un jour, à Lyon, à un âne qui mangeaitNote 85 · Peg Nicholson était une bonne jument baie, Et un prêtre la montait durement; Et très opprimée et meurtrie avait-elle été, Comme les bêtes coNote 86 · Jurant que nous sommes De purs usurpateurs, des tyrans, ce qu'il y a de pire, D'effrayer les animaux et de les tuer Dans leur demeure assignNote 87 · Mais cette pièce de la Forêt des Ardennes est, pour le sentiment, un inconcevable anachronisme, elle va presque jusqu'à Wordsworth; cette coNote 88 · Voyez! du fourré, le faisan s'envole avec un bruissement, Et monte joyeux sur ses ailes triomphantes, Courte est sa joie; il sent la brûlantNote 89 · Détestable jeu Qui doit ses plaisirs à la douleur d'un autre, Qui se nourrit des sanglots et des gémissements mortels D'innocentes créaturesNote 90 · Aussi chaque espèce cherche son plaisir, Les sauvages et les tendres, Les uns se joignent en société et s'unissent en ligues, D'autres errenNote 91 · Cette pensée lui gâte la beauté de la scène. Voir souffrir le jette hors de lui. Lorsque ses regards tombent sur les couvées blessées, pèresNote 92 · C'est à un mouvement de colère de ce genre qu'est dû son poème sur Le Lièvre blessé. «Un de ces derniers matins, comme j'étais d'assez bonneNote 93 · Souvent quand pensif près des détours de la Nith j'attends Le calme crépuscule ou que je salue la joyeuse aurore, Je regretterai les jeux suNote 94 · On sent la bouffée de colère et de pitié qui lui a brusquement passé dans l'âme. Son exaspération était si forte qu'il se mit à jurer après Note 95 · Dans ces deux âmes de poètes, la sympathie, toujours en émoi, n'avait pas besoin d'être réveillée d'une secousse violente par l'aspect brutaNote 96 · Je ne voudrais pas inscrire sur la liste de mes amis, (Fût-il doué de façons polies, d'un sens délicat, Mais dépourvu de sensibilité), l'homNote 97 · Même vous qui, fatigués à la recherche du meurtre, Rôdez solitaires, loin de vos farouches demeures! Le poulailler teint de sang, le parc à Note 98 · Les truites, aux bonds légers, étincelantes, Qui jouent dans mes flots. Si dans leurs jaillissements fous, imprudents, Elles vont près de laNote 99 · Si c'était alors, en 1782, dans la poésie moderne une telle nouveauté de s'occuper des humbles parmi les hommes que, soixante ans plus tard,Note 100 · J'aime l'araignée et j'aime l'ortie Parce qu'on les hait, Et que rien n'exauce et que tout châtie Leur morne souhait.[818]Note 101 · Un jour de Novembre, quand les vents sont déjà durs sur le plateau de Mossgiel et annoncent l'hiver, il labourait un champ qu'on montre aujoNote 102 · Encore, es-tu heureuse, comparée à moi, Le présent seul te touche Moi hélas! en arrière je jette les yeux Sur de sombres perspectives, Et, eNote 103 · Il n'y a de comparable à une pareille pièce que l'anxiété et la tendresse avec laquelle Michelet suit, par delà les cimes neigeuses, à traveNote 104 · Et toi-même qui, gémis sur le destin de la pâquerette, Ce destin est le tien, à une date prochaine; Le soc de l'âpre ruine arrive droit En pNote 105 · Douce fleur qui, probablement auras un jour Ta place sur la tombe de ton poète[823],Note 106 · a écrit sur elle une suite de pièces[824]. Elles sont d'une belle rêverie, mais trop vague. Elles manquent de quelque chose d'exact, de réalNote 107 · Cette vue heureuse adoucit tout mon chagrin; Si joyeux suis-je quand suis en présence D'elle, de lui faire toute révérence, Car elle est, deNote 108 · «J'avais erré au hasard dans les lieux préférés de ma muse, sur les bords de l'Ayr, pour contempler la nature dans toute la gaîté de l'annéeNote 109 · N'est-ce pas adorable de bienfaisance? Et la fin surtout n'est-elle pas exquise? Pour trouver l'équivalent de ces lignes charmantes, il fautNote 110 · Du reste, avec son habituelle clairvoyance intérieure, il se rendait compte que cette bonté était une partie de son génie. Dans son premier Note 111 · Quand la profonde terre au manteau vert Encourageait tendrement la naissance de chaque fleurette, Que la joie et la musique se répandaient DNote 112 · Le rayon La lumière qui n'a jamais existé sur la terre ni sur l'océan, La consécration et le rêve du poète[834].Note 113 · Ce qui frappe tout d'abord dans les poètes modernes c'est une recherche curieuse d'effets naturels, plus rares, plus délicats, plus locaux, Note 114 · Au-delà de cette observation raffinée et aiguë des faits naturels, il y a une communication, un échange entre l'homme et les choses. L'hommeNote 115 · Puisqu'elle est si docile à leurs modifications, ces poètes prennent la Nature pour confidente. Ils lui racontent leurs secrets; ils lui révNote 116 · Ô lac, rochers muets, grottes, forêt obscure, Vous, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir Gardez de cette nuit, gardez, belle Nature, Note 117 · Comme si le seul souvenir que garde la Nature de nos amours, n'était pas celui que, depuis Virgile, les amoureux gravent dans l'écorce des aNote 118 · Nature au front serein, comme vous oubliez![857]Note 119 · n'était pas plus conforme à la réalité que les supplications du Lac Non! la Nature n'épouse pas notre âme. Elle a son propre rêve que le nôtNote 120 · On pourrait deviner presque à coup sûr, que Burns, à cause de sa faible préoccupation de la Nature et de sa débordante personnalité, a pratiNote 121 · Vous, rives et talus du joli Doon, Comment pouvez-vous fleurir si fraîchement? Comment pouvez-vous chanter, petits oiseaux Quand je suis si Note 122 · Vous collines! proches voisines des étoiles, Qui dressez fièrement sur vos crêtes les cairns[865], Vous falaises, asiles des aigles qui planNote 123 · Écoutez! le Rossignol commence sa chanson Oiseau «très musical, très mélancolique!» Un oiseau mélancolique! Oh! frivole pensée! Dans la natuNote 124 · Mais il y a une méthode toute moderne et toute différente de peindre la Nature avec des épithètes morales. Pour Wordsworth, pour Shelley, seNote 125 · Il y a une bénédiction dans l'air, Qui semble communiquer un sentiment de joie Aux arbres, aux montagnes nues, Et à l'herbe, dans les champsNote 126 · ils ne font que rendre strictement un fait extérieur. Ils ne prêtent pas à la Nature leurs propres sentiments; ils la trouvent dans des heurNote 127 · Aux humeurs De l'heure et de la saison, au pouvoir moral, Aux affections et à l'esprit des endroits[872].Note 128 · Personne n'a su comme lui dégager le génie des lieux. Depuis, les poètes s'y sont appliqués, et le monde a été presque aussi minutieusement Note 129 · Dans cette dernière catégorie si moderne du sentiment de la Nature, Burns n'a pour ainsi dire pas pénétré. Il n'a jamais songé à discerner lNote 130 · Sauvagement, ici, sans contrôle, La nature règne seule et gouverne tout, Dans cette humeur calme et pensive, La plus chère aux âmes qui ressNote 131 · Ces divers systèmes ont trouvé leur expression dans la poésie moderne. La plus répandue peut-être et, dans notre poésie occidentale, la plusNote 132 · Mais ce n'est pas là un bien profond système de la Nature. En réalité, cette conception tend à supprimer la Nature, à n'en faire qu'un moyenNote 133 · C'est là ce que me dit sa voix triste et superbe, Et dans mon cœur alors, je la hais, et je vois Notre sang dans son onde et nos morts sous Note 134 · Qu'envahissant les cieux, l'Immobilité morne Sous un voile funèbre éteigne tout flambeau, Puisque d'un univers magnifique et sans borne Tu nNote 135 · Mais, lorsque cette idée tombe dans une âme comme celle de Shelley, capable de toutes les métamorphoses, les plus ténues et les plus puissanNote 136 · «Sois, ô esprit farouche, Mon propre esprit, sois moi-même, ô impétueux![890]».Note 137 · Elle a été la nue, puisant aux ruisseaux et à la mer de fraîches averses pour les fleurs altérées, la fille de la terre et de l'eau, qui chaNote 138 · Avec, quelle délicatesse l'Esprit individuel (Et peut-être tout autant les facultés progressives De l'espèce entière) au Monde extérieur S'aNote 139 · J'ai vu Un enfant curieux, qui vivait dans une plaine À l'intérieur des terres, appliquer à son oreille Les spirales d'un coquillage aux lèvNote 140 · Pour mesurer l'importance de la Nature aux yeux de Wordsworth, il faut ajouter qu'il en a tiré toute une psychologie et toute une éducation Note 141 · Ne demandez donc plus pourquoi ici, Conversant comme je le peux, Je reste assis sur cette vieille pierre grise, Et perds mon temps à rêver[8Note 142 · Cette manière inconsciente d'apprendre est supérieure à la science et à son travail analytique. Celle-ci n'est qu'une façon de voir les objeNote 143 · Assez de Science et d'Art, Fermez ces froids feuillets, Venez, sortons, et apportez avec vous Un cœur qui veille et qui sache recevoir[898].Note 144 · Alors quelquefois, dans ce silence, lorsqu'il était suspendu À écouter, un faible choc de douce surprise A transporté loin dans son cœur la Note 145 · Oh alors, l'eau calme Et sans un soupir s'étendit sur mon âme Avec une pesanteur de plaisir, et le ciel Qui n'avait jamais été si beau desceNote 146 · Et ailleurs parlant «d'un de ces jours célestes qui ne peuvent pas mourir[901]».Note 147 · Souvent, dans ces moments, un calme si profond et si saint Se répandait sur mon âme, que les yeux du corps Étaient entièrement oubliés, et qNote 148 · Ces beaux spectacles, Pendant une longue absence, n'ont pas été pour moi Comme un paysage pour l'œil d'un homme aveugle; Mais souvent, dans Note 149 · La Nature fait encore davantage. Elle enseigne également à l'homme ses devoirs envers ses semblables, ou plutôt elle le façonne également enNote 150 · Si cette croyance est envoyée du ciel, Si tel est le plan de la Nature, N'ai-je pas raison de me lamenter De ce que l'homme a fait de l'hommNote 151 · C'est ainsi que la Nature est l'éducatrice de l'homme. Elle le forme et le compose, à la lettre. Elle lui donne non-seulement la Piété naturNote 152 · Heureux de reconnaître Dans la Nature et le langage des sens L'ancre de mes plus pures pensées, la nourrice, La conductrice, la gardienne deNote 153 · Pour compléter cette esquisse du sentiment moderne de la Nature, il faudrait étudier le retentissement que ces systèmes ont sur les autres sNote 154 · Pour trouver son analogue il faut remonter, par delà les Latins, jusqu'aux Grecs. Un critique pénétrant a bien montré que chez les premiers
Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings