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Relation des choses de Yucatan de Diego de Landa

DES SOURCES DE L’HISTOIRE PRIMITIVE DU MEXIQUE ET DE L’AMÉRIQUE CENTRALE, ETC., DANS LES MONUMENTS ÉGYPTIENS ET DE L’HISTOIRE PRIMITIVE DE L’ÉGYPTE DANS LES MONUMENTS AMÉRICAINS; Introduction à la Relation des choses de Yucatan. (continued 2)

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»Partout où nous rencontrons les dieux Macares, nous les découvrons avec le double caractère, 1º de dieux des îles Fortunées, d’hommes d’une race divine, et 2º de dieux infernaux, d’hommes d’une race barbare, offrant des holocaustes humains. L’abolition de ces holocaustes a lieu, lorsque le dieu Kâma se dévoue, lui, le grand dieu des côtes de l’Inde occidentale. C’est un vrai Cham par le nom et par l’idée; c’est l’Erôs de l’Océan Indien. Spécialement adoré dans la péninsule du Guzzurate, il est le premier navigateur de l’Océan. Pour triompher du monstre, du tyran de l’abîme, il s’enfonce dans sa gueule, comme le Melcarth de Tyr, comme le dieu des îles et des côtes de la terre ferme des Cares. Dieu des extrémités du globe où l’Amour trouve son chemin; dieu des Libyens et des Ibères, il a passé aux Grecs avec des modifications nombreuses. Il renaît sur les côtes du Guzzurate, où il célèbre son premier triomphe comme vainqueur du Macare, du monstre ou de la baleine qu’il porte en sa bannière; d’où lui vient le nom de Makara-kétou, de Makara-dhvadscha. Il s’entoure partout d’un harem de femmes qui l’enlacent et le dominent; il est le bien-aimé de la Gynécocratie, dans tous les lieux où sa lumière abonde et se promène.»

Si des régions et des mers de l’Asie, nous repassons de nouveau en Amérique, nous y retrouvons les mêmes symboles que dans l’ancien monde, souvent avec les mêmes noms, toujours sous des noms analogues. Celui des dieux Macares, inexplicable ailleurs, d’une manière rationnelle, s’explique là. Macar, dans l’ancien Quiché[157], est le poisson, le monstre marin antique, celui qui s’élève au-dessus des autres, le Cipactli des Mexicains, le premier signe, représenté par un cétacé formidable, appelé aussi Ymox[158] en quiché et Ymix dans la langue yucatèque. Macar, dans le quiché encore, signifie symboliquement l’amour et l’embrassement d’une prostituée[159]. Or, peut-on rien qui corresponde plus franchement à l’idée de la divinité des Cares de l’Asie, navigateurs sur toutes les mers, fondateurs des institutions gynécocratiques et des temples, dont des prostituées étaient les prêtresses? Remarquons également que ce sont les lieux où les Cares paraissaient avoir établi le plus solidement leur domination, dans les provinces situées entre le Darien et le golfe de Maracaibo, que le nom de Macar a survécu aux révolutions de la nature et du temps, dans celui de Macar-Ona, que gardèrent jusqu’à leur entier assujettissement aux Espagnols, les rois des tribus de Bonda, de Malambó et de Tayrona[160]. Ce sont ces provinces, où le nom de presque chaque localité importante commence en car, cara ou cari, dont les montagnes d’Abibe, d’Abraime, d’Abraiva, si riches en métaux et en bois précieux, dont les côtes étaient naguère si célèbres par leurs pêcheries de perles, que se conserva, avec le titre de Macar-Ona, le souvenir des Limnées fameuses des Tayronas, où se forgeaient les armures d’or dont se couvraient tous les rois de l’Amérique[161].

Macar, disons-nous, était aussi le même que Melcarth, l’Hercule phénicien[162] que les médailles antiques, trouvées à Cadix, représentent aussi par deux poissons[163], symboles également des deux jumeaux Hunahpu, de Guatémala, moitié hommes, moitié poissons qu’on voit, sous cette image, dans le MS, dit Mexicain, nº 2, de la bibliothèque impériale. D’une extrémité à l’autre du globe, on le retrouve donc avec les mêmes caractères, dans la Méditerranée, aussi bien qu’en Amérique et que dans l’Inde. Ici le Macar se montre sous le nom de Shambarah, dit M. d’Eckstein[164], le Macar ou Macaryah, monstre marin qui avait englouti Kâma (Erôs), dont il est aussi le symbole, comme Oannès à Babylone. Macar est le premier navigateur ou plutôt l’image du ciste qui transporte les premiers colons avec la civilisation, d’un monde à l’autre. C’est ainsi qu’au début des histoires religieuses et astronomiques des Mexicains, Cipactli, appelé aussi Cipactonal, le premier-né, au retour de la lumière, celui qui le premier fut sauvé du déluge[165], est figuré tantôt comme le monstre marin, vomissant un homme de sa gueule entr’ouverte, tantôt avec le nom de Quetzalcohuatl, sous la forme d’un dragon, d’un serpent épouvantable, engloutissant une forme humaine, ou bien, blessé à mort et se débattant dans l’agonie, baigné de flots de sang[166].

Chose remarquable, d’ailleurs, c’est du moment de son apparition que date la mesure du temps; c’est pourquoi on l’appelle encore Ce Acatl, Une Canne, nom du jour où se montra pour la première fois Tlahuizcalpan-teuctli ou l’Etoile du matin, après les convulsions de la terre abîmée par le déluge[167]. C’est ce serpent qui ondule en replis monstrueux autour de l’édifice qu’on admire à Uxmal, sous le nom de Palais des Vestales, et entre les mâchoires duquel se montre une tête couronnée du diadème royal[168]. Ce serpent est orné de plumes: c’est pourquoi on l’appelle Quetzalcohuatl, Gucumatz ou Kukulcan. Au moment où le monde s’apprête à sortir du chaos de la grande catastrophe, on le voit apparaître, «comme le Créateur et le Formateur, lorsqu’il n’y avait encore que l’eau paisible, que la mer calme et seule dans ses bornes;.... enveloppé de vert et d’azur, il est sur l’eau comme une lumière mouvante[169].»

§ XII.

La création suivant le Livre sacré des Quichés. Origine des cosmogonies antiques. Identification de Hurakan, l’Ouragan américain avec Horus. L’Uraeus égyptien et le Quetzalcohuatl au Mexique. Epervier et Vipère, Quetzal et Serpent.

«Voici le récit comme quoi tout était en suspens, dit le Livre Sacré; tout était calme et silencieux; tout était immobile, tout était paisible, et vide était l’immensité des cieux.—C’est au milieu des ténèbres de la nuit, lit-on ailleurs, que le monde a été formé; car la nature de la vie et de l’humanité sont l’œuvre de celui qui est le cœur du ciel, dont le nom est Hurakan[170].» Ainsi que dans la plupart des cosmogonies antiques, c’est du sein des ténèbres primitives que sort, suivant la cosmogonie quichée, le principe créateur; c’est du sein de la nuit qui précède les jours et les nuits, qu’il apparaît sur l’eau comme une lumière mouvante. Mais si l’on entend bien le sens du Popol Vuh, il y a dans les pages de la création quichée deux idées bien distinctes: il y a la création première, au moment où l’univers sortit du néant, et la seconde qui fait allusion aux divers bouleversements physiques du globe terrestre, après la naissance de l’homme. «Admirable, dit l’écrivain quiché, admirable est le récit du temps auquel acheva de se former tout ce qui est au ciel et sur la terre, la quadrature et la quadrangulation de leurs signes, la mesure de leurs angles, leur alignement et l’établissement des parallèles au ciel et sur la terre, aux quatre extrémités, aux quatre points cardinaux, comme il fut dit par le Créateur et le Formateur, la Mère, le Père de la vie, de l’existence, celui par qui tout agit et respire, père et vivificateur de la paix des peuples, de ses vassaux civilisés. Celui dont la sagesse a médité l’excellence de tout ce qui existe au ciel, sur la terre, dans les lacs et les mers.»

La Bible n’offre rien de plus sublime, et aucune nation antique, pas même l’Égypte, avec toute sa sagesse, n’a conservé de la création un souvenir qui réunisse à tant de simplicité et de grandeur, un tableau si frappant de la science cosmogonique. C’est là un reflet des connaissances que possédait l’antiquité américaine, aux temps où l’Égypte édifiait ses plus beaux monuments. Mais quand nous arrivons aux images du monde, sortant du chaos des catastrophes diluviennes, les idées américaines se rapprochent de celles du continent opposé. Le créateur n’est plus le même. C’est maintenant le serpent orné de plumes qui agit; il apparaît sur les eaux, comme une lumière mouvante. Le monde ne sort pas de la nuit; non, il est créé dans les ténèbres, dans la nuit; le texte est clair, chi gekumal, chi agabal. C’est le commencement de tous les systèmes idolâtriques, bâtis sur les idées cosmogoniques relatives à la terre, sortant du cataclysme, sur les terreurs des hommes échappés au naufrage et oubliant, dans leur effroi, les lumières de la religion primitive, source de cette civilisation prodigieuse, vers laquelle le christianisme les fait tendre de nouveau.

En effet, dit le texte quiché, «la nature et la vie de l’humanité se sont opérées dans les ténèbres, dans la nuit, par celui qui est au centre du ciel, dont le nom est Hurakan,» c’est-à-dire l’ouragan, la tempête, qui a renouvelé le monde par les eaux du déluge et par le vent, en éteignant les feux des volcans qui venaient de le bouleverser. Dès ce moment, toutes les forces de la nature vont être divinisées: avec Hurakan apparaissent les trois signes qui sont ses manifestations: «L’éclair, est-il dit, est le premier signe de Hurakan, le second est le sillonnement de l’éclair; le troisième est la foudre qui frappe, et ces trois sont du cœur du ciel.» Ce sont eux qui vont créer le monde, de concert avec Gucumatz, le serpent orné de plumes. «Que cette eau se retire, disent-ils, et cesse d’embarrasser, afin que la terre ici existe; qu’elle se raffermisse et présente sa surface, qu’elle s’ensemence et que le jour luise...—Ainsi fut la création de la terre lorsqu’elle fut formée par ceux qui sont le centre du ciel (l’ouragan) et le cœur de la terre (le feu des volcans, Typhon); car ainsi se nomment ceux qui les premiers la fécondèrent, le ciel et la terre, encore inertes, étant suspendus au milieu de l’eau[171].»

Ne trouve-t-on pas là tout l’ensemble des théogonies et des cosmogonies orphiques de l’Asie Mineure et des traditions que reproduit Hésiode? C’est le vieil hiéroglyphe de l’œuf du monde, traité par Lobeck, qui a réuni les fragments de ces cosmogonies dans les Orphica. «S’engendrant de soi-même, mais au sein des ténèbres primitives, le dieu créateur sort de soi-même dans l’œuf du monde. Il féconde la déesse Nuit, la Nuit qui précède la naissance des jours et des nuits. Le sein de la déesse prend la figure de l’œuf. C’est de cet œuf qu’il sort comme l’amour ailé, comme le dieu fort (Tepeu Gucumatz, le dominateur, serpent orné de plumes), comme le principe ailé du temps, ou comme le dieu qui ouvre la série des cycles ou des évolutions qui composent et achèvent le système des mondes. Cette œuvre s’accomplit quand le dieu, sorti de l’œuf, le partage en deux moitiés, l’une qui comprend les cieux, l’autre qui comprend la terre et l’abîme. Le troisième monde se compose de la mer atmosphérique qui constitue le lien intermédiaire entre les deux mondes. Le génie des trois mondes est le dragon aux trois têtes, ou aux trois corps. C’est l’hiéroglyphe d’un triple feu, d’un feu créateur, conservateur et destructeur, par lequel s’achève le mouvement des temps, dans un cercle éternel de créations et de destructions[172].»

Ainsi qu’en Asie, remarquons-le bien, nous trouvons en Égypte un fond d’idées cosmogoniques en tout semblables à celles du Livre Sacré. «Créés par Horus, dit Brugsch[173], ils formaient, d’après leur opinion, la première des quatre races du monde connu.» Qui était Horus? Appelé ailleurs le Soleil et Amon-Ra, le seigneur des cieux, ainsi que le Hurakan des Quichés, Horus était la tempête, exactement comme dans le Popol-Vuh. «Ἔσι δὲ Ὥρος ἡ πάντα σώζουσα καὶ τρέφουσα, τοῦ περιέχοντος, ὥρα, καὶ κρᾶσις ἀέρος, dit Plutarque[174]; autrement, «est autem Orus TEMPESTAS, ac temperies aeris ambientis, omnia servans ac alens.» C’est-à-dire qu’Horus est l’ouragan, huracan ou urogan, dans les dialectes des Antilles, mots où l’on trouve, comme dans le nom d’Horus ou Orus, non-seulement la même idée et la même signification, mais aussi le même son, une racine absolument identique. Allons plus loin. Nous découvrons un autre symbole de la même divinité dans l’Uraeus, ce reptile singulier qui orne, comme chacun le sait, la coiffure des dieux égyptiens et des pharaons, qui a la faculté de s’enfler la portion supérieure du corps, lorsqu’il s’irrite[175]. Or, dans ce nom d’Uraeus, ne voit-on pas que la première syllabe est encore la racine du mot, hurakan, urogan? Ainsi que le serpent qui représente l’ouragan en Amérique, en Égypte, c’est l’aspic οὐραῖος, l’OURO antique des dieux de Memphis , ; c’est le Quetzal-cohuatl, emblème également de la puissance royale au Mexique, ainsi qu’en Égypte, le Quetzal-cohuatl qui se dresse en fureur, tel qu’on le voit dans un si grand nombre de monuments, serpent orné de plumes, ainsi que l’Uraeus, décoré également d’un diadème de plumes dans les monuments égyptiens; c’est le même symbole, dont Salvolini trouvait la valeur phonétique K, sans pouvoir se l’expliquer[176] et qui se montre parfaitement d’accord avec tous les noms de l’Uraeus américain Quetzal-cohuatl (Ketzal-cohuatl), en mexicain, Gukumatz en quiché, et Kukulcan, dans la langue maya[177].

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Continuons. L’Épervier, selon tous les égyptologues, est le symbole spécial d’Horus, il est Horus lui-même. Champollion donne, en effet, l’image de cet oiseau pour la légende du nom d’Horus[178] et Salvolini ajoute[179] que «les monuments et les anciens auteurs attestent que l’image d’un Épervier servait habituellement à représenter dans les textes le nom du dieu Horus.» Encore une fois, n’est-ce pas là la lecture du nom de Quetzal-cohuatl, Quetzal, l’oiseau royal au Mexique et dans l’Amérique centrale, cohuatl, le serpent, aussi bien que Kukul-can et Gukumatz, ou bien encore l’Ara ou grand perroquet représentant le soleil au Yucatan, dont le symbole apparaît dans les monuments yucatèques presque partout où, dans les monuments égyptiens, se montre l’Épervier?

§ XIII.

Pan et ses diverses personnifications. Amon-Ra, Pan et Maïa en Grèce et au Mexique. Peutecatl et Maïaoel à Panuco. Les quatre cents mamelles de la déesse. Khem et Itzamna. Les quatre Canopes en Égypte et au Mexique. Le Sarigue et Sutech.

Un symbole non moins ordinaire dans les monuments égyptiens, c’est le signe , que les égyptologues traduisent par neter, dieu, et qui accompagne, dans les hiéroglyphes, toutes les divinités égyptiennes: dans son acception la plus commune, en dehors du cercle divin, ce signe s’exprime par ter, qui a le sens d’une hache ou d’un marteau, on bien par le mot TOUT, omnis[180], et de là l’identification de ce signe par quelques écrivains avec le Pan des Grecs, symbole de la génération universelle. Ce qui semblerait confirmer cette opinion, c’est l’interprétation que M. de Rougé donne aux diverses variantes du groupe ou , qui, en opposition du sens qui leur est donné par M. Birch, d’après Champollion, désigne un ensemble de dieux, groupe que le savant égyptologue français lit PAU, signifiant au pluriel un cycle de dieux[181]. Cette explication vient parfaitement à l’appui de la précédente: car il est reconnu de tout le monde que Pan, Mendès, Priape, Amon, Amon-Cnouphis, Knèph et Horus, sont également des personnifications symboliques du SOLEIL, le grand Démiurge des Égyptiens; et que toutes ces divinités ne sont rigoureusement qu’un seul et même personnage mythologique.

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«Le Démiurge, dit Champollion[182], la lumière éternelle, l’être premier qui mit en lumière la force des causes cachées, se nomma Amon-Ra ou Amon-Ré (Amon Soleil); et ce créateur premier, l’esprit démiurgique, procédant à la génération des êtres, s’appela Amon et plus particulièrement Mendès... Étienne de Byzance (de Urbibus, au mot Πανὸς πόλις) parle en ces termes de la statue du dieu qu’on adorait à Panopolis: Là existe, dit-il, un grand simulacre du dieu habens veretrum erectum. Il tient de la main droite un fouet pour stimuler la lune; on dit que cette image est celle de Pan.» C’est là une description exacte et très-détaillée de l’Amon-Générateur, figuré sur notre planche.

En Grèce, à côté du culte de Pan et d’Hermès, se montre celui de Maïa, donnée comme la mère d’Hermès qu’elle aurait eu de Zeus, qui n’est autre que Pan lui-même[183], et Maïa est regardée comme une sorte de Cybèle et une personnification de la terre. Ouvrons de nouveau le livre des traditions américaines et nous y retrouvons, ainsi qu’en Grèce et en Égypte, Pan et Maïa, sous les mêmes noms, avec les mêmes attributs, avec la même variété de personnifications et de symboles. Pan-tecatl, dans le rituel mexicain, l’homme par excellence, Pan est le même que Cipactonal qui est considéré comme le premier-né de la lumière après la catastrophe du déluge[184]: il est le dieu des amours lubriques et de l’ivrognerie; car c’est lui qui ensuite, sous le nom de Cuextecatl[185], parcourt les campagnes, dans les folies de l’ivresse, en exposant partout sa nudité, et sa compagne est Maïa ou Maïaoel, qui a inventé l’art de faire le vin, octli, qu’elle a tiré du maguey ou aloès[186]. Ce dieu était adoré dans tout le Mexique et dans l’Amérique centrale, et il avait à Panuco ou Panco, exactement Panopolis[187], des temples superbes où les Espagnols trouvèrent, à leur entrée au Mexique, des simulacres de Pan aussi prodigieux qu’ils étaient obscènes[188]. On en découvre encore chaque jour dans ces contrées, et nous avons vu fréquemment nous-mêmes des statues de ce genre, habentes veretrum erectum entre les mains et d’une dimension énorme[189].

Le nom de Pan a d’ailleurs son étymologie parfaitement claire, phonétiquement parlant, dans les langues maya, mexicaine ou quichée. Dans la langue du Yucatan, c’est le drapeau, l’étendard, la chose principale, la raison d’être supérieure, ce qui joint au nom de Maïa ou Maya, qui était le nom principal de celle péninsule, faisait Mayapan, l’étendard de Maya, qui était celui de son ancienne capitale[190]. De là vient qu’on trouve le mot pan, représenté dans les hiéroglyphes mexicains, exactement comme les dieux de l’Égypte par une hachette ou un petit drapeau[191]. Pa, dans le vieux quiché, signifie au-dessus; pan a le sens de protecteur, maya celui de la douceur qu’on aspire d’une plante[192]. En langue nahuatl pan ou pani signifie également ce qui est au-dessus, ce qui pousse en dehors, qui se découvre tout d’abord; de là encore une foule de mots, tels que pantli, l’étendard, la muraille, la ligne droite, la citadelle, qui découlent de celui-là, et Pantecatl, le dieu de la lubricité, de la fécondation et de l’ivresse, dont la signification première paraît être l’homme par excellence, le producteur au-dessus de tous les autres[193].

Si la Maïa des Grecs était considérée comme l’épouse du soleil, en tant que Zeus était assimilé à cet astre, il en était de même de la Maïa mexicaine, adorée encore sous le nom de Centeotl ou Cinteotl, la déesse du maïs et des fruits de la terre[194], de Meahuatl, signifiant le jet ou la pousse de l’aloès, qu’on est obligé de trancher dès sa naissance, au sein même de la plante, pour pouvoir y recueillir la séve, l’octli ou pulqué; c’est à cause de sa fécondité ou plutôt de la fécondation dont elle était la source, qu’on se l’imaginait couverte de quatre cents mamelles, comme l’Arthémis d’Éphèse[195] qui n’était peut-être qu’une copie de Centeotl, portée dans cette ville par les Cares qui, ainsi que les Lydiens, passaient pour être les propagateurs de son culte. Ainsi que les prêtres de la déesse d’Éphèse, ceux de la déesse mexicaine devaient garder une chasteté perpétuelle, de même que les vierges qu’on lui consacrait[196]. Dans la mythologie américaine Centeotl, indistinctement mâle ou femelle, porte un caractère d’hermaphroditisme qui lui venait peut-être de la plante où le sexe de la femme pouvait se représenter par la forme évasée de l’aloès, après le retranchement de son jet, lequel, à son tour, exprimait si visiblement le caractère du mâle. Mère et nourricière du genre humain, on donnait encore à cette divinité le titre de Tonacayohua, celle de notre chair, et, dans cette qualité, elle était l’épouse de Tonacateuctli, le chef de notre chair, autre personnification du soleil[197], considéré, de son côté, comme le père du genre humain.

Pan, dans les monuments égyptiens, est appelé Khem, le dieu des Chemmis, où il apparaît sous les emblèmes d’un dieu phallique, enveloppé de langes; c’est pour cela que son nom est Khem , , , le Renfermé[198]. Ainsi en est-il des Chemes, Chemens, Zemes ou Cemis, dieux ou génies protecteurs et provéditeurs à Haïti, où sous la forme d’un os, d’un bâton, ils sont enveloppés dans des langes de coton[199], exactement comme le Tlaquimilolli, le paquet sacré des Mexicains, ou le dieu Priape des Mandans, qui célébraient encore, il y a si peu d’années, la fête de ce dieu avec des cérémonies d’une obscénité dont rien n’approchait[200]. En nous reportant à l’idée première de cette divinité, nous la retrouvons tout naturellement dans la gerbe de maïs, bien nommée Centeotl, dieu ou déesse unique[201], enveloppée d’abord des feuilles qui recouvrent l’épi, exactement comme des langes qui en étaient l’image. Pan, considéré quelquefois comme Hermès ou le père d’Hermès[202], reparaît encore au Yucatan sous les symboles de ce dieu, comme l’inventeur de l’écriture et des arts, comme le maître de la sagesse humaine, dans le personnage de Zamnà ou Itzamna, qui est regardé comme le premier qui civilisa la péninsule, et le fils du dieu tout-puissant Hunab-ku seul saint[203]. Mais le vrai nom de Zamnà, celui qu’il se donnait lui-même dans l’opinion des peuples[204], était Itzen-Muyal, Itzen-Caan, la substance des nuages, la rosée du ciel, noms dont la première syllabe est encore celle du dieu des Chemmis[205]. Ainsi que ce dernier, il s’appelait aussi Ahcoc-ah-Mut[206], et de lui venait le nom d’Ytzmat-Ul ou Tzemat-Ul à la plus antique des pyramides d’Izamal, élevée, assurait-on, sur le tombeau de Zamnà.

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Sous ces divers symboles que nous venons d’examiner, comme sous le nom de Zeus, Pan, ainsi que nous l’avons vu, s’identifie parfaitement avec l’Amon des Égyptiens. Si Pan est la force cachée, la puissance génératrice, nous savons également, au rapport de Plutarque, appuyé sur l’autorité de Manethon[207], que le mot amen, chez les Égyptiens, signifiait «ce qui est caché,» et «l’action de cacher» de la racine , voiler, cacher. Champollion, qui cherchait comment d’Amon, le dieu caché, on avait pu faire Amon-Ra, le soleil, en trouve l’explication dans un manuscrit où ce nom est écrit «Amoun, , qui paraît dérivé, dit-il[208], de la même racine que l’ancien nom du soleil ΩΝ, et qui, tous deux, ont la plus grande analogie avec ουων, et ΤΟΥΩΝΧ, illuminare, ostendere, apparere.» Amon-Ra est donc le soleil caché, dans son acception la plus vulgaire. Mais qu’est-ce que le soleil caché, sinon le soleil qui se plonge dans la mer, le soleil passé à l’Occident? de là les titres divers, de Seigneur de l’Amenti, de Seigneur du monde d’en bas, attribués à Osiris, de Seigneur des deux hémisphères, que lui donnent tous les monuments égyptiens, et que les égyptologues lui refusent systématiquement, en y substituant celui de Seigneur de la haute et de la basse Égypte. C’est dans le même sens que Tetzcatlipoca, appelé aussi, comme le Pan mexicain, Tonacateuctli, devient la personnification du soleil Tonatiuh ou Τουωνχ, Touônch, l’illuminateur, au Mexique, puis, en descendant au fond des eaux, le Seigneur des ombres et de la mort, Mictlanteuctli, le prince de l’Enfer[209], lequel est encore ailleurs le père de Tlaloc, dieu des eaux, des orages et des tempêtes, l’ouragan, dont il a été question plus haut.

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La coïncidence n’est pas moins remarquable, si nous observons que, dans toutes les fêtes qui se célébraient à l’occasion de cette divinité, quatre prêtres portant, au Mexique, le nom de Tlaloque et Chac, au Yucatan, ainsi que le dieu dont ils étaient les ministres spéciaux, plaçaient aux quatre angles de la cour du temple, quatre grandes amphores, toujours remplies d’eau, dont ils avaient la garde. Dans une de ces fêtes consacrées à Zamnà, ces prêtres ayant fait un grand feu au milieu de la cour, y jetaient les cœurs de tous les animaux qu’ils pouvaient rassembler, et quand ils étaient consumés, éteignaient le feu avec l’eau contenue dans les quatre amphores[210]. C’est ainsi qu’en Égypte, les vases dits canopes, où l’on enfermait les entrailles des défunts, se trouvaient «toujours réunis quatre par quatre, ainsi que le sont les génies de l’Amenti ou enfer égyptien: Amtet, Hapi, Satmauf et Namès, dont ils portent ordinairement les têtes respectives qui les caractérisaient, c’est-à-dire humaine, de cynocéphale, de chacal et d’épervier[211].»

Ces canopes sont, sous le même nom, les dieux pénates du Pérou[212]. Can, ou con-op, ou con-ub, la puissance qui souffle, ou le vase supérieur; on les retrouve comme les quatre soutiens du monde, dans les quatre Bacab, qu’ils représentent dans les fêtes au Yucatan[213]; dans les quatre grands dieux du Mexique et de l’Amérique centrale, et le Livre Sacré nous les montre presque avec les mêmes symboles qu’en Égypte. C’est, en premier lieu, Hun-Ahpu-Vuch, un Tireur de sarbacane au Sarigue, dont le nom se retrouve dans celui de Sat ou Sutech[214], figuré, sans qu’on puisse s’y méprendre, dans le Sarigue, sur un grand nombre de monuments égyptiens, mais qu’aucun égyptologue n’a su expliquer jusqu’aujourd’hui, et qu’on n’expliquera pas facilement, si on ne le cherche en Amérique, le seul continent où se trouve cet animal[215]. Puis vient Hun-Ahpu-Utiu, un Tireur de sarbacane au chacal[216], puis Zaki-Nima-Tziiz, la grande Épine blanche ou le grand Porc-Épic-Blanc[217]; enfin, Tepeu-Gucumatz, l’Élevé, le Dominateur, le Maître de la Montagne, le Serpent aux plumes de quetzal, que le lecteur connaît déjà. Observons encore, à propos de ce nombre quatre, ceux des quatre animaux, dont les noms caractérisaient les initiés aux mystères de Mithras ou d’Osiris, du Lion ou Chacal, de la Hyène, de l’Aigle et du Corbeau, qui se représentent constamment, sous les mêmes noms et avec les mêmes symboles, dans les mystères antiques de la chevalerie au Mexique[218].

§ XIV.

Les dieux de l’Orcus mexicain, Ixcuina, déesse des amours, personnification de Mictecacihuatl, déesse de l’enfer. Ehecatl au Mexique, Yk au Yucatan, Eikton en Grèce, Hik en Égypte, l’air, l’esprit, le souffle. Phtha et Hun-Batz. Chouen et Chou-n-aten, etc.

Du fond des eaux qui couvraient le monde, ajoute un autre document mexicain[219], le dieu des régions d’en bas, Mictlan-Teuctli fait surgir un monstre marin nommé Cipactli ou Capactli[220]: de ce monstre, qui a la forme d’un caïman, il crée la terre[221]. Ne serait-ce pas là le crocodile, image du temps, chez les Égyptiens, et, ainsi que l’indique Champollion[222], symbole également de la Région du Couchant, de l’Amenti? Dans l’Orcus mexicain, le prince des Morts, Mictlan-Teuctli, a pour compagne Mictecacihuatl, celle qui étend les morts. On l’appelle Ixcuina, ou la déesse au visage peint ou au double visage, parce qu’elle avait le visage de deux couleurs, rouge avec le contour de la bouche et du nez peint en noir[223]. On lui donnait aussi le nom de Tlaçolteotl, la déesse de l’ordure, ou Tlaçolquani, la mangeuse d’ordure, parce qu’elle présidait aux amours et aux plaisirs lubriques avec ses trois sœurs[224]. On la trouve personnifiée encore avec Chantico, quelquefois représenté comme un chien, soit à cause de sa lubricité, soit à cause du nom de Chiucnauh-Itzcuintli ou les Neuf-Chiens, qu’on lui donnait également[225]. C’est ainsi que dans l’Italie anté-pélasgique, dans la Sicile et dans l’île de Samothrace, antérieurement aux Thraces et aux Pélasges, on adorait une Zérinthia, une Hécate, déesse Chienne qui nourrissait ses trois fils, ses trois chiens, sur le même autel, dans la demeure souterraine; l’une et l’autre rappelaient ainsi le souvenir de ces hétaires qui veillaient au pied des pyramides, où elles se prostituaient aux marins, aux marchands et aux voyageurs, pour ramasser l’argent nécessaire à l’érection des tombeaux des rois. «Tout un calcul des temps, dit Eckstein[226], se rattache à l’adoration solaire de cette déesse et de ses fils. Le Chien, le Sirius, règne dans l’astre de ce nom, au zénith de l’année, durant les jours de la canicule. On connaît le cycle ou la période que préside l’astre du chien: on sait qu’il ne se rattache pas seulement aux institutions de la vieille Égypte, mais encore à celles de la haute Asie.» En Amérique le nom de la déesse Ixcuina se rattache également à la constellation du sud, où on la personnifie encore avec Ixtlacoliuhqui, autre divinité des ivrognes et des amours obscènes: les astrologues lui attribuaient un grand pouvoir sur les événements de la guerre, et, dans les derniers temps, on en faisait dépendre le châtiment des adultères et des incestueux[227].

Ainsi, de quelque côté qu’on jette les yeux sur les cosmogonies antiques, en Afrique, en Asie ou en Amérique, de chaque côté, on leur trouve, non-seulement, des analogies, mais des ressemblances si grandes, qu’il serait inconséquent de n’y voir que de simples coïncidences, entièrement dues au hasard: il ne reste donc plus qu’à leur attribuer une origine commune. Dans les cieux, sur la terre ou au fond des mers, en Égypte et au Mexique, ce sont des mythes identiques: Amon-Ra, le soleil, devient Aiumu, l’Osiris infernal, le roi des demeures souterraines, comme Tetzcatlipoca se personnifie en Cipactonal, celui-ci en Mictlanteuctli, en descendant des cieux au fond de l’Océan. Osiris et Horus apparaissent sous le nom de Sat ou Typhon; puis c’est Chnouphis, Knèph, l’Esprit, le souffle divin. C’est ainsi que Quetzalcohuatl, l’Oiseau-serpent devient Ehecatl au Mexique, et Yk dans les langues de l’Amérique centrale «Chnouphis, remarque Champollion[228], porte dans plusieurs inscriptions hiéroglyphiques une légende de laquelle il résulte que cette divinité présidait à l’inondation. Puis il ajoute: Cnèf, Cnouphis ou Chnoubis, se rapportent évidemment aux racines égyptiennes nèf, nèb, nife et nibe, afflare, πνεῖν,» mots qu’on retrouve presque identiques dans ub, pub, la sarbacane, l’instrument par où la terre souffle le feu des volcans, dans la légende de Hun-Ahpu ou Ahpub, dont le nom se retrouve encore dans celui de l’Anupu égyptien.

«Or, par Knèf, continue Champollion, on voulait indiquer l’être inconnu et caché, l’Esprit, πνεῦμα, qui anime et gouverne le monde[229],» dont la forme, dans Jamblique[230] Ημῆφ, se retrouve dans l’Ymox ou Ymix du maya et du quichée[231]: mais allons plus loin; car Jamblique, parlant au nom d’Hermès, c’est-à-dire des Gnostiques, ajoute[232] au sujet de cette divinité δν καὶ Εῖκτων ἐπονομάζει. Le dieu Knèf portait donc également le nom d’Eikton. Là-dessus, Champollion déclare[233] qu’«il ne saurait être douteux que le premier Hermès n’ait été bien certainement le même que le dieu nommé par Jamblique, d’après les livres sacrés de l’Égypte Eikton, le premier des dieux célestes (Οὐράνιοι θεοὶ) intelligence supérieure, émanée de l’intelligence première Knèph, le grand Démiurge.»

Ainsi, rien de plus clair: Eikton, comme Ehec ou Ehecatl[234] chez les Mexicains, comme Yk ou Hyk, au Yucatan et dans toutes les régions voisines, ainsi que dans l’Amérique centrale, est identique avec Knèph; il est l’Esprit qui parcourt le monde et le pénètre dans toutes ses parties, l’ouragan encore, hurakan ou ur-ik-an, qu’on peut traduire en quiché, l’esprit qui vient rapidement; il est le , ou des Égyptiens, le modérateur universel[235], le même euphoniquement et symboliquement en Grèce, en Égypte, au Yucatan, au Mexique et dans l’Amérique centrale. Veut-on continuer la comparaison, qu’on ouvre la Symbolique de Creuzer, traduite et si bien complétée par M. Guigniaut[236], et l’on y trouvera la figure d’un personnage à longue queue, un instrument de musique entre les mains: «Vieillard assis, dit le savant secrétaire perpétuel de l’Académie des Inscriptions, et jouant d’un instrument à cordes: le caractère de sa physionomie et sa coiffure le rapprochent naturellement d’une des principales figures du numéro suivant. Nous voyons ici Phtha, le démiurge, inventeur des arts et de la musique en particulier, organisant toutes choses par sa divine harmonie.» Creuzer le représente lui comme le créateur Knèph ou Agathodémon, le bon esprit, tandis que M. Guigniaut insiste en disant «que ce vieillard barbu, nain à gros ventre et à face bizarre, portant une coiffure de plumes, est plutôt Phtha, le démiurge et l’artisan céleste.»

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Knèph et Phtha, Bunsen le remarque judicieusement[237], sont clairement identifiés dans les monuments égyptiens, ce avec quoi nous sommes parfaitement d’accord. Bunsen observe ensuite que Phtha avait une grande ressemblance avec les Pataikoi, ces statues de nains monstrueux que les Phéniciens attachaient à la poupe de leurs navires, ce qui ramène à l’idée de M. Guigniaut que le vieillard en question serait le dieu Phtha. Mais ce que d’autres n’ont pu remarquer comme nous, c’est la ressemblance frappante de ce personnage, c’est celle de la plupart des images de Phtha, avec celle que nous a laissée le Livre sacré des Quichés dans la description des deux frères Hun-Batz et Hun-Chouen, métamorphosés en singes par Hunahpu, et qui retournent ensuite danser et grimacer devant leur aïeule[238]. «Or Hun-Batz et Hun-Chouen étaient de très-grands musiciens et chanteurs, est-il dit: ils étaient également joueurs de flûte, chanteurs, peintres et sculpteurs; tout sortait parfait de leurs mains.» Ce que nous ajouterons au sujet de cette fiction, c’est que les deux paires de jumeaux, Hun-Batz et Hun-Chouen, d’un côté, qui se montrent si fréquemment dans les bas-reliefs et sculptures de l’Amérique centrale, de l’autre, ceux de Hun-Ahpu et Xbalanqué, paraissent avoir été les symboles antiques de deux sectes religieuses, toujours ennemies, dans ces contrées, dès les temps les plus reculés. N’y aurait-il pas lieu de croire que ces symboles auraient été également, en Égypte, ceux de deux formes de culte, distinctes et opposées l’une à l’autre, quand on observe, précisément sous Amenhotep IV, les changements introduits à Thèbes, dans la religion, celui qui s’opère dans la physionomie même des princes de la famille royale, et qu’on voit le pharaon adopter le nom de Chou-n-aten, qui rappelle si bien celui de Hun-Chouen? Remarquons, en outre, ce que Brugsch ajoute à ce sujet[239]: «Le roi, les membres de sa famille, les grands fonctionnaires, les guerriers, enfin, toute la population de la nouvelle résidence, ont presque l’aspect d’une race étrangère...» Cela ne pourrait-il pas indiquer quelque autre invasion libyenne, des Éthiopiens de l’ouest ou des populations atlantiques?

On signale le culte des dieux-singes, des pontifes-singes dans les diverses théogonies de l’Inde, de l’Égypte et de l’Amérique: dans les peintures égyptiennes et mexicaines, ces animaux sont représentés dans une même posture d’adoration devant la divinité. On a trouvé dans des tombeaux en pierre de l’Amérique centrale des ossements parfaitement conservés de ces cynocéphales, dont la tête de mort est figurée dans les sculptures du grand palais de Copan: dans les provinces d’Oaxaca et de Yucatan, ils recevaient les honneurs divins sous les noms de Hun-Chouen et de Hun-Ahau, et ils y étaient regardés comme les fils d’Ixchel et d’Itzamna, dont les sexes sont changés dans le texte que nous citons ici[240]. C’est d’ailleurs dans l’ensemble des régions, comprises entre ces deux provinces, que se présentent les souvenirs les plus complets de l’Orcus antique dans les noms de Xibalba et de Mictlan, où l’on trouvait, non trois juges, mais treize, dont les noms, conservés de siècle en siècle, font encore frémir les populations[241]. Là aussi, il fallait qu’une pièce de monnaie, représentée par une pierre fine, fût placée dans la bouche du défunt, afin qu’il pût se faire admettre au séjour infernal, et chacun se faisait précéder d’un ou de deux petits chiens roux, destinés à le porter à travers les eaux du fleuve qui tournait neuf fois autour de l’enfer[242]. C’est dans cette demeure funèbre que le Codex Chimalpopoca nous montre Quetzalcohuatl, descendant un jour par ordre des dieux, afin de demander au Seigneur des morts les os de jade dont il fera des hommes[243]: le prince infernal présente à Quetzalcohuatl sa conque que celui-ci saisit, et, ainsi que le Yadus, dans l’enfer sous-marin de Narakah[244], il s’en sert comme d’une trompe; l’enfer tremble, les vers et les autres insectes mystérieux qui étaient endormis s’éveillent et lui prêtent leur aide; les portes de Mictlan s’ouvrent et il s’empare des jades sacrés qu’il porte au monde.

§ XV.

Le Thoth mythique. Viracocha, Bochica, Quetzalcohuatl. Civilisation qu’ils établissent. Opinion des philologues modernes sur les races couschites. Où était leur berceau? Mythes de l’Occident. Gaïa et Iaïa. Peuples divers. Origine des métaux, etc.

Quetzalcohuatl, Kukulcan ou Zamna, c’est lui, nous l’avons dit, qui est l’inventeur des arts graphiques, le démiurge américain, le propagateur des sciences, qui civilise le Mexique et le Yucatan; c’est lui qui reparaît sous le nom de Bochica, à la Nouvelle-Grenade, et de Viracocha au Pérou. Il représente partout «le personnage hiéroglyphique de Thoth, qui sert d’expression, dit Eckstein[245], aux rudiments d’un corps littéraire et scientifique de la plus vieille Égypte,» et j’ajouterai de l’Amérique plus primitive, peut-être, que l’Égypte elle-même. «Le mythique Thoth, continue cet écrivain, agissait comme le mythique Oannès, comme le mythique Pârâsharya, comme le mythique dragon de la primitive Chine. Il posait, comme eux, les fondements d’un ordre de civilisation au milieu de races sauvages, aborigènes de la vallée du Nil, du delta de l’Euphrate et du Tigre, du delta de l’Indus, du delta des confluents de la Gangâ et de la Yamunâ, et des contrées voisines des rives de la mer de Kokonor. Des étrangers sortaient, disaient-ils, d’un Hadès, d’un foyer souterrain, porteurs d’une science d’organisation qui reposait sur un principe de géométrie et d’astronomie, qui ordonnait un calendrier mythico-astronomique, qui canalisait le pays et faisait le cadastre de son territoire, fixait l’enceinte des villages et des cités, ordonnait celle des temples, des résidences pontificales et des résidences royales, qui ébauchait un code de lois, un corps d’ouvrages sur l’anatomie et la médecine, relevant d’un principe sacré. Elle apportait un système d’écriture hiéroglyphique pour exprimer toutes ces choses[246]. Elle se révélait dans un ensemble qui ne permet pas d’y voir le développement d’une culture autochtone aux lieux où elle s’y applique.

»Tout cela se développe, il est vrai, dans le cours des âges, comme on peut le voir partout où se rencontre un principe d’organisation: en Chine, dans la Mésopotamie de l’Inde centrale; dans les régions de l’Indus et du Guzzerate, en Babylonie, dans l’Arabie méridionale, dans l’Éthiopie, y compris Méroë, dans l’Égypte et finalement dans la Phénicie. Mais l’identité du principe se rapporte à un ordre de civilisation complétement importé d’ailleurs. C’est ce qui force l’esprit de critique à attribuer ces rayons de lumière au centre d’une vieille culture que tout concourt à placer dans les régions du Gihon et du Pishon. La Genèse biblique les place immédiatement dans le voisinage du berceau de l’espèce humaine. Ce n’est que dans ces régions de Kusch et de Chavila que la culture a pu parcourir la longue période de ses commencements; ce n’est que là qu’elle a pu avoir son histoire et sa genèse. Son développement ultérieur émane partout ailleurs dans l’ensemble primitif d’un tout complétement formé. Il va de soi qu’un tel ensemble s’élabore, se subdivise, se fractionne de nouveau et se développe comme un arbre de culture nouvelle, conformément aux accidents du sol, des contrées, des climats et des populations autochtones. Il est d’origine thibétaine dans l’Inde, ou encore d’origine malaisienne, nègre, quelque soit le mélange d’éléments auxquels tout cela ait primitivement appartenu.»

Ces deux paragraphes jettent certainement un grand jour sur l’histoire primitive du monde: ils placent à leur véritable point de vue les origines de la civilisation qu’ils ramènent précisément dans le cadre de nos recherches sur l’Amérique. Au premier coup d’œil, ils sembleraient tout à fait d’accord avec les observations de M. Fresnel et de M. Oppert, qui attribuent au pays de Mahrah l’ancienne langue de Cousch, à laquelle se rattacheraient toutes celles dont M. Renan est tenté de créer un groupe distinct sous le nom de sémitique-couschites, «renfermant l’himyarite, le ghez, le mahri, la langue des inscriptions babyloniennes. Mais, dans l’état actuel de la science, ajoute le savant académicien[247], il serait prématuré d’adopter à cet égard aucune formule définitive.» D’autant plus prématuré qu’il faudrait ainsi faire de l’Arabie le point de départ des Couschites de Nemrod, que M. d’Eckstein met, lui, dans le voisinage immédiat du berceau de l’espèce humaine. Mais dans l’une ou l’autre hypothèse, comment accorder ces idées avec le fait de l’origine attribuée par Diodore de Sicile à Bélus, que la plupart des auteurs identifient, d’ailleurs, avec l’Hercule assyrien, avec Nemrod[248]? S’il est vrai, comme l’affirme cet auteur[249], que Bélus était fils de Libye et de Neptune, c’est-à-dire d’un mélange de libyen et d’atlantique, il est clair qu’il ne venait pas de l’Arabie.

En admettant, toutefois, les conclusions de M. d’Eckstein sur les sources de la civilisation primitive, il sera toujours difficile de trouver une solution aux questions qu’il soulève, aussi longtemps qu’on n’aura pas fixé d’une manière satisfaisante la situation du pays de Cousch et de Chavila, le berceau de la race brune, des Égyptiens, des Cares, des populations libyennes et des Américains. S’il était dans l’Asie centrale, comme bien des indices inclinent à le supposer, en voyant de quel côté l’Égypte et la Phénicie paraissent avoir reçu leurs dieux et leurs institutions, il faudrait admettre que cette civilisation, marchant au rebours de celle des Aryâs, se serait répandue d’abord sur les régions les plus orientales de l’Asie, puis en Amérique, d’où elle aurait fait retour sur notre continent, par l’ouest. Ceci n’est qu’une simple supposition; mais elle s’énonce comme la conséquence des faits dont nous avons entretenu nos lecteurs et des cosmogonies qui font sortir de l’Océan atlantique les dieux d’Homère et d’Hésiode, ainsi que les populations de race rouge et cuivrée qui envahirent l’Europe et l’Afrique aux périodes primitives de la terre. Si M. d’Eckstein, de ce regard qui a si bien pénétré au fond des mystères de l’histoire du vieux monde, avait pu, comme nous, voir et juger d’ensemble les deux hémisphères, peut-être eût-il tiré des faits que nous avons exposés des conséquences plus larges que nous-mêmes.

Ce ne pouvait être que par un souvenir de leur antique filiation, que les Égyptiens montraient l’Occident comme la patrie de leurs ancêtres, comme l’Amenti, où les âmes des morts allaient rejoindre leurs pères. En dehors de toute hyperbole, la Genèse, dans sa concision, indique les deux extrémités d’une mappemonde chamitique où nous avons le droit de chercher le continent qui nous intéresse. Elle connaît les Éthiopiens de l’orient et ceux de l’occident, dont Homère et Hésiode nous ont également conservé le souvenir[250]. L’Odyssée les partage en deux διχθὰ, les appelant les hommes des deux bouts ou des deux extrémités du monde, ce qui ne peut convenir qu’aux Éthiopiens des bords de la mer Rouge, à l’orient, et aux populations atlantiques, Américains et Libyens de l’occident qui s’enchaînaient autrefois par des liens rompus depuis par le cataclysme. «Les grands dieux s’y réunissent à certaines époques de l’année, une fois chez les Éthiopiens de l’orient, une autre fois chez les Éthiopiens de l’occident; c’est chez ces derniers que Zeus passe les douze fameuses nuits de la fin de l’année[251] que nous rencontrons dans les mythologies anciennes et qui appartiennent à la constitution d’un vieux calendrier.

«Il est inutile, ajoute plus loin M. d’Eckstein[252], d’insister sur les richesses d’une mythologie dont les détails se perdent à l’infini. Où ne retrouve-t-on pas cet Atlas du Mont au nombril de la terre? cet Atlas de l’Océan au nombril de l’Océan? ce père de la nymphe des séductions, de la Kalypsô? ce père d’une nombreuse postérité de filles qui se partagent les constellations célestes et qui figurent dans la couche mythique des rois de la terre? ces dangers de la navigation de l’Océan? ce thème des dieux Macares, des îles Macares, des femmes Macares, des tyrans et des monstres Macares?... C’est là que l’Erôs des Céphènes sortait de la gueule du poisson qui l’avait avalé, c’est-à-dire du ciste où il avait été exposé sur les flots de l’Océan, et que, triomphant de la mer en courroux, il allait fonder un empire dans ces îles Macares ou sur les continents qui étaient au bout de la traversée.»

C’est dans ces îles de l’occident, où les Cares apparaissent à l’origine de l’histoire, que nous retrouvons le mythe de Gaïa qui donne naissance à Ouranos dans la nuit; nous l’avons vu dans Giaïa ou Iaïa, l’être puissant de la tradition haïtienne, le père de Giaïa-el, qu’il enferme dans le sein de la terre, figurée par une calebasse, d’où ses os, changés en poissons, sortent bientôt après avec l’Océan qui submerge une partie du monde. Les dieux qui habitent la sphère de cet Ouranos sont les dieux Macares, issus comme Ouranos lui-même de la terre et de l’Océan[253]: c’est ainsi qu’à Haïti les Caras apparaissent avant l’existence même de la mer dont ils causent bientôt après l’épanchement. Dans les traditions haïtiennes, comme dans celles de l’Inde et de la haute Asie, «il s’agit ici d’une foule d’événements extraordinaires, de comètes dans les cieux, de baleines et autres monstres marins, des flammes d’un volcan sous-marin qui exigent une victime pour le salut de la navigation. Kâmâ, l’Erôs qui sort de l’Océan et qui est la victime engloutie par Keto ou par le Makarah, le monstre marin, est en même temps la victime et celui qui rachète la victime par le sacrifice de la personne divine.» Dans la légende haïtienne, il y a également une victime: c’est Dimivan Caracol qui détache la calebasse où étaient renfermés la mer et les poissons; c’est de son épaule que sort la tortue sur laquelle les Caras bâtissent leur demeure et commencent la culture de la terre[254].

Ici nous retrouvons avec les Caras la plupart des populations auxquelles les Cares se rattachaient dans les temps antiques en Orient. Ce sont les Cauuna et les Hi-Auna qui rappellent les Caucones et les Cauniens de l’Asie; puis les Hadruvava, les Kâdru ou hommes bruns de la Gédrosie[255]. Nous n’aurions point songé à signaler ces noms ni à les comparer avec aucun de ceux de l’ancien monde, s’ils s’étaient présentés isolément; mais ils se rattachent à tant de symboles dont les analogues se retrouvent en Asie, à tant d’autres indices d’antiques communications, que nous aurions cru manquer à notre devoir d’historien fidèle, si nous les avions passés sous silence. Ces noms s’enchaînent constamment à des traditions et à des vestiges d’institutions disparues qui se retrouvent à la fois sur l’un et l’autre continent. Voleur de femmes, comme les Cares, et après ceux-ci les Phéniciens, Gua-Ha-Hiona (celui ou le chef des fils de Hiona), enlève les femmes de la grotte du soleil à Caunau et les transporte à Matinino, où il fonde un royaume de femmes, dont le souvenir durait encore à l’époque de Colomb[256]: au fond de l’Océan, il rencontre le beau Cobo, le dieu de la conque marine, puis une femme, une enchanteresse qui le retient dans ses bras et lui fait payer le tribut de l’amour[257].

Tout cela est le pendant des traditions de l’ancien monde; on en voit comme un reflet dans la région des Barbaras (varvaras, gargara, caracara) où les hommes sont les esclaves voluptueux de la déesse des plaisirs, où, suivant Arrien[258], les femmes règnent sur les hommes. C’est encore comme cette île des côtes de la Gédrosie, où une nymphe de l’Océan exigeait, ainsi que Circé, le tribut des amours des marins, qui passaient de ses bras dans ceux de l’abîme. Ce peuple d’amants transformés en phoques par la déesse rappelle les enfants de Haïti, abandonnés de leurs mères et métamorphosés en grenouilles[259]. Mais ce qu’on voit ici de bien particulier à l’Amérique, c’est que Gua-Ha-Hiona, au lieu d’être sacrifié comme les amants de l’île de la Gédrosie, reçoit de son amante un mal qu’on ne reconnaît que trop aisément pour la syphilis[260], et dont il doit aller se guérir dans la Nara, la retraite sacrée, où il est avec son amante et les baigneurs qui prennent soin de lui. C’est dans ce lieu qu’en le quittant Gua-Bonito, cette femme par excellence[261], en échange de son amour, donne au chef des Ha-Hiona, la connaissance des métaux précieux, des pierres fines, l’art de les travailler et de les mettre en usage; elle ne le quitte qu’après l’avoir mis en possession de cet art, lui et les autres chefs qui l’accompagnaient, Albeborael et son père Albebora[262]. Combien d’autres souvenirs s’éveillent encore dans toutes ces traditions! Nara, la retraite sacrée, se retrouve dans le Nâr, Nara, Nairrit des légendes antiques de l’Inde et, en Amérique, dans le Nare, l’un des plus grands affluents du Magdalena; dans ce royaume de l’autre crépuscule[263], antipode de l’Inde, celui peut-être où la Matsyâ, la nymphe de la traversée, conduit le marchand, le marin, le passager, dont elle était l’amante.

Ainsi, dit encore M. d’Eckstein, dans un passage analogue[264], «la nymphe reste au service du roi des pêcheurs; elle appartient au Tîrtha, au lieu saint de la traversée d’une rive de la Jamunâ. Les Tîrthas sont des institutions fondées par les Céphènes et les Chamites, à travers toute l’Asie et l’Afrique. C’est par elles qu’on initie les marchands et les marins aux mystères de leur route. La route terrestre et la route maritime servent de figure à celle de la vie. Le soleil voyageur va de l’orient au couchant, du couchant à l’orient, du royaume oriental d’un Kuverah des richesses métalliques et des gommes précieuses, trésors de la montagne, pleines de vertus magiques et curatives, au royaume occidental d’un Nairrit possesseur des perles, des coraux, des conques précieuses, trésors de l’Océan. Les deux abîmes se correspondent ainsi, le gouffre du mont et le gouffre de la mer. Le marchand va aussi d’un bout du monde à l’autre sous la tutelle du dieu.»

On le voit, malgré l’incohérence des traditions haïtiennes, elles renferment encore de précieux renseignements pour l’histoire primitive. On y retrouve les origines de la métallurgie dans ces îles, où elles se rapportent à des événements antérieurs, ou postérieurs au cataclysme qui acheva la séparation des continents, aujourd’hui réunis de nouveau, grâce au génie de Colomb. Avec l’art de fondre et de ciseler l’or, nous avons celui de travailler le marbre et les pierres précieuses, ce qui est indiqué par le guanin et le ciba dans la légende haïtienne[265]. Les grandes grottes de Haïti où Bartolomé Colomb découvrit, jusqu’à seize milles de profondeur, des mines et des travaux métallurgiques, abandonnés depuis des siècles[266], témoignent de l’antique exploitation de l’or aux Antilles. Pierre Martyr mentionne les travaux d’art retrouvés de son temps, et Saint-Méry affirme[267] qu’on découvrit en 1787, dans les montagnes de Guanaminto, un sépulcre avec une pierre, gravée de lettres inconnues. Dans ces montagnes, comme dans toutes les îles voisines, il existe des grottes considérables, travaillées de main d’homme, ornées de sculptures analogues à celle du soleil et de la lune de Caunau, et précédées d’ordinaire des deux stèles des chemis qu’on découvre toujours deux par deux, ainsi qu’en Asie.

L’état de civilisation «où les Caraïbes, aussi bien que les autres naturels des îles et des Guyanes, furent trouvés, dit un auteur haïtien[268], ne permet pas de supposer qu’ils étaient capables de construire des monuments de l’importance de ceux qu’on a découverts ensevelis dans leurs forêts. Ce sont de vastes cryptes creusées dans le roc, et des murailles d’une longue étendue, en pierre sèche ou seulement en terre. Une autre race, d’autres hommes plus policés, auraient donc occupé ces pays, dans des temps reculés, et les Indiens de la dernière époque auraient succédé à la civilisation et à ces peuples éteints par on ne peut savoir quelles révolutions! Ces premiers occupants, d’où venaient-ils? étaient-ils autochtones? Les savants sont partagés sur ces questions; elles sont obscures et inextricables.»

§ XVI.

La Limné de l’Occident. Si elle était située en Amérique? Nations Cares de l’Amérique méridionale et leurs alliés. Les Tayronas ou peuples forgerons des montagnes de Santa-Marta. Leur habileté dans la mise en œuvre des métaux et des pierres précieuses. Cultes divers qui s’y rattachaient. Mythe de Bochica et de Chia.

Les questions d’origine présentent partout de grandes difficultés, et ce n’est qu’en recherchant dans les traditions des peuples les lambeaux de leur histoire, et en les comparant entre eux qu’on parvient quelquefois à faire sortir une lueur de ce chaos. Celles qui se rapportent aux origines de la métallurgie américaine, dont nous parlions tout à l’heure, ne sont pas des moins importantes. C’est sur ce point qui paraît se rattacher encore d’une manière si curieuse au nom des Cares, que nous désirons porter maintenant l’attention du lecteur. On sait la quantité de métaux précieux qui ont été tirés du continent américain depuis Colomb; mais on a vu également la preuve que dans les temps anciens ce continent n’avait pas moins de célébrité sous ce rapport. M. d’Eckstein, que nous aimons à citer à l’occasion, va lui-même nous donner une description poétique et savante à la fois, des lieux où la tradition des Cares plaçait anciennement les mines les plus renommées: «L’Hélios d’Homère, dit-il[269], sort d’une Limné empourprée par les feux du couchant et remonte ensuite à l’Orient pour trôner dans un ciel d’airain. Voss et Welker, ainsi que Völker, ont rapproché ce passage de celui d’un fragment du Prométhée délivré d’Eschyle, où le chœur des Titans vient retrouver Prométhée attaché au mont Caucase; il arrive de la Limné qui est d’un rouge ardent ou d’un golfe du couchant sur les rives de l’Okeanos, fleuve qui enveloppe le globe. C’est là que descend Hélios avec ses coursiers fatigués de la course du jour, dans le pays des Éthiopiens de l’occident.»

Maintenant, si l’on jetait les yeux sur une carte de la mer des Antilles et des côtes voisines du Darien et de Sainte-Marthe, on pourrait s’imaginer, en réunissant, avec cela, les données géographiques et les traditions de ces contrées, que c’est là précisément que l’auteur aurait voulu placer cette Limné ainsi que le séjour des véritables Éthiopiens de l’occident. C’est, en effet, dans les montagnes qui s’élèvent en amphithéâtre autour du golfe de Darien, entre la baie de Maracaibo et l’isthme de Panama, que se trouvent encore aujourd’hui des mines d’or et d’argent, des plus riches et des moins exploitées du globe: c’est entre les sommets les plus inaccessibles de ces montagnes qu’existent les ruines gigantesques des cités cares, ainsi que les débris des forges célèbres où les cyclopes de l’Amérique forgeaient les armures d’or des rois et des princes de ces régions. C’est là, nous l’avons dit, aussi bien que dans les portions du continent qui s’étendent au sud et à l’est, arrosées par les plus grands fleuves du monde, que se retrouve plus qu’en aucun lieu de l’Asie et de l’Amérique elle-même, ce nom de car ou de cara, dans les noms des populations et des villes, sans compter une multitude d’autres noms, dont le son et l’étymologie sont familiers à tous ceux qui ont présents les souvenirs de la Phénicie et de l’Asie Mineure.

A la suite de Panama, vient Pananome, puis les provinces et les rivières de Tabor, d’Abinamechi, d’Abibeiba, etc.[270]; les montagnes d’Oromina, d’Abibi, baignées au sud par le grand fleuve Cauca, dont le nom rappelle encore le Caucase et les Caucaunes; puis Cartama, Caramanta, et plus au nord les Cofanes, tribu puissante habitant les bords d’un fleuve du même nom[271], autre souvenir des Cophanes ou Cephènes de l’orient, issus d’une souche chamitique comme les Cariens. Aux bords de la mer vers le nord, dans ces régions de Terre-Ferme, où presque chaque nom de tribu ou de bourgade commence encore aujourd’hui par car, se présente Malambó, dont le son phénicien n’échappera à personne; c’est celui d’une tribu célèbre anciennement avec les Bondas, les Chimilas et les Tayronas ou les forgerons, les gens de l’enclume, populations essentiellement métallurges et des plus distinguées entre toutes les nations cares dont ils faisaient partie, et qui fournissaient d’or et de bijoux la plus grande partie de l’Amérique méridionale et des Antilles[272]. Toute la chaîne des montagnes, avec ses ramifications, aux cimes couvertes de neige, entre le golfe de Darien et la ligne de l’Équateur, où l’on devrait chercher peut-être le véritable Atlas, ce nombril du monde, était renommée pour l’abondance et la richesse de ses veines métalliques, pour la splendeur de ses cristaux, pour la beauté de ses pierres précieuses, et surtout l’existence de ses mines de jade vert, la pierre sacrée de l’Amérique qu’on ne trouvait, qu’on ne taillait que là[273].

Les immenses ruines que les premiers conquérants espagnols découvrirent dans ces contrées, surtout en s’avançant dans la direction de Cartama et de Caramanta, au bassin du haut Magdalena, les routes taillées dans le roc vif, ou construites de pierres énormes, dans des proportions plus vastes encore qu’au Pérou[274], tout cela avec des traces remarquables d’antique canalisation, et, en face des vestiges de la civilisation qu’avaient conservés les nations riveraines de ce fleuve, prouve de quel haut degré de culture celles-ci étaient alors descendues. Dans les montagnes, l’or et l’argent, travaillés avec tant d’art[275], le cuivre si admirablement trempé[276], les pierres fines et dures, le jaspe, le porphyre et le marbre qu’on ciselait encore avec tant d’habileté[277]; aux bords de la mer, la pêche des perles les plus brillantes, rappelaient sans nul doute cette civilisation des Cares, qui avaient couvert le monde de leurs colonies. Au souvenir de ces traditions extraordinaires, en face de ces montagnes qui portent le nom de la Limné, par excellence, nous sommes bien souvent tenté de voir là la source de ces légendes mexicaines où Quetzalcohuatl joue un si grand rôle; nous sommes tenté d’y placer cet Orcus de l’Océan et de la terre; ce Mictlan où ce personnage mythique allait chercher ces os de jade[278], ces pierres si précieuses au point de vue religieux, dont il voulait faire des hommes, de reculer jusque dans cette terre puissante des Cares, le Tlapallan, si longtemps mystérieux et où Quetzalcohuatl avait puisé tous les éléments de la civilisation primitive du Mexique.

Établis au centre des montagnes les plus élevées de l’Amérique, entourés des fleuves gigantesques qui s’en échappent entre les scènes de la nature la plus riche du monde, et qui semblent l’image la plus vraie du paradis terrestre, est-il étonnant que les Cares, quel que soit d’ailleurs leur berceau primitif, aient pu rayonner de là vers toutes les régions, dans les deux hémisphères? est-il étonnant qu’ainsi que dans les contrées phlégéennes de l’Asie centrale, il aient eu, les premiers, le monopole des métaux précieux, et qu’on ait retrouvé encore au XVIᵉ siècle, parmi les peuples descendus d’eux, en Amérique, ou parmi lesquels ils se mêlèrent, l’art métallurgique porté à un si haut degré de perfection? peut-on s’étonner, enfin, que ce qui restait d’eux et de leurs institutions, malgré la barbarie relative où ils étaient tombés, depuis leur mélange avec des tribus anthropophages, eût un caractère d’analogie si frappant avec les institutions primitives de l’Asie? Car il est une chose dont on devrait toujours se souvenir, en lisant les histoires de la conquête de l’Amérique; c’est que bien des populations qu’on se représente si souvent comme des nations sauvages, l’étaient bien moins alors qu’on ne saurait se l’imaginer aujourd’hui[279]: que ce n’est qu’en lisant les relations originales des conquérants qu’on entrevoit la vérité à l’égard de ces nations, dont plusieurs ne sont devenues sauvages et anthropophages même qu’à la suite de la conquête.

Au-dessous des volcans qui continuent à remuer la terre dans ces régions phlégéennes, les populations, de leur côté, continuent encore aujourd’hui à porter leurs hommages au lac d’Iguague, à quatre lieues de Tunja, dans la Nouvelle-Grenade, où la tradition place une des scènes de leur antique cosmogonie. Dans ce lac, qui paraît avoir succédé à un volcan éteint[280], ils adoraient naguère la déesse Bachué qui, fécondée par son fils, né sans père, était devenue la mère des hommes, et après avoir peuplé le monde, s’était précipitée avec lui dans les eaux du lac, où ils avaient été l’un et l’autre transformés en de gigantesques serpents. Le plateau de Bogota est également entouré de montagnes élevées: le niveau parfait de son sol, sa construction géologique, la forme des rochers de Suba et de Facativa, qui se dressent comme des îlots au milieu des savanes, tout y semble indiquer l’existence d’un ancien lac. La rivière du Funzhà, communément appelée Rio de Bogota, après avoir réuni les eaux de la vallée, s’est frayé un chemin à travers les montagnes situées au sud-ouest de la ville de Santa-Fé. C’est là que la mythologie des Muyscas ou Chibchas place encore une des scènes de ses origines cosmogoniques. Dans les temps les plus reculés, avant que la lune accompagnât la terre, dit la tradition, les habitants du plateau de Bogota vivaient comme des sauvages, nus, sans agriculture, sans lois et sans religion. Alors apparut Bochica, appelé quelquefois le fils du soleil, d’autres fois identifié lui-même avec cet astre: il était accompagné d’une femme appelée Chia, non moins remarquable par sa beauté que par son extrême méchanceté. Par son art magique, elle fit enfler la rivière de Funzha, dont les eaux inondèrent bientôt toute la vallée. Ce déluge fit périr la plupart des habitants; quelques-uns seulement s’échappèrent, en se réfugiant au sommet des montagnes voisines. Bochica, irrité, chassa Chia de la terre, et elle de vint la lune qui, depuis cette époque, commença à éclairer notre planète. Ayant ensuite pitié des hommes, il brisa par sa puissance la barrière de rochers qui fermaient le plateau, et fit écouler ainsi les eaux en créant la rivière de Funzha[281].

Le temps reculé où la lune n’existait pas encore rappelle la prétention des Arcadiens sur l’antiquité de leur origine[282]. L’astre de la nuit est peint comme un être malfaisant, qui augmente l’humidité sur la terre, tandis que Bochica, fils du soleil, sèche le sol, protège l’agriculture et devient le bienfaiteur des Muyscas. Ces Muyscas ou Moscas de la Nouvelle-Grenade, nation métallurge également comme les Tibareni et les Moschici, ces autres alliés des Cariens, dans l’Asie occidentale, adoraient encore Nemodocon, ou Nemiatocoa, regardé en particulier comme le dieu des orfèvres et des tisserands. C’était lui qui présidait aux orgies, où il apparaissait sous la forme d’un ours, affublé d’un manteau, qui dansait et s’enivrait avec les danseurs. On ne lui offrait jamais de sacrifices, parce qu’il se contentait de la chicha ou hydromel qu’il buvait dans ces occasions. On le désignait aussi sous le nom de Fo, le renard[283].

Ce culte et celui de Chia, la lune, se rattachaient encore aux conceptions lascives des Cares, à qui toutes ces contrées devaient leur civilisation primitive. Car Chia était la déesse des sortiléges et des amours, souveraine des lieux souterrains, où elle avait ses sanctuaires; c’est pourquoi les dieux ne lui permettaient de paraître que dans les ténèbres ou de nuit. Véritable Hécate, elle était représentée sous la forme d’une chouette, et son culte se célébrait par des danses, mêlées d’orgies licencieuses, ce qu’on retrouve chez les Caras et ensuite chez les nations de la race nahuatl[284]. Au culte de Chia paraissait se rapporter celui de Dobayba, la mère des dieux[285], dont le temple, caché au fond d’une caverne, dans les montagnes les plus âpres du Darien, recélait, disait-on, des richesses prodigieuses; mais soit que ces richesses n’existassent que dans l’imagination avide des Espagnols, soit que les indigènes eussent réussi à leur en dérober le chemin, il est certain que les conquérants ne parvinrent jamais à le découvrir.

§ XVII.

Antiques sanctuaires. Les Cabires et Curètes. Souvenirs des dieux Macares, existant encore en Amérique. Dieux et cosmogonie du Pérou. Signes distinctifs de la civilisation antique, couschite, assyrienne, égyptienne, américaine, etc.

Un autre sanctuaire du soleil et de la lune existait au confluent de la rivière de Carare et du fleuve Magdalena, sous la forme de deux colonnes naturelles, sculptées et cannelées de main d’homme, d’une hauteur prodigieuse: elles portaient aussi l’une et l’autre le nom de Furatena, et elles étaient regardées comme les génies tutélaires des montagnes, des fleuves et de la mer[286]. Les nations voisines y accouraient en foule pour y présenter leurs offrandes. De petits simulacres de ces colonnes étaient placés à côté des morts dans les tombeaux, et l’on en emportait, ainsi que ceux des Dioscures et des Cabires[287], sur la terre, sur les fleuves et sur l’Océan, comme des dieux protecteurs des voyageurs, des marins et des marchands. De même qu’en Asie et en Grèce, on les retrouvait sous cette forme, ou sous celle de phallus ou de serpents, presque toujours unis deux par deux: car sous ces divers symboles, les Américains représentaient aussi parfois les jumeaux, Hun-Batz et Hun-Chouen, changés en singes, ou leurs adversaires Hun-Ahpu et Xbalanqué, les deux serpents, couverts de plumes, Quequetzalcohua, tels qu’ils se trouvent sur le titre de cet ouvrage[288], ou bien formant le caducée de Mercure, symbole non moins américain que grec, les deux colonnes ou les deux bras, les vrais Cabirim ou Gabirim, dont le sens, dans le quiché et ses dialectes[289], les Deux, les Bras ou Ceux qui ouvrent la bouche en bâillant, comme les Pataikoi, ne se trouve nulle part aussi complet qu’en Amérique.

C’étaient donc eux, les vrais Pataikoi, Hun-Batz et Hun Chouen, les artisans célestes, les démiurges, qu’on adorait sous ces diverses formes, les dieux singes, les génies protecteurs des travaux de la civilisation dans l’Amérique centrale, dans les montagnes de Bonda et de Tayrona, comme au Cundinamarca, au pied des deux colonnes de Furatena, modèles, peut-être, de celles que les Phéniciens placèrent depuis à l’entrée de la Méditerranée. Du pied d’une de ces colonnes sortait une source sacrée où les pèlerins s’abreuvaient: leur situation, au centre des plus hautes montagnes du noyau américain, dans une contrée où tout annonçait le nom des Cares ou des races qui leur furent apparentées, le culte dont elles étaient l’objet, ne rappellent que trop les colonnes d’Hercule, si fréquentes dans l’ancien monde, entre l’Océan et la Palestine; mais ce qui n’est pas moins remarquable, c’est qu’avec tous ces souvenirs, elles existaient précisément dans ces lieux, comme les signes des richesses minérales, des pierres précieuses et des forges d’or, apanage des dieux Macares et des Hercules, dont le nom même s’y conserva jusqu’au temps de la conquête, comme le titre des rois de Bonda et de Malambó. En effet, la plus grande partie de l’Amérique était déjà soumise aux armes espagnoles et plus de soixante ans s’étaient écoulés depuis la découverte du continent par Colomb, que le Macar-Ona des forges de Sainte-Marthe continuait à résister avec les Tayronas aux envahisseurs étrangers et à tenir cette ville en éveil[290]. Aujourd’hui même, que ces populations sont en grande partie disparues, sans laisser d’autre souvenir que celui de leurs antiques richesses, le nom de l’Hercule Macar s’est maintenu comme un dernier signe de la puissance et de l’extension maritime des Cares, aux embouchures de plusieurs des plus grands fleuves du Nouveau-Monde. Une montagne et un cap de la côte du Rio de la Hacha[291] en a pris le nom de Macaira. La plus grande des îles situées à l’embouchure de l’Orénoque, porte celui de Macare, et l’un de ses bras celui de Macareo. Entre Caracas et Victoria, une localité de la côte porte le nom de Macarao. Une autre s’appelle Macarapana, dans la province de Cumana; Macara en est une autre de la province de Jaen, dans l’Équateur; Macarabita, dans celle de Tunja de la Nouvelle-Grenade, sans en compter bien d’autres qu’il serait fastidieux d’énumérer.

Cabires ou Curètes, nous les retrouvons dans le même pays, offrant partout, dans leurs étymologies, un sens raisonnable. Stèles, colonnes ou phallus, deux à deux, comme les chemin du soleil et de la lune, à l’entrée des grottes de Cauuna, à Haïti; Pataikoi jumeaux et protecteurs des arts, dans les forêts ou au fond des forges souterraines, comme Hun-Batz et Hun-Chouen; volcans sublimes au Guatémala et fils d’une prostituée de l’Enfer, comme les deux Hun-Ahpu, qui reparaissent sous la forme de deux êtres, moitié hommes, moitié poissons, après avoir été livrés au bûcher de Xibalba, ils sont identiques avec les Dioscures qui se montrent sous la forme d’Ichtyes, issus de Derketo[292], dans les régions chamitiques de la Syrie. Cabires, ce sont encore les Hun-Ahpu qui allument les fourneaux et soufflent le feu intérieur de la terre, de manière à faire trembler le monde; stèles, colonnes ou phallus, ils se présentent à l’entrée des montagnes de Carare et de Caracua, protégeant les orfèvres et les forgerons dans la montagne, comme les pêcheurs de perles au fond de la mer[293].

Continuons à monter vers l’équateur, et du Mexique jusqu’au pied du Chimborazo, du Cotopaxi jusqu’au Cuzco, nous retrouverons, comme un symbole des mêmes idées, les indigènes, amassant de distance en distance des tas de pierres, ainsi qu’on l’a vu dans plus d’un canton de la Grèce et de l’Asie Mineure: nul ne passera sans y jeter sa pierre; souvent il y ajoutera un brin d’herbe ou une branche d’arbre, en hommage au génie du lieu; d’autres fois, il réunira trois autres petites pierres, dont il formera un foyer éphémère, où il brûlera quelques grains de copal. Là aussi nous rencontrerons les mêmes symboles mythologiques qu’au Cundinamarca, souvent encore avec les mêmes noms que dans le monde ancien. Au Pérou, on adorait sous le nom de Curi, les dieux jumeaux, et semblables aux Dioscures et aux Curètes, les Curacas ou chefs des races primitives étaient sortis d’un œuf[294].

Dans les idées cosmogoniques des prêtres de Guamachuco, Ataguyu était le principe de toutes choses: de son sein étaient sortis deux éléments opposés, Sagad-Çaura et Vanu-Gaurad[295], lesquels à leur tour créèrent une trinité qui gouvernait le monde, Gua-Mansuri, Uvigaicho et Vustigui: ceux-ci étaient les dieux de la génération, producteurs des moissons, et ils s’étaient adjoint Llaygen, le fécondateur, le dieu des eaux et des pluies. Gua-Mansuri, d’après la tradition recueillie à Guamachuco était né dans la province de ce nom, qu’il avait trouvée, à sa naissance, habitée par des êtres semi-divins comme lui, et qu’on appelait Gua-Chemin[296]. Ceux-ci avaient une sœur du nom de Cauptaguan, et Gua-Mansuri l’ayant vue, l’aima et la féconda. Ses frères irrités la tuèrent et réduisirent son corps en poussière, après l’avoir brûlé, et Gua-Mansuri retourna au ciel annoncer à Ataguyu que la création des hommes n’avait pas pu avoir lieu. Mais Cauptaguan, en mourant, avait mis au monde deux œufs que ses frères jetèrent à la voirie. Il en sortit deux jeunes gens, Apo-Catequil et Piguerao: ils naquirent à Porcon[297]. Le premier était l’auteur de tous les maux, et, à l’époque de la conquête, ajoute le document d’où nous tirons ces détails, Apo-Catequil était, de tous les dieux ou génies du Pérou, le plus craint et le plus respecté, de Quito au Cuzco. A peine venu au monde, celui-ci ressuscita sa mère qui lui remit la guaraca ou fronde, laissée par son père Gua-Mansuri. À l’aide de cette arme, il tua ou chassa tous les Gua-Chemin et monta ensuite au ciel annoncer à Ataguyu que la terre était libre. Ataguyu l’envoya alors à la puna de Guacat[298], au-dessus de Santa[299], avec son frère: là, par son ordre, ils creusèrent la terre d’où sortirent les hommes, puis tirant avec sa fronde, Apo-Catequil produisit la foudre et les éclairs.

Dans ces fictions, ainsi que dans bien d’autres, on retrouve toute cette suite de créations que signalent les mythologies de l’Asie Mineure et de la Babylonie; elles se combinent ici avec la pensée des mystères de la vie et de la mort, de la résurrection et des jugements, ainsi que dans l’épopée des Hun-Ahpu, au Guatémala. Pour le moment, nous nous contentons de signaler ce nouveau point de contact avec quelques cosmogonies du vieux monde; mais en terminant, ajoutons que pour se rendre à l’enfer péruvien, Upamarca, dans la langue qquichua[300], il fallait que l’âme, dépouillée de son enveloppe mortelle, passât une rivière sur un pont étroit, formé de quelques cheveux, en se faisant précéder par de petits chiens noirs[301].

De tant de ressemblances et d’analogies entre les origines et les cultes de l’ancien et du nouveau monde, il est impossible de douter que ces deux continents n’aient eu autrefois des communications fort fréquentes et que l’un ne soit venu de l’autre. Auquel donnerons-nous la priorité? C’est là, comme nous l’avons déjà dit, une question que nous laissons au temps et à des investigations plus complètes à décider. La science arrivera-t-elle jamais, d’ailleurs, à préciser l’âge du monde? Ce à quoi nous nous intéressons davantage en ce moment, c’est aux l’origines de la civilisation dont on retrouve des vestiges si considérables dans les antiques traditions de l’Amérique. Nous parlons surtout de cette civilisation matérielle, aux constructions gigantesques, dont Babylone en Asie, Thèbes et Memphis en Égypte, étaient l’expression; de cette civilisation, «de cette puissante organisation de la force, de ce despotisme où le roi usurpait la place de Dieu[302],» telle que nous la voyons dans les débris des sociétés antiques, d’un bout à l’autre du continent américain.

Dans cette communauté d’idées, de culte et de cosmogonies que nous avons montrée entre l’Amérique, l’Égypte et la Phénicie, il y a surtout une chose qui nous a frappé et que nous n’avons point hésité un instant à faire remarquer tout d’abord, c’est l’embarras où se montrent la plupart des philologues et des historiens pour assigner un berceau aux peuples qui étaient en possession de cette civilisation étonnante et que rien, ni leurs langues, ni leurs institutions, ne rattachent aux autres populations de l’Asie. Si, comme l’avance M. d’Eckstein[303], les Cares sont d’origine couschite, si aux Cares se rattachent en Asie, les Lydiens, les Léléges, les Cauniens, les Chaldéens, les Cephènes, etc., et de l’autre, en Afrique, les Égyptiens et les populations libyennes, il faudra bien admettre que si le premier berceau de Cousch, en tant qu’origine première, est en Asie, son berceau comme père de tant de nations, de langues et d’institutions analogues, aurait bien des chances de se retrouver un jour en Amérique. C’est de ce continent que «les Cariens, dont l’origine est un des problèmes les plus importants et les plus obscurs de l’ethnographie ancienne[304],» ont rayonné sur tous les points du globe, et bien que M. Renan assure que «la question d’une intrusion de races de «l’Occident parmi les Sémites ne peut être agitée qu’à propos des Philistins[305],» nous croyons avoir présenté déjà suffisamment de preuves tendant à établir le contraire.

«Le caractère de l’ancienne civilisation assyrienne[306], qui se rapproche parfois de celle de l’Égypte,» nous rappelle les paroles de Diodore de Sicile, qui dit positivement que Bélus était «fils de Neptune et de Libya; il conduisit des colons à Babylone, et, établi sur les rives de l’Euphrate, il institua des prêtres qui étaient, comme ceux de l’Égypte, exempts d’impôt et de toute charge publique.» Diodore ajoute encore[307], ce qui est très-significatif: «les Babyloniens les appellent Chaldéens.» Or on sait que Bélus et Nemrod sont des personnages identiques, et «le Livre de Daniel distingue expressément la langue des Chaldéens de la langue vulgaire de Babylone, (la sémitique sans doute), et nous présente l’étude de la littérature des Chaldéens comme un privilége de la classe noble, une sorte d’enseignement réservé, qui se donnait dans une école du palais[308].»

Ainsi les Chaldéens, les maîtres de Babylone, cette race de prêtres étrangers, devenue la noblesse du pays, était bien d’origine libyenne et occidentale, et, ce qui est plus significatif, sortie de l’Atlantique, ainsi que l’indique le nom de Neptune. M. Renan va achever de les identifier: «A une époque également anté-historique, dit-il, nous rencontrons sur le Tigre et le bas Euphrate une race qui paraît étrangère aux Sémites, les Couschites, représentés dans les souvenirs des Hébreux par le personnage de Nemrod[309], et dont le nom se retrouve peut-être dans celui des ‏כּותׅים‎ ou Cuthéens, des Κίσσιοι d’Hérodote, des Κοσσαῖοι et du Kouzistan actuel. Tout porte à croire qu’identiques aux Céphènes, auxquels la tradition grecque attribuait la fondation du premier empire chaldéen, ils procédèrent du sud au nord et se portèrent de la Susiane et de la Babylonie vers l’Assyrie. Babylone, Ninive, plusieurs des grands centres de population groupés autour de Ninive et que les explorations récentes viennent de rendre à la lumière, durent à ces peuples leur première fondation. Le caractère grandiose des constructions babyloniennes et ninivites, le développement scientifique de la Chaldée, les rapports incontestables de la civilisation assyrienne avec celle de l’Égypte, auraient leur cause dans cette première assise de peuples matérialistes, constructeurs, auxquels le monde entier doit, avec le système métrique, les plus anciennes connaissances qui tiennent à l’astronomie, aux mathématiques et à l’industrie.

»Ces conjectures sont, du reste, en accord avec les travaux de M. Oppert sur les inscriptions babyloniennes et avec les recherches de M. Fresnel sur les langues de l’Arabie méridionale. Tous deux sont persuadés que la langue des inscriptions babyloniennes est un dialecte sémitique analogue au dialecte du pays de Mahrah, situé au nord-est d’Hadramant. Or le dialecte du pays de Mahrah semble représenter un reste de l’ancienne langue de Cousch. M. Fresnel conclut de là que c’est en Arabie qu’il faut aller chercher le point de départ des Couschites de Nemrod[310].»

Mais nous avons déjà vu, avec Diodore, que c’est de la côte libyenne, et comme colonie de l’Égypte et non de l’Arabie, que Nemrod et les Chaldéens sont allés à Babylone. Pourquoi s’étonner après cela qu’on trouve entre les langues sémitiques et l’égyptien, ainsi que les autres langues d’origine couschite, des analogies quelquefois si marquées? le contraire serait presque un prodige, après le long séjour des Hébreux en Égypte, où les Béni-Israël eurent tout le temps d’oublier leur propre langue; après la certitude que nous avons acquise de la parenté des populations couschites avec les Égyptiens, avec Cham, après les nombreuses alliances de celui-ci avec les fils de Sem, en Égypte ou ailleurs. Ajoutons encore ici, pour en finir avec nos emprunts à M. Renan, que «cette redoutable organisation militaire, cette vaste féodalité qui faisait tout aboutir à un même centre, cette science du gouvernement,» représentant si bien l’esprit de la race couschite, se trouvaient encore dans toute leur force dans les empires du Mexique, du Cundinamarca et du Pérou, au moment même de la conquête espagnole. Tout ce que cet écrivain dit de Ninive, où «nous trouvons, dit-il[311], un grand développement de civilisation proprement dite, une royauté absolue, des arts plastiques et mécaniques très-avancés, une architecture colossale, un culte mythologique qui semble empreint d’idées iraniennes, la tendance à envisager la personne du roi comme une divinité, un grand esprit de conquête et de centralisation,» tout cela existait dans l’empire des Incas, comme au Michoacan et à Mexico, lorsque les conquérants espagnols apparurent sur les côtes de l’Amérique.

§ XVIII.

Résultats de ces recherches. Décadence d’une civilisation et d’une navigation antiques. Les Phéniciens en héritent, puis les Carthaginois. Souvenirs affaiblis des anciennes connaissances maritimes. L’Amérique dans Diodore de Sicile, etc.

Maintenant une dernière question reste à faire au sujet de tous ces peuples, soit de ceux qui existaient sur le continent américain, soit de ceux qu’on trouve si intimement liés avec eux, en Europe, en Afrique et en Asie. A quelle époque se séparèrent-ils, quand cessèrent les relations qui paraissent avoir relié autrefois, presque comme aujourd’hui, toutes les nations du monde? Ainsi que nous l’avons vu, au commencement de ce récit, on ne peut en attribuer l’interruption qu’à ces catastrophes immenses antérieures à tous les souvenirs précis de l’histoire, et qui nous reportent évidemment aux époques diluviennes, dont parlent les différentes traditions de la terre. C’est à quoi semble faire allusion également le nom de Phaleg ou Peleg, un des descendants de Sem, suivant la Bible, et qui signifie, ajoute l’Écriture, que ce fut de son temps que la terre fut divisée[312]. Mais c’est là une question trop ardue et sur laquelle nous ne nous appesantirons pas: notre tâche était de chercher à relier les deux mondes en comparant les traditions qui de part et d’autre ont conservé le souvenir d’antiques communications. Nous l’avons tenté; le lecteur dira si nous avons réussi[313], et si nous avons apporté suffisamment de preuves pour justifier le titre de cet essai.

À la suite de toutes les recherches que nous avons faites, dans ce dessein, nous ajouterons que ce qui semblerait résulter des documents variés que nous avons eus sous les yeux, ce serait l’idée vague d’une doctrine analogue au dogme chrétien de la déchéance, qu’on trouve répandue surtout dans les traditions mexicaines[314] et qui s’expliquerait ici par la décadence d’une immense civilisation primitive dont on ne connaît jusqu’à présent, quant à l’Amérique, que des souvenirs et des traditions, mais dont l’Égypte ainsi que l’Assyrie auraient été peut-être les reflets dans l’ancien monde. Ce qui paraît hors de doute, c’est qu’à dater du cataclysme, cause de la grande séparation des peuples, les connaissances humaines se seraient trouvées partout abaissées sur la terre, dans l’ordre matériel, aussi bien que dans l’ordre moral. De là paraissent dater, ainsi que nous l’avons observé précédemment, la plupart des systèmes idolâtriques, fondés sur les terreurs de l’homme au sortir du cataclysme, et organisés par un petit nombre de prêtres, instruits de la science antique, dans le but d’établir leur puissance sur les sociétés renaissantes. Avec la décadence de la civilisation s’arrêtèrent également ces étonnantes navigations où les Cares avaient pris une si large part: le souvenir même tendit à s’en effacer de siècle en siècle parmi les nations, et l’on oublia presque qu’il y avait un autre continent, opposé à l’Europe et à l’Afrique. À l’exception des indices mystérieux que nous trouvons des voyages des Phéniciens et des Carthaginois entre l’Afrique et l’Amérique tropicale, en dehors des invasions partielles entreprises par le nord de la Scandinavie à l’Islande et de là aux côtes septentrionales de l’Amérique, antérieurement, peut-être, et postérieurement à l’ère chrétienne, on ignore s’il a existé, par l’Atlantique, quelque communication avec le continent occidental, jusqu’au jour où le génie de Colomb est venu renouer les deux mondes.

Cette décadence de la navigation, cette interruption qui se produit insensiblement dans les relations entre les deux continents, cet oubli de l’occident ou plutôt l’obscurcissement des idées à cet égard, seraient encore l’objet de plus d’une question intéressante. On ne saurait encore s’expliquer ces choses que par des cataclysmes partiels et consécutifs, brisant l’un après l’autre des nœuds antiques, en faisant descendre de nouvelles portions de terre au fond des mers; par des bouleversements terribles dans les continents ou des émigrations de peuples, fuyant dans l’épouvante leur patrie déchirée par les convulsions de la nature, comme celles qui obligèrent les tribus du nord de l’Asie à descendre vers l’Inde, qui de Céphène alors devint Arya[315]. Sans doute les nations échappées au cataclysme atlantique, du côté de l’Orient, durent penser d’abord que c’en était fait à jamais de toutes les terres occidentales, et ce fut apparemment un hasard heureux, comme celui dont parle Diodore,[316] à propos de la grande île découverte par les Phéniciens, qui leur fit reconnaître que tout n’avait pas été englouti par les flots, au delà de l’Océan.

Quelles que soient, d’ailleurs, les causes de la décadence de la navigation antique, il n’en demeure pas moins établi que les peuples qui nous apparaissent aujourd’hui comme les principaux navigateurs, dans les siècles passés, étaient les peuples de la race de Cham et en particulier les Cares. Des Cares, cette science passa aux Phéniciens et aux Étrusques: mais déjà elle avait perdu de son caractère d’universalité. En prenant tour à tour les rares fragments conservés dans les écrits des anciens, on la voit décliner avec les notions des terres transatlantiques, qui deviennent de siècle en siècle plus vagues et plus obscures. Les Phéniciens, craignant sans doute qu’on ne leur enlevât le monopole du commerce de l’Occident, en dérobaient, autant que possible, la connaissance aux autres nations, et l’Égypte, qui devait être mieux qu’aucune d’elles instruite de l’existence de l’Amérique, se taisait par orgueil national ou par esprit de secte, ne disant que ce que ses prêtres voulaient qu’on sût, afin d’empêcher les Grecs, trop curieux et trop bavards, d’approfondir ses origines.

«Dès les temps homériques, dit Humboldt[317], les Hellènes avaient la croyance que des pays riches et fertiles étaient situés vers le couchant; mais leur connaissance précise du bassin méditerranéen ne s’étendait pas alors au delà du méridien de la Grande-Syrte et de la Sicile. Toute la partie occidentale de ce bassin, depuis longtemps parcourue par les Phéniciens, ne fut connue aux Hellènes que depuis le voyage de Colœus de Samos, dont Hérodote a reconnu l’importance[318].» Leur horizon géographique s’agrandit peu à peu, de la mer Égée au méridien des Syrtes, de là aux colonnes d’Hercule et hors du détroit, avec Hannon vers le sud, avec Pythéas vers le nord[319]. A l’ouest, les Carthaginois suivaient en Amérique les traces des Cares, auxquels ils avaient succédé. Diodore nous l’apprend dans les termes les plus clairs. Déjà le récit de Platon nous a fait connaître ce qu’on savait de l’Atlantide; ceux de Plutarque et de Théopompe sur le grand continent Cronien ou transatlantique ne laissent presque rien à désirer, si on les compare à la description du Groenland et de l’Amérique du nord[320]. Voici maintenant en quels termes Diodore décrit l’Amérique méridionale:

«Après avoir parlé des îles situées en deçà des colonnes d’Hercule, nous allons décrire celles qui sont dans l’Océan. Du côté de la Libye, on trouve une île dans la haute mer, d’une étendue considérable, et située dans l’Océan. Elle est éloignée de la Libye de plusieurs journées de navigation, et située à l’occident. Son sol est fertile, montagneux, peu plat et d’une grande beauté. Cette île est arrosée par des fleuves navigables. On y voit de nombreux jardins plantés de toutes sortes d’arbres, et des vergers traversés par des sources d’eau douce. On y trouve des maisons de campagne somptueusement construites et dont les parterres sont ornés de berceaux couverts de fleurs. C’est là que les habitants passent la saison d’été, jouissant voluptueusement des biens que la campagne leur fournit en abondance. La région montagneuse est couverte de bois épais et d’arbres fruitiers de toutes espèces; le séjour dans les montagnes est embelli par des vallons et de nombreuses sources. En un mot, toute l’île est bien arrosée d’eaux douces qui contribuent, non-seulement aux plaisirs des habitants, mais encore à leur santé et à leur force. La chasse leur fournit nombre d’animaux divers et leur procure des repas succulents et somptueux. La mer, qui baigne cette île, renferme une multitude de poissons, car l’Océan est naturellement très-poissonneux. Enfin l’air y est si tempéré, que les fruits des arbres et d’autres produits y croissent en abondance pendant la plus grande partie de l’année. En un mot, cette île est si belle qu’elle paraît plutôt le séjour heureux de quelques dieux que celui des hommes[321].

»Jadis cette île était inconnue à cause de son grand éloignement du continent, et voici comment elle fut découverte: les Phéniciens exerçaient de toute antiquité un commerce maritime fort étendu; ils établirent un grand nombre de colonies dans la Libye et dans les pays occidentaux de l’Europe. Leurs entreprises leur réussissaient à souhait, et, ayant acquis de grandes richesses, ils tentèrent de naviguer au delà des colonnes d’Hercule, sur la mer qu’on appelle l’Océan. Ils fondèrent d’abord sur le continent, près des colonnes d’Hercule, dans une presqu’île de l’Europe, une ville qu’ils nommèrent Gadira. Ils y firent toutes les constructions convenables à cet emplacement. Ils y élevèrent un temple magnifique consacré à Hercule et instituèrent de pompeux sacrifices d’après les rites phéniciens. Ce temple est encore de nos jours en grande vénération. Beaucoup de Romains célèbres par leurs exploits y ont accompli les vœux qu’ils avaient faits à Hercule pour le succès de leurs entreprises. Les Phéniciens avaient donc mis à la voile pour explorer, comme nous l’avons dit, le littoral situé en dehors des colonnes d’Hercule, et, pendant qu’ils longeaient la côte de la Libye, ils furent jetés par des vents violents fort loin dans l’Océan. Battus par la tempête pendant beaucoup de jours, ils abordèrent enfin dans l’île dont nous avons parlé. Ayant pris connaissance de la richesse du sol, ils communiquèrent leur découverte à tout le monde[322]. C’est pourquoi les Tyrrhéniens, puissants en mer, voulaient aussi y envoyer une colonie; mais ils en furent empêchés par les Carthaginois. Ces derniers craignaient d’un côté qu’un trop grand nombre de leurs concitoyens, attirés par la beauté de cette île, ne désertassent leur patrie. D’un autre côté, ils la regardaient comme un asile où ils pourraient se retirer dans le cas où il arriverait quelque malheur à Carthage[323]. Car ils espéraient qu’étant maîtres de la mer, ils pourraient se transporter, avec toutes leurs familles, dans cette île qui serait ignorée de leurs vainqueurs.»

Un passage, presque en tout semblable, mais beaucoup moins détaillé, existe dans le pseudo-Aristote, qui attribue la découverte de l’île aux Carthaginois, que Diodore ne nomme qu’après avoir parlé des Phéniciens et de la volonté des Tyrrhéniens d’y fonder une colonie. Le faux Aristote ajoute que ce fut la crainte de voir les colons secouer la dépendance et nuire ainsi au commerce de la mère-patrie, qui engagea le Sénat à sévir, en portant peine de mort contre quiconque serait tenté de naviguer de nouveau dans cette île[324]. Le savant auteur de la géographie d’Aristote, Konigsmann, conjecture que le philosophe de Stagire, en parlant des anciens traités de commerce conclus entre les Carthaginois et les Tyrrhéniens, a voulu désigner le traité romain dont Polybe nous a conservé la traduction[325]; mais Diodore, dans le passage en discussion, fait sans doute allusion à une époque beaucoup plus ancienne. Beckmann, commentateur des Mirabiles Auscultationes, a discuté, de son côté, l’opinion des philologues qui ont cru reconnaître le Brésil ou d’autres parties de l’Amérique dans ces deux passages. Wesseling, après avoir traité ces interprétations de très-douteuses, finit pourtant par ajouter qu’on pourrait y trouver des indices de l’Amérique, comme ayant été plus ou moins connue des Carthaginois.

Après avoir discuté avec sa sagacité accoutumée les opinions diverses qui se sont produites de son temps pour identifier la situation de l’île, décrite par Diodore, l’auteur de l’Histoire de la géographie du Nouveau Continent ajoute: «Il est impossible, je pense, de s’arrêter à une localité déterminée au milieu de tant de descriptions incertaines. La tradition est ancienne, car le trait «de l’asile offert dans le cas d’un renversement de fortune, ou de la chute de Carthage,» n’appartient qu’à Diodore, et pourrait bien être un ornement oratoire, ajouté après la destruction de la cité de Didon. Ce même asile s’offrit, du moins en espérance, à Sertorius[326], lorsqu’à l’embouchure du Bœtis, il vit entrer un navire revenant «de deux îles atlantiques qu’on croyait éloignées de dix mille stades.» Les Récits Merveilleux, qui sont la seule source à laquelle nous pouvons remonter, ont été compilés, pour le moins[327] avant la fin de la première guerre punique, car ils nous dépeignent la Sardaigne tyrannisée par les Carthaginois. Le mystère dont ceux-ci avaient intérêt d’envelopper leurs navigations lointaines, ne permet que de vagues conjectures.»

C’est dans cet ouvrage et dans d’autres du même genre, aujourd’hui perdus, mais dont les traces se trouvent dans la plupart des classiques anciens, que les Grecs et les Romains curieux puisaient les renseignements qu’ils désiraient sur cette matière intéressante[328]. Mais ces renseignements, bien que vagues souvent, présentent encore assez d’indices pour nous faire douter quelquefois si les Romains eux-mêmes, à la suite des Étrusques et des Carthaginois, ne connurent pas, par leur expérience personnelle, ce continent enveloppé de tant de fables et d’obscurités. On peut néanmoins s’imaginer qu’en général les philosophes et les curieux se contentaient de discuter scientifiquement sur ces questions, sans en aborder le côté pratique, ni se soucier des intérêts immenses qu’une connaissance plus approfondie de ces contrées aurait pu faire surgir et favoriser. Privées des ressources de l’imprimerie qui a tant aidé à la diffusion des lumières, surtout depuis la découverte de Colomb, les populations s’inquiétaient sans doute fort peu de ces régions lointaines abandonnées au monopole de quelques marchands; et il devait en être alors du commerce extérieur de l’Atlantique à peu près comme il en fut pour les nations européennes au moyen âge, relativement au commerce des Vénitiens dans l’Inde.

FIN DE L’INTRODUCTION.

NOTES

RELATION DES CHOSES DE YUCATAN TIRÉE DES ÉCRITS DU PÈRE DIEGO DE LANDA de l’ordre de Saint François. MDLXVI.

Notes in this chapter

Note 1 · Macar, composé de ma, mot dont ils usent dans le sens de vieux, ancien, et aussi comme une parole d’amour,—et de car, poisson et femme mondaNote 2 · Ymox se traduit encore par espadon, sorte de monstre marin, dans le Vocabulaire de la langue quichée.Note 3 · Voir la note précédente.—Du mot car, quiché, se dérivent une foule de mots servant à indiquer l’obscénité, la prostitution, etc. plus ou moiNote 4 · Castellanos, Elegias de varones ilustres de Indias, en la Bibl. de Autores esp. Madrid, 1847. Part. II, canto 3ᵉ, page 533. Ce nom est répétNote 5 · Piedrahita, Hist. gén. de las conquistas del nuevo Reyno de Granada, lib. III, cap. 1.—Julian, La Perla de la América, prov. de Santa-Marta,Note 6 · Melcarth, en supprimant le th final, a encore un sens analogue dans le quiché: mel, parole d’amour, signifie ma chérie, etc. et car, poissonNote 7 · Anton. August. Dialog. VIII. Monet. 9, fol. 323.Note 8 · Eckstein. Sur les sources de la cosmog., etc. pag. 153.Note 9 · Cod. Mex. Tell. Rem.Note 10 · Ibid.—Fabregat, Exposizione del Cod. Borgia, MS. de macoll.Note 11 · Cod. Mex. Tell. Rem. fol. 17. verso.—«L’homme, le Tchâkchuschah, issu du fleuve de l’Oxus, et d’origine fluviale, y invente une science, uneNote 12 · Stephens, Incidents of travel in Yucatan, vol. I, page 302.—Voir aussi les photographies de M. Charnay et son ouvrage Cités et ruines américNote 13 · Popol Vuh, Livre Sacré, etc. page 7. Les mots qo pa ha zaktetoh, être sur l’eau comme une lumière mouvante; dans le Popol Vuh nous traduisonNote 14 · Popol Vuh, Livre Sacré, etc. page 7.Note 15 · Ibid. pages 11, 12 et 13.Note 16 · Aglaophamus, vol. I, cap. v, pages 465-593, et Eckstein, Sur les sources de la Cosmogonie de Sanchoniathon, page 11.Note 17 · Histoire d’Égypte, part. I, page 3.Note 18 · De Iside et Oriside, page 444, 365.Note 19 · Champollion, Grammaire égyptienne ou principes généraux de l’Écriture sacrée égyptienne, Paris, 1836. Ch. II, n. 62, page 39.Note 20 · Salvolini, Analyse raisonnée, pag. 68, 69.Note 21 · Quetzal-cohuatl, l’oiseau quetzal et le serpent, ou le serpent aux plumes de quetzal; gucumatz ou guk-cumatz, serpent aux plumes (de quetzalNote 22 · Grammaire égyptienne, p. 110 et 118.Note 23 · Analyse raisonnée, page 196.Note 24 · Peyron, Dictionnaire de la langue copte, au mot Pan.—Goulianof, Archéologie égyptienne, tom. III, page 284 et suiv.Note 25 · E. de Rougé, Étude sur une stèle égyptienne, appartenant à la Bibliothèque impériale. Paris, 1858, p. 24-25.Note 26 · Panthéon égyptien, texte h. pl. 1 et 5.Note 27 · A. Maury, Histoire des religions de la Grèce antique, depuis leur origine jusqu’à leur plus parfaite constitution. Paris, 1857, tome I, pageNote 28 · Cod. Mex. Tell. Rem. fol. 15. v. «Pantecatl, marido de Mayaguel, que por otro nombre se dixo Cipactonal, que salio del diluvio.—Este PantecaNote 29 · Sahagun, Hist. gen. de las cosas de Nueva España, édit. Bustamante, Mexico, 1830, tom. III, lib. X, cap. XXIX, § 12. «Era muger la que comenNote 30 · Maya ou Maïa, nom antique d’une partie du Yucatan, paraît signifier aussi la terre, et le complément de son nom huel, oel ou el, est ce qui Note 31 · Panuco a dans Sahagun une tout autre étymologie; il fait venir ce nom de panoaia, débarquer, et dit que le lieu s’appelait anciennement PantNote 32 · «In altre provincie, dit le Conquérant anonyme, e particularemente in quella di Panuco adorano il membro, que portano gli huomini fra le gamNote 33 · Voir aussi à ce sujet Stephens, Incidents of travel in Yucatan, vol. I. Note en latin, dans l’appendice, page 434.Note 34 · Voir plus bas, Landa, pages 36 et 37.Note 35 · Aubin, Mémoire sur la peinture didactique, etc., page 43.Note 36 · Basseta, Vocabulario en lengua quiche, etc. MS de ma collection.Note 37 · Molina, Vocab. en lengua mexicana.—Ajoutons ici pour ce qui concerne l’explication du mot pan, en tant que hache, qu’une tradition antique dNote 38 · Centeotl ou Cinteotl, de centli, ou cintli, la gerbe de maïs. Voir Torquemada, Mon. Ind. lib. VI, cap. XXV.Note 39 · Cod. Mex. Vatic. ap. Rios, et Fabregat, Esposizione delle figure del Cod. Borgia, n. 19.—«Mammis multis et uberibus exstructa, dit Minutius.Note 40 · A. Maury, Histoire des religions de la Grèce antique, tome III, page 157.—Torquemada, loc. cit. lib. IX, cap. XXVI.Note 41 · Torquemada, loc. cit. lib. VIII, cap. v.Note 42 · Bunsen, Egypt’s place in universal history, vol. I, page 373.Note 43 · Voir à la suite de Landa, etc. l’Ecrit du frère Romain Pane, dans ce volume, pages 431-432.Note 44 · Catlin, Lettres and notes on the manners, customs and conditions of the North American Indians, vol. I, page 215.—Nous tenons de M. Catlin lNote 45 · Centeotl, composé de ce ou cen, un, et teotl, dieu, ou de centli, la gerbe de maïs et de teotl.Note 46 · A. Maury. Hist. des relig. de la Grèce antique, tom. I, pag. 108 et suiv.Note 47 · Voir Cogolludo, Hist. de Yucatan, lib. IV, cap. vi.—Hunab-ku, un ou unique dieu, a exactement le même sens que centeotl.Note 48 · A la suite de Landa, Relacion de las cosas de Yucatan, page 357 dans ce volume.Note 49 · Itzen pour tzen ou tzem, ou tzam, d’où Itzamna ou Zamna, comme on appelle indifféremment cette divinité.Note 50 · Bunsen, loc. cit. page 374.—Voir Landa dans ce volume, page 221. Dans le manuscrit original, ce nom est écrit tout d’une pièce. Nous avons fNote 51 · De Iside et Osiride, page 396.Note 52 · Champollion, l’Égypte sous les Pharaons, tom. I, page 217 et suiv.Note 53 · Cod. Mex. Tell. Rem, fol. 3. v.Note 54 · Motolinia, Hist. de los Indios de la Nueva-España, partie inédite, Manuscrit de don José Maria Andrade de Mexico.—Voir Landa, plus bas, pageNote 55 · Passalaqua, Catalogue raisonné des antiquités découvertes en Égypte, etc. page 168 (ad. XXVI). Des vases d’un genre analogue servaient au MeNote 56 · Calancha, Coronica moralisada, etc. lib. II, cap. x. Ces pénates sont appelés indifféremment canapa ou conopa, nom où l’on reconnaît celui dNote 57 · Voir Landa, page 207 et suiv.Note 58 · Bunsen, Egypt’s place in universal history, vol. I, page 514. Au nº 254 de la liste des signes hiéroglyphiques idéographiques, se trouve l’aNote 59 · Dans le Livre Sacré, le Sarigue apparaît d’abord comme un des quatre grands dieux, page 2. Il revient ensuite, page 167, dans une fiction foNote 60 · Utiu est l’animal appelé coyotl en nahuatl; c’est le chacal américain. Hun-ahpu-utiu, un Tireur de sarbacane au chacal, est le même que l’anNote 61 · Tziz ou zitz signifie l’épine, l’aiguille ou l’animal, que Ximenez traduit par pizote, le pitzotl mexicain, que Molina traduit à son tour paNote 62 · Rouleau de papyrus de M. Fontana, expliqué par M. de Hammer, page 11.—Codex Chimalpopoca, dans l’hist. des Soleils, MS de ma Coll.—Cadastre Note 63 · Cod. Mex. Tell.-Rem., fol. 4, V.Note 64 · Motolinia, Hist. antig. de los Indios, part. MS. Dans ce document, au lieu de cipactli il y a capactli, qui n’est peut-être qu’une erreur duNote 65 · Motolinia, ibid.Note 66 · Dans Herapollon, I, 69 et 70, le crocodile est le symbole du couchant et des ténèbres.Note 67 · Cod. Mex. Tell.-Rem., fol. 18, V.Note 68 · Ixcuina, au pluriel ixcuiname, dans la langue nahuatl; ainsi le donne le Cod. Mex. Letellier, et Sahagun (Hist. de las cosas de N. España, lNote 69 · Cod. Mex. Tell.-Rem., fol. 21, V.Note 70 · Sur les sources de la Cosmogonie de Sanchoniathon, page 101, 197.Note 71 · Cod. Mex. Tell.-Rem., p. 16, V.Note 72 · Panthéon égyptien, liv. IV, ch. 1, texte 3, page 2.Note 73 · Ibid., texte 3 a, page 1.Note 74 · Goulianof, Archéol. égyp., tom. III, p. 330.Note 75 · Ymox ou Ymix est le premier signe du calendrier, Yk est le second, et se traduit par souffle, vent, esprit.Note 76 · Goulianof, loc. cit.Note 77 · Panthéon égyp., 15 b.Note 78 · Ehecatl ou eecatl, se traduit viento, aire, dans Molina, Vocab. de la leng. Mex., etc.Note 79 · Goulianof, Archéol. égypt, tom. III, page 408.Note 80 · Religions de l’antiquité, considérées principalement dans leurs formes symboliques et mythologiques, pl. XXXVIII, n. 156. On voit au Musée éNote 81 · Egypt’s place in Univ. hist., vol. I, pag. 382.Note 82 · Popol Vuh, page 413.Note 83 · Histoire d’Égypte, etc., page 118.Note 84 · Les deux premiers dieux furent, d’après cette tradition, un homme appelé Xchel et une femme appelée Xlçamna, lesquels engendrèrent trois filNote 85 · Livre Sacré, deux. part., ch. I et XIV.Note 86 · Sahagun, Hist. gen. de las cosas de N. España, apend. del lib. III, cap. II.Note 87 · Dans l’Hist. des Soleils.—Torquemada rapporte une tradition analogue; mais celui qui va chercher les os de jade, s’appelle Xolotl (Mon. Ind.Note 88 · Eckstein, Sur les sources de la cosmogonie, etc., page 157.Note 89 · Loc. cit., page 234.Note 90 · N’est-ce pas là exactement ce qui se dit de Kukulcan et de Zamnà au Yucatan (Voir plus bas, Landa, pages 35 et 356 et note 2), de QuetzalcohNote 91 · Histoire générale et système comparé des langues sémitiques. Paris, 1864, liv. I, ch. II, page 60.Note 92 · Movers, Die Phônizier, tom. 1, pag. 471, etc.Note 93 · Biblioth. hist., lib. I, 28.Note 94 · Odyssée, I, 22-26, dans Eckstein, Sur les sources de la cosm. de Sanchoniathon, page 132.Note 95 · Iliade, I, 423-425; XIII, 204-206.Note 96 · Loc. cit., page 135.Note 97 · Hesiod., Theogon. 126-128. Eckstein, loc. cit. page 142.—Voir plus haut, page 24.Note 98 · Voir plus bas Ecrit du frère Romain, page 440 et suiv.—Eckstein, loc. cit. page 214. «Il s’agit, dans le dernier cas, d’une science du genreNote 99 · Voir plus bas Ecrit du frère Romain, page 433, etc.Note 100 · Cette île était la même que la Martinique. Voir dans la Coll. de Ramusio, Della historia dell’Indie, lib. II, cap. VIII, pag. 70, V.Note 101 · Voir plus bas, loc. cit. page 435.Note 102 · Indic., cap. XXII, ap. Eckstein, loc. cit. page 139.Note 103 · Voir plus bas, page 434.Note 104 · Voir plus bas, pages 435-436.—On sait déjà que la syphilis joue un rôle assez important dans les antiques traditions américaines. Voir le LiNote 105 · C’est probablement là l’étymologie du nom de Gua-Bonito. Voir au Vocab. haïtien, à la fin du volume.Note 106 · Ces noms ne sont pas moins intéressants que les précédents, à comparer avec ceux de l’ancien monde.Note 107 · Il y avait également une province de Naïrit ou Nayarit au Mexique, ainsi appelé du dieu principal qu’adoraient ses habitants. Elle était sitNote 108 · Sur les sources de la cosmog. de Sanchon., etc., page 226.Note 109 · Voir l’Ecrit du frère Romain, plus bas, page 436.Note 110 · «Repertæ etiam in Aiti mirabiles fodinæ, ex quibus aurum à Salomonis classe petitum Columbus judicavit. De illis in navigation. Columbi ita Note 111 · Description de la partie française de Saint-Domingue.Note 112 · E. Nau, Histoire des Caciques d’Haïti, Port-au-Prince, pages 49-50.Note 113 · Sur les sources de la cosmog. de Sanchoniathon, page 130.Note 114 · Sans compter les suivants: Abacachi ou Abacari, dans le territoire des Amazones; Abanos, tribu de la Nouvelle-Grenade; Abigira, Abipi, AbitaNote 115 · Montesinos, Memorias antiguas historiales del Peru, lib. I, cap. IX. MS. de ma Coll., tiré des Arch. de l’Acad. royale d’hist. de Madrid.—AlNote 116 · Voici ce que dit à ce sujet l’évêque de Panama, Piedrahita: «Oyo la voz (Ursua) que celebrada la riquezas del Tayrona, del cerro y valle en Note 117 · Julian, la Perla de la America, etc., part. I, disc. III, IV, VIII et part. II, disc. II.Note 118 · Relacion de lo que sucedio al Magnifico señor capitan Jorge Robledo en el descubrimiento que hizo de las provincias de Antiochia, etc. MS. dNote 119 · Piedrahita, Hist. de N. Granada, etc., lib. cap. XIV.—Julian, la Perla de la America, passim.—«Il est certain que les mathématiciens françaiNote 120 · «Parmi les arts que nous avons appris des Américains, ou que nous aurions pu en apprendre, nous rangerons celui de donner au cuivre une tremNote 121 · «Les académiciens français et espagnols en virent (des miroirs) chez les Guanches, et l’on ne sait pas s’ils sont de pierre naturelle ou de Note 122 · Alcedo dit quelque part que l’on trouvait le jade vert dans les mines d’argent (Dicc. geogr. hist.).Note 123 · Voir le Popol Vuh, introd., page XXII et suiv.Note 124 · Simon, Noticias de Tierra-firme, etc., part. II, not. IV, cap. IV.—Ternaux Compans, Essai sur l’ancien Cundinamarca, page 8.Note 125 · Simon, loc. cit.—Ternaux, ibid.—Piedrahita, Hist. de N. Granada, lib. I, part. I, cap. 3.Note 126 · Humboldt, Vues des Cordillères, etc., tome I, page 89.Note 127 · Simon, Noticias, etc., part. II, lib. IV, not. 4.Note 128 · La race nahuatl paraît s’être apparentée de bonne heure avec les Caras, avec lesquels elle s’identifie en bien des lieux.Note 129 · Herrera, Hist. gen. de las Ind. occid., decad. II, lib. I, cap. I, et lib. II, cap. XIV.Note 130 · «Su adoratorio (de los Musos) mas principal eran dos elevados peñascos en forma de hermosísimas columnas, llamadas Furatenas, ambas de piedrNote 131 · «Tuve en Santa-Marta el gusto de ver algunas alhagas de estos sepulcros... Eran dos columnitas de marmol blanco, pero con algunas manchas deNote 132 · La gravure des deux serpents enlacés du titre de ce volume, a été dessinée d’un anneau en pierre du Jeu de paume antique de Chichen-Itza, auNote 133 · Cab, dans le quiché, et kab, dans le maya, signifie main, bras, dans son acception la plus ordinaire; de là cabir, verbe quiché, et kabul, mNote 134 · Castellanos, Varones ilustres de Indias, etc., part. II, canto 3, pag. 533.Note 135 · Sur la côte de terre-ferme de la Nouvelle-Grenade. Il n’est pas jusqu’au Mississippi qui ne présentât autrefois un souvenir du même genre, dNote 136 · Eckstein, Sur les sources de la cosm. de Sanchoniathon, page 118.Note 137 · À l’exception du nom de Macar, dont le nom subsiste en tant de lieux, il n’est resté dans la tradition rien de bien clair sur les divinités Note 138 · Calancha, Hist. mor. del Peru, etc., lib. II, cap. XIX.Note 139 · Ritos de los naturales del Peru, Memoria escrita por los Augustinos de la misma provincia. MS. des Archives de l’Acad. roy. d’hist. de MadriNote 140 · Ces mots gua-chemin, semblent tout à fait d’origine haïtienne: gua, ce, il, le, et chemin, la divinité, etc.Note 141 · Porcon était une ville considérable, suivant le même document, avec un temple immense dédié à Apocatequil, et de vastes logements pour les pNote 142 · Guacat paraît un nom d’origine nahuatl, aussi bien que la fable de la fronde, qui rappelle, avec ses divers autres détails, l’histoire de HuNote 143 · Santa, orthographié quelquefois Sancta et que nous trouvons écrit Santapor, dans Calancha, loc. cit. lib. II, cap. VIII. C’était une ville eNote 144 · Calancha, Hist. moral. del Peru, lib. II, cap. XII.Note 145 · Au Mexique, c’étaient des chiens roux qu’il fallait.Note 146 · Renan, Hist. gén. des langues sémitiques, liv. I, ch. III, page 33.Note 147 · Des Cares ou Cariens de l’antiquité, IIᵉ part. passim.Note 148 · Renan, loc. cit., page 49.Note 149 · Id. ibid., page 53.Note 150 · Renan, ibid. ut sup., page 34.Note 151 · Biblioth. hist., lib. I, 28.Note 152 · Renan, loc. cit., page 65.Note 153 · Nemrod est un nom dont l’étymologie se trouve également fort satisfaisante dans le quiché: Nim, grand, fort, et rut, bruit, effort violent, Note 154 · Id. ibid., pages 60-61.Note 155 · Ibid., page 62.Note 156 · C’est au sens d’un déchirement matériel des diverses contrées de la terre, à la suite d’une catastrophe physique, cause ainsi d’une séparatiNote 157 · À propos de ces recherches, quelques amis nous ayant témoigné la crainte qu’elles ne vinssent à se trouver en opposition avec la Bible, au sNote 158 · C’est ce qu’exprimé encore le Codex Letellier, à propos d’Itzpapalotl, le Papillon aux couteaux d’obsidienne, donnée comme la même qu’IxcuinNote 159 · Eckstein, Sur les sources de la cosmogonie de Sanchoniathon, pages 216-217 et 227.Note 160 · Biblioth. hist., lib. V, 19-20.Note 161 · Essai sur l’hist. de la géogr. du N. Continent, tome I, page 34.Note 162 · Hist., lib. IV, cap. CLII, ed. Steph., 1618, pag. 273. Voss, en se fondant sur l’époque de la colonisation de Cyrène, place l’expédition de Note 163 · Un travail moderne d’un grand intérêt archéologique et géographique a prouvé que le Thulé, où aborda Pythéas, et qu’il décrit, ne peut être Note 164 · Voir le Popol Vuh, introd., page XCIX et suiv.Note 165 · «Quelle est cette île, dit le savant annotateur de notre traduction de Diodore; quelle est cette île dont parle ici Diodore? Est-ce l’AtlantNote 166 · Ceci peut être légèrement exagéré: les Phéniciens n’étaient pas si bavards.Note 167 · Dans le discours que Quetzalcohuatl adresse à ses compagnons, en les laissant, il semble faire allusion à l’idée émise ici par Diodore. Cf. Note 168 · Aristot., De Mirab. Auscult., cap. LXXXIV, pag. 836. Bœkk.Note 169 · Letronne, dans le Journal des Savants, février-mai 1825, p. 236.Note 170 · Plutar., In vita Sertor., cap. VIII.—Sallust., Fragm., 489.Note 171 · Mannert, Geogr. der Alten, part. I, pag. 44, 77.Note 172 · Voici, entre autres passages curieux, celui où Silène raconte à Midas (Ælian. III, Histor.): «Europam, Asiam, Lybiam, insulas Oceano circumf
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