ESQUISSE D’UNE GRAMMAIRE DE LA LANGUE MAYA D’APRÈS CELLES DE BELTRAN ET DE RUZ.
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A l’époque de la découverte du continent américain, le maya était la langue unique de toute la péninsule yucatèque et d’une partie des régions voisines, comprises actuellement sous le nom de Peten et de Lacandon, ainsi que des cantons fertiles arrosés par les nombreuses embouchures de l’Uzumacinta et du Tabasco. A cette langue se rattachaient différents dialectes: d’un côté, c’étaient le mopan, le peten et le chol, qui paraissent s’en être éloignés beaucoup, depuis lors; de l’autre, le tzendal, le zotzil et le mam, alliés également de fort près autrefois, mais qui s’annoncent plutôt comme un trait d’union entre les trois autres et le groupe quiché-guatémalien. Au rapport de Landa, l’Adelantado Montejo fut un des premiers qui eût travaillé à acquérir quelque connaissance de la langue des Mayas, afin, dit-il, de pouvoir converser avec eux. Les Franciscains, à qui était échue l’œuvre de la conversion du Yucatan, ne tardèrent pas à suivre son exemple, et celui qui s’appliqua tout d’abord à enseigner leurs enfants fut le Français Jacques de Testera, frère d’un chambellan de François Iᵉʳ, que les Espagnols chassèrent du Yucatan, à cause du zèle avec lequel il défendait les indigènes de leurs excès.
A la suite de la seconde expédition de Montejo, d’autres franciscains furent envoyés à Campêche et à Merida, où ils travaillèrent avec ardeur à se rendre maîtres des premiers éléments de la langue. Celui qui obtint le plus de succès fut le Père Luis de Villalpando, qui commença à l’apprendre d’abord, ajoute ici Landa, par signes et à l’aide de petites pierres, à la manière de ceux dont parle Torquemada[1]. La grammaire qu’il composa sur le plan des grammaires latines de son temps, augmentée et perfectionnée par Landa, aurait été publiée au rapport de Pinelo; mais, si elle existe, les exemplaires en sont aujourd’hui perdus. Quoi qu’il en soit, cet ouvrage servit de base à plusieurs autres du même genre: telles furent les grammaires du Père Julian de Quartes, de Juan Coronel, de Juan de Azevedo, de Francisco Gabriel de San-Bonaventura et de Pedro Beltran de Santa-Rosa-Maria[2]; mais, à l’exception des ouvrages de ces deux derniers, on ne connaît rien aujourd’hui d’imprimé à ce sujet jusqu’à la grammaire publiée par le Père Joaquin Ruz, en 1844[3].
Le Père Pedro Beltran, parlant de la langue maya, dit, dans la préface, qu’elle est «gracieuse dans la diction, élégante dans les périodes et concise dans le style; capable d’exprimer souvent, dans un petit nombre de mots et de syllabes, le sens de plusieurs phrases. Si le disciple, ajoute-t-il, surmonte une fois la difficulté que présente au premier abord la prononciation de quelques consonnes extrêmement gutturales, il n’éprouvera guère d’embarras ensuite, pour se mettre au courant de la langue.»
DE L’ALPHABET.
L’alphabet de la langue maya manque des lettres d, f, g, j, q, r, s, v; mais elle en a d’autres, en revanche, que nous n’avons pas dans le français, deux, entre autres, où l’on trouve jusqu’à un certain point le son du d, du j et du z; tels sont le ɔ (c renversé), qui doit se prononcer dz, et le çh, que les livres modernes du Yucatan représentent avec un h barré ou croisé par le haut, mais que nous rendons ici par un ç pour plus de commodité. Autant qu’il nous est possible de nous en rendre compte, le son de ces deux lettres doit se rendre à peu près comme dj; mais elles se présentent rarement et dans un petit nombre de mots, où elles ne paraissent être qu’une variété du ch ordinaire de l’espagnol, qui se prononce tch.
La lettre c est dure indifféremment devant toutes les voyelles, autant que le k ou le q français; ainsi cimil, la mort, se prononce kimil. La lettre h est toujours aspirée avant ou après les voyelles, comme le j ou jota en espagnol[4]. I, devant une autre voyelle, prend le son de notre y, commun dans les ouvrages modernes, mais qui, d’ordinaire, est remplacé par deux ii dans les plus anciens, ou ij. K, différent du nôtre, a un son guttural que l’usage seul peut enseigner. Le pp est beaucoup plus fort que le p simple; il est, ainsi que le th, représenté dans les anciens ouvrages par tt ou double t; car il est de la classe des lettres américaines qu’on appelle détonnantes, le th maya n’ayant aucune analogie avec le th anglais. U est toujours prononcé ou, se modifiant légèrement en w devant une autre voyelle. La lettre x représente le son du ch français (en anglais sh), et le z a pour ainsi dire le son de notre s dur.
On peut remarquer, en règle générale, que les voyelles ont deux sons: l’un ordinaire, comme celui que nous connaissons, et l’autre nasal, que l’usage seul peut apprendre à distinguer du premier.
DE L’ARTICLE.
Les noms, dans la langue maya, sont indéclinables comme en français; les cas sont formés par des prépositions, suivies ordinairement d’un article qui détermine le sujet. Ces articles sont u, qui détermine la possession. Ex.: U hol pop, le chef de la natte, ou le maître d’orchestre; u luum Mayabob, la terre des Mayas. Les véritables articles sont le, leti, letile.
Singulier masculin et féminin.
N. Leti uinic, l’homme; le xçhup, la femme.
G. Ti uinic, de l’homme; ti le xçhup, de la femme.
D. Ti uaix, ulial lelile uinic, à ou pour l’homme.
Ac. Ti le uinic, l’homme.
V. Uinicé, o uinicé, ô homme[5].
Ab. Ti, y ou yetel, etc. uinic, de, dans, avec, etc., l’homme.
Les mêmes articles et les mêmes prépositions s’emploient pour le pluriel comme pour le singulier et pour les trois genres. Au singulier, le neutre prend quelquefois l’article lo au lieu de le ou leti, et quant au pluriel, il se distingue par l’adjonction de la particule ob, ainsi qu’on le verra dans les noms.
DES NOMS SUBSTANTIFS ET ADJECTIF.
Le nom, en général, a deux formes, sous lesquelles il se présente, abstraite, comme che, bois ou arbre, kaz, mauvais, uinic, homme. Pour les déterminer, on leur ajoute l’affixe el ou il; ainsi, che fait cheil, le bois de quelqu’un ou de quelque chose; kaz fait kazil, la méchanceté ou le mal; uinic devient uinicil, l’humanité et aussi le corps de l’homme. Yum, père, et ná, mère, paraissent faire exception à cette règle: ainsi, un fils dira: In yum, mon père; a ná, ta mère, yumbil et náil devant être pris, au contraire, dans un sens moins déterminé. C’est pourquoi on dit dans le Symbole: In u-oczic-uol ti Dios yumbil, je crois en Dieu le Père.
Quoiqu’il y ait quelquefois de la différence entre les noms de personnes et ceux des animaux ou des êtres inanimés, cette différence est fort peu sensible. La particule pronominale ah ou simplement ’h s’affixe pour exprimer le masculin, et ix ou x pour le féminin[6]. Ex.: Ɔon, qui est la racine du verbe ɔonah, chasser, fait ’hɔon ou ahɔon, le chasseur, et ’xɔon, la chasseresse. Ces préfixes se placent également devant les adjectifs lorsque ceux-ci, avec le substantif auquel ils sont joints, servent à exprimer la qualité ou l’attribut de quelque personne. Ainsi, nohoch étant l’adjectif grand et ná la maison, on dirait:
Ah ou ’hnohoch ná, celui ou le maître de la grande maison.
Ix ou ’xnohoch ná, celle ou la maîtresse de la grande maison.
Dans les anciennes grammaires, le préfixe xibil désigne ordinairement le mâle parmi les animaux, et çhupul la femelle[7].
Le pluriel, dans les noms, se forme par l’addition de la particule ob au singulier. Ex.: Zayab, fontaine, zayabob, des fontaines[8]. On verra plus loin de quelle manière se forme le pluriel dans les pronoms.
L’adjectif est, comme le substantif, indéclinable. Lorsqu’il qualifie le substantif, il doit toujours le précéder et c’est une corruption espagnole que de le mettre à la suite des mots qu’il qualifie, comme on le voit dans quelques ouvrages modernes[9]. Dans les ouvrages anciens, quelquefois il se présente dans sa simplicité, comme par exemple: Utz uinic, homme bon; mais le plus souvent, il se complète pour se déterminer avec les affixes al, el, il, ol, ul, qui varient quelquefois avec la voyelle radicale. Ex.: Utzul xçhupal, bonne fille. Un autre affixe déterminatif qu’on trouve dans les ouvrages anciens est la particule en. Ex.: Kuyen uincob, hommes saints.
Entre les adjectifs, il y en a qui dérivent des verbes et sont terminés en nac; pour former le pluriel, ils changent leurs deux dernières syllabes en lac: ainsi, banacnac fait banlac; kinicnac fait kinlac, etc.
Lorsque l’adjectif précède immédiatement le nom qu’il qualifie, ce dernier seul prend le signe du pluriel. Ex.: Kazil batabob, de méchants seigneurs. Le contraire est une corruption tout à fait moderne[10].
DES DEGRÉS DE COMPARAISON.
Le comparatif s’exprime de différentes manières: au moyen de l’adjectif déterminé en il, précédé de l’article possessif u, souvent changé aujourd’hui en i ou y devant les voyelles. Ex.: U lobol Pedro cexma Luiz, Pierre est plus méchant que Louis (mot à mot: sa méchanceté de Pierre et non de Louis).
Les adverbes azab, paynum, hach, etc., s’emploient dans un sens analogue. Ex.: Azab ou paynum utz (et non yutzul) Pedro cexma Juan, Pierre (est) meilleur que Jean. On dit aussi: Utz Juan paynum yokol Pedro, Jean (est) fort bon au-dessus de Pierre. Aujourd’hui que la langue a subi quelque légère altération, on dit très-bien: Pedro lay hach kaz ema Juan, littéralement: Pierre est fort bon que non Jean. On dira de la même manière: Antonio lay com zakol ema Luiz, Antoine est moins industrieux que non Louis.
Pour former le superlatif, on emploie les mots hach, tipáan, beaucoup, très, fort. Ex.: Lob, mauvais; hach lob, très-mauvais, etc.
Les prépositions tial, oklal, men, menel, par, pour, à; ti, etel, yetel, etum, avec; ti, t’, dans, sont souvent unies aux noms ou pronoms; mais, dans ce dernier cas, ils viennent après les pronoms.
DU PRONOM.
Les auteurs anciens partageaient en quatre classes distinctes les pronoms, qui tous servaient à conjuguer les verbes. Il faut observer seulement, que ceux des deux dernières classes du tableau suivant sont employés également unis aux noms, comme pronoms possessifs, mais qu’ils ne vont jamais seuls ou comme pronoms absolument.
1ʳᵉ CLASSE. 2ᵉ CLASSE. 3ᵉ CLASSE. 4ᵉ CLASSE.
Sing. Plur. Sing. Plur. Sing. Plur. Sing. Plur.
1ʳᵉ pers. ten. tu on, toon. en. on. in. ca. u. ca.
2ᵉ — tech. teex. ech. ex. a. a ex. au. a uex.
3ᵉ — lay. loob. laylo. ob. u. u ob. y. y ob.
Les pronoms de la troisième et de la quatrième catégories, qu’on s’en serve, soit dans les conjugaisons, soit comme pronoms possessifs, ont toujours le même emploi; la seule différence à observer, c’est que ceux de la troisième catégorie ne servent que lorsque le mot auquel ils se joignent, nom ou verbe, commence par une consonne, et ceux de la quatrième, lorsque le mot commence par une voyelle.
On remarquera également que la seconde et la troisième personnes du troisième et du quatrième pronoms forment leur pluriel, en ajoutant ex ou ob au singulier; unis à un verbe ou à un nom, ces signes suivent toujours le nom ou le verbe. Quand ils servent de pronoms possessifs, les pronoms radicaux a, u, devant une consonne, au, y, devant une voyelle, se séparent des signes du pluriel ex et ob, qui se mettent toujours après le nom. Si ce nom lui-même est au pluriel, ayant par conséquent la terminaison ob, le pronom possessif change ob en loob, comme celui de la première catégorie.
EXEMPLE.
in çhac, mon lit. in çhacob, mes lits. u al, ma fille.
a çhac, ton lit. a çhacob, tes lits. au al, ta fille.
u çhac, son lit. u çhacob, ses lits. y’al, sa fille.
ca çhac, notre lit. ca çhacob, nos lits. ca al (c’al), notre fille.
a çhac-ex, votre lit. a çhacob-ex, vos lits. au al-ex, votre fille.
u çhac-ob, leur lit. u çhacob-loob, leurs lits. y’al-ob, leur fille.
Dans les grammaires modernes de la langue maya, on trouve pour pronoms de la première personne, au pluriel, c’toon, c’toneex, nous; de la seconde, téex, teexé, vous, pour le masculin; xtoon, xtoneex, nous; xteex, vous, au féminin. Au lieu de la troisième personne du singulier lay, on trouve plus fréquemment leti, letile, il, xleti, elle; letioob, ils, xletioob, elles.
Cú est un pronom de la troisième personne pour tous les genres et tous les nombres dans les verbes réfléchis. Le pronom réfléchi se forme en ajoutant ba aux pronoms de la troisième catégorie: inba, moi-même; aba, toi-même; uba, lui-même; caba, nous-mêmes, etc. Ce pronom s’ajoute dans la conjugaison de tous les verbes réfléchis. Ex.: Cimzah, tuer; cimzahba, se tuer.[11]
Ajoutons ici, en passant, que les pronoms possessifs de la troisième et de la quatrième catégories s’unissent aux prépositions, citées plus haut, de la manière suivante: In-tial, par ou pour moi; a-tial, par ou pour toi; u-tial, par ou pour lui; u-oklal, sur moi; au-oklal, sur toi, etc.
Dans les grammaires modernes, on trouve aussi: In-tilil, pour mon ou le mien; a-tial, pour ton ou le tien; u-tilil, son ou le sien; in-tiil, le mien. Tous ces pronoms possessifs suivent la variation des genres et des nombres comme les précédents, à très-peu de différence près.
En fait de pronoms relatifs, nous trouvons ca, mac, maax, qui, quoi, lequel, ce qui, etc., maxaob au pluriel; maxtiil, dont, de qui; xmaac, maaclo, de qui; xmaxtiil, desquelles, au féminin, etc.
Entre les pronoms interrogatifs et d’admiration: Baax? maax? maac? qui? quoi? Ex.: Maax bin ú tucule? Qui le penserait?—Bic numia! Quel ennui!—Pronoms disjonctifs: Bic ú chaic hunppel ɔon, chacun prend une arme.—Ca hancech ema hancech, que vous mangiez ou non.
Pronoms indéfinis: Uamac, quelqu’un; mixmac, personne; uamax, qui que ce soit; cexmac, quoi que ce soit; cexma-calmac, quelque sorte; mixbaal, rien; yaab, beaucoup; ɔeɔec, peu; heɔani, un tel, certain, etc.
DU VERBE.
Les grammairiens primitifs de la langue maya admettent quatre conjugaisons; mais il est aisé de reconnaître qu’il n’y a de différence réelle qu’entre les verbes intransitifs ou neutres et les verbes transitifs ou actifs. Les variations qu’on y observe, d’ailleurs, se rapportent soit aux différents pronoms qui les suivent ou les précèdent, soit aux particules qui distinguent les différents temps. L’insuffisance des documents que nous avons entre les mains ne nous permet malheureusement pas de juger exactement des conditions de cette langue; nous n’y découvrons pas, jusqu’à présent, cette richesse et cette élégance de formes que nous avons trouvées dans les verbes de la langue quichée, bien qu’il s’y trouve des analogies très-frappantes avec celle-ci et que nous signalerons à l’occasion.
Gallatin, interprétant la grammaire de Beltran, comprend dans la première conjugaison maya tous les verbes neutres ou intransitifs; les trois autres, selon lui, ne sont que des subdivisions du verbe actif ou transitif. Ces trois dernières conjugaisons ont précisément, dans tous leurs temps et modes, les mêmes pronoms; il n’y a d’autre différence entre eux que les particules, qui distinguent les temps simples: ces temps sont le présent, le prétérit et le futur simple de l’indicatif, l’impératif et le présent de l’infinitif.
Dans la première, le prétérit défini termine en i et le futur simple en nac; le présent et l’infinitif, à peu d’exceptions près, finissent en al, el, il, ol, ul, ajouté à la racine du verbe, particularité qui s’applique également aux verbes actifs, quand ils deviennent absolus ou intransitifs, c’est-à-dire quand l’action ne passe pas du sujet à un objet quelconque. C’est pourquoi Beltran dit que tous les verbes des trois dernières conjugaisons peuvent, au besoin, être conjugués comme s’ils appartenaient à la première.
Ainsi uen, racine du verbe neutre dormir, fait uenel; kam, racine du verbe actif kamah, recevoir, fait kamal, etc. Mais ce que ni les auteurs qui ont traité de cette langue, ni Gallatin, ne se sont expliqué, c’est que les terminaisons en l indiquent tout simplement un participe présent, absolument semblable à celui qui existe dans le quiché et dans plusieurs autres langues de l’Amérique centrale[12]. Ce qui rend cette remarque plus sensible ici, c’est que le verbe nacal, se lever, cité comme exemple dans Beltran, est, ainsi que tous les autres verbes neutres, suivi de la particule cah, qui n’est autre qu’un verbe substantif être inusité[13]. Ex.: Uenel in cah représente exactement ces mots: Dormant je suis. Dans la grammaire moderne de Ruz, il y a: Ten in binel, je vais; mot-à-mot: actuellement, moi allant. Cette observation s’applique à tous les verbes actifs dans leur mode absolu ou intransitif. Je pourrais dire ainsi du verbe hantaal, manger. Ex.: Ten hantic in uail, je mange mon pain. Mais si je veux exprimer d’une manière absolue que je mange, sans dire quoi, je dis: Hanal in cah, mangeant je suis.
La seconde conjugaison comprendrait tous les verbes transitifs de plus d’une syllabe, dont l’infinitif et le présent sont terminés en z et le prétérit en ah, comme cambez, cambezah. Dans la troisième seraient renfermés tous les verbes transitifs monosyllabiques formant leur prétérit en ajoutant ah, comme kaam, recevoir, kamah, et le futur en e ou en ab, indistinctement, kamé ou kamab. Enfin, dans la quatrième, tous ceux de plus d’une syllabe qui ne terminent pas en z. Norman[14] ajoute ici, d’après Beltran, que ces verbes forment leur prétérit en tah, sans rien y changer, lorsque l’infinitif est en tah et que le futur se forme par l’addition de té. Ex.: Tzolthan, interpréter, fait au prétérit tzolthantah et au futur tzolthanté.
Dans la grammaire moderne de Ruz, en dehors des verbes auxiliaires laytál, être, et yantál, avoir, on trouve le verbe divisé en trois conjugaisons: la première, dont l’infinitif termine en al, comme yacuntáal, aimer; la seconde en el, comme binel, aller, et la troisième en ic, comme zahtic, craindre[15]. Mais ces trois divisions sont également illusoires et sans objet. Autant qu’il nous est possible d’en juger, le verbe actif ne saurait avoir d’autre division régulière que celle que nous venons d’exposer d’après Beltran et que nous allons reproduire dans les tableaux ci-joints, suivis des verbes yantál, avoir, et de laytál, être, d’après la grammaire de Ruz.
TABLE PREMIÈRE.
Exemple des temps simples de la première et de la deuxième conjugaison.
INFINITIF.
Première conjugaison. Deuxième conjugaison.
Sing. 1ʳᵉ pers. nacal in cah. ten cambezic.
2ᵉ — nacal a cah. tech cambezic.
3ᵉ — nacal u cah. lay cambezic.
Plur. 1ʳᵉ — nacal ca cah. toon cambezic.
2ᵉ — nacal a cah-ex. teex cambezic.
3ᵉ — nacal u cah-ob. loob cambezic.
PRÉTÉRIT DÉFINI.
Sing. 1ʳᵉ pers. nac-en. in cambezah.
2ᵉ — nac-ech. a cambezah.
3ᵉ — nac-i. u cambezah.
Plur. 1ʳᵉ — nac-on. ca cambezah.
2ᵉ — nac-ex. a cambezah-ex.
3ᵉ — nac-ob. u cambezah-ob[16].
FUTUR SIMPLE.
Sing. 1ʳᵉ pers. bin nacac-en. bin in cambez.
2ᵉ — bin nacac-ech. bin a cambez.
3ᵉ — bin nacac. bin u cambez.
Plur. 1ʳᵉ — bin nacac-on. bin ca cambez.
2ᵉ — bin nacac-ex. bin a cambez-ex.
3ᵉ — bin nacac-ob. bin u cambez-ob.
IMPÉRATIF.
Sing. 2ᵉ pers. nacen. cambez.
3ᵉ — nacac. u cambez.
Plur. 2ᵉ — nacen-ex. cambez-ex.
3ᵉ — nacac. u cambez-ob.
La troisième conjugaison, dans Beltran, ne diffère de la seconde que par l’addition de la lettre e à la racine du verbe, au futur simple, et dans les temps qui en sont dérivés. Dans la quatrième conjugaison, les particules tic, tah et te se substituent au présent, au prétérit et au futur simple, aux finales ic, ah, e, de la troisième.
Dans l’ensemble des quatre conjugaisons, les temps simples, pas plus que les temps composés, ne varient autrement dans chaque temps en particulier que par les personnes et les signes du pluriel dans les pronoms; la seule exception est que, dans la troisième personne singulière du prétérit de la première conjugaison, dans le plus-que-parfait et le futur composé, le pronom est omis, et qu’un i est ajouté comme finale au verbe, comme nac, naci[17].
La seconde et la troisième personnes plurielles de la troisième classe des pronoms sont aex, uob: observons que chaque fois que ces pronoms se présentent dans les conjugaisons, les signes du pluriel ex, ob se détachent des pronoms a, u, qui restent devant le verbe, et ex et ob se placent à la fin des mots. Le trait d’union que nous y avons mis dans le tableau ci-dessus, n’est là que pour distinguer les pronoms et les particules des temps du corps et des inflexions du verbe.
TABLE DEUXIÈME (D’APRÈS BELTRAN).
Le tableau suivant indique, d’après Beltran, la première personne de chaque temps simple ou composé de l’indicatif et du subjonctif; la troisième du prétérit défini, la seconde et la troisième de l’impératif.
Première conjugaison. Deuxième conjugaison.
Indicatif présent. nacal in cah. ten cambezic.
Imparfait. nacal in cah cuchi. ten cambezic-cuchi.
1ʳᵉ pers. Prétérit. nac-en. in cambezah.
3ᵉ — — nac-i. u cambezah.
Plus-que-parfait. nac-en ili cuchi. in cambezah ili-cuchi.
Futur simple. bin nacac-en. bin in cambez.
Futur composé. nac-en ili cochom. in cambezah ili-cochom.
2ᵉ pers. sing. Impér. nac-en. cambez.
3ᵉ — — nacac. u cambez.
Subjonctif présent. ten nacac-en. ten in cambez.
Imparfait. hi nacac-en. hihuil in cambez.
Prétérit. hihuil nacac-en cuchi. hihuil in cambez cuchi.
Plus-que-parfait. hi nacac-en ili cuchi. hihuil in cambezili cuchi.
Futur. hi nacac-en ili cochom. hihuil in cambez cochom.
Infinitif. nacal, se lever. cambez, instruire.
Troisième conjugaison. Quatrième conjugaison.
Indicatif présent. ten tzicic. ten yacuntic.
Imparfait. ten tzicic-cuchi. ten yacuntic-cuchi.
1ʳᵉ pers. sing. Prét. in tzicah. in yacuntah.
3ᵉ — — u tzicah. u yacuntah.
Plus-que-parfait. in tzicah ili-cuchi. in yacuntah ili-cuchi.
Futur simple. bin in tzice. bin in yacunte.
Futur composé. in tzicah ili-cochom. in yacuntah ili-cochom.
2ᵉ pers. sing. Impér. tzice. yacunte.
3ᵉ — — u tzice. u yacunte.
Subjonctif présent. ten in tzice. ten in yacunte.
Imparfait. hihuil in tzice. hihuil in yacunte.
Prétérit. hihuil in tzice cuchi. hihuil in yacunte cuchi.
Plus-que-parfait. hihuil in tzice ili cuchi. hihuil in yacunte ili cuchi.
Futur. hihuil in tzice cochom. hihuil in yacunte cochom.
Infinitif. tzice, obéir. yacunte, aimer.
DU VERBE MODERNE.
Avant de continuer l’examen de la grammaire de Beltran, nous ajouterons ici, pour l’instruction du lecteur, les verbes auxiliaires yantál, avoir, et laytál, être, dont Gallatin ne parle pas, et que nous donnerons en entier d’après la grammaire moderne de Ruz: nous y joindrons ensuite un verbe actif conjugué d’après le même. Un simple coup d’œil sur ce tableau suffira ainsi pour juger de l’ensemble de la conjugaison maya et des modifications qu’un siècle d’intervalle a pu apporter à cette langue.
TABLE TROISIÈME.
INDICATIF PRÉSENT.
Ten yan, j’ai.
Tech yan, tu as.
Letilé yan, il a.
C’toon yan, nous avons.
Teex yan, vous avez.
Letileoob yan, ils ont.
Ten layen, je suis.
Tech layech, tu es.
Letilé lay, il est.
C’toon layoon, nous sommes.
Teex layeex, vous êtes.
Letileoob layoob, ils sont.
IMPARFAIT.
Ten yan cach, j’avais.
Tech yan cach, tu avais.
Letilé yan cach, il avait.
C’toon yan cach, nous avions.
Teex yan cach, vous aviez.
Letileoob yan cach, ils avaient.
Ten layen cach, j’étais.
Tech layech cach, tu étais.
Letilé lay cach, il était.
C’toon layoon cach, nous étions.
Teex layeex cach, vous étiez.
Letileoob layoob cach, ils étaient.
PRÉTÉRIT DÉFINI.
Ten yanhi ou in nahalma, j’eus.
Tech yanhi ou a nahalma, tu eus.
Letilé yanhi ou u nahalma, il eut.
C’toon yanhi ou c’nahalma, nous eûmes.
Téex yanhi ou a nahalmaex, vous eûtes.
Letiloob yanhi ou u nahalmahoob, ils eurent.
Ten hi ou hien ou layac heni, je fus ou j’ai été, etc.
Tech hiech ou layac-echi ou layac hiechi, tu fus.
Letilé layhi ou layhiac ou layac-hi, il fut.
C’toon layhioon ou layacoon-hi ou layac-hioni, nous fûmes.
Téex layhiéex ou layac-éex ou lay-hiéexi, vous fûtes.
Letileoob layhioob ou layac-hioob ou layacoob-hi, ils furent.
Nahalma paraît être un verbe absolument distinct du précédent, et d’une origine tout à fait différente.
PLUS-QUE-PARFAIT.
Ten yanhi cachi, j’avais eu.
Tech yanhi cachi, tu avais eu.
Letilé yanhi cachi, il avait eu.
C’toon yanhi cachi, nous avions eu.
Téex yanhi cachi, vous aviez eu.
Letileoob yanhi cachi, ils avaient eu.
Ten layhen cachi, j’avais été.
Tech layhech cachi, tu avais été.
Letilé layhi cachi, il avait été.
C’toon layhioon cachi, nous avions été.
Téex layhiéex cachi, vous aviez été.
Letileoob layhioob cachi, ils avaient été.
FUTUR PRÉSENT.
Ten bin yanac, j’aurai.
Tech bin yanac, tu auras.
Letilé bin yanac, il aura.
C’toon bin yanac, nous aurons.
Téex bin yanac, vous aurez.
Letileoob bin yanac, ils auront.
Ten bin layacen, je serai.
Tech bin layacech, tu seras.
Letilé bin layac, il sera.
C’toon bin layacoon, nous serons.
Téex bin layacéex, vous serez.
Letileoob bin layacoob, ils seront.
FUTUR PASSÉ.
Ten ɔoc u yantali, j’aurai eu[18].
Tech ɔoc u yantali, tu auras eu.
Letilé ɔoc u yantali, il aura eu.
C’toon ɔoc u yantali, nous aurons eu.
Téex ɔoc u yantali, vous aurez eu.
Letileoob ɔoc u yantali, ils auront eu.
Ten ɔoc in laytali, j’aurai été.
Tech ɔoc a laytali, tu auras été.
Letilé ɔoc u laytali, il aura été.
C’toon ɔoc laytalioon, nous aurons été.
Téex ɔoc laytaliéex, vous aurez été.
Letileoob ɔoc u laytalioob, ils auront été.
IMPÉRATIF.
(Comme auxiliaire, yantál n’a pas d’impératif.)
Layac-ech tech, sois.
Layac letile, qu’il soit.
Layacéex téex, soyez.
Layacoob letileoob, qu’ils soient.
SUBJONCTIF PRÉSENT.
Ten yanac, que j’aie.
Tech yanac, que tu aies.
Letilé yanac, qu’il ait.
C’toon yanac, que nous ayons.
Téex yanac, que vous ayez.
Letileoob yanac, qu’ils aient.
Ten layacen, que je sois.
Tech layacech, que tu sois.
Letilé layac, qu’il soit.
C’toon layacoon, que nous soyons.
Téex layacéex, que vous soyez.
Letileoob layacoob, qu’ils soient.
IMPARFAIT.
Ten yanaci ou ten yantalaci ou ten yantalaci tené, que j’eusse.
Tech yanaci ou tech yantalaci ou tech yantalaci teché, que tu eusses.
Letilé yanaci ou yantalaci ou yantalaci tié, qu’il eût.
C’toon yanacioon ou yantalacion ou yantalacioone, que nous eussions.
Téex yanaciéex, yantalaciéex, yantalaciéexi, que vous eussiez.
Letileoob yanacioob, yantalacioob, yantalacioobé, qu’ils eussent.
Ten layaci ou layacili ou layachiené, que je fusse.
Tech layaci ou layacili ou layachieché, que tu fusses.
Letilé layaci ou layacili ou layacihié, qu’il fût.
C’toon layacilioon ou layaciooné, que nous fussions.
Téex layaciéex, layaciliéex, layaciéexé, que vous fussiez.
Letileoob, layacioob, layacilioob, layacioobé, qu’ils fussent.
PRÉTÉRIT.
Ten ɔoci u yantal, que j’aie eu.
Tech ɔoci u yantal, que tu aies eu.
Letilé ɔoci u yantal, qu’il ait eu.
C’toon ɔoci u yantal, que nous ayons eu.
Téex ɔoci u yantal, que vous ayez eu.
Letileoob ɔoci u yantal, qu’ils aient eu.
Ten ɔooc layac hieni, que j’aie été.
Tech ɔooc layac hiechi, que tu aies été.
Letilé ɔooc layac hii, qu’il ait été.
C’toon ɔooc c’layac hiooni, que nous ayons été.
Téex ɔooc layac hiéexi, que vous ayez été.
Letileoob ɔooc layac hioobi, qu’ils aient été.
INFINITIF.
Yantal, avoir.
Ɔoc u yantal, avoir eu.
Bin yanac u yantal, pour ou à avoir.
Taan u yantal, ayant.
Yanhi, eu.
Laytal, être.
Layhi u yantal, avoir été.
Layhi, bin yanac ti u laytal, été pour ou à être.
Taan u laytal, étant.
Ɔoc u layhital, ayant été.
TABLE QUATRIÈME.
Verbe Zahtaal, radical Zah, craindre, faisant partie de la quatrième conjugaison dans l’ordre de Beltran.
PRÉSENT.
Ten in zahtic, je crains.
Tech a zahtic, tu crains.
Letilé u zahtic, il craint.
C’toon zahtic, nous craignons.
Téex a zahtic, vous craignez.
Letileoob u zahtic, ils craignent.
IMPARFAIT.
Ten in zahtic cach, je craignais.
Tech a zahtic cach, tu craignais.
Letilé u zahtic cach, il craignait.
C’toon c’zahtic cach, nous craignions.
Téex a zahtic cach, vous craigniez.
Letileoob u zahtic cach, ils craignaient.
PRÉTÉRIT DÉFINI.
Ten in zahtahma ou ten in zahtahi ou ten in yanhi in zahtic, je craignis ou j’ai craint.
Tech a zahtahma ou tech a zahtahi ou tech a yanhi a zahtic, tu craignis ou tu as craint.
Letilé u zahtahma ou letilé u zahtahi ou letilé u yanhi u zahtic, il craignît ou il a craint.
C’toon c’zahtahma ou c’toon c’zahtahi ou c’toon c’yanhi c’zahtic, nous craignîmes ou avons craint.
Teex a zahtahma ou teex a zahtahi ou teex a yanhi a zahtic, vous craignîtes ou avez craint.
Letileoob u zahtahma ou letileoob u zahtahi ou letileoob u yanhi u zahtic, ils craignirent ou ont craint.
PLUS-QUE-PARFAIT.
Ten in zahtahma cachi, j’avais craint.
Tech a zahtahma cachi, tu avais craint.
Letilé u zahtahma cachi, il avait craint.
C’toon c’zahtahma cachi, nous avions craint.
Teex a zahtahma cachi, vous aviez craint.
Letileoob u zahtahma cachi, ils avaient craint.
FUTUR SIMPLE.
Ten bin in zahte, je craindrai.
Tech bin a zahte, tu craindras.
Letilé bin u zahte, il craindra.
C’toon bin c’zahte, nous craindrons.
Teex bin a zahte, vous craindrez.
Letileoob bin u zahte, ils craindront.
FUTUR PASSÉ.
Ten ɔooc u yantal in zahtic, j’aurai craint.
Tech ɔooc a yantal a zahtic, tu auras craint.
Letilé ɔooc u yantal u zahtic, il aura craint.
C’toon ɔooc c’yantal c’zahtic, nous aurons craint.
Teex ɔooc a yantal a zahtic, vous aurez craint.
Letileoob ɔooc u yantal u zahtic, ils auront craint.
IMPÉRATIF.
Zahte tech, crains.
Zahte letile, qu’il craigne.
Zahteex teex, craignez.
U zahteoob letileoob, qu’ils craignent.
SUBJONCTIF PRÉSENT.
Ten in zahte, que je craigne.
Tech a zahte, que tu craignes.
Letile a zahte, qu’il craigne.
C’toon c’zahte, que nous craignions.
Teex a zahte, que vous craigniez.
Letileoob u zahte, qu’ils craignent.
IMPARFAIT.
Ten in zahtici ou ten in zahtahmai ou ten in zahticié, que je craignisse.
Tech a zahtici ou tech a zahtahmai ou tech a zahticié, que tu craignisses.
Letile u zahtici ou letile u zahtahmai ou letile u zahticié, qu’il craignît.
C’toon c’zahtici ou c’toon c’zahtahmai ou c’toon zahticié, que nous craignissions.
Teex a zahtici ou teex a zahtahmai ou teex a zahticié, que vous craignissiez.
Letileoob u zahtici ou letileoob u zahtahmai ou letileoob u zahticié, qu’ils craignissent.
PRÉTÉRIT.
Ten ɔooci in zahtic, que j’aie craint.
Tech ɔooci a zahtic, que tu aies craint.
Letile ɔooci u zahtic, qu’il ait craint.
C’toon ɔooci c’zahtic, que nous ayons craint.
Teex ɔooci a zahtic, que vous ayez craint.
Letileoob ɔooci u zahtic, qu’ils aient craint.
PLUS-QUE-PARFAIT.
Ten ɔocaan u yantal ou ten ɔocaan u yantali ou ten ɔocaan yanili in zahtic, que j’eusse craint.
Tech ɔocaan u yantal ou tech ɔocaan a yantali ou tech ɔocaan a yanili a zahtic, que tu eusses craint.
Letile ɔocaan u yantal ou letile ɔocaan u yantali ou letile ɔocaan u yanili u zahtic, qu’il eût craint.
C’toon ɔocaan c’yantal ou c’toon ɔocaan c’yantali ou c’toon ɔocaan c’yanili c’zahtic, que nous eussions craint.
Teex ɔocaan a yantal ou teex ɔocaan a yantali ou teex ɔocaan a yanili a zahtic, que vous eussiez craint.
Letileoob ɔocaan u yantal ou letileoob ɔocaan u yantali ou letileoob yanili u zahtic, qu’ils eussent craint.
Futur du subjonctif, ou conditionnel. Ua ten bin in zahte, si je craignais ou craindrais, etc. Le reste comme au futur simple, en préfixant ua à chaque personne.
Futur passé. Ua ten ɔooc u yantal u zahtic, si j’avais craint ou j’aurais, etc.
INFINITIF.
Présent: Zahtaal, craindre.—Passé: Ɔooc yantal u zahtic, avoir craint.—Futur: Bin yanac ti u zahtic, sur le point de craindre ou pour craindre.—Gérondif présent: Taan u zahtic, craignant[19].—Gérondif passé: Ɔocaan layhital u zahtic, ayant craint.
On a vu par l’examen de la table nº 2 des verbes, extraits de Beltran, que, dans toutes les conjugaisons, l’imparfait ne diffère du présent que par l’addition de la particule cuchi, devenu cach dans la grammaire moderne de Ruz (tables 3ᵉ et 4ᵉ). Le prétérit défini qui est toujours en ah dans Beltran, est changé en ahi ou ahma dans l’autre, qui présente en outre un passé du même verbe, précédé de l’auxiliaire avoir. Ex.: Ten in yanhi in zahtic, j’ai craint.
Le plus-que-parfait, dans les verbes anciens, ajoute au prétérit défini ili avec cuchi, et le futur passé ili cochom. Ex.: In tzicahili-cuchi, j’avais obéi; in tzicahili-cochom, j’aurai obéi. Le verbe moderne fait en se modifiant in tzicahma-cachi, pour le plus-que-parfait et au futur passé ten ɔooc u yantal u tzicic, c’est-à-dire qu’il se fait précéder d’une particule et d’un verbe auxiliaire.
Dans tous les verbes anciens et modernes, ce qui caractérise le futur simple, c’est la particule bin, qui n’est autre que le radical du verbe binel, et joue par conséquent le rôle d’un verbe auxiliaire. Ainsi quand on dit ten bin in yacunte, j’aimerai, c’est comme si l’on disait je vais aimer.
Des particules hi et hihuil, qui précèdent l’imparfait, le prétérit, le plus-que-parfait et le futur du subjonctif, on ne retrouve quelque chose que dans le prétérit yan-hi du verbe yantal, avoir[20].
Au présent du subjonctif, deux pronoms sont usités au lieu d’un: dans la première conjugaison de Beltran, le premier ten est placé avant le verbe, et le second en après. Dans les trois autres conjugaisons anciennes, comme aussi dans la conjugaison moderne, le premier et le second pronoms précèdent le verbe. Dans les autres modes et temps, les pronoms, dans les trois dernières conjugaisons, sont placés avant le verbe; ils le suivent dans la première. Dans les temps du présent et de l’imparfait, les pronoms de la première classe, ten, tech, etc., sont usités pour les trois dernières conjugaisons, et pour la première ce sont les pronoms de la troisième classe, in, a, u. Dans tous les autres temps, les pronoms de la seconde classe, en, ech, laylo, sont employés pour la première conjugaison, et les pronoms de la troisième classe dans les trois autres.[21]
«Beltran, ajoute ici Gallatin[22], n’assigne aucune raison qui explique la variation de ces divers pronoms.» Les grammaires anciennes sont probablement insuffisantes ou incomplètes, tout autant que les grammaires modernes; mais les explications que l’on ne trouve pas dans ces ouvrages, on peut par analogie les déduire des autres langues de l’Amérique centrale. En effet, si l’on prend, pour point de comparaison, le groupe des trois langues principales du Guatémala, on reconnaît immédiatement dans les pronoms du présent ten, tech, etc., le tin, ta, tu, du cakchiquel, composé de la particule ta ou tan, indiquant dans celle-ci l’actualité comme ta ou táan dans le maya; en ou in, ech et a, etc., pronoms possessifs dans l’origine, sont devenus personnels. Ainsi quand on dit ten cambezic, j’enseigne, en prenant le sens étymologique, on trouve actuellement: Mon enseigner ou enseignement. Cuchi, cach, cachi sont des variétés de formes pour exprimer le passé, dont le sens se retrouvera par l’étude plus approfondie de la langue, et la particule ah, pour le prétérit, y fait exactement l’office de x, ix ou xi dans le quiché et le cakchiquel, où ils ont une fonction toute diminutive.
DES VERBES IRRÉGULIERS.
Nous avons parlé plus haut (page 466) des verbes actifs ou transitifs, et de quelle manière on peut leur appliquer la règle des verbes neutres ou intransitifs. Mais il y a une autre règle, universelle à cet égard, c’est que la formation du prétérit et du futur d’un verbe transitif, changé en intransitif, diffère également, dans l’ancienne grammaire, de la formation usitée dans les verbes transitifs ou intransitifs, que nous avons fait connaître plus haut. Quoiqu’il y eût quelques variations, la règle générale était que les verbes transitifs, devenant intransitifs dans la première conjugaison, prenaient les pronoms usités dans ces derniers; mais la terminaison du prétérit, au lieu d’être simplement i, faisait nahi; et le futur faisait nac au lieu de cac. Ainsi tzicah au lieu de tzici, se change en tzicnahi, et au lieu de tzicac faisait tzicnac.
La même règle s’observait encore par rapport aux verbes composés. Ainsi çhahaa, porter de l’eau, faisait au prétérit çhahaanahi, il a porté de l’eau, et au futur bin çhahaanac, il portera de l’eau.
Comme exception à ces règles, nous citerons le verbe intransitif keluc, tuer, transpirer, dont l’infinitif et le présent ne se terminent pas par l, mais qui forme toutefois son prétérit en nahi et son futur en nac. Okol, pleurer, fait au prétérit oknahi, et futur bin okolnac.
Certains verbes se composent par l’addition de la particule hal ou hil à des noms, pronoms ou adverbes, signifiant alors l’identification de la chose avec une autre, ou avec une personne. Ainsi uinic fait uinic-hal, se faire ou devenir homme; hunppel, un, fait hunppelhol, s’unifier, se singulariser. Yaab, beaucoup, yábhal, multiplier, etc. Tous ces verbes forment leur prétérit et leur futur comme le verbe neutre, par exemple yan ou yantál, avoir. Ainsi uinac-hal, fait uinic-hi, il s’est fait homme, bin uinicac, il se fera homme. Cette particule hal qui ne paraît être qu’un ancien verbe avoir, ne serait-elle pas l’origine de la plupart des infinitifs des verbes se terminant en al? On trouve dans Ruz un certain nombre de verbes qui suivent les règles des verbes en hal, à peu près comme dans Beltran.
Entre autres verbes irréguliers, binel, aller fait au présent bin in cah, allant je suis: binen au présent et bixicen au futur, d’après Beltran. Suivant la grammaire de Ruz, il fait au futur ten he in binel, j’ai (à) aller, etc.
Suivant Beltran, cah aurait la signification d’agir ou de faire quelque chose, ce qui équivaut, après tout, à l’être, car qui agit existe: il se conjugue in cah, j’agis, a cah, tu agis, u cah, il agit, ca cah, a cahex, u cahob, nous, vous, ils, etc. A l’imparfait nous trouvons cahcuchi, il agissait, etc.
Certains verbes dont le radical est en ah ou en oh et le présent en al ou en ol, forment leur prétérit et leur futur de cette manière: Bohol prétérit bohlah, futur bohlé, etc.
Les verbes fréquentatifs se forment comme dans le quiché[23], en redoublant la première syllabe, comme lom, mouvoir ou frapper, lomlomah, frapper ou mouvoir souvent. Quelquefois aussi le redoublement indique un diminutif, comme chocou, chaud, qui fait chochocou, tiède, etc.
Lorsque le verbe se combine à la fois avec le nominatif et un pronom qui en est le régime, il n’y a pas de difficulté quant au régime de la première et de la seconde personne. Les pronoms de la seconde classe en, ech, au pluriel, on, ex, sont respectivement les régimes de ceux de la première classe; mais il paraîtrait, d’après Beltran, que ceux-ci sont suivis alors des pronoms de la seconde classe, précédés de la particule ca avec laquelle ils se composent. Ainsi avec le verbe moc, lier, nous avons pour la combinaison du premier et du second pronoms:
Ten cin (pour ca in) moc ech, je te lie ou je lie toi.
Tech ca (pour ca a) moc en, tu me lies.
Ten cin (pour ca in) moc ex, je vous lie.
Tech ca (pour ca a) moc on, tu nous lies.
A la troisième personne, le régime est souvent sous-entendu, bien qu’on le trouve exprimé quelquefois dans la finale du verbe terminant en c ou ic pour le singulier, et en ob pour le pluriel, le verbe dans sa forme active suffisant par lui-même pour annoncer le régime.
DU VERBE PASSIF.
D’après Beltran, la voix passive, pour la seconde et la troisième conjugaison, se forme en ajoutant abal ou tabal à la racine du verbe; cambez, enseigner, cambezabal être enseigné; yacun, aimer, yacuntabal, être aimé. Pour la troisième conjugaison, on ajoute simplement à la racine la lettre l, précédée de la voyelle radicale du verbe. Ex.: Tzic, obéir, tzicil, être obéi; tal, toucher, talal, être touché; mol, réunir, molol, être réuni. Cependant si le verbe se termine par une voyelle, on ajoute bal, comme ɔa, donner, ɔabal, être donné.
On peut observer au sujet de ces verbes, qu’ils rentrent tous ici dans la catégorie de ceux dont il est question dans la grammaire quichée, dont la terminaison en bal annonce l’instrument pour faire ou le lieu où se fait la chose. Ainsi par exemple si l’on dit en maya in molol, je suis réuni, c’est comme si l’on disait je la réunion ou ma réunion; a yacuntabal, tu es aimé, ou bien ton amour ou ton être aimé. Ex.: U cambezabal utial in yum, il est enseigné, instruit par mon père; mot à mot son instruction (est) à cause de ou par mon père.
Dans la grammaire de Ruz, le passif est formé exactement comme dans la langue française ou espagnole, etc., à l’aide de l’auxiliaire laytal, être. Ex.: Le nicteoob lay (ou layoob) chanoob tioklal le uinicil; les fleurs sont cueillies par le peuple.
La grammaire de Beltran ajoute que les verbes intransitifs de la première conjugaison ne peuvent d’aucune manière prendre la forme passive: ainsi naczabal, ou naczal, n’est pas le passif de nacal, se lever, mais de naczah, lever.
Ce que nous remarquons à notre tour au sujet de ce verbe, c’est qu’il révèle une particularité commune aux verbes des langues quichée, cakchiquèle et à plusieurs autres de l’Amérique centrale et du Mexique, que, ni Gallatin, ni Norman, ni Ruz ne paraissent avoir observée: c’est la faculté compulsive que nous trouvons dans le verbe naczah, actif, lever, qui n’est autre chose que le compulsif de nac ou nacal, se lever, ou faire qu’on se lève. Ainsi de cim ou cimi, mourir, on fait cimzah, faire mourir ou tuer, de tzic, obéir, tziczah, faire ou forcer à obéir, etc.[24].
Terminons cet abrégé par quelques observations rapides: les particules ca et he sont alternativement conjonction et pronoms relatifs. Ex.: Ma in kat ca a cambez, je ne veux pas que tu enseignes.—Ohelté he Pedro cimi, sache que Pierre est mort, etc.
Observons encore que la lettre t (probablement pour tin ou ten) est préposée d’ordinaire au prétérit de la première conjugaison pour le distinguer de l’impératif. Ex.: t’nacen, je me suis levé.
Le changement de l’i, dans certains verbe en ci, en modifie le sens de cette manière. Cimi in ná, ma mère est morte; cimci in ná, depuis que ma mère mourut.
Ten ci in ou ten cin était souvent substituée à in cah, je suis, dans les verbes neutres et dans ces verbes commençant par une voyelle, le pronom in pouvait être supprimé de cette manière: Ten cualic, je le dis.
Les syncopes, si fréquentes dans toutes les langues de l’Amérique centrale, se retrouvent encore ici fort nombreuses et fort variées. Ainsi ten tziccech pour ten tzicic ech; tzic a yum, pour tzice; cah pour ca h, ou ca ah, signe du masculin. Cambzic pour cambezic; tla pour tela; tucle pour tucule; zazcob pour zazacob, etc. Comme dans le quiché, avec lequel le maya a de si grandes analogies, on y substituait aussi le pronom u à in possessif devant une voyelle, et l’on disait ti u’otoch, à ma maison, au lieu de ti in ou tin otoch, etc.
Ces notions, quelque rapides qu’elles soient, suffiront avec les prières que nous joignons ici pour donner au lecteur une idée de la langue maya et lui permettre d’en faire la comparaison avec celles de l’Amérique centrale que nous lui avons déjà fait connaître: nous aurions étendu encore ces notions, si les éléments en eussent été à notre disposition. Avec le vocabulaire abrégé que nous faisons suivre, nous complétons notre travail sur le Yucatan, en attendant que des documents nouveaux ou une exploration dans cette péninsule si digne d’intérêt nous permette d’en dire davantage.
LES PRIÈRES EN MAYA ET EN FRANÇAIS D’APRÈS LE P. JOAQUIN RUZ.
LETI H C YUM.
Il c Yum, ca yanéech ti le caanoob, cilichcuntabac a kaba, talac ti c toon a ahauil, mentabac a uolah bay tile luum hebic ti le caan: leti c uah ti amalkinil c ɔatoon behelé, iix c zatez c toon c paxoob, bay hebic c toon c zaat-zicoob ti ahppaxoob c tooné: Iix ma a ppaticoon lubul ti tuntabul kaz, hebac tocoon ti lobil. Bay layac.
L’ORAISON DOMINICALE.
Notre Père qui es au ciel, que ton nom soit sanctifié, que ton règne nous arrive, que ta volonté soit faite sur la terre comme dans le ciel: donne-nous notre pain quotidien et pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés: Et ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du mal. Ainsi soit-il[25].
LETI TÉEZ DIOS MARIA.
Téez Dios Maria, chupech ti gracia, leti c Yumil lay a uicnal; cici-thanhanech ichil le xçhuplaloob: Iix u cici-thanbilil leti u ɔa-ich ti a nak Jesus. Cilich Maria, u na Dios okoltbanen tioklal c’toon ah-kebanoob behelé iix tile u orail ti cimilé. Bay layac.
LA SALUTATION ANGÉLIQUE.
Je te salue, Marie[26], pleine de grâce, le (notre) Seigneur est avec toi; bénie tu es entre toutes les femmes: Et béni le fruit de ton ventre, Jésus. Sainte Marie, mère de Dieu, prie pour nous, pécheurs, maintenant et à l’heure de la mort. Ainsi soit-il.
LETI IN UOCZICUOL TI DIOS.
In uoczicuol ti Dios Yumbil yuchucil-zinil, ah-zihzahul ti le caan iix ti le luuni, iix ti Jesu-Cristo, ú ppel mehen, h c Yum, ca hiçhnaktabhi tioklal u meihul ti le Espiritu-Santo. Iix zihi ti cilich zuhuy Maria: Tu manzah numia yalan ti le u yuchucil Poncio Pilato: zinlahi ti cruz, t’ cimi iix t’ muuci; t’ emi ti le metnaloob, iix ti yoxppel kinil caputcuxlahi ti ichil le cimenoob; t’ naci ti le caanoob iix yan culaan ti le u nooh Dios Yumbil yuchucil-zinil; tac tilo bin yanac u talel ti u çhaic nuucul cuxtal ti le cuxanoob, iix ti le cimenoob. Yn uoczicuol ti leti Espiritu-Santo, le cilich Iglesia catolica, le u etmalkam ti le santoob, leti u zahat-zahul ti le kebanoob, le caputcuxtal ti le bakel, iix le cuxtal maxulunté. Bay layac.
LE SYMBOLE DES APÔTRES.
Je crois en Dieu le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu (par l’œuvre) du Saint-Esprit et né de la (sainte) vierge Marie: Qui a souffert (éprouvé des souffrances) sous Ponce-Pilate: a été mis en croix, est mort, a été enseveli; est descendu aux enfers, et le troisième jour est ressuscité d’entre les morts; est monté aux cieux et est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, d’où il viendra juger (prononcer la sentence) les vivants et les morts. Je crois au Saint-Esprit, à la sainte Église catholique, la communion des saints, la rémision des péchés, la résurrection de la chair, la vie éternelle. Ainsi soit-il.
FIN DE LA GRAMMAIRE.