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Poèmes

ROME QUE JE N'AI POINT VISITÉE

Albert Savine translation

I

Le blé a passé du gris au rouge, depuis que pour la première fois mon esprit a fui les mornes cités du Nord, pour voler aux montagnes de l'Italie. Et maintenant je me retourne du côté du foyer domestique, car mon pèlerinage est tout à fait terminé, bien que, ce me semble, ce soleil, rouge comme le sang, m'indique la route qui mène à Rome la sainte. O Dame bénie, qui as sous ton empire les sept collines, ô Mère sans tache ni souillure, toi qui portes une triple couronne d'or, O Roma, Roma, je dépose à tes pieds ce vain tribut de mon chant, car, hélas! elle est rude et longue, la route qui conduit à la Voie sacrée.

II

Et pourtant, quelle joie ce serait pour moi que de tourner mes pas vers le Sud, après avoir suivi le Tibre jusqu'à son embouchure, de revenir m'agenouiller dans Fiésole et d'errer à travers l'épaisse forêt de pins, qui interrompt le cours de l'Arno aux reflets d'or, pour voir le brouillard empourpré et la lueur du matin sur les Apennins, en passant près de mainte maison enfouie parmi les vignes, près du verger, près du jardin d'oliviers gris, jusqu'à ce qu'enfin du haut de la route qui parcourt la morne Campagna, surgissent les sept collines qui portent le Dôme.

III

Pour moi, pèlerin des mers du Nord, quelle joie de me mettre tout seul à la recherche du temple merveilleux et du trône de Celui qui tient les clefs redoutables. Alors que tout brillants de pourpre et d'or, défilent et prêtres et saints cardinaux, et que porté au-dessus de toutes les têtes, arrive le doux pasteur du troupeau. Quelle joie de voir, avant que je meure, le seul roi qui soit oint par Dieu, et d'entendre les trompettes d'argent sonner triomphalement sur son passage. Ou lorsqu'à l'autel du sanctuaire, il élève le signe du mystérieux sacrifice et montre aux yeux mortels un Dieu sous le voile du pain et du vin.

IV

Car quels changements le temps n'amène-t-il pas? Les cycles des années qui reviennent peuvent délivrer mon coeur de ses craintes et apprendre à mes lèvres un chant qu'elles pussent chanter. Avant que dans ce champ de à-bas, l'or frémissant soit rassemblé en gerbes poudreuses, avant que les feuilles écarlates de l'automne voltigent comme des oiseaux pour tomber sur l'herbe, J'aurai peut-être parcouru la glorieuse carrière et saisi la torche encore flambante, et invoqué le nom sacré de Celui qui maintenant cache sa face.

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