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Poèmes

LA CHANSON D'ITYS

Albert Savine translation

La Tamise anglaise est bien plus sainte que Rome. Ces campanules, qui comme une montée soudaine de la mer, viennent envahir les bocages, avec, pour écume, la reine des prés et la blanche anémone pour tacheter les vagues bleues,—Dieu est ici plus manifeste que là où il se cache, dans l'étoile au coeur de cristal que porte un moine blême. Ces papillons aux reflets violets qui prennent pour tente ce lis à la teinte de crème, ce sont des monsignori, et là où s'agitent les roseaux, où un brochet paresseux se laisse flotter au soleil, les yeux à demi clos,—voici un vieil évêque mitre, in partibus. Regardez donc ces brillantes écailles toutes vert et or. Le vent, prisonnier qui s'agite sans repos dans les arbres, joue fort bien le Palestrina. On dirait que les doigts du puissant maestro sont posés sur les touches de l'orgue de Maria, et qu'ils y jouent, quand, aux premières heures d'un matin tout bleu de Pâques, le Pape, porté sur un brancard tout rouge comme le sang ou le crime, va de sa sombre demeure sur le balcon, au-dessus des portes de bronze, et, dominant la foule serrée sur la place, ou les fontaines elles-mêmes semblent dans leur extase jeter en l'air leurs lances d'argent, étend ses faibles mains vers l'Orient, vers l'Occident, envoie une vaine paix aux pays qui ne connaissent nulle paix, le repos aux nations qui ne connaissent pas le repos. Et ce rayonnement orangé qui s'attarde et semble vouloir taquiner la lune, n'est-il pas plus beau que les pompes les plus brillantes de Rome! Chose étrange! il y a un an, je me mis à genoux devant je ne sais quel cardinal en robe rouge, qui portait l'hostie à travers l'Esquilin!... et maintenant, ces vulgaires pavots parmi le blé me semblent deux fois aussi beaux. Ces champs de pois, d'un vert bleu, que voici là-bas, frissonnants de la dernière averse, émettent en cette fraîche soirée des parfums plus doux que ceux des encensoirs ornés de gemmes flamboyantes que balancent les jeunes diacres, lorsque le vieux prêtre ouvre le tabernacle voilé de rideaux, et donne à Dieu un corps fait avec le fruit banal du blé et de la vigne. Le pauvre frère Giovanni, qui braille à la messe, s'étonnerait certainement ici, car là-haut chante un petit oiseau brun, et à travers le long et frais gazon je vois cette gorge vibrante que j'entendis jadis sur les collines éclairées par les étoiles, dans l'Arcadie étoilée de fleurs, où le demi-cercle blanc de sable de la plage de Salamine rejoint la mer. Charmante est l'hirondelle qui babille sur les toits, à la pointe du jour, quand le faucheur aiguise la faux, quand gémissent les colombes, et que la laitière, quittant son petit lit solitaire, va légère, et chantonnant, vers le troupeau aux graves mugissements, qui attend, et avance par-dessus les portes de la cour, ses vastes mufles débordants d'écume. Et ils sont charmants les houblons sur les plaines du Kent, et doux est le vent qui agite le foin fraîchement coupé, et doux sont les essaims capricieux des bourdonnantes abeilles, et douce est la génisse qui souffle dans l'écurie, et les figues vertes près d'éclater, qui pendent par-dessus le mur de briques rouges. Et il est doux d'entendre le coucou railler le printemps, alors que les dernières violettes flânent encore près de la source, et il est doux d'entendre le berger Daphnis chanter la chanson de Linus dans quelque vallon ensoleillé de la chaude Arcadie où le blé est de l'or, où les moissonneurs aux membres légers et sveltes dansent près du troupeau enfermé dans le parc. Et il est doux d'entendre à côté de la jeune Lycoris dans quelque lointaine vallée de l'Illyrie, et sous une voûte de feuillage sur un tapis d'amaracus, nous pourrions, nous aussi, perdre dans l'extase un jour d'été, et nous divertir à qui sera le plus habile sur le chalumeau, pendant que bien loin au-dessous de nous, s'irrite la pourpre troublée de la mer. Mais combien ce serait plus doux si le pied chaussé de sandales d'argent de quelque Dieu longtemps caché venait jamais fouler les prairies de Nuneham; si jamais Faune portant à ses lèvres la flûte de roseau pouvait lever la tête près des vertes flaques d'eau! Ah! il serait doux, en effet, de voir le céleste berger appeler à la pâture son troupeau à la blanche toison. Aussi, chante donc pour moi, musicien harmonieux, quoique tu ne chantes, après tout, que ton propre requiem. Dis-moi ton récit, infortuné chroniqueur, conte-moi tes tragédies. Ne dédaigne point ces retraites nouvelles pour toi, cette campagne anglaise, car notre île du Nord peut donner de quoi faire bien des belles couronnes, que ne connaissent point les prairies grecques; plus d'une rose telle que vainement un adolescent la chercherait pendant tout un jour, dans les vallons d'Eolie, croît en masses touffues sur nos haies, comme une insouciante courtisane prodigue de sa beauté; et aussi des lis tels que jamais n'en réfléchit l'Ilissus étoilent nos ruisseaux, et des nielles bleues ponctuent le froment vert, et bien qu'elles soient pour les hirondelles un avertissement de se diriger vers le Sud, elles ne déploieraient jamais leurs pavillons d'azur parmi les vignes grecques. Et même cette petite herbe en haillons rouges, qui invite le rouge-gorge à pépier, serait une étrangère en Arcadie, et plus d'une élégie restée muette dort dans les roseaux qui frangent notre sinueuse Tamise, et qui la réveillerait, donnerait un enchantement plus doux que celui qui fit pleurer Syrinx, et par ici se cachent des orchidées brunes semées d'abeilles, assez belles pour faire un diadème au front de Cythérée, et que Cythérée ne connaît point, et là-bas tout près de ce taureau qui paît, il est une mignonne asphodèle jaune; le papillon peut l'apercevoir de loin, bien que la rosée d'un seul soir d'été suffise à remplir deux fois sa petite coupe, avant que l'étoile ait rappelé le berger paresseux à son parc, et sans être prodigue, chaque pétale est semé de taches d'or comme si l'opulente maîtresse de Jupiter, Danaé, sortie toute brûlante encore de ses bras dorés, s'était penchée pour baiser les pétales tremblants, ou comme si le jeune Mercure, qui rase de son vol le gué sombre de Dis, les avait frôlés tout récemment d'une plume de ses ailes; la tige svelte qui porte la charge de ses soleils est à peine plus épaisse que le fil de la Vierge, ou que la tapisserie argentée de la pauvre Arachné. Les hommes disent qu'elle s'épanouit sur le tombeau d'un être auquel je rendis jadis un culte, mais à moi elle semble me rappeler des souvenirs plus divins d'ombrages héliconiens hantés des Faunes et de mers bleues aimées des nymphes d'une vallée inconnue a Tempé, où Narcisse s'étend sur le bord d'une rivière transparente, ayant dans sa chevelure le désordre de la forêt, dans ses yeux le silence du bois, courtisant cette image mobile qui à peine baisée se dissout; des souvenirs de Salmacis, qui n'est ni jeune homme, ni jeune fille, et qui est pourtant l'un et l'autre, embrasé d'une double flamme, et jamais satisfait par leur excès même, car chacune des deux passions, dans son ardeur éprise, se refuse à se séparer de l'autre, et pourtant tue l'amour par ce refus;—des souvenirs d'oréades épiant à travers les feuilles des arbres silencieux sous le clair de lune, d'Ariane abandonnée sur le port de Naxos, lorsqu'elle vit bien loin sur les flots le perfide équipage, qu'elle agita son écharpe rouge, et appela le trompeur Thésée, ignorant que tout près derrière elle était Dionysos sur une panthère couleur d'ambre,—des souvenirs de ce que vit le barde aveugle de Méonie, le mur de Troie, la reine Hélène assise dans la chambre sculptée, ayant auprès d'elle un amoureux jeune homme aux lèvres rouges, arrangeant de sa main mignonne la crinière de son casque, et bien loin de là, la mêlée, les cris, les plaintes, quand Hector écartait avec son bouclier la lance et qu'Ajax lançait la pierre, Ou c'est Persée ailé, qui, de son épée bien trempée, tranche les serpents entrelacés de la sorcière, ce sont tous ces contes fixés pour l'éternité sur les petites urnes grecques, charge plus riche que ne le fut le plus opulent galion d'Espagne à son retour des Indes. Car du moins de cette charge il arrive quelque partie et je sais bien qu'ils ne sont point du tout morts, les anciens Dieux de la poésie grecque; ils ne sont qu'endormis, et dès qu'ils entendront ton appel, ils s'éveilleront, et se croiront en pleine Thessalie. Cette Tamise leur sera l'eau de Daulis, cette fraîche clairière la prairie semée d'iris jaunes où jadis riait et jouait le jeune Itys. Si ce fut toi, cher oiseau, qui as fait ton berceau dans le jasmin, si ce fut toi, qui de l'immobile feuillage de ton trône, as chanté pour le merveilleux enfant jusqu'à ce qu'il entendit le cor d'Atalante retentir faiblement parmi les collines de Cumner, et que dans ses courses vagabondes par les bois de Bagley, il rencontrât, le soir, la fontaine des poètes grecs, Ah! mignon avocat au simple costume, qui plaides pour la lune contre le jour, si c'est grâce à toi que le berger cherche sa compagne, en celle douce poursuite, alors que Proserpine oublia qu'elle n'était point en Sicile, et qu'elle s'appuya, toute émerveillée, contre cette barrière moussue de Sandfort, Prodige du bois, à l'aile légère, aux yeux brillants, si jamais tu as consolé par ta mélodie quelqu'un de ce petit clan, de cette troupe fraternelle qui aima l'étoile matinale de la Toscane, plus que le soleil accompli de Raphaël, et qui est immortelle, chante pour moi, car je l'aime bien, chante, chante encore! Que le morne univers redevienne jeune, que les éléments prennent des formes nouvelles, et que les antiques formes de la Beauté se promènent parmi les formes simples, parmi les petits champs sans barrières, comme au temps où le fils de Latone portait la houlette de saule, où les moelleuses brebis et les chèvres ébouriffées suivaient le Dieu presque enfant. Chante, chante encore! et Bacchus va paraître ici, à cheval sur son magnifique trône indien, et au-dessus des tigres geignants, il agitera son bâton couronné de lierre jaune et d'un cône résineux, pendant qu'à côté de lui l'effrontée Bassaride jettera par terre le lion par sa crinière, et attrapera le faon montagnard. Chante encore! et je porterai la peau de léopard, et je déroberai les ailes lunaires d'Astaroth, et sur son chariot glacé nous pourrons gagner le Cithéron en une heure, avant que l'écume ait débordé pardessus le pressoir, avant que le Faune ait cessé de fouler les grappes; oui, avant que la lampe clignotante du jour ait fait fuir la hulotte criarde jusqu'en son nid, et averti la chauve-souris de reployer ses éventails membraneux, quelque jeune Ménade, aux seins couverts de feuilles de vigne, maraudera aux Pans endormis leurs fruits de faine, si doucement que le petit sansonnet ne s'éveillera point dans son nid et aussitôt lançant un rire aigu, et s'élançant d'un bond, elle atteindra la verte vallée, où la rosée tombée se rassemble sous l'orme, et alors comptera son butin; puis les bruns satyres, bande joyeuse, fouleront la lysimachie le long du rivage, et là où leur maître cornu trône en grand appareil, apporteront des fraises et des prunes duvetées sur une claie d'osier. Chante encore! et bientôt, la face fatiguée par la passion, apparaîtra à travers la fraîche fouillée le jeune homme serviteur d'Apollon. Le prince tyrien chassera son sanglier hérissé, parcourra les bois de châtaigniers tout fleuris, et la vierge aux membres d'ivoire, aux yeux gris, où brille la fierté, poursuivra à cheval le daim vêtu de velours. Chante encore! et je verrai le jeune garçon mourant teindre de la pourpre de son sang la clochette de cire dont le poids fait pencher la jacinthe, et à moi Cypris éplorée viendra conter sa douleur, et je baiserai sa bouche et ses yeux ruisselants, et je la conduirai au mystérieux bosquet de myrtes où gît Adonis. Redouble d'efforts, ô Itys! Le souvenir, frère de lait du remords et de la douleur, verse goutte à goutte le poison dans mon oreille. Oh! être libre! Brûler ses vieux vaisseaux! Se lancer encore dans la mêlée des Vagues empanachées de blanc, et livrer bataille au vieux Protée pour piller les cavernes fleuries de corail! Oh! pour Médée et ses parents magiques! pour le secret du sanctuaire de Colchide! Oh! pour une feuille de cette pâle asphodèle qui entoure le front las de Proserpine, et verse le soir des rosées si merveilleuses, qu'elle rêve des campagnes d'Enna, près de la lointaine mer de Sicile, où souvent elle pourchassa l'abeille à la ceinture d'or, de lis en lis, dans la prairie unie, avant que son ténébreux maître lui eût fait goûter au fruit fatal, à ce grain de grenade, avant que les noirs coursiers l'eussent emportée au loin, jusque dans le pays vague et sans fleurs, au jour languissant et sans soleil. Oh! pour une heure de minuit, avoir pour maîtresse la Vénus de la petite ferme de Mélos! Oh! si pour une heure seulement quelque antique statue s'éveillait à la passion; et que je pusse faire oublier à l'Aurore de Florence son muet désespoir, m'accoler à ces membres puissants et faire mon oreiller de cette poitrine géante! Chante, chante encore! Je voudrais être ivre de vie, ivre de la vendange foulée sous le pressoir, de ma jeunesse; j'oublierais les luttes d'un labeur stérile, la vallée déchirée, les yeux de Gorgone de la Vérité, la veillée sans prière, et le cri qui implore la prière, les dons inféconds, les bras levés, l'air morne et insensible. Chante, chante encore! O Niobé emplumée, tu peux donner de la beauté à la douleur, et dérober à la joie ses accents les plus mélodieux, tandis que nous autres, nous n'avons que le silence mort et sans voix pour guérir nos plaies trop découvertes, et ne savons que tenir la souffrance emprisonnée en nos coeurs, que tuer le sommeil sur l'oreiller. Chante encore plus fort, pourquoi faut-il que je revoie la face lasse et pâle de ce Christ abandonné, dont jadis mes mains ont tenu les mains sanglantes, dont si souvent mes lèvres ont baisé les lèvres meurtries, et qui maintenant muet, misérable en son marbre, reste seul dans sa demeure déshonorée, et pleure, sur moi peut-être. O mémoire, dépouille ton enveloppe enguirlandée, brise ton luth aux sons rauques, ô triste Melpomène; ô souffrance, souffrance, reste close en ta cellule fermée; et ne double point de tes larmes cette limpide Castalie! Tais-toi, tais-toi, triste oiseau, tu offenses la forêt en tourmentant son calme champêtre de ton chant si ardemment passionné! Silence, silence, ou s'il est angoissant de se taire, emprunte au sansonnet des champs son air plus simple, à lui dont la joyeuse insouciance est mieux faite pour ces forêts anglaises que ton cri aigu de désespoir. Ah! tais-toi, et que le vent du Nord remporte ton lai aux collines rocheuses de la Thrace, à la baie orageuse de Daulis. Un instant encore! Les feuilles effarouchées seront agitées: peut-être Endymion aura traversé la prairie, épris d'amour pour la lune, et cette tranquille Tamise aura entendu Pan battre et faire voler l'eau, en cherchant à tâtons un roseau, pour attirer hors de sa caverne bleue quelque innocente Naïade, qui, partagée entre la joie et la peur, prête l'oreille à sa flûte. Un instant encore! La tourterelle réveillée a roucoulé; la fille argentée de la mer argentée a enchaîné, de ses mains amoureuses, son inconstant qui allait chasser, et Dryopé a écarté les branches de son chêne pour voir le rétif adolescent aux cheveux dorés se révolter sous son joug. Un instant encore! Les arbres se sont inclinés pour baiser la pâle Daphné qui sort à peine de la langueur des lauriers tremblants, et Salmacis, dans son isolement, a mis à nu sa stérile beauté devant la lune, et à travers la vallée, avec un triste et voluptueux sourire, est passé Antinoüs; le rouge lotus du Nil sort à demi fléchi des boucles noires de sa chevelure, pour voiler le charme enfoui sous ces paupières endormies; ou bien c'est, là-bas, sur cette pente couverte de gazon, l'intangible Artémis aux membres nus sous sa tunique relevée haut, qui a commandé à ses chiens de donner de la voix, qui a débusqué le daim de sa verte reposée par ses cris aigus et la piqûre de son épée. Reste calme, reste calme, ô coeur passionné, reste calme! Oh Mélancolie, ferme ton aile de corbeau, O Dryade qui sanglotes, ne quitte point le creux de ta colline pour venir apporter une réponse aussi découragée. O Marsyas ailé, cesse de te plaindre. Apollon n'aime point entendre des chants ainsi troublés par la souffrance. C'était un rêve: la clairière est déserte. Nul doux rire de l'Ionie n'agite l'air. La Tamise rampe, paresseuse et plombée, et du bois épais, redevenu désolé, désert, a fui le jeune Bacohus avec son bruyant cortège. Et pourtant du bois de Nuneham vient toujours cette vibrante mélodie, si triste, qu'on croirait entendre un coeur humain se briser dans chaque note distincte. C'est une qualité que possède parfois la musique, car elle est l'art qui tient de plus prés aux larmes et au souvenir. Pauvre Philomèle en deuil, que crains-tu donc? Ta soeur ne hante point ces campagnes, Pandion n'est pas ici. Ici jamais on ne voit un maître cruel, armé de la lame meurtrière, point de tissu formé de sanglants insignes; ce ne sont que vallées moussues, faites pour les camarades qui vont à l'aventure, de chauds vallons où se repose l'étudiant fatigué, son livre à moitié fermé, et bien des allées sinueuses, où le soir, les rustiques amants sont heureux d'échanger leurs naïfs propos. L'inoffensif lapin gambade avec ses petits sur le sentier tracé par le halage, où récemment encore, une troupe de joyeux gars, se bousculant à l'envi, encourageait de ses cris bruyants les équipes de rameurs; l'araignée avec ses fils d'argent travaille à son petit métier, et des sombres murailles à crêtes de buées rouges de la ferme isolée part une lueur clignotante. C'est là que le berger accablé de fatigue pousse son troupeau bêlant, et le renferme dans le pare formé de claies. Une clameur assourdie vient de quelque bateau d'Oxford, arrêté à la barrière de Sandford, et fait lever en sursaut la poule d'eau de son abri dans les roseaux; et les ombres obscures s'allongent sur la colline en voltigeant comme des hirondelles. Le héron passe, revenant au lac, sa demeure. Le brouillard bleu se glisse à travers les arbres frissonnants. Les étoiles silencieuses, mondes d'or, apparaissent une à une, et pareille à une fleur que chasse la brise, une lune étincelante parcourt le ciel brillant. C'est l'arbitre muet de toute ta plainte mélancolique, enchanteresse. Elle ne se soucie point de toi; pourquoi s'en soucierait-elle? Endymion, elle le sait, n'est pas loin. C'est moi, c'est moi, dont l'âme est comme le roseau, qui ne saurait jouer de lui-même aucun message, mais qui chante sur l'ordre d'autrui; c'est moi qui vais poussé par tous les vents sur le vaste Océan de la souffrance. Ah! cet oiseau brun s'est tu; un trille exquis semble être resté dans le sombre feuillage, et mourir en accents musicaux. À cela près, l'air est silencieux, silencieux au point qu'on entendrait la chauve-souris, aux courtes ailes, errer et tourner au-dessus des pins, qu'on pourrait compter une à une chaque gouttelette de rosée qui tombe du calice débordant de la campanule. Et bien loin, par la plaine qui s'étale, à travers les saules groupés, et les buissons bruns, la haute tour de Magdalen, terminée par une girouette d'or, masque la longue Grand'Rue de la petite ville! Attention! voilà que la cloche de la porte de Christ-Church annonce d'une voix retentissante le couvre-feu.

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