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Poèmes

IMPRESSIONS

Albert Savine translation

I.—LES SILHOUETTES

La mer est tachée de barres grises, le vent morne et funèbre chante faux, et pareil à une feuille flétrie, le reflet de la lune est chassé à travers la baie orageuse. Dessiné par un contour net sur le sable pâle, gît le noir bateau. Un mousse, dans sa joie insouciante, grimpe à bord. On voit le rire sur sa face et la blancheur de sa main. Et là-haut s'entend le cri des courlis, là où par la prairie enténébrée des hauteurs, passent les jeunes moissonneurs aux cous hâlés, silhouettes qui se dessinent sur le ciel.

II.—LA SUITE DE LA LUNE

Pour les sens du dehors, c'est la paix, une paix rêveuse dans toutes les directions, un silence profond sur la terre enveloppée d'ombres, un silence profond là où cessent les ombres. À part un cri qui réveille un écho perçant, et que lance un oiseau qui se désole dans sa solitude, un râle des genêts appelant sa compagne, et la réponse part de la colline perdue dans le brouillard. Et soudain, la lune retire des cieux qui s'éclairent, sa faucille, et fuit vers sa sombre caverne, enveloppée dans un voile de gaze jaune.

LA TOMBE DE KEATS

Désormais à l'abri de l'injustice du monde et de sa souffrance, il repose sous le voile bleu de la Divinité. Enlevé à la vie, quand la vie et l'amour étaient dans toute leur nouveauté, ainsi gît le plus jeune des martyrs; beau comme Sébastien, et comme lui, mis à mort prématurément. Nul cyprès ne jette son ombre sur son tombeau, point d'if funéraire, mais de douces violettes, qui pleurent avec la rosée, tissent sur ses restes une chaîne qui fleurit sans cesse. O coeur si fier que brisa la misère, ô lèvres, les plus douces depuis celles de Mitylène, ô poète peintre de notre terre anglaise! Ton nom était écrit sur l'eau,—et il survivra—et des larmes comme les miennes entretiendront bien verte ta mémoire, comme le feront celles d'Isabelle pour l'arbre de son Basile.

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