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Mémoires de Mr. d'Artagnan

Mr. D'ARTAGNAN, (continued 10)

Reading edition

La pensée qu'il en eut & celle qui lui vint en même tems de lier une étroite amitié avec lui, fut cause du commandement dont je viens de parler. Il fit attention à la réponse que je lui avoit faite là dessus, & comme il sçavoit comment j'avois été poursuivi par les gens de ce nouveau tiran, & par ceux de l'Ambassadeur d'Espagne, peut-être que ma remonstrance eut fait quelque impression sur lui, si ce n'est qu'il me croyoit plus capable qu'un autre de me ménager avec les esprits de ce païs là. Il ne pretendoit pas seulement envoyer faire compliment à Cromwel sur ce que son pouvoir augmentoit de moment à autre, mais reconnoître encore ceux qui avoient le plus de credit auprès de lui, afin de se les rendre favorables par ses largesses. Il me donna donc des lettres de change pour vingt mille écus, me disant que s'il m'en falloit d'avantage pour executer son commandement, je n'aurois qu'à l'en avertir & qu'il me les envoyeroit aussi-tôt: C'est pourquoi rien ne me devoit empêcher de faire des avances jusques à la somme que je trouverais bon de promettre. Je partis comme malgré moi pour ce païs là; & Cromwel ne me vit pas plûtôt qu'il me reconnut. Il me demanda aussi-tôt si je le tromperois cette fois là comme j'avois fait l'autre, & que j'avois été bien heureux de m'échaper de ses mains, que si j'y fusse tombé dans la conjoncture où l'on étoit, il ne pouvoit me dire de quelle maniere il m'eut traitté; parce que cela eut dépendu de mille choses; qu'il me pardonnoit, presentement qu'il n'y avoit plus de peril, principalement si je lui apprenois ce que j'étois venu faire en Angleterre en ce tems là.

Cromwel me parloit avec tant de bonté & de cordialité que je resolus de lui avouër naïvement toutes choses. Je ne pris pas garde que j'allois deroger par là au caractere dont j'étois revêtu. Je sçavois bien pourtant que dans le portrait qu'en a fait un homme de ce siecle, qui a passé pour avoir beaucoup d'esprit, il a pretendu que bien loin qu'un Ministre public doive faire le personnage que j'allois faire, il doit bien plûtôt mentir avec gravité. C'est du moins la deffinition qu'il lui donne, & qui n'est pas trop mal inventée, en égard au personnage que la plûpart de ceux qui en sont revêtus jouent tous les jours à la veuë de toute l'Europe; me departant donc à ce coup là de cette politique quand je l'eusse même cru inseparable de ma qualité, je dis à Cromwel qu'il n'avoit pas en trop de tort de me soupçonner pour être autre chose que ce que je paroissois être; que j'étois venu effectivement la premiere fois en Angleterre, à un autre dessein que de lui faire un simple compliment; que j'avois eu ordre de sçavoir en quel état étoient les affaires de Charles, & de me conduire selon ce que je viendrois à en apprendre, qu'il ne le devoit pas trouver mauvais, parce que s'il se mettoit à la place de Mr. le Cardinal il avoueroit qu'il n'en eut pas moins fait que lui.

Il aima mon ingenuité, & me dit qu'on faisoit bien mieux les affaires de son maître en convenant comme je faisois de la verité, qu'en s'efforçant de la deguiser; qu'il vouloit être de mes amis, à condition que je fusse des siens; qu'il m'en demandoit ma parole, persuadé qu'il étoit que quand je la lui aurois donnée je la garderois inviolablement. Je me tins extrémement honnoré de cette maniere d'agir, & lui disant que ce n'étoit pas de mon amitié dont j'osois l'assurer, mail d'un respect dont je ne me departirois de ma vie, il me répondit fort obligeament que je laissasse là le respect, & que je lui accordasse ce qn'il me demandoit. Je tâchai par une reponse toute remplie de defference & de soumission de ne pas dementir la bonne opinion qu'il vouloit bien me témoigner avoir de moy. Enfin cette entreveuë ayant de quoi me contenter infiniment je tâchai de me servir de l'estime dont il m'honnoroit pour avancer auprès de lui ce que Mr. le Cardinal m'avoit recommandé. Je lui parlai de la passion que son Eminence avoit d'étre de ses amis, & qui étoit telle qu'elle ne manqueroit jamais à la moindre chose qui seroit capable de le lui prouver. Il me répondit en riant que je faisois mon devoir de tâcher de se lui persuader, & que s'il vouloit faire le sien, il me répondroit qu'il ne me conseilloit pas tellement de me fier à sa parolle que de vouloir être sa caution; que ce Ministre venoit d'un Païs où l'on ne le faisoit pas une loi de tenir tout ce que l'on promettoit, qu'il étoit bien vrai qu'il n'y avoit point de regle si generale qui n'eut son exception, mais enfin que d'être Italien & Ministre d'Etat d'un grand Royaume, tel qu'étoit la France, & en même tems rempli de sincerité, c'etoit presque deux choses incompatibles; qu'il le lui diroit à lui même s'il lui parloit, comme il faisoit à moy, qu'il me diroit même que plus il y trouveroit à redire plus ce seroit une marque qu'il lui auroit dit la verité. Il se mit en même temps à goguenarder avec moy, sur toutes les grimaces que l'on faisoit dans la plûpart des Cours, me demandant si celles de France & d'Espagne en avoient jamais été meilleures amies pour toutes les Ambassades qu'ils s'étoient envoyées, aussi bien que pour toutes les alliances qu'ils eussent jamais contractées ensemble. Je ne pus lui dire autre chose sinon que je croyois qu'il avoit raison. Il aima encore ma bonne foi, & nous étant separés de la sorte, il me dit qu'il me vouloit donner à diner en famille avant que je m'en retournasse en France; qu'il ne pouvoit mieux me marquer l'estime qu'il faisoit de moy, que de me traiter de la sorte; qu'il n'en usoit comme cela qu'avec ses bons amis, & que de se depouiller ainsi avec eux de sa dignité c'étoit leur montrer qu'on n'avoit pas envie de les surprendre en quelque maniere que ce pût être.

Le Colonel Harrisson, Malmey & Lambert, étoient ses plus confidens. Il me presenta lui même à eux, & ils me donnerent tous trois à manger, mais trop proprement & avec trop de sumptuosité pour croire qu'ils le fissent de bon coeur; car quand on donne à manger à ses amis on n'y fait point tant de façon. Je fus ravi qu'il me fit connoitre ainsi lui même ceux qui étoient les siens, & ne m'y pouvant plus tromper, puisque c'étoit de sa propre bouche, me les avoit nommés, je leur rendis à sous trois un repas, qui n'eut pas été inferieur au leur, si j'eusse eu une maison aussi bien meublée que je l'eusse pu souhaitter pour les recevoir; mais comme il y a bien à dire qu'il y en ait en ce Pais là de telles, comme il s'en trouve une à S. Cloud chez le nommé Denoiers, tout ce qui put manquer à mon festin, c'est que le lieu où nous mangeames ne répondoit pas à la depense que j'y avois faite. Il est vrai que je n'y avois rien épargné, d'autant plus que je pretendois bien le mettre sur le compte de M. le Cardinal. Je croyois qu'il n'y pourroit trouver à redire, & que comme c'étoit pour ses interêts, & non pas pour les miens, que je les traittois, il ne m'en diroit jamais mot. Je fis après cela tout ce qu'il falloit faire, & tout ce que la prudence me pouvoit suggerer pour attirer ces trois Colonels dans son parti: mais comme l'Ambassadeur d'Espagne m'avoit primé, & qu'il leur avoit promis monts & merveilles pour être sourds à toutes les propositions qui lui pouroient être faites de ma part, je trouvai des gens si durs qu'il me fut impossible de les amollir. Je le mandai à Mr. le Cardinal, & l'informai en même tems de ce que je croyois qui en étoit cause. Il me fit reponse que quoique les Indes fournissent à l'Espagne des tresors que la France n'avoit pas, comme nôtre Couronne l'avoit toûjours emporté pardessus l'autre, il falloir tâcher encore que ce fut la même chose en cette occasion; qu'ainsi je n'y epargnasse rien, & que je n'en serois point dedi, quelque dépense que j'y eusse faite. J'avois déja offert mes vingt mille écus pour les gagner. Ils avoient traité cela de bagatelle, & il falloit bien que l'Espagne chantât sur un autre ton, puis qu'ils me méprisoient si fort: mais enfin cette lettre me parlant en termes si précis que je croyois pouvoir aller jusques à cent mille écus, s'il en étoit besoin, j'en fus quitte à meilleur marché, puisque moyennant soixante mille, je les fis convenir de faire tout ce que voudroit Mr. le Cardinal. Je le mandai à son Eminence, me tenant tout fier de la victoire que je remportois sur l'Ambassadeur; mais la reponse que j'en receus, au lieu de me rejouïr, eut de quoi me mortifier étrangement. Il me manda que de la maniere que j'en usois, il s'étonnoit comment avec les Soixante mille écus je n'avois pas encore promis la Couronne du Roi mon maître; qu'il n'avoit que faire de leur amitié à ce prix là, & qu'il aimoit mieux s'en passer que de l'acheter si cher. Il m'ordonna en même tems de m'en revenir, & n'en voulant rien faire que je ne me fusse disculpé auparavant à ces trois Messieurs de mon manquement de parole, je le fis du mieux que je pus, quoi que j'y fusse bien empêché.

Quand je fus de retour à Paris, & que je voulus porter dans mon compte à son Eminence la dépense que j'avois faite pour les traiter, elle me dit que je me moquois d'elle & me la raya; elle me dit aussi que s'il faloit qu'elle payât tous les festins qu'il plairoit à ses Domestiques de donner, le revenu du Roi n'y suffiroit pas, que c'étoit à ceux qui convioient les autres à danser à payer les violons, & qu'il n'y avoit que moi qui voulut y obliger les autres. La manière dure dont je vis qu'elle me parloit & qui sentoit sa correction, me parut insupportable. J'en parlai à Mr. de Navailles qui étoit comme son favori, ou qui du moins avoit assez son oreille, pour lui redire quand il lui plairoit tout ce que je lui aurois dit. Je lui dis que j'étois resolu de la quitter, ne pouvant plus souffrir le mauvais traitement qu'il me faisoit tous les jours; que je le priois de lui demander mon congé, & que je lui en aurois obligation. Comme il étoit de mes amis il me demanda si je me moquois de lui parler de la sorte, qu'il n'étoit pas homme à me croire dans ma colere, & que s'il le faisoit, ce seroit le plus méchant office qu'il me put jamais rendre; si je voulois perdre le tems qu'il y avoit que j'étois à son Éminence; que je me donnasse patience & que ce qu'elle ne faisoit pas en un jour pour ses domestiques elle le fesoit avec le tems; qu'il étoit bien vrai qu'elle eut pu se dispenser de me dire tout ce qu'elle m'avoit dit; mais que ce qui me devoit consoler c'est que je n'étois pas le seul qui essuyât ainsi ses brusqueries, qu'il n'en étoit pas exempt non plus que les autres, mais que comme ce Ministre avoit toutes les graces du Royaume entre les mains, & qu'elles ne pouvoient couler que par son canal, il falloit non-seulement se mordre les levres quand on avoit la demangeaison de se plaindre de ses injures, mais encore étouffer le ressentiment qui en pouvoit naître dans son coeur; qu'il falloir prendre le bon & le mauvais des gens à qui l'on avoit affaire, & se resoudre quelquefois à passer de mauvaises heures, afin d'en avoir un jour de bonnes.

J'avois bon besoin de ces remontrances pour remettre mon esprit, tant il étoit ulceré contre ce Ministre. Ce n'est pas que la dépense qu'il jettoit sur moi injustement me souciat beaucoup, quoi que fusse dans un tems à avoir besoin de toutes mes pièces: mais il me sembloit, comme il étoit vrai effectivement, que quand il eut eu la raison de son côté comme il étoit bien éloigné de l'avoir, il y avoit des manières plus honnêtes que les siennes de faire la correction. Mais c'étoit-là son caractere, & bien qu'il fut le plus fourbe de tous les hommes, il avoit cela de particulier en lui, qu'au lieu bien souvent de cacher ce qu'il pensoit il s'en expliquoit en des termes qui étoient encore mille fois plus offensans pour ceux que cela regardoit, que le soupçon qu'il pouvoit avoir, ou de leur fidelité ou de leur preudhomie. Quelques jours après il y eut un Lieutenant aux Gardes de tué à un Château que l'on voulut emporter en Flandres, & comme malgré le conseil que m'avoit donné Mr. de Navailles j'étois resolu de le quitter à la première occasion que j'en trouverois, je lui demandai cette charge qui me fournissoit un beau prétexte de me contenter. Il me regarda, attentivement à cette demande & craignant qu'il ne me dit encore quelque dureté, je me mordis la langue d'avance, parce que je me sentois une certaine demangeaison de lui parler comme il falloit, s'il venoit encore à me blâmer. Mais au lieu de me dire quelque chose de desobligeant il me répondit avec son baragouin dont il ne s'est jamais pû deffaire jusques à la mort, Monsieur d'Artagnan on ne connaît pas un homme pour le voir, j'ou vous avois toujours pris pour un aigle, & j'ou vois que vous n'êtes qu'un oison. Me vouloir quitter pour une Lieutenance aux Gardes; sachez qu'un Capitaine dans ce Regiment voudroit avoir trouqué sa charge contre vous, & vous avoir encore douné vingt mille écous de retour. Un Gouvernement est la moindre chouse que peut esperer oun de mes Doumestiques; vouiez la belle comparaison qu'il y a donc doune Lieutenance aux Gardes avec oun Gouvernement.

Un autre à ma place se seroit consolé de ce refus, par les belles esperances qu'il me donnoit; mais comme c'étoit le plus grand prometteur du monde, & que je le connoissois mieux que personne, je ne m'en crus pas plus avancé pour cela. Je m'imaginai au contraire que son refus ne venoit que de ce qu'il avoit quelque Marchand en main qui lui vouloit donner de l'argent comptant de cette charge. Je ne me trompois pas, il y avoit le fils d'un homme d'affaire qui la lui marchandoit. Ce n'étoit pourtant gueres là le poste d'une personne de si basse naissance. Quand j'étois arrivé à Paris ces sortes de charges n'étoient remplies que par des gens de la première qualité, mais comme la condition chez lui n'étoit pas ce qui lui paroissoit le plus recommandable, & qu'il faisoit bien plus de cas de la richesse, il les eut données encore à un homme moindre que celui-là, pourvû qu'il lui en eut voulu donner cinquante pistoles plus qu'un autre. Le Duc de la Feuillade que le Roi à honnoré, il n'y a pas long-tems, de la charge de Mestre de Camp de ce Regiment a fait ces jours-ci une chose qui témoigne qu'il ne ressemble pas trop mal à ce Ministre, à la reserve qu'il chante pouille quand on ne lui veut pas donner ce qu'il demande, & que son Eminence ne se rebutoit point jusques à ce qu'il vit qu'il n'y avoit plus rien à esperer pour lui. Le fis d'un Fermier General de mes amis ayant voulu acheter ces jours passez une Enseigne aux Gardes, d'une personne de sa connoissance & de la mienne, & le marché en étant fait à quatorze mille francs, comme il a voulu avoir l'agrément du Duc avant que de demander celui du Roi, il lui a dit qu'il ne prit pas cette Charge de celui de qui il la marchandoit, & qu'il lui en vouloit vendre lui-même une pareille qui étoit en sa disposition: le fils du Fermier en a été ravi, parce qu'il a cru que cela lui faciliteroit sa reception. Mais quand c'est venu à parler du prix, l'autre en a voulu avoir deux mille Loüis d'or, sous prétexte que ce qui coutoit quatorze mille francs à une personne de condition en devoit couter vingt-deux tout du moins à un roturier comme lui. Il a voulu ainsi verifier en sa personne ce qui se dit d'ordinaire des villains, savoir qu'ils entrent dans les charges par la porte dorée: mais quoi que celui-ci le soit de pere en fils, jusques à la millieme generation, cela n'empêche pas qu'il n'ait mieux aimé ne pas entrer dans les gardes que d'y entrer en donnant huit mille francs plus qu'il ne falloit.

Mr. le Cardinal m'ayant refusé de la sorte, je résolus de faire ce que me conseilloit Mr. de Navailles, c'est-à-dire de prendre patience, jusques à ce qu'il plut à son Eminence de me donner quelque établissement. Au reste comme je ne trouvois point que j'en pusse prendre de meilleur que d'avoir quelque charge auprès du Roi, ce fut à cela que je buttai uniquement. Besmaux ne me ressembla pas, & soit qu'il aimât à trouver toujours la nappe mise, ou qu'il se sentit moins propre à la guerre qu'à la servitude, bien loin de songer à sortir de celle où il étoit, il ne demanda qu'à s'y enfoncer encore plus qu'auparavant. Il dit à son Eminence que comme chacun étoit de son sentiment, & croyoit avoir raison, il ne lui demanderoit pas comme moi de lui faire changer de maître; mais de l'attacher tellement à lui qu'il en devint desormais inseparable; que tout ce qu'il desiroit étoit d'avoir quelque charge dans ses gardes; parce qu'il ne s'éloignerait jamais par-là de sa personne. Je ne sais si une telle demande s'accordoit bien avec la mouche qu'il portoit toujours au coin de l'oeil. Il ne l'avoit jamais arborée que pour apprendre à tous ceux qui ne l'avoient jamais vû à la guerre, que ce n'étoit pas sa faute qu'ils eussent eu de si méchans yeux, puis qu'il falloit bien qu'il y eut été, aux marques honnorables qu'il en portoit encore sur le visage; pretendant donc s'avancer par-là bien plus avant dans la carriere que je ne ferois de ma vie, & me jetter en même-tems de la poussiere aux yeux, il se trouva que Mr. le Cardinal nous rendit justice bien-tôt après à l'un & à l'autre. Comme il le croyoit plus propre que moi à garder sa salle, & moi plus propre que lui à rouller dans l'armée du Roi, il lui donna la Lieutenance de ses Gardes, & à moi une charge pareille à celle que je venois de lui demander. Nous fumes ainsi contens l'un & l'autre, & je tâchai de servir dans la mienne d'une manière que je n'y pusse pas demeurer toûjours. Car quand on est poussé d'une belle ambition, quoi qu'on ait obtenu ce que l'on desire, on desire bien-tôt quelque chose davantage. L'homme à cela même de particulier en lui qu'il n'est jamais content de sa fortune: Il aspire toûjours à quelque nouveauté, & le Roi même n'est pas exempt de cette foiblesse, quoi qu'il semble que rien ne manque à ses desirs. Ouï j'appelle foiblesse cette phrenesie qui fait que nous ne sommes jamais contens dans nôtre condition presente, & en effet bien que je vienne de lui donner moi-même un autre nom, je l'ai fait plûtôt sans y penser que je n'en ai parlé selon que je devois, pour en dire la verité.

Le Cardinal après avoir emmené le Roi, de Paris, étant excité par la Reine mere & par son propre ressentiment de venger les injures communes qu'ils avoient reçûës du Parlement & des Parisiens qui ne les haïssoient gueres moins l'un que l'autre, quoi qu'il y eut bien à dire qu'ils leur en eussent donné le même sujet, le Cardinal dis-je après avoir resolu dans son ame de ne pas laisser leur rebellion inpunie, tint Conseil avec Mr. le Prince comme il s'y devoit prendre pour y réussir. Mr. le Prince avoit été detourné d'abord de cette resolution par ses veritables amis, & par ses bons & fideles serviteurs. Ils lui avoient representé qu'il perdroit par-là l'amitié de cette Compagnie, que son pere, dont l'exemple n'étoit pas à mépriser, avoit ménagée, tellement qu'il l'avoit toûjours mise au nombre des choses qui lui étoient les plus precieuses. Mais le Cardinal, qui quand il avoit une fois affaire de quelqu'un, ne se soucioit guerres de faire des bassesses, pour veu qu'il put parvenir à ce qu'il desiroit, se mit à genoux devant lui pour le prier de ne pas abandonner ses interêts, qui dans cette occasion avoient une telle connexité avec ceux de l'Etat, qu'on pouvoit dire que c'étoit presque une même chose. Il avoit bien fait plus, il s'étoit raccommodé avec le President Perrault, Intendant de ce Prince, qu'il ne pouvoit souffrir auparavant, parce que, sous pretexte du merite & du credit de son maître, il vouloit presque avoir autant de voix en chapitre que s'il eut été lui même premier Ministre. Comme il étoit fier naturellement comme le sont presque tous les gens qui viennent de peu, comme il venoit, il parloit non seulement bien haut, quand il y alloit des intérêts de Mr. le Prince ou des siens, mais encore de ceux de moindre personne qui appartenoit à son maître. Il étoit President de la Chambre des Comptes, qui étoit beaucoup pour lui, par rapport à sa naissance, mais étant de ceux dont je viens de parler, c'est à dire de ces gens qui ne sont jamais contens de leur fortune, il voulait être President à mortier. Mr. le Cardinal le lui avoit promis par plusieurs fois, & même eu avoit donné parolle à Mr. le Prince, mais comme il apprehendoit l'esprit altier de ce President, il ne s'étoit pas beaucoup pressé de la lui tenir. Il avoit trouvé un pretexte de s'en deffendre par le peu d'obéïssance que rendoit le Parlement & par l'attache que tous ceux qui possedoient de pareilles charges avoient à les garder. Il disoit, comme c'étoit la verité, que l'un en rendoit une nouvelle création dangereuse, & que l'autre mettoit de l'impossibilité à le gratifier d'une de celle qui étoient déja sur pied. Il tiroit ainsi tout l'avantage qu'il pouvoit esperer de leur raccommodement, sans qu'il lui en coutât rien, parce que l'autre n'étoit pas assez deraisonnable pour lui demander l'impossible.

Le Prince s'étant ainsi rendu aux desirs de son Eminence, à quoi la Reine mere encore ne contribua pas peu, en le conjurant de ne pas abandonner son fils ni elle dans une conjoncture de si grande consequence pour eux, il fit marcher ses troupes du côté de la Riviere de Seine au dessous de Paris. Leur petit nombre les empêcha de se pouvoir emparer de tous les postes avantageux, & comme Charenton étoit du nombre de ceux qui n'étoient pas occupez, le Prince de Conti qui avoit été declaré Generallissime des forces du Parlement y envoya deux mille hommes sous le commandement du Marquis de Chanleu. Il fit des barricades à la hâte pour se deffendre dans ce trou qui ne valloit rien. Le Comte de Brancas, Chevalier d'honneur de la Reine Mere, tâcha de le retirer de sa desobéïssance avant qu'il la fit éclatter davantage. Ils étoient proches parens, & les liens du sang qui doivent se faire sentir particulierement dans un tems, comme celui-là, le rendirent hardi à ne lui rien déguiser pour lui faire reconnoître sa faute; mais comme l'autre se plaignoit du Cardinal qu'il accusoit de l'avoir laissé en arriere pour avancer des gens qui avoient beaucoup moins servi que lui, il ne le voulut jamais croire.

Mr. le Prince qui avoit peur que les Parisiens n'entreprissent de secourir ce poste qui n'étoit éloigné de leurs Faubourgs que d'une petite lieuë tout au plus, s'avança lui même de ce côté là, quoi que cette bicoque fut indigne de sa presence. Il se mit au dedans des murailles qui enferment le Parc de Vicennes avec quelques Cavalerie pendant qu'il fit garder l'Abbaye de Conflans & Carrieres par son Infanterie. Il chargea le Duc de Chatillon de faire cette attaque; & comme celui-ci vouloit à toute force être Marêchal de France, il esperoit que le Cardinal qui avoit à coeur cette entreprise, lui en tiendroit plus de compte que de tout ce qu'il avoit pû faire, d'ailleurs M. le Prince se servit des murailles du Parc de Vincennes comme d'un rétranchement pour n'être pas accablé par le nombre; car les parisiens ne pouvoient venir à lui que par des breches qu'il y fit faire, & qui se voyent encore aujourd'hui au même état qu'il les mit. Le Duc de Chatillon qui s'étoit toûjours montré digne du grand nom qu'il portoit, après avoir reconnu cette bicoque que Chanleu croyoit qu'il dut attaquer du côté de Paris, parce que c'étoit celui qui paroissoit le plus foible, le trouva si bien fortifié qu'il ne crut pas s'y devoir attacher. Il aima mieux s'addresser du côté du temple que les gens de de la Religion ont dans ce Bourg, quoi qu'il fut naturellement plus fort que l'autre, & que Chanleu y eut jetté quelque Infanterie pour prendre en flanc ceux qui s'avanceroient de ce côté là; mais comme il avoit négligé d'y faire des retranchemens, comme il avoit fait ailleurs, & que l'art passe souvent la nature, il se trouva pris justement du côté qu'il ne s'attendoit pas. Il y courut lui même pour le deffendre, & il s'y exposa d'autant plus qu'il avoit peur qu'on ne l'accusât d'avoir negligé de prendre ses précautions par une sotte credulité. Il avoit promis outre cela au Parlement que moyennant qu'il lui donnât le nombre de troupes qu'il demandoit, il conserveroit ce poste ou qu'il s'enseveliroit sous ses ruines. Ainsi ayant fait une belle deffense & l'attaque n'étant pas moins vigoureuse, l'on vit bientôt tomber de part & d'autre quantité de monde sans savoir encore qui auroit le dessus. Le Duc de Chatillon qui avoit accompagné Mr. le Prince dans toutes ses Victoires & dans l'attaque de plusieurs places qui étoient tombées devant lui, fâché de voir resister cette bicoque après avoir aidé à tant de grandes actions, fit alors un dernier effort pour faire plier les troupes qui lui étoient opposées. Il y réüssit & les ayant chassez de leurs retranchemens, il les fit abbattre pour se faire un passage afin de s'avancer plus avant. Ses gens entrerent ainsi dans la rûë par où l'on va au Temple. Chanleu leur y fit tête, le mieux qu'il put, & comme il se ressouvenoit de la parolle qu'il avoit donnée au Parlement, il s'y fit tuer en faisant tout ce que pouvoit faire un homme de tête & de courage. Le Duc de Chatillon ne trouvant plus rien qui lui fit resistence après la mort de Chanleu, s'avança vers le temple où il prétendoit bien que ceux qui étoient dedans missent les armes bas, & se rendissent prisonniers de guerre sans coup ferir. Mais lors qu'il se defioit le moins de sa mauvaise fortune, il lui fut tiré un coup de là; dont il perdit d'abord connoissance. On le fut dire à Mr. le Prince qui en eut été plus fâché qu'il ne fut s'il n'eut pas été amoureux de sa femme; mais comme le Duc s'étoit mis depuis peu sur le pied de mari incommode, & que ce Prince n'aimoit pas à être gehenné, il dit à Guittaut qui étoit auprès de lui, il eut tout aussi bien fait de n'être point jaloux, puis qu'il avoit si peu de tems à vivre. Les gens du Duc ne laissèrent pas nonobstant la bravoure d'achever la conquête qu'il avoit entamée. Les troupes de Chanleu s'y firent presque toutes tailler en pièces, quoi que la mort de leur Gouverneur les dut rendre moins hardis. On porta cependant le blessé à Vincennes, où il lui vint des Medecins & des Chirurgiens de tous côtez. Le Roi lui envoya les siens, & Mr. le Cardinal en ayant fait tout autant, il n'eut pas manqué d'en rechaper s'il n'eut tenu qu'à du secours; mais sa blessure étoit mortelle, de sorte qu'il ne vécut que jusques au lendemain, Son Eminence à qui j'étois encore m'y envoya pour lui témoigner le chagrin qu'il avoit de son état. Je trouvai la Duchesse sa femme auprès de lui. Elle étoit venuë en diligence de St. Germain, lachant qu'il n'avoit plus gueres à vivre. Ce n'est pas qu'elle eut grande amitié pour lui, elle avoit trop d'amans pour aimer un époux; & comme c'étoit la plus belle personne de la Cour, & la plus coquette, il avoit reconnu, mais un peu tard, que s'il eut bien fait, il eut cru son pere, qui lui disoit avant son mariage qu'il étoit dangereux souvent d'épouser une si belle femme. Je le trouvai tout attendri auprès d'elle, soit qu'il eut regret de la quitter ou que n'ayant pas encore trente ans, il ne put soutenir son malheur avec la même fermeté qu'il eut fait s'il eut été dans un âge plus avancé. Charenton ayant ainsi été emporté, Mr. le Prince retourna à St. Germain avec le Duc d'Orleans qui avoit voulu être present à cette action. On avoit dit au Cardinal qu'il étoit sorti plus de vingt mille hommes de Paris pour s'y oposer, & que Mr. le Prince leur avoit fait prendre la fuite, avec un seul Escadron. L'un étoit vrai, & non pas l'autre, la verité étoit que ces vingt mille hommes étoient bien sortis de cette grande Ville, mais non pas qu'ils se fussent mis en devoir de venir l'attaquer. Ils s'étoient contentez de montrer le nez sans oser en faire davantage; mais comme ce Ministre étoit un donneur d'encens sans s'informer d'avantage si on lui avoit dit vrai ou non; Mr. le Prince, lui dit-il d'abord qu'il le vit, que fairont les Espagnols d'oresenavant, vous qui tenez plus de monde vous seul, que ne fait oune armée. Il lui demanda en même tems à voir son épée, supposant apparement qu'elle étoit teinte du sang des pauvres Parisiens, mais Mr. le Prince qui ne vouloit point de louanges, qui ne lui fussent dues, & qui même ne s'en soucioit guère après les avoir meritées, lui ayant conté la chose comme elle étoit. Ah qu'ou me dites vous, reprit-il, & bien loin de me dire de ce qu'ou je viens d'avancer, je les plains encoure davantage vous dont la voüe est plus dangereuse que celle d'oun Basilic; faire enfouir vingt mille hommes pour les regarder soulement, est un ouvrage qui n'appartient qu'à vôtre Altesse.

Il lui dit encore quantité de mommeries, qui eussent été bien mieux dans la bouche d'un baladin que dans celle d'un Ministre d'Etat. Je crois même que ce fut là la pensée de Mr. le Prince, quoi qu'il en soit, les Generaux des parisiens étant tout honteux de ce qu'on leur avoit pris à leur barbe un poste qui leur eut été facile de secourir, tachérent d'en effacer la honte par quelque conquête plus considerable. Il n'y en avoit gueres cependant qui leur pût faire grand honneur. Tout ce que nous tenions au dessus, & au dessous, de la Seine ne valloit rien, & ne méritoit pas le nom de place. La seule Ville de Melun avoit quelque reputation à cause de son antiquité. Car elle a été bâtie avant Jules Cesar, & c'est du moins ce que ses commentaires nous apprennent. Mais comme ce n'est pas l'antiquité qui rend une Ville considerable pour la guerre, & que si cela étoit il n'y en auroit gueres qui le fut en comparaison de Treves, qui ne vaut pourtant rien; ce ne fut pas là aussi où ils s'attacherent, parce que la riviere qui la divise en trois, de sorte qu'on diroit presque que ce sont trois Villes, leur faisoit craindre que s'ils separoient leurs forces pour l'attaquer, Mr. le Prince ne tombât sur eux sans qu'ils se pussent secourir les uns les autres. Ils bornerent donc leurs grands desseins à se saisir de Brie-Comte-Robert, & de quelques autres bicoques. Sur la nouvelle qu'en eut Mr. le Prince, il voulut quitter la Cour pour s'en venir dans son armée qui tenoit pour le moins quinze ou vingt lieuës de païs. 11 avoit mis le quartier du Roi à St. Denis, parce que ce lieu lui paroissoit plus considerable que les autres, non-seulement parce qu'il renferme les tombeaux de nos Rois, mais encore par là proximité de Paris. Mais le Cardinal & la Reine mere lui témoignant que les lieux qui étoient à attaquer étoient indignes de sa presence, il se laissa debaucher d'autant plus aisément, qu'il avoit quelques amourettes qui lui faisoient trouver agréable le sejour de St. Germain. Le Marêchal du Plessis prit sa place. Le Comte de Grancey qui a été depuis Marêchal de France & qui étoit alors Lieutenant General, ayant été detaché de son armée fut attaquer Brie-Comte-Robert. Cette Ville qui est à l'entrée de la Brie du côté de Paris fit mine de se deffendre, parce qu'il lui étoit honteux de se rendre étant aux portes de cette Ville, dont elle pouvoit esperer du secours; mais personne n'ayant paru pour deloger le Comte de devant ses murailles, parce que le Marêchal s'étoit posté entre deux pour l'empêcher, elle demanda à Capituler tout aussi-tôt. Quelques autres Villes qu'on attaqua ensuite firent la même chose, & l'on ne vit jamais plus de lâcheté qu'il en parut de la part des Parisiens, car quoi que le Marêchal du Plessis n'eut qu'une poignée de monde, ils n'oserent jamais se montrer devant lui. Il est vrai que comme on avoit tiré de St. Denis les troupes qui y étoient pour marcher en campagne, & qu'il n'y étoit resté qu'une Compagnie Suisse qui n'étoit pas capable de la garder, ils forcerent cette place, se flattant que par cette prise ils repareroient le blâme qu'on leur pouvoir donner avec justice, d'avoir laissé perdre tout le reste sans coup férir. Mais s'ils se ventoient de cette Conquête qui n'étoit pourtant pas capable d'effacer leur honte, leur vanité fut bien-tôt étouffée par l'arrivée de Mr. le Prince. Il quitta St. Germain pour venir reprendre cette place, il le fit même à leur barbe sans qu'ils osassent encore s'y opposer.

Mr. le Cardinal fut ravi de toutes ces petites expeditions, qui, bien que de peu de conséquence par elles mêmes, ne laissoient pas de resserrer tellement les parisiens qu'ils commençoient à manquer de tout. S'ils eussent bien-fait ils s'en fussent pris à leurs Generaux à qui c'étoit à leur ouvrir les passages; mais comme ils ne songeoient tous tant qu'ils étoient, depuis le premier jusques au dernier, qu'à faire en leur particulier quelque accommodement avantageux avec la Cour, & qu'ils n'avoient garde d'affranchir le peuple de leur misere, parce qu'après cela il eut été trop insolent, ils trouvoient des difficultez à toutes choses sans que le Parlement pût connoître s'ils disoient vrai ou non. En effet ce n'étoit pas son métier de decider de tout cela, & il falloit bien qu'il s'en rapportât à leur parole. La haine cependant de tous ceux qui étaient dans la souffrance retomboit sur lui, parce qu'ils l'accusoient avec raison d'avoir allumé la guerre pour ses intérêts particuliers. Comme leur mécontentement & la misere qui augmentoit de moment à autre dans la Ville étoient capables d'y exciter quelque sedition, cette Compagnie si trouva bien embarrassée, & commença à reconnoître, mais un peu tard, qu'on ne se soustrait jamais de l'obeïssance que l'on doit à son Souverain, sans y trouver de grandes difficultes. Tout commença même à lui devenir suspect jusques à ses propres Membres, parce que plusieurs d'entr'eux, à l'exemple de ses Generaux, avoient des relations à la Cour dont ils tâchoient de tirer quelque grace devant que de lui promettre de rentrer dans le devoir.

Mr. le Cardinal qui ne demandoit pas mieux que d'augmenter le soupçon que leurs confreres avoient de leur conduite, bien loin de finir avec eux, les tenoit en suspens, pendant que sous main il faisoit part aux autres de toutes les propositions qui lui étoient faites. Il m'employa dans cette rencontre, & je l'y servis utilement. Je connoissois la femme d'un conseiller qui étoit coquette à un point qu'elle vouloit que chacun lui en contât. Je l'avois servie selon son inclination, parce qu'il ne m'en devoit couter que des paroles, & qu'on n'a pas plus de peine à dire à une femme qu'elle est jolie, quoiqu'on ne le dise souvent qu'au prejudice de la verité, que si on lui disoit ce qu'on en pense veritablement. Sa coquêterie avoit déplu d'abord à son mari, qui croyoit que l'appannage d'un homme qui a une femme de cette humeur est d'être bien-tôt ce que tant d'autres sont; mais le tems & l'experience lui ayant appris que bien que cela arrive ordinairement il n'en étoit pas de même avec elle, & que si elle aimoit la fleurette elle n'en aimoit pas moins la vertu, s'y accoutuma, non-seulement, mais se fit encore souvent un regal de lui entendre parler de ses intrigues. Elle lui avoit dit que j'étois du nombre de ses amans, & comme je n'avois pas encore quitté Mr. le Cardinal & que ce Magistrat croyoit que je pourrois être instruit plus particulierement qu'un autre des demarches de ses confreres, elle m'écrivit une lettre par son conseil dont la teneur étoit qu'elle avoit cru que je lui disois vrai, quand j'avois pris soin quelquefois de lui assurer qu'elle ne m'étoit pas indifferente, qu'elle craignoit bien cependant de s'y être trompée, parce que quand on aimoit veritablement on trouvoit bien moyen malgré ce qui se passoit entre les deux partis, de revoir ce que l'on aimoit; que l'on n'étoit pas si exact sur les passeports que je n'en pusse obtenir un, pour peu que je voulusse m'y employer; qu'elle s'offroit même de m'en sauver la peine, si j'y trouvois quelque difficulté; que je n'avois qu'à le lui faire savoir, & qu'elle m'en envoieroit un tout au plûtôt.

Je montrai cette Lettre à Mr. le Cardinal, non pas pour lui demander permission d'aller voir cette Dame, car c'étoit dequoi je me souciois le moins; mais pour savoir de lui s'il ne vouloit point se servir de cette occasion pour me faire menager quelque chose dans la Ville qui pût tourner à son avantage. Il me dit qu'il me savoit bon gré de lui en parler, que j'eusse à accepter cette proposition, & que devant que ce passeport m'arivat, il me diroit tout ce que j'aurois à faire pour son service; qu'il y alloit penser serieusement, parce qu'après une meure reflexion, on se trompoit moins que quand on decidoit des choses à la bouluëve. Une heure après il m'envoya chercher pour me faire entrer dans son Cabinet. Il me demanda d'abord qu'il me vit, si j'entendois bien à faire l'amoureux, & lui ayant répondu qu'il avoir été un tems que je ne m'en acquittois pas trop mal, & que je ne croyois pas encore l'avoir oublié; tant mieux, me dit-il, mais ne me tromperas tu point, car quand on a une maîtresse il est bien rare qu'on ne lui sacrifie pas son Maître dans l'occasion. Je lui répondis que cela arrivoit quelquefois, mais non pas à un honnête homme; d'ailleurs qu'il falloit que ce fut une maîtresse aimée, mais que quand elle ne tenoit pas plus au coeur que me faisoit celle-là, ni le maître ni même le moindre ami, n'avoit rien à apprehender, que je ne l'avois jamais veuë pour m'en faire une attache, mais par un simple amusement; que quand on en étoit sur ce pied-là avec une personne, on demeuroit toûjours avec elle le maître de son secret; qu'ainsi si elle ne savoit le sien que par moi, il pouvoit conter qu'elle n'en seroit jamais plus instruite qu'elle le pouvoit être presentement. Il me répartit que puis que je ne l'aimois pas, il avouoit avec moi qu'il devoit mettre toute crainte bas, qu'ainsi j'eusse à lui écrire sans perdre de tems qu'elle eut à m'envoyer le passeport qu'elle m'offroit.

Je le fis d'abord que je l'eus quitté, & comme nous avions les mêmes sentimens elle & moy, & que nous ne songions qu'à nous tromper, elle ne perdit point de tems de sa part, pour m'envoyer ce que je lui demandois. Je la fus trouver le premier jour que j'eus son passeport, & jouant extrémement bien mon personnage auprès d'elle, j'en fis si bien l'amoureux qu'elle trouva qu'une absence de cinq semaines comme j'avois été, sans la voir, étoit un merveilleux secret pour rechauffer l'amant le plus froid. Cependant pour ne me point dementir de l'ardeur que je lui témoignois, je lui dis en confidence qu'avant qu'il fut peu j'esperois que nous nous reverions, sans qu'il fut besoin d'avoir recours à un passeport. Je n'en voulus pas dire davantage, sachant que si je ne disois ainsi les choses qu'à demi, elle n'en auroit que plus de curiosité de savoir ce que j'entendois par là. Cela ne manqua pas d'arriver. Elle me pria de m'expliquer mieux, & feignant de me repentir en quelque façon d'avoir trop parlé, je ne voulus jamais rompre le silence qu'elle ne m'eut fait serment qu'elle ne raporteroit jamais à personne 560 ce que je voulois bien lui dire pour lui marquer mieux la passion que j'avois pour elle. Je ne faisois pas trop bien de lui demander une chose comme celle là, moi qui me doutois qu'elle me tarderoit gueres à être parjure; mais enfin comme je savois que les grimaces sont souvent de saison, & que même elles font mieux réussir que tout le reste, je n'eus pas de peine à me deffaire des scrupules que je pouvois avoir là dessus: la Dame me jura tout ce que je voulus, & je lui dis après cela que tels & tels Presidens & tels & tels Conseillers avoient promis à Mr. le Cardinal d'être dans ses intérêts au préjudice de toutes choses, qu'on leur avoit promis des benefices à la plupart pour leurs enfans, & que cela s'executeroit d'abord qu'il viendroit à en vaquer; que moyennant cette recompense ils avoient promis de quitter Paris incessamment, & de se retirer à Montargis où le Roi avoit transféré leur compagnie par une Declaration; que ceux qui y resteroient seroient en petit nombre après cela; de sorte qu'il ne seroit pas difficile à son Eminence de les abbatre: d'ailleurs, que le peuple qui se plaignoit déja d'eux les tourneroient bientôt en ridicules, voyant que la plus saine partie de leur Compagnie les auroit d'abandonnez, & que ce qui en resteroit dans la Capitale du Royaume ne meriteroit pas de porter le nom de Parlement.

La Dame goba d'autant plûtôt cette nouvelle, que tous ceux que je lui avois nommez étoient devenus suspects à leurs confreres, ils savoient effectivement qu'ils avoient fait quantité d'avances à la Cour pour embrasser son parti, & que si cela ne s'étoit pas encore conclu ce ne pouvoit être tout au plus, que parce que leurs demandes ne s'accordoient pas avec la gueuserie. Comme la plûpart des Provinces avoient part à la desobéïssance du Parlement, & qu'elles suivoient son exemple l'argent qui en revenoit étoit si rare, que bien loin de le pouvoir prodiguer, comme ils desiroient, on ne pouvoit jamais en être trop bon ménager. Aussi n'avois-je pas cru devoir avancer qu'ils eussent été gagnez par du comptant, ce que j'eusse dit se fut détruit par l'état presente des affaires, & il étoit bien plus à propos d'avoir recours, comme j'avois fait, à une chose sur laquelle on ne me pouvoit convaincre de mensonge. Le Mari à qui la Dame fit part de ce que je lui avois dit s'y laissa surprendre aussi-bien qu'elle, tellement qu'en ayant fait rapport à ceux de sa Compagnie qu il croyoit n'avoir aucune liaison avec la Cour, ils firent diverses assemblées entr'eux où ils n'eurent garde d'appeller ceux qui leur étoient suspects. Je n'avois pas nommé cependant à la Dame ceux qui le leur devoient être davantage, & qui recevoient effectivement des bien-faits de la Cour sans que personne en fut rien. Cela eut detruit la confiance qu'ils avoient en eux, & par consequent les services que ceux là rendoient, en affectant que tous les conseils qu'ils dormoient étoient uniquement par rapport aux interêts de la Compagnie, & au bien du Peuple. Quoi qu'il en fait cette finesse commençant à jetter de la division entre la plûpart, on pouvoit esperer d'en receuillir bien-tôt quelque fruit, quand le Duc de Beaufort qui s'étoit sauvé de prison depuis peu, & qui avoit embrassé le parti du Parlement tâcha de réparer le faux bruit qui couroit de la defection de tous ces membres. Comme il ne pouvoit pardonner au Cardinal tous les maux qu'il lui avoit fait souffrir, il ne pouvoit entendre sans horreur qu'on voulue se raccommoder avec lui: ainsi prenant soin de justifier ceux que j'avois tâché de noircir, je courais grand risque de voir toutes mes esperances renversées, quand le hazard plûtôt que le reste réunit les esprits au moment qu'ils paroissoient se brouiller de nouveau tout autant qu'auparavant.

Le mauvais état des affaires des parisiens ayant obligé le Parlement d'envoyer demander du secours aux Espagnols, l'Archiduc Leopold, qui commandoit dans les Païs-Bas, crut non seulement devoir en promettre à celui qu'il avoit envoyé vers lui; mais encore lui écrire une lettre de sa propre main pour marquer qu'il pouvoit s'y assurer. Un de ses Gentilhommes là lui apporta de sa part, & la Cour en ayant nouvelle, & même que cet Archiduc devoit entrer lui même en personne en France pour faire lever le blocus de Paris, la Reine Mère qui avoit toujours paru ferme dans la resolution de punir cette grande Ville, changea tout d'un coup de sentiment par le peril qui la menaçoit. Elle crut, avec raison, que ce Prince qui avoit déja proffité de nos desordres en reprenant en Flandres quantité de bonnes Places, pouroit bien y joindre en passant celles qu'il trouveroit à sa devotion, soit sur la Frontiere de Picardie ou même dans le coeur du Royaume; ainsi la nécessité l'obligeant de se relâcher de la fierté, elle envoya un Heraut d'armes pour proposer quelque accommodement au Parlement. Je ne sçais à quoi son conseil pensoit d'envoyer ainsi un Heraut d'armes aux sujets du Roi, puis qu'ils ne s'envoyent jamais que de Souverain à Souverain. Mais la crainte que l'on avoit de la venuë de l'Archiduc avoit tellement troublé la cervelle à la plûpart, qu'ils ne sçavoient plus ce qu'ils faisoient. Ce Heraut s'étant presenté à la Porte St. Honoré avec sa cotte d'armes, & son bâton, on en donna avis à cette Compagnie qui ne s'assembloit plus comme de coutume pour vaquer aux affaires des particuliers, mais seulement à celles qui avoient du rapport à elle, ou à l'Etat en general. Comme elle étoit toûjours divisée entr'elle, & que ceux qui étoient bien intentionnez pour la Cour ne cherchoient qu'à ramener les autres à leur sentiment, ils prirent cette occasion aux cheveux pour les faire revenir de leur devoir. Ils leur répresenterent qu'ils avoient tout tant qu'ils étoient déja donné assez à mordre sur leur conduite, en envoyant demander du secours aux ennemis de l'Etat, sans s'attirer encore de nouveaux réproches; que s'ils recevoient ce Herault, ce seroit donner lieu à leurs ennemis de les accuser comme ils faisoient déja de vouloir s'ériger en Souverains; qu'ainsi il falloit le renvoyer, & faire sçavoir à cette Princesse que s'ils ne l'avoient pas receu ce n'étoit que parce qu'ils n'étoient pas si criminels qu'on tâchoit de les faire passer dans son esprit.

Le Parlement trouva ce conseil tout à fait honnorable pour lui, & cet avis ayant passé à la pluralité des voix, il envoya les gens du Roi pour faire part à la Reine du sujet pour lequel on avoit renvoyé ce Herault. Il y avoit parmi ces Deputez des gens bien intentionnez pour la paix, & comme cette soumission étoit du goût de la Cour, & qu'elle vouloit s'affranchir de la crainte qu'elle avoit de la venuë de l'Archiduc, elle leur proposa une conference pour terminer à l'amiable les differens qui divisoient les esprits. Ils ne purent l'accepter de leur chef, quelque bon dessein qu'ils en pussent avoir. Il falloit qu'ils en fissent rapport auparavant au Parlement, & l'ayant fait en des termes qui marquoient que s'ils en étoient crus ou proffiteroit bien-tôt de la disposicion où la Reine Mere étoit de leur pardonner, leur avis fut suivi d'un consentement unanime. On convint de parr & d'autre que l'on s'assembleroit à Ruel pour y examiner toutes choses. Le Parlement y envoya des Deputez, & le Cardinal Mazarin y étant allé lui même de la part de la Cour, le Duc d'Orleans honora ces conferences de sa presence. Enfin après bien des contestations la paix fut concluë entre les deux partis. Mais elle fut de peu de durée, desorte que devant qu'il fut peu la guerre civile se ralluma si fortement que tout ce que l'on avoit veu jusques là n'étoit rien en comparaison de ce qui se vit alors.

FIN.

Illustration from Mémoires de Mr. d'Artagnan

TABLE DES PRINCIPALES MATIERES Contenuës dans ces Memoires. A. Agnan (S.) Capitaine des Gardes du Duc d'Orleans. 400 Aire pris par les François. 130 Le Cardinal Infant tâche de le reprendre. 151 Angleterre (Reine d') refugiée en France. 262, 527 Angleterre (Roi d') 506 Prisonnier 506, 527 condamné à mort & executé. 518 Anglois, leur caractére. 252, 253, 261, 263, 268 Anguien (le Duc d') 137 Veut secourir Rocroi. 239 Gagne la Bataille de Rocroi. 242 Va sur les frontieres de Lorraine, prend Thionville. Affaire qui lui arrive au Palais d'Orleans. 399 Ce qu'on dit de lui à l'affaire de Nortlinguen. 404 S'acommode arec le Duc d'Orleans. 421 Assiege Dunkerque. 456, 458 Prend cette Place. 461 Prend le nom de Prince de Condé. 474 Ce qu'il fait aux guerres de Paris. 547, 549 Bon mot de ce Prince. 551 Ses entretiens avec le Cardinal Mazarin. 551 Aramis. Mousquetaire Bearnois. 14, 266, 269, 347 Arras, assiegé. 69 Ce que disoient les Assiegez en raillant les François. 70, 71 Demande à capituler. 84 S. Preuil en est fait Gouverneur. 90 Artagnan. Sa famille, 1 Est Bearnois. 2 Né d'un pere pauvre. Part du Bearn: avis que son pere lui donne en partant. 4 Querelle qu'il a avec un Gentilhomme entre Blois & Orleans. 5 Est mis en prison. 7, 8 En sort. 10 Arrive à Paris. 13 Se bat. 20, 21 Blesse son homme, sa générosité. 22 Le Roi le veut voir. 26 Un Garde du Cardinal le traite d'Aprentis Mousquetaire. 30 Se bat avec ce Garde & le blesse. 31 Le Roi lui parle & le fait mettre Cadet aux Gardes. 50 Lui donne cinquante Loüis. 51 Cherche à se batre avec le Gentilhomme avec lequel il y a eu querelle. 102 Se rend amoureux d'une Hotesse. 105 Le Gentilhomme le veut faire assassiner. 104, 113 Les Assassins sont pris. 119 Joue & gagne. 114 Ce qui se passe avec son Hôtesse. 127 Va en Campagne. 149 Revient. Ce qui se passe après son retour avec sa Maîtresse. 162, 164, 167 Le Mari le surprend avec sa femme & lui lâche un coup de Pistolet. 167, 168 Ce qui arrive au Mari. 170, 173, 174 On lui défend de voir sa Maitresse. Il la voit. 175, 200 Ce que fait le Mari. 200, 201 Est surpris par le Mari avec sa Maîtresse. 204 Saute d'une fenêtre. 205 Comment il se tire de cette affaire. 207 Obtient un Decret contre le Mari & le fait emprisonner. 210 M. de Treville lui fait une Mercuriale. 213, 215 Promet de ne plus voir cette femme. 217 Ecrit à cette femme, qui lui fait réponse. 218 Cette femme le fait insulter par des Suisses. 222 Est blessé. 223 Fin de cette amourette. 224 Va en Angleterre. 250 Se trouve à une Bataille. 256 Retourne à Paris. 262 Est appellé en duel par un Anglois. Reçoit un billet d'une Angloise. 262 Fait demander la vie à l'Anglois. 270 Reçoit un second Billet de l'Angloise. 272 Se rend amoureux de cette Angloise. 274 En est maltraité. 276 Rend service au frere de l'Angloise. 279 La femme de Chambre de l'Angloise se rend amoureuse de lui. 286 Avantures qu'il a à ce sujet. 287, 307, 309, 312 Couche avec l'Angloise par un plaisant stratagème. 312 Suite de l'avanture. 314, 315 Malice que lui fait la Femme de Chambre, avanture plaisante. 318, 322, 323 Lettre qu'il écrit à l'Angloise. 316 En obtient les dernieres faveurs volontairement. 333, 346 On veut l'assassiner. 346 Suite de cette affaire. 348, 349 On lui refuse une Casaque de Mousquetaire. 361, 362 Entre dans les Mousquetaires. 378 Se rend amoureux d'une Dame. Caractere de cette Dame. 382 Les Domestiques de cette Dame lui rendent de mauvais offices. 385, 387 Gagne dans une seance neuf cent Pistoles. 394 Fait la Campagne en Flandres. 420, 421 Ce qui lui arrive au Siege de Bourbourg. 401 Se rend encore amoureux. 413 Une Dame lui écrit une Lettre. 491 Ce qui lui arrive dans cette occasion. Fait une autre Campagne en Flandres 420, 421 Est appellé auprès du Cardinal Mazarin pour Gentilhomme. 425 Malheurs qui lui arrivent. 426 On le veut encore assassiner. 432 Sa Maîtresse empoisonne son Mari 433 Elle se remarie. Fait une autre Maîtresse. 441 Histoire de cette Maîtresse. 441, 453, 454 Se veut marier avec Madame de Miramion. 455, 462 Tire cette Dame des mains de Bussi Rabutin qui l'avoit enlevée. 465 Son état chez le Cardinal. 468, 472 Entre dans les Barricades de Paris. 478, 480 Ce qu'il y fait. La même Ce qui lui arrive à ce sujet. 486 On veut l'assassiner encore. 495 Mauvais office que lui rend un de ses Camarades. 498 Le Cardinal lui fait mauvaise mine. 498, 499 L'envoye en Allemagne vers les Plenipotentiaires pour la Paix. 504 Passe en suite en Angleterre. 506, 509 Ce qui lui arrive en son voyage & sur mer. 510, 517 Reçoit un coup de bâton dans le Vaisseau. 517 De quelle maniere il se menage en Angleterre. 522 Cromwel lui fait present d'un Diamant. 522 Part sans rien dire, d'Angleterre. 523 On le poursuit. 524 Arrive à Paris. 527 Le Cardinal le renvoye en Angleterre. 534 Caresses que lui fait Cromwel. 535, 537 Est traité par les Confidens de Cromwel, il les traite. 539 Maneges qu'il fait en Angleterre. 539, 540 Retourne à Paris, où il est mal recompensé par le Cardinal. 540 Est fait Lieutenant aux Gardes. 556 Ses intrigues pendant les troubles de Paris. 558 Athos, Mousquetaire Bearnois. 14, 167, 168, 347 Avantures. 5. 105 & suiv. jusqu'à 224, 264 & suivantes jusqu'à 346, 382, 405, 441, 448, 455, 486, 510, 291 Voyez Meuniere. Portraits. Aumont (le Maréchal d') 364 Autorité absoluë en France, son commencement. 160, 161, 176, 178 B Baiette (Fort de la) pris par le Maréchal de Gassion. 363 Bapaume assiegé par le Maréchal de la Meilleraye. 154 Baricades de Paris. 478, 496, 528, 548 Bassompierre (le Maréchal de) sort de la Bastille, après la mort du Cardinal de Richelieu. 199 Bataille de Rocroi. 142 Entre le Roi d'Angleterre & les Parlementaires. 261 Baumont, Gouverneur de Bologne, son caractère. 526 Bearnois, leur caractère. 2, 9 Beaufort (le Duc de) 246 Arrêté. 249 Sort de prison. 562 Beauvais (l'Evêque de) 238 Chassé de la Cour. 244 Beauvais (la) Femme de Chambre de la Reine. 227 Bedfort (le Comte de) 252, 253 Bernajoux Capitaine du Regiment de Navarre blessé par d'Artagnan. 20, 22 Besmaux, Cadet aux Gardes, se fait apeller Montlesun. 58, 59 Son caractère. 55 Fait faire un Baudrier en Broderie qui n'a point de derriere. 61, 63, 64, 68 Sa fortune. 395, 425, 452, 456, 468, 472, 545 Biscarat, creature du Cardinal de Richelieu. 20 Bouillon (le Duc de) a des engagemens avec les Espagnols. 133, 134, 136, 139 Met le Siege devant Damvilliers, le Roi lui pardonne. 154 Entre dans la Conspiration de Cinqmars. 187 Est arreté. Donne Sedan pour racheter sa vie. 196 Est declaré Prince. 354 Bourbourg assiegé par les François. 405 Boisdauphin (le Chevalier de) 291 Voyez le Comte de Laval Bouvard Medecin du Roi, ignorant. 48, 49, 52, 55 Brancas (le Comte de) 548 Bresé (le Maréchal de) son caractère. 141 Enleve une femme dont il fait tuer le mari. 142, 154 Méchant Office qu'il rend à S. Preuil. 158 Bresé (le Duc de) sa mort. 458 Breuil Maison de plaisance de l'Electeur de Cologne. 515 Brie Comte-Robert. 554 Briqueville, Mousquetaire. 165, 168 Broussel. 477, 514 Bussi Rabutin, son Caractére, enleve Madame de Miramion qu'Artagnan delivre. 463 C. Cahusac, creature du Cardinal de Richelieu. 20 Campagnac, Gentilhomme Domestique du Duc de Bouillon fait un Traité avec le Cardinal Infant. 138 Capelle (le Fort de la) pris par le Marêchal de Gassion. 363 Cardinal Infant. Veut faire lever le Siege d'Arras. 69 Attaque un Fort. 78, 79 Le prend, on le reprend sur lui. 81 Le reprend, & est obligé de le quitter encore. 83, 151, 152, 236 Carmain (le Comte de) sort de la Bastille après la mort du Cardinal de Richelieu. 199 Cavois Capitaine Lieutenant des Mousquetaires à pied du Cardinal de Richelieu. 36, 45 Caractére de sa femme. 46 Disgrace de Cavois auprès du Cardinal. Sa femme, lui fait faire le malade. Ce que produit cette supercherie. 45, 46, 52, 54 Champfleuri, Capitaine des Gardes du Cardinal Mazarin 501, 503 Chancellier de France, son caractére. 230 Chanleu. 550, 551 Charenton attaqué, pris. 548, 551, 551 Châteauneuf, Garde des Sceaux. 247, 248 Châtillon (le Maréchal de) 81, 82, 152, 153 Son caractére. 142 Bon mot de ce Maréchal. 552 Châtillon (le Duc de) 474, 549, 551 Châtre (M. de la) arreté. 248, 249 Chavigny. 195, 224 Est acusé d'aimer la Reine. 225 Le Cardinal Mazarin empêche qu'il ne se racomode avec elle. 227 Se racomode avec le Duc d'Orleans. Ce qu'il fait contre la Reine. 228, 231, 235 On lui ôte sa Charge. 244 Avoit retiré chez lui le Cardinal Mazarin. 249 Chevreuse (Madame de) son caractère. 246 Christine, Reine de Suède. 506 Cid. 507 Cinqmars, fils du Maréchal Deffiat, favori de Loüis XIII. 178, 179 Veut faire assassiner le Cardinal de Richelieu. 180, 183 Le veut tuer lui-même, & fait faire un Poignard pour cela qu'il porte pendu au pommeau de son épée. 184 Sa Conspiration. 187 Sa dissimulation, ses artifice pour perdre le Cardinal. 188 Persiste dans sa Conspiration. 190 Empêche le Roi d'aller trouver le Cardinal. 193 Est arrêté, perd la tête. 195 Coaislin (le Chevalier de) 248 Colonel, à qui l'on fait essuyer une mortification. 72 Combat entre deux Barques qui poursuivent d'Artagnan. 524 Condé (le Prince de) pere d'Anguien. 397 Sa mort. 474 Condé. (le Prince de) Voyez Anguien. Confesseur (mot dit à un) 439 Confesseur de Louïs XIII. 234 Conti, Le Prince de Conti. 532, 533 Couilloure pris par le Maréchal de la Meilleraye. 187 Courtrai. 428, 432, 475 Couturière (avanture d'une) avec d'Artagnan. 486 Cox, Anglois. 264 Cromwel. 507 Son caractère. 508, 522, 534 Ses confidens 538 D. Damvilliers, repris par les François. 154 Danneveu, Mousquetaire. 84 Delpont (le Comte) 428, 432 Desnoyers, Secretaire d'Etat. 155 Méchant office qu'il rend à S. Preuil 157, 224, 233 Est disgracié. 234 Dissimulation nécessaire à un Ministre Public. 536 Ducs. 533 Dunkerque. 456, 459, 461 E. Espar (d'). 178, 179 Eperons (Journée des). 192 Essor (des) Capitaine aux Gardes. 50, 365, 406 Essex (le Comte d'). 255 Evremont (S.) 456, 459 F. Fabert (M. de) Sa mine. 17 S'oppose au Maréchal de la Meilleraye. 144 Son caractére. 195 Est pourvu du Gouvernement de Sedan. 361 Passe pour avoir un Genie. 510 Sa politique à l'égard du Cardinal Mazarin. 511 Feuillade (le Duc de la). 544 Folquin (le Fort de S.) pris par le Maréchal de Gassion. 363 Fondreville, Gentilhomme Normand. 259, 261 Fontaine (le Comte de). 237 Est tué à la Bataille de Rocroi. 243 Fontrailles, ami de Cinqmars, ce qu'il fait. 187, 194, 195, 196 François, leur caractére. 358, 359 G. Gassin. 240, 242, 353, 363, 430 Germain (S.) en Laye. 530 Gléen (le Général). 404 Grancé. (le Comte de). 364, 365 Grandier jugé par des Commissaires. 160, 161 Grammont (Mot du Maréchal de) 355 Est fait prisonnier. 403, 476 Gravelines. 362 Attaqué par les François. 369 Se rend. 377 Guébriant (le Maréchal de) prend Rotwiel, & est tué deux jours après. 250 Guisant. 475 H. Hallier (M. du) Maréchal de Camp. 74, 83 Harcourt (le Comte d') 250, 252 Les Anglois le méprisent. 254, 256 Harrisson, Colonel. 538 Heraut d'Armes envoyé par la Reine au Parlement de Paris. 563 Hoca (Jeu de) chez le Cardinal Mazarin. 356 Homme n'est jamais content. 546, 548 Honrecourt (la défaite de). 192 Hôpital (le Maréchal de l'). 237, 240 J. Jalousie, son caractére. 166 Jalousie des Mousquetaires & des Gardes du Cardinal de Richelieu. 14, 25 Importans (Cabale des) 249 Italiens, leur caractére. 358, 537 Jussac. 16 Commandant dans le Havre de Grace. 18, 23 L. Lambert (le Colonel). 538 Laval (le Comte de) Histoire de son Mariage. 291, 292 Fait un appel à Treville. 301, 303 Est blessé au Siege de Dunkerque. 459 Sa mort. 461 Lauberdamont, Chef des Commissaires dans l'affaire de Grandier. 160 Leide (le Marquis de) 456, 459 Lens pris par les François. 152 Leopold (l'Archiduc) 562 Lerida. 474 Lettres d'une Angloise à d'Artagnan. 264, 272 Lettre d'Artagnan à l'Angloise. 227 Lettres de la même Angloise au Marquis de Wardes que reçoit d'Artagnan. 315 Lettre d'Artagnan à la même. 326 Lettre du Cardinal Mazarin. 371 Lettre de la femme d'un Partisan à d'Artagnan. 416 Longueville (le Duc de). 532 Loudun (Religieuses de). 160 Loüis XIII. Son caractére. 131, 171, 182 Va en Roussillon. 183, 185 Suite de son caractére. 186 Prend ombrage de la puissance du Cardinal de Richelieu. 199 Fait des reflexions sur la mort. 226 Chasse son Confesseur. 234 Chasse Desnoyers. La même. Fait dresser une Declaration pour être executée après sa mort. 235 Meurt. 238 Loüis XIV. (Mot de) au sujet des Protestans de son Royaume. 44, 45 On lui donne pour Gouverneur le Marquis de Villeroy. 423 Sort de Paris avec la Reine, sa mere. 530 Luc (Madame de S.) raillée & insultée par le Cardinal de Richelieu. 199 M. Mainville. 367, 369 Mainvilliers. Cadet aux Gardes. 61, 63, 68 Malmey (le Colonel) 538 Manchini. 379 Mardik pris par les François. 405 Repris. 422 Marillac (le Maréchal de) condamné par des Commissaires. Premier pas de la Cour de France au Gouvernement Souverain. 160, 161 Marsac. 470 Maulevrier (le Comte de) 471 Maurice, Prince Palatin. 251 Mazarin (le Cardinal) sa fortune. 197 Installe M. de Fabert dans son Gouvernement de Sedan. 198 Son caractére. 226 Sa Politique. 226, 227 Fait l'amoureux de la Beauvais, Femme de Chambre de la Reine. 227 Ses adresses. 232 Est fait Premier Ministre. 244 Avoit été pauvre. 245 Etudie l'inclination des Grands. 356 Officiers de sa Maison. 357 Son avarice. 357 Sa fourberie. Apprend aux François à être fourbes. 358 Eloigne de la Cour les Princes. 359 Ce qu'il fait au Maréchal de la Meilleraye. 374 À Treville. 379 Suite de ce qu'il fait. 396, 401, 422, 456, 458, 461, 472, 473 475 On veut l'assassiner. 480 Change de politique. 504 Empêche que la Paix qui se négocie à Munster ne se fasse. 503 Veut perdre Fabert. 511 Donne ordre de jetter en mer un homme qui étoit venu débaucher le Parlement de Paris. 525 Fait sortir de cette Ville le Roi, & la Reine vierge. 530 Le Parlement donne un Arrêt, où il est declaré ennemi de l'Etat. 531, 532 Comment il traite d'Artagnan. 540 Suite de son caractére. 542 Son barragouin. 543, 553 Ses bassesses. 547, 553 Meilleraye (le Maréchal de la) se brouille avec S. Preuil. 143, 145 Assiege Bapaume. 154 Méchant office qu'il rend à S. Preuil au sujet de la Garnison de cette Place. 157 Il l'arrête. 158 Assiege Perpignan. 186 Prend Couilloure. 187 Prend Perpignan & Salée. 197 Est appellé Preneur de Places. 363, 370, 373, 374 S'attire le Cardinal Mazarin. 376, 424, 433 Melton (Di Francisco de) 137 Assiege Rocroi. 239 Va à la rencontre du Duc d'Anguin & lui livre bataille. 242 Melun. 553 Merci (le Général) bat M. de Turenne. 401 Et tué. 404 Meuniere dont S. Preuil se rend amoureux. Avanture. 91, 93, 98, 99. 159 Miledi 264, 265, 273 Ses avantures avec d'Artagnan. Son portrait. Est fille d'un Pair d'Angleterre. 275 Sa bizarrerie à l'égard d'Artagnan. 276, 277, 283, 285 Se rend amoureuse du Marquis de Wardes. 287, 307, 309 En croyant donner rendévous à ce Marquis pour passer la nuit avec elle, le donne à d'Artagnan. 312 Suite de cette avanture. 314, 315 Ecrit à d'Artagnan en croyant écrire à de Wardes. 315, 322 Ce que lui fait faire le depit contre ce Marquis. 328 Accorde Volontairement à d'Artagnan les dernieres faveurs. 333 Suite de cette avanture. 337, 338, 345 Miramion (Madame de) enlevée. 462, 464 Sa retraite. 472 Mole (le President) 496 Montbron. 471 Montlesun. 59 Montigré, Gentilhomme qui rend de grands services à d'Artagnan. 12 Munster (Paix de) 506 N. Nantia 470 Navailles (M de) 541 Nogent (le Comte de) Comte de nouvelle impression. Son caractére. 87, 88 Noudancour (le Maréchal de la Mothe) 533 Nortlinguen. 403, 404 O. Officiers Généraux, quand ils étoient étrangers, n'avoient point en France le commandement des troupes qui leur appartenoient. 80 Orbitelle. 422 Orleans (le Duc d') 231, 232, 363, 396, 404, 421, 431, 552, 564 Orondate (le Marquis de Villars) 415 Osnabruk 506 P. Paix entre le Parlement & la Cour de France. 565 Paris bloqué. 548, 552, 555 Parlement de Paris. 475, 530, 563, 564 Pere. La plupart des peres offrent à Dieu le recut de leurs familles. 3 Perpignan albergé par les François. 186 pris. 197 Philipes (Fort S.) Abandonné par les Espagnols. 365 Picolomini 370, 377, 405 Piombine pris par les François. 424 Plessis (le Maréchal du) 458, 554 Portolongone pris par les François. 424 Porthos, Mousquetaire Bearnois. 14, 163, 347 Portrait (avanture sur un) 410 Pradel (M. de) 471 Preuil (S.) est fait Gouverneur d'Arras. Son caractére. 90 Se rend amoureux d'une Meuniere. 91 La gagne. 93 La tient cachée. 96 Present qu'il fait à son mari. 98 Lui fait voir sa femme. 99 Traverses qui lui arrivent. 144 Joüe à la paume avec le Duc de Bresé. 146 Se fait ennemi de Desnoyers. Donne des coups de canne à un Commissaire des vivres. 155 Facheuse rencontre qu'il a au sujet de la Garnison de Bapaume. 156 Est arrêté par le Maréchal de la Meilleraye: ce qu'il dit à cette occasion. 158 Des Commissaires travaillent à son Procés à Amiens. 160 A le cou coupé. 161 R. Rantzau (le Comte de) adonné au vin. 78, 79, 80, 363, 430 Reine (la) Epouse de Loüis XIII. son caractére. 226, 228 Son portrait. On la fait visiter par le Chancelier pour voir si elle a des lettres. 230 Elle est avertie de ce que Chavigni trame contre elle. 231 Est declarée tutrice des Princes ses enfans, avec un Conseil. 235 Richelieu (le Cardinal de) Réponse brutale qu'il fait au Roi. 86 Lui en demende pardon. 90 Sa politique. 131 Son caractére 176 Ce qu'il fait pour établir l'Autorité absolue en France. 160, 161, 176, 178 Cinqmars le veut assassiner. 180 Fait son Testament croyant mourir. 185 Guerit. 186 Ombrage que prend Loüis XIII. à son égard. Allarmé. 189 Se retire à Tarascon. 190, 191 Son adresse pour se rendre nécessaire au Roi. 191, 192, 193 Va trouver ce Prince. 194, 196 Sa maladie, sa mort. 196, 197 Bienfaits du Roi à sa famille. 198 Ce Cardinal faisoit des railleries & des insultes à ceux qu'il opprimoit. 199 Riviere (l'Abbé de la) 350 Robert (le Prince) 251 Rocroi assiegé par les Espagnols. 239 Bataille de Rocroi. 242 Rosant, Gentilhomme qui maltraite d'Artagnan. 7, 102, 103, 104, 113, 119 Rotondes. 20 Rotwiel pris par le Maréchal de Guebriant. 250 Rottembourg pris par les François. 402 Roure (le) Faux bourg de Paris. 355 S. Salée pris par le Maréchal de la Meilleraye. 197 Sac de Gand pris par les Hollandois. 378 Schomberg (le Maréchal de) se lie avec Cinqmars. 186, 187, 195 Selle (la) Lieutenant. 367, 368 Servient (M.) son caractére. 505 Soissons (le Comte de) 135 Mécontent du Cardinal de Richelieu. 135, 136 Sa mort, & ce qu'on en dit. 153, 249 Soucariere, Bâtard du Duc de Bellegarde. 224 Spinola (le Marquis de) pris pour le Comte de Laval. 293, 294 Straatman, Suisse épousé* ** ** de d'Artagnan. 224 Suse (le Comte de la) 395 T. Tellier (M. le) fait secretaire d'Etat. 234, 478 Thionville pris par le Duc d'Anguien. 250 Thou (M. de) Conseiller d'Etat, conseil qu'il donne à Cinqmars. 190 Est arreté & perd la tête. 196 Tour (M. de la) est fait Gouverneur d'Arras. 159 Tourville (le Baron de) 457, 459 Tremblas (M. du) 502 Treves, Ville très ancienne. 554 Treville, ou Troisville, histoire de ce Gentilhomme. 2 Histoire de ses fils. 3 Tire d'Artagnan d'une affaire. 25 L'amene au Roi qui souhaite de le voir. 26, 121 Mercuriale qu'il lui fait: son caractére. 170 Lui rend un bon office. 171, 174 Donne sans reflexion dans la vûë de Cinqmars, qui veut tuer le Cardinal de Richelieu. 181, 182 Affaire qu'il a avec le Chancellier. 299 Avec le Cardinal Mazarin. 379, 425 Trimouille (le Duc de la) son caractére. 43, 44 Turenne (Vicomte de) fait l'amoureux d'une des parentes du Cardinal de Richelieu. 139 Son caractére. 140 Est fait Maréchal de France. 354, 401 V. Vergne (la) 470 Villeguises (le Marquis de) 464 Voilerons (le Marquis de) Gouverneur de Louïs XIV. 423 Voleurs protegez par le Lieutenant Criminel de Paris. 208 W. Wardes (le Marquis de) 287, 289 Wimphem pris par les François. 402 Fin de la Table.

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