ACTE III.
Reading edition
SCENE PREMIERE.
LE CID.
[Sortant de l'appartement de Chymene.]
Ouy, Chymene: vivez en repos desormais, Rodrigue asseurément ne vous verra jamais, Jamais doresnavant sa presence odieuse N'aura plus le mal-heur de vous estre ennuyeuse, Vous voulez qu'il endure, il est prest à souffrir: Et s'il ne sçait vous plaire il sçaura bien mourir. Quoy! Chymene bons Dieux! me traitter de la sorte? S'armer à mon abord d'une rigueur si forte Mespriser mes devoirs, tenir indifferens Les soins & les honneurs qu'aujourd'huy je luy rens: Ah! cette cruauté n'est pas imaginable! Il est vray toutesfois que je suis miserable, Et que par le malheur de mon triste retour Je bannis de ces lieux la douceur & l'amour. Ah! que ne suis-je mort au milieu des batailles Toute une armee en deuil eust faict mes funerailles: Je serois glorieux & j'aurois le bon-heur D'avoir finy mes jours dedans le lict d'honneur, Chymene en cet estat m'eust trouvé plein de charmes Et mon sort de ses yeux auroit tiré des larmes Au lieu que retournant icy victorieux, Quand chacun me cherit je luy suis odieux: Mais tant qu'il vous plaira faites de l'inhumaine, Je ne vous verray plus rigoureuse Chymene, [Il se promene en levant.] Ouy, vivez en repos & croyez desormais Que mon funeste abord ne le rompra jamais.