PREMIÈRE PARTIE Le Pays (continued 2)
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Si la région saharienne du Haut-Sénégal-Niger est pauvre en eau, elle est par contre assez riche en sel : c’est elle surtout qui a alimenté le pays des Noirs de ce précieux aliment jusqu’au jour où le perfectionnement de nos moyens de transport nous a permis d’amener sur les marchés du Soudan du sel des îles du Cap Vert ou d’Europe en état de concurrencer le sel saharien. Ce dernier provenait autrefois surtout des salines d’Aoulîl, situées dans le Trarza actuel, près du rivage de l’Atlantique, au Nord de Biakh, et des mines de Teghazza, ces dernières situées à 120 kilomètres environ au Nord-Nord-Ouest de Taodéni ; le sel d’Aoulîl était apporté, moitié par bateaux remontant le cours du Sénégal, moitié par des caravanes qui gagnaient le Sahel en traversant le Tagant. De nos jours, le sel vient surtout au Soudan des carrières de Taodéni, qui ont remplacé celles de Teghazza, par la voie d’Araouâne, et des salines d’Idjil, situées au Nord de l’Adrar Mauritanien, par la voie de Tichit ; on importe aussi, mais en quantités bien moins considérables, du sel récolté dans un certain nombre de mares du Hodh, dont l’une des plus importantes se trouve près de Tichit même.
On a souvent prétendu que le Sahara soudanais était autrefois mieux arrosé et par suite plus fertile qu’il ne l’est à l’heure actuelle : cette hypothèse n’est pas invraisemblable, surtout si l’on admet que le Niger de Pline et de Ptolémée tirait réellement de l’Atlas marocain une partie appréciable de ses eaux, ce qui d’ailleurs est loin d’être démontré. Mais il est fort probable que depuis fort longtemps, depuis sans doute le commencement de notre ère et peut-être beaucoup plus tôt, l’aspect général du Sahara ne s’est pas modifié d’une façon sensible. Au temps d’Hérodote, c’est-à-dire plus de quatre siècles avant J.-C., cette partie de l’Afrique brillait déjà par l’absence d’eau et de végétation, puisque cet auteur nous dit qu’au Sud des côtes maritimes de Libye « on rencontre la Libye peuplée de bêtes féroces, au delà de laquelle est une élévation sablonneuse qui s’étend depuis Thèbes en Egypte jusqu’aux colonnes d’Hercule. On trouve dans ce pays sablonneux, environ de dix journées en dix journées, de gros quartiers de sel sur des collines[31] ; du haut de chacune de ces collines, on voit jaillir, au milieu du sel, une eau fraîche et douce. Autour de cette eau, on trouve des habitants, qui sont les derniers du côté des déserts »[32]. Il convient de noter d’ailleurs qu’il ne s’agit dans ce passage que du Nord du Sahara, puisque Hérodote y place Aoudjila, Djerma (pays des Garamantes, Fezzan) et Ghadamès (pays des Atarantes). Quant au Sahara proprement dit, voici ce qu’en dit notre auteur : « Au dessus de cette élévation sablonneuse, vers le midi et l’intérieur de la Libye, on ne trouve qu’un affreux désert, où il n’y a ni eau, ni bois, ni bêtes sauvages ; on n’y trouve aucune humidité »[33].
La description d’Hérodote pourrait s’appliquer parfaitement à la partie du Sahara comprise entre les dernières oasis du Touat et Timiaouine, telle qu’elle se présente aujourd’hui à nos regards : si cette portion du désert n’a pas varié depuis plus de 2.300 ans, il n’y a guère de chance pour que la portion méridionale, celle que nous appelons le Sahara soudanais, ait varié de façon appréciable durant le même laps de temps. Quelques vallées ont pu être comblées par le sable, mais le régime des pluies doit être tel aujourd’hui qu’il a toujours été, et il me semblerait bien téméraire d’avancer que le Sahara soudanais possédait autrefois des rivières proprement dites et des forêts que les feux de brousse auraient fait disparaître.
Dans le Sahel même, la situation se présentait au temps de Yakout, c’est-à-dire il y a 700 ans, exactement telle qu’elle se présente aujourd’hui : cet auteur nous parle en effet de déserts sans eau qui s’étendaient entre la latitude de Oualata environ et les régions avoisinant le Sénégal où l’on allait acheter la poudre d’or récoltée dans le Bambouk, désert où la sécheresse était telle que l’eau s’évaporait dans les outres et qu’on ne pouvait vaincre la soif qu’en gavant de liquide, au départ, des chameaux haut-le-pied que l’on abattait ensuite pour boire l’eau infecte conservée dans leur estomac[34]. Je ferai même observer que les géographes arabes du Moyen-Age — notamment Bekri (XIe siècle) — nous signalent la présence du chameau notablement plus au Sud qu’on ne le rencontre de nos jours.
Que certaines régions du Sahara méridional, notamment dans le Tagant et le Hodh, aient été autrefois abondamment peuplées de Noirs sédentaires et agriculteurs qui avaient su, à force de travail, mettre ces régions en valeur, tandis que leurs successeurs, Berbères et Arabes, pasteurs ou pillards, les ont laissées retomber en friche, cela paraît incontestable ; que quelques provinces, à la suite d’une série d’années particulièrement sèches, aient été abandonnées par leurs habitants, cela est établi par de nombreuses traditions indigènes. Mais que la physionomie générale du pays ait sensiblement changé, quant à la rareté de l’eau et au peu d’exubérance de la végétation spontanée, depuis le temps de Yakout et même depuis celui d’Hérodote, cela me semble bien difficile à admettre.
Il est bien certain que des régions autrefois couvertes de forêts sont aujourd’hui dénudées : ce changement s’est produit en France, depuis le temps des Gaulois, et il continue à s’accentuer de plus en plus ; les mêmes raisons qui l’ont causé en France l’ont causé au Soudan. Ces raisons se ramènent à deux qui sont d’ailleurs connexes : l’accroissement de la population et le passage progressif de la vie sauvage des chasseurs à la vie plus civilisée des agriculteurs ; chaque fois qu’une fraction de population a dû, pour assurer sa subsistance, mettre en valeur des terrains fertiles mais encore vierges, elle a détruit la forêt. Les fameux incendies de brousse, qui ont été l’objet de tant d’anathèmes malgré leur utilité certaine, n’ont constitué à toutes les époques que l’une des manifestations du défrichement et l’une des plus inoffensives vis-à-vis de la végétation arborescente : la hache et la houe, en procédant au dessouchement des racines et à la mise à nu des roches et argiles improductives, ont eu un résultat autrement appréciable, et cependant nous ne saurions raisonnablement faire un crime aux Soudanais d’avoir transformé en champs producteurs les forêts stériles où leurs ancêtres menaient la vie sauvage et précaire des primitifs les plus lointains. Nous serions d’ailleurs mal venus à reprocher aux indigènes d’avoir déboisé pour vivre une partie du Soudan, nous qui, dans des proportions bien plus considérables mais heureusement dans des zones restreintes, avons déboisé en quelques années les rives du Sénégal et du Niger pour chauffer nos bateaux à vapeur, ainsi que le voisinage des voies ferrées et des villes créées par nous, pour construire nos établissements, fabriquer nos meubles et entretenir nos feux de cuisine.
CHAPITRE V[35]
Climatologie
Régions climatériques. — Les régions climatériques du Haut-Sénégal-Niger correspondent assez exactement aux régions naturelles dont je viens de donner une description rapide et approximative. Sans parler du Sahara pour le moment, il est incontestable que le climat de la région sahélienne diffère assez notablement de celui de la région soudanaise. D’une façon plus générale, on pourrait dire que le climat du Haut-Sénégal-Niger diffère à mesure qu’on s’éloigne davantage de l’équateur.
Dans le Sud de la colonie, les pluies sont plus nombreuses et plus abondantes et la saison des pluies dure plus longtemps ; comme conséquence de ce régime et du nombre plus grand des cours d’eau, l’air est en général plus chargé d’humidité, même lorsqu’il n’a pas plu depuis longtemps. D’autre part la température est plus constante d’un bout de l’année à l’autre et les écarts du thermomètre dans une même journée sont moins considérables. Les sautes barométriques sont par contre plus fréquentes et la moyenne des pressions est un peu plus faible ; les orages sont plus nombreux et plus violents, de même que les tornades accompagnées de pluie, tandis que les tornades sèches, ou ouragans de poussière, sont plus rares et plus bénignes.
Dans la région sahélienne, la saison des pluies est plus courte, les heures de pluie sont moins nombreuses et la quantité d’eau tombée dans un temps donné est moindre en moyenne : l’air est donc plus sec, les glandes sudoripares fonctionnent plus facilement et la chaleur se supporte plus aisément. Il y a plus d’écarts de température, surtout durant la saison sèche, pendant laquelle le thermomètre atteint des maxima et des minima inconnus ou tout au moins exceptionnels dans le Sud ; d’autre part la moyenne thermométrique est plus élevée durant la saison des pluies.
Au Sahara, même là où existent des pluies annuelles, la période de pluie est d’une durée très faible — quelques jours seulement —, et, quelle que soit la quantité d’eau tombée, on peut dire que la sécheresse de l’air est extrême durant toute l’année. Les températures estivales sont fort élevées, mais par contre il existe un hiver appréciable et la pression barométrique est généralement constante.
Saisons. — La division de l’année en périodes climatériques est partout la même au Soudan et au Sahel, en ce sens que les mêmes périodes se succèdent dans le même ordre au Nord comme au Sud ; mais les dates auxquelles commence et finit généralement chaque période ne sont pas exactement les mêmes.
Ces périodes ou saisons sont au nombre de quatre : la saison froide ou saison sèche proprement dite, la saison chaude, la saison des pluies ou « hivernage » et la saison intermédiaire entre les pluies et le froid.
La saison froide dure à peu près trois mois : dans la région soudanaise, elle commence vers le 1er décembre pour se terminer à la fin de février. Le nom de « saison froide » appliqué à cette période n’est juste qu’en partie : c’est en effet l’époque de l’année où le thermomètre descend le plus bas (8°, 5° et même 2° centigrades au-dessus de zéro, selon les années et les régions), mais, sans atteindre les maxima de la saison suivante, il monte durant la saison dite « froide », même dans l’extrême Sud de la colonie, jusqu’à 30° et 35°. C’est pendant cette période que souffle l’harmattan, vent du Nord-Est venant du Sahara, qui est par excellence un vent desséchant, faisant jaunir et tomber les feuilles, écaillant la peau et gerçant les lèvres. En raison du rayonnement considérable causé par ce vent durant la nuit, la température est réellement froide le matin au lever du soleil ; mais elle s’élève rapidement et il n’est pas rare de constater un écart d’une trentaine de degrés centigrades entre 5 heures du matin et 2 heures de l’après-midi. Il serait par suite plus exact d’appeler cette période la « saison des nuits froides ».
La saison chaude qui la suit mérite complètement son nom : c’est, en effet, l’époque de l’année où le thermomètre descend le moins bas et où il monte le plus haut, en sorte que la moyenne de la température est plus élevée durant cette saison que pendant tout le reste de l’année. Il est rare que l’on constate moins de 18° lors de cette période à Bamako et on y lit souvent à la même époque des températures de 40° à 45°. Les maxima observés à Kayes et à Ségou sont plus considérables encore. En général cette saison est plus supportable dans l’extrême Sud du Soudan que dans la région sahélienne, mais elle est désagréable partout. Elle commence à peu près avec le mois de mars pour finir vers le 15 juin. Au début, elle se rattache encore à la saison sèche, mais le vent est presque nul et il ne se produit pour ainsi dire pas de rayonnement nocturne ; la température ne commence à s’abaisser un peu que vers minuit pour remonter dès 8 heures du matin et devenir accablante dans l’après-midi. Parfois, alors que l’atmosphère est la plus étouffante, le vent se met à souffler brusquement, venant de l’Est avec une extrême rapidité et une grande violence et des tourbillons de poussière rouge se précipitent en cyclone : ce sont les tornades sèches. Vers la fin de la saison chaude, ces tornades sèches sont en général suivies d’un violent orage et d’une pluie diluvienne mais de peu de durée, après laquelle il semble faire plus chaud encore qu’auparavant.
La saison des pluies ou « hivernage » commence en général dans la région soudanaise vers la mi-juin pour durer jusqu’à la fin d’octobre, avec une petite accalmie dans la seconde quinzaine d’août ; mais au Sahel elle se précise un peu plus tard et prend fin un peu plus tôt. Elle débute par des tornades pluvieuses amenées par le vent d’Est comme durant la saison précédente, mais qui ne sont pas toujours précédées de tornades sèches et qui se terminent par une pluie ordinaire, à la suite d’une saute de vent. A partir de juillet, on a des pluies de durée plus longue, par vent du Sud-Ouest, très souvent accompagnées de violents orages, surtout du 15 juillet au 15 août. Les pluies de septembre et octobre sont en général plus espacées, mais souvent plus fortes. C’est la saison durant laquelle les écarts de température sont le moins prononcés ; la moyenne thermométrique se tient en général aux environs de 22° ou 23°, avec 15° comme minimum et 30° comme maximum ; il arrive assez souvent que la température moyenne est un peu moins élevée au Soudan qu’en France durant les mois de juillet et août. Malgré cela, cette période est en général moins appréciée des Européens que la saison des nuits froides, en raison de l’état d’humidité de l’atmosphère, mais elle est certainement moins désagréable que la saison chaude de mars-avril-mai. Les indigènes au contraire redoutent la saison froide, pendant laquelle, faute de savoir se prémunir contre la fraîcheur des nuits, ils contractent fréquemment des affections de la gorge ou des poumons ; il convient aussi de noter que c’est durant la saison sèche que les maladies contagieuses, la variole principalement, exercent surtout leurs ravages, par suite de la plus grande facilité de propagation des germes morbides causée par la siccité de l’atmosphère.
Malgré la virulence des pluies qui tombent de fin juin à fin octobre, le Haut-Sénégal-Niger, même dans sa partie Sud, est loin d’être un pays à chaleur humide comme beaucoup de pays tropicaux : les pluies, en effet, durent rarement plus de quelques heures et il ne pleut pas tous les jours, même au cœur de l’hivernage. La chute d’eau annuelle oscille autour de 1 m. 50 à Bamako, 0 m. 75 à Nioro et 0 m. 50 à Niafounké.
La quatrième saison, très courte, dure environ un mois : novembre ; c’est une sorte de répit entre les dernières pluies et l’époque où souffle l’harmattan. Elle présente à peu près les mêmes inconvénients que la saison chaude : à vrai dire, la température est moins élevée, mais le vent est généralement faible ou absent, l’air encore humide ne se dessèche que lentement et la pluie ne vient plus rafraîchir l’atmosphère.
Au point de vue des aspects divers que revêt la nature selon les saisons, on peut observer entre le Soudan et notre pays une correspondance relative. Bien qu’on donne vulgairement le nom d’« hivernage » à la saison des pluies, cette dernière période n’a rien qui rappelle notre hiver ; au contraire la saison froide, dont la durée correspond à peu près à notre hiver, présente avec ce dernier de nombreuses analogies : arrêt de la végétation, chûte des feuilles, durcissement de la croûte terrestre, etc. Dès les premières tornades de la saison chaude se manifestent, vers la même époque que chez nous, les phénomènes qui caractérisent le printemps : les arbres se revêtent de feuilles nouvelles, l’herbe repousse et possède une belle couleur verte, les premières fleurs apparaissent. La saison des pluies est, comme notre été, la période de la maturité des grains et des fruits et celle des moissons, au moins pour une partie des céréales, tandis que la saison intermédiaire de novembre, marquant l’épuisement de la nature, correspond en partie avec notre automne.
Conditions générales du climat. — On a cru pendant longtemps que le climat soudanien devait être plus agréable et plus sain aux altitudes élevées que dans les régions basses ; il est possible en effet qu’il en soit ainsi en théorie, mais dans la pratique, si les sommets — d’ailleurs modestes — du Soudan sont dans de meilleures conditions d’aération, il s’ensuit d’abord qu’ils sont plus exposés aux tornades, et il arrive ensuite que ces sommets, toujours dénudés et composés de rochers, constituent pour la plupart de véritables réservoirs de chaleur, en sorte que les nuits y sont fréquemment moins fraîches que dans les plaines environnantes[36]. De plus, lorsque ces sommets sont formés d’assises de latérite, comme c’est le cas général, l’eau de pluie séjourne dans les anfractuosités, qui deviennent ainsi d’excellents milieux de culture pour les larves de moustiques.
Somme toute, le climat du Haut-Sénégal-Niger dans son ensemble est certainement parmi les plus sains de l’Afrique Occidentale et les plus faciles à supporter pour des Européens. Assurément le paludisme y règne, comme dans tous les pays tropicaux, mais il y exerce beaucoup moins de ravages que dans les colonies côtières du golfe de Guinée ; la fièvre bilieuse hémoglobinurique, si fréquente dans ces dernières colonies, est rare au Soudan et à peu près inconnue dans la région sahélienne.
Quant au Sahara soudanais, malgré les inconvénients multiples que présente la vie en ce pays déshérité, il est, de l’aveu de tous ceux qui l’ont parcouru ou y ont résidé, la plus saine de toutes les régions du Haut-Sénégal-Niger pour les Européens.
CHAPITRE VI[37]
Répartition de la population
Nous avons vu plus haut que la densité moyenne de la population était d’environ 2,66 habitants par kilomètre carré pour l’ensemble de la colonie civile du Haut-Sénégal-Niger. Mais cette densité varie énormément suivant les régions.
Cela tient à des causes diverses, dont la nature du sol et sa fertilité relative ne sont que l’un des facteurs. Les bouleversements amenés par les guerres qui se sont succédé pendant un si long temps avant notre occupation du pays, les migrations qui en ont été le résultat et les razzias qui en furent la rançon, ont influé énormément sur la répartition actuelle de la population indigène. Maintenant que la sécurité est rétablie partout, il est fort probable que des régions, fertiles mais dépeuplées ou abandonnées, se repeupleront au détriment d’autres moins avantageuses et qui n’ont été occupées par leurs habitants actuels ou leurs ancêtres que parce qu’ils ne pouvaient aller ailleurs : nous en avons un exemple dans le cercle de Bougouni qui, presque complètement désert au moment où nous y avons donné la chasse aux bandes dévastatrices de Samori, occupe actuellement le 13e rang, parmi les 29 circonscriptions administratives de la colonie, au point de vue de la densité de la population. Il est fort possible d’autre part que telle contrée, quoique déshéritée par la nature, devienne un jour populeuse parce qu’on y aura créé une industrie nouvelle ou qu’une voie ferrée, en la traversant, en aura modifié profondément les conditions économiques.
Delafosse Planche IV
Fig. 7. — L’Hôtel du Secrétaire Général, à Koulouba.

Fig. 8. — Bamako et la vallée du Niger, vue prise de Koulouba.

Nous ne pouvons faire à ce sujet aucune prévision présentant quelques chances de certitude et nous devons nous contenter de constater quelle est actuellement la répartition de la population.
La région où la densité du peuplement est la plus considérable est — avec les environs de la ville de San — le Mossi, ou plus exactement le cercle de Ouagadougou, qui renferme à lui seul le quart de la population totale de la colonie, bien qu’on n’y compte aucune ville digne de ce nom et que les agglomérations importantes n’y soient composées en général que d’un nombre plus ou moins grand de hameaux dispersés au milieu des cultures. La densité de cette population presque exclusivement agricole et paysanne peut être évaluée à 16 habitants par kilomètre carré pour l’ensemble du cercle et s’élève à 35 dans le Mossi propre.
Le reste du pays compris dans l’Ouest et le Sud de la Boucle du Niger vient immédiatement après, avec le bassin de la Volta au premier rang ; ici, on rencontre un certain nombre de villes, habitées surtout par des commerçants et des artisans, au milieu d’une population autochtone essentiellement agricole et paysanne et dispersée comme celle du Mossi, avec parfois des solutions de continuité assez considérables. La densité moyenne y varie de 13 à 7 habitants par kilomètre carré.
Les vallées du haut Niger et du Bâni ne viennent qu’en troisième lieu, avec une population de cultivateurs moins dispersée que celle du bassin de la Volta, une population citadine composée de pêcheurs, de commerçants et d’artisans et une population errante de pasteurs nomades ou plutôt semi-nomades. Densité moyenne : 8 à 4 habitants par kilomètre carré, avec une moyenne exceptionnelle de 17 habitants au kilomètre carré pour la circonscription de San.
Le bassin du Sénégal vient en quatrième ligne, avec de petits villages de cultivateurs et de chasseurs séparés par de grandes étendues inhabitées et une population citadine de formation récente à peu près localisée d’ailleurs à la ville de Kayes. Densité moyenne : 4 à 1,5 habitants par kilomètre carré.
En cinquième lieu viennent se ranger les cercles du Sahel, à l’exception de ceux qui se trouvent dans la zone des inondations du Niger et que j’ai compris dans la troisième catégorie et en y ajoutant la partie du Sahara soudanais située à l’intérieur de la Boucle du Niger ou limitrophe de la rive nord de ce fleuve. Cette région ainsi définie renferme des îlots de population agricole relativement dense, disséminés au milieu de vastes étendues souvent inhabitées ou bien habitées par des semi-nomades ou même seulement parcourues temporairement par des nomades. Densité moyenne : 3,5 à 1 habitants par kilomètre carré.
Au Nord de cette cinquième région, la population sédentaire fait presque complètement défaut et la densité du peuplement devient infime : 0,16 habitant par kilomètre carré.
Les villes les plus peuplées de la colonie sont : Bobo-Dioulasso 7.788 habitants, Bamako 6.539 habitants, Ségou 6.255 habitants, Kayes 5.932 habitants, Tombouctou 5.797 habitants, et Dienné 4.527 habitants, banlieues non comprises.
La population européenne, concentrée principalement à Kayes, Bamako-Koulouba, Kati, Koulikoro, Mopti, Sikasso et Tombouctou, se compose d’un millier de personnes environ.
Quant à la population indigène, qui est de 4.800.000 habitants, elle se répartit ainsi entre les 29 circonscriptions administratives de la colonie, la zone saharienne qui constitue l’aire d’extension et de surveillance des cercles du Nord ayant été comptée à part et formant une trentième circonscription de peuplement[38] :
1o Cercle de Ouagadougou 1.457.326 habitants.
2o — Bobo-Dioulasso 282.935 —
3o — Koury 280.558 —
4o — Ouahigouya 249.452 —
5o — Bamako 191.936 —
6o — Fada-n-Gourma 189.846 —
7o — Sikasso 185.502 —
8o — Gaoua 175.350 —
9o — Koutiala 162.357 —
10o — Bougouni 157.435 —
11o — Ségou 155.406 —
12o — Bandiagara 150.000 —
13o — Niafounké 115.941 —
14o — Nioro 113.236 —
15o Circonscription de San 110.670 —
16o Cercle de Dori 110.000 —
17o et 18o Cercles réunis de Tombouctou-sédentaires et Tombouctou-nomades 93.894 —
19o Cercle de Dienné 82.857 —
20o — Kayes 69.633 —
21o — Goumbou 66.515 —
22o — Mopti 60.000 —
23o — Bafoulabé 59.570 —
24o — Kita 58.493 —
25o — Satadougou 38.835 —
26o — Sokolo 36.306 —
27o — Hombori 25.000 —
28o — Say 25.000 —
29o Résidence de Kiffa 20.000 —
30o Zone saharienne 84.000 —
Si maintenant nous rangeons les mêmes circonscriptions d’après la densité moyenne respective de leur population, nous obtenons l’ordre suivant :
1o Circonscription de San 17 habitants par kilom. carré.
2o Cercle de Ouagadougou 16 — —
3o — Gaoua 14 — —
4o — Ouahigouya 13 — —
5o — Sikasso 10 — —
6o — Koury 8 — —
7o — Niafounké 8 — —
8o — Dienné 7 1/2 — —
9o — Koutiala 7 1/2 — —
10o — Mopti 7 — —
11o — Bobo-Dioulasso 7 — —
12o — Bamako 5 1/2 — —
13o — Bougouni 4 1/2 — —
14o — Fada-n-Gourma 4 1/2 — —
15o — Ségou 4 — —
16o — Satadougou 4 — —
17o — Bandiagara 3 1/2 — —
18o — Kayes 3 1/2 — —
19o — Bafoulabé 2 1/2 — —
20o — Goumbou 2 1/2 — —
21o — Nioro 2 1/2 — —
22o — Kita 1 1/2 — —
23o — Dori 1 1/2 — —
24o et 25o Cercles réunis de Tombouctou-sédentaires et Tombouctou-nomades 1 1/2 — —
26o Cercle de Say 1 1/2 — —
27o — Sokolo 1 — —
28o — Hombori 1 — —
29o Résidence de Kiffa 1 — —
30o Zone saharienne 0,16 — —
Carte 2. — Régions naturelles, climatologie et répartition de la population.

CHAPITRE VII
Géographie administrative
J’ai déjà eu plusieurs fois l’occasion de citer les noms et la situation des 29 circonscriptions administratives actuelles de la colonie civile du Haut-Sénégal-Niger. Je les donne ci-après de nouveau, avec l’indication des postes ou résidences secondaires dépendant de chacune de celles qui en possèdent.
Je note pour mémoire que, pour plus de commodité, on a donné à chaque cercle le nom de son chef-lieu ; cependant le cercle de Niafounké est appelé souvent cercle de l’Issa-Ber, celui de Gaoua cercle du Lobi, celui de Ouagadougou cercle du Mossi, celui de Ouahigouya cercle du Yatenga, celui de Hombori cercle du Gourma, nom qui est donné parfois également au cercle de Fada-n-Gourma.
La liste qui suit est conçue dans l’ordre géographique, en commençant par le Nord-Ouest (frontière de Mauritanie) pour aller de l’Ouest à l’Est, revenir ensuite de l’Est à l’Ouest, retourner de l’Ouest à l’Est et revenir une dernière fois de l’Est à l’Ouest.
La mention PT indique un bureau de poste et une station télégraphique, la mention F une station de chemin de fer, la mention J une Justice de paix à compétence étendue.
1o Résidence de Kiffa : sans poste secondaire.
2o Cercle de Nioro (PT) : poste à Yélimané.
3o — Goumbou (PT) : sans poste secondaire.
4o — Sokolo (PT) : sans poste secondaire.
5o — Niafounké (PT) : poste à Saraféré.
6o — Tombouctou-sédentaires (PT-J) : postes à Goundam (PT) et Bamba (PT).
7o — Tombouctou-nomades : postes à Ras-el-Ma et Bou-Djebiha.
8o — Hombori : sans poste secondaire.
9o — Dori (PT) : poste à Djibo (PT).
10o — Bandiagara (PT) : postes à Douentza et Sangha.
11o — Mopti (PT-J) : poste à Sofara (PT).
12o — Dienné (PT) : sans poste secondaire.
13o — Ségou (PT) : poste à Sansanding.
14o — Bamako (PT-F-J) : postes à Kati (PT-F), Koulikoro (PT-F) et Banamba. (Le cercle de Bamako renferme en outre Koulouba (PT), le chef-lieu de la colonie, sur la hauteur qui domine au Nord-Ouest la ville de Bamako).
15o — Kita (PT-F) : sans poste secondaire.
16o — Bafoulabé (PT-F) : sans poste secondaire.
17o — Kayes (PT-F-J) : poste à Médine (PT-F).
18o — Satadougou : sans poste secondaire.
19o — Bougouni (PT) : sans poste secondaire.
20o — Sikasso (PT) : sans poste secondaire.
21o — Koutiala : sans poste secondaire.
22o Circonscription de San (PT) : sans poste secondaire.
23o Cercle de Koury (PT) : poste à Boromo.
24o — Ouahigouya : sans poste secondaire.
25o — Ouagadougou (PT) : postes à Léo et Tenkodogo.
26o — Fada-n-Gourma (PT) : poste à Diapaga (PT).
27o — Say (PT) : sans poste secondaire.
28o — Gaoua (PT) : poste à Diébougou (PT).
29o — Bobo-Dioulasso (PT) : poste à Banfora.
Carte 3. — Circonscriptions administratives.
