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Ghislaine

II (continued 2)

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N'allait-il pas rencontrer quelque domestique, le bruit de ses pas n'attirerait-il pas l'attention?

Marchant sur la pointe des pieds dans le vestibule sonore, il ouvrit la première porte qu'il trouva et qui, d'après son estime, devait conduire dans l'appartement de Ghislaine. L'obscurité l'empêcha tout d'abord de se reconnaître, mais bientôt il vit que cette pièce meublée simplement devait être habitée par la femme de chambre qui couchait auprès de Mlle de Chambrais. Il continua d'avancer et, ouvrant une autre porte, il se trouva dans un vaste cabinet de toilette, celui de Ghislaine.

Son intention n'était pas de se cacher comme la première fois, derrière un rideau, car les précautions prises indiquaient qu'il devait employer des moyens moins primitifs, et ce qu'il lui fallait c'était quelque coin sombre ou mieux encore une armoire. Dans la partie du château qu'il connaissait, elles étaient nombreuses, et il en avait vu d'immenses; n'était-il pas logique d'en supposer dans les pièces habitées par Ghislaine comme dans les autres?

Après un moment d'examen, il comprit qu'il n'avait que l'embarras du choix; il en ouvrit une, puis une autre, puis une troisième, et se décida enfin pour un placard haut et profond qui servait à ranger les balais, les brosses, les plumeaux et tous les ustensiles de ménage. Là, il devait être en sûreté; ce n'était pas l'heure de se servir de ces objets, et en ayant soin d'enlever la clé de la serrure il ne courait pas risque d'être enfermé; il y entra et tira la porte sur lui.

Il n'avait plus qu'à attendre; et comme il était à son aise pour prendre les positions qu'il voulait, il pouvait rester là une partie de la nuit.

Il y resta jusqu'à neuf heures et demie; à ce moment, il entendit qu'on entrait dans la chambre de Ghislaine: il y avait deux personnes.

—Fermez la porte à clef, dit Ghislaine.

—Oui, mademoiselle.

Il reconnut que cette voix était celle de Jeanne, une jeune femme de chambre attachée spécialement au service de Ghislaine.

Il se fit un certain remue-ménage et un bruit d'allées et venues qui vint faiblement jusqu'à lui.

—Est-ce que mademoiselle veut bien me permettre d'aller voir ma mère ce soir? demanda la femme de chambre.

—Quand rentrerez-vous?

—Je ne serai qu'une heure partie, mon frère me ramènera.

—Allez; mais fermez la porte de votre chambre et emportez la clé.

—Oui, mademoiselle.

La femme de chambre traversa le cabinet de toilette et passa dans sa chambre dont elle ferma la porte donnant sur le vestibule; ainsi Ghislaine devait se croire en sûreté.

Que faisait-elle? Il n'entendait aucun bruit qui le renseignât; mais peu importait, car son dessein n'était pas d'aller dans la chambre, il attendrait qu'elle vînt dans le cabinet de toilette.

Au bout d'un quart d'heure à peu près un filet de lumière annonça qu'elle arrivait, et des profondeurs sombres de sa cachette il la vit poser sa bougie sur une console; elle était à deux pas du placard, lui tournant le dos.

Doucement, il sortit; avant qu'elle pût pousser un cri, il la prit dans son bras et de l'autre main il lui ferma la bouche:

—Ce soir, je ne partirai pas.

FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE

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