← Table of contents
Eurimedon

SCENE DEUXIESME.

Reading edition

EURIMEDON, ARCHELAS, FALANTE, TYGRANE, CELIANE déguisée.

Eurimedon en Amazone tenant la teste d'Araxés. En fin (Sire) voila ce superbe Encelade Dont la temerité menaçoit la Troade, Voila de vos sujets la terreur, & l'effroy, Et le vain poursuivant des Couronnes d'un Roy; En un mot, vous voyez l'usurpateur infame, Si bien humilié par la main d'une femme Que son coupable chef à vos pieds abbatu, Et contraint de baiser les pas de la vertu.

Archelas. Ah divine guerriere! apres cette victoire Combien je dois d'encens à vostre illustre gloire! Que je suis redevable à mon propre malheur De m'avoir aujourd'huy procuré cet honneur, Qu'une divinité si puissante, & si belle, Ayt voulu prendre part en ma juste querelle, Et malgré la fureur d'un perfide attentat Sauver d'un coup heureux mon Sceptre & mon estat.

Eurimedon. Sire, Je ne suis pas immortelle, ou divine, C'est assez que je sois d'une illustre origine; Et qu'entre mes ayeux je puis compter des Rois Dont autresfois la Thrace a reveré les loix: J'en pouvois justement esperer la couronne, Si le sort eut voulu mieux traitter Hermionne; Mais lors que l'inconstant m'eust mis le Sceptre en main Le traistre me l'osta du jour au lendemain: J'ay suivy du depuis sous l'habit d'Amazone L'exercice sanglant de la fiere Bellone, Et pour me signaler je cherchois les hazars, Quant j'ay veu déployer vos heureux estendars; Dez que j'ay recogneu par ces augustes marques Les vaillans escadrons du plus grand des Monarques, Et qu'infailliblement un traistre usurpateur Estoit de cette guerre & le Chef, & l'Autheur, Aussi-tost ma fureur justement animée Chercha cet insolent parmy toute l'armée, Afin de luy ravir par un coup solemnel, Le prix qu'il attendoit d'un dessein criminel.

Archelas. Puis qu'on vous a ravy le Sceptre qui fut vostre, Daignez belle Princesse en recevoir un autre, Et si vous agreez les hommages d'un Roy, Regnez dans mon empire & triomphez de moy.

Eurimedon. Que je regne & triomphe! Ah Dieux quelle apparence Que l'object du mepris & de l'indifference Osast à ce degré de grandeur aspirer, Qu'à peine une Deesse oseroit esperer! Mais puis que vostre rang vous permet toute chose, Je ne reffuse pas ce qu'un Roy me propose; Sire (puis qu'il vous plaist) j'accepte cet honneur, Que vostre Majesté presente à mon bon-heur, Et la conjure icy d'avoir en sa memoire L'offre qui me doit mettre au comble de ma gloire.

Archelas. Je n'en perdray jamais l'aymable souvenir, Ma promesse pour vous est facile à tenir, Il me tarde desja que je ne l'effectue, Je vous ayme (Madame) & ce delay me tue.

Eurimedon. Cet amour pour durer est un peu violent, J'aymerois mieux ce feu s'il paroissoit plus lent: Sire moderez-vous, & donnez à vostre ame Le loisir de pouvoir examiner sa flame, L'esprit blasme souvent ce que l'oeil a voulu.

Archelas. On delibere en vain sur un point resolu: Cette rare vertu dont vostre ame est pourveue Surprend en mesme temps & l'esprit & la veue, Et donne dés l'abord des transports si puissans, Qu'elle est en un moment maistresse de nos sens, En fin si vos rigueurs trompent mon esperance, Vous ne me verrez mettre aucune difference Entre aymer, & mourir pour un objet si beau.

Eurimedon. Grand Roy j'atteste icy le celeste flambeau, Que j'ayme tant l'honneur de vostre bien-vueillance Que je meurs du desir d'estre en vostre alliance, C'est un bien que mon coeur souhaitte plus que vous, Et je ne vivrois pas sans un espoir si doux; Mais la fureur encor possede trop mon ame Pour faire si-tost place à l'ardeur de ma flame, Il faut donner à Mars le temps de respirer Auparavant qu'Amour le fasse retirer.

Archelas. Ma Reyne je le veux pourveu que mon attente Conserve en vostre coeur une flame constante.

Eurimedon. Mon Prince, Je consens qu'on me prive du jour, Si je change jamais l'objet de mon amour.

Archelas. Hé bien! Tygrane: en fin ma gloire est sans seconde; Cognois-tu quelque Roy plus heureux dans le monde? Possedant cette Reyne est-il sous le Soleil Un Monarque honnoré d'un triomphe pareil?

Tygrane. Non Sire: Ce bon-heur comme vostre merite Ne reçoit point d'esgal, non plus que de limite, Et je croy que les Dieux quand vous serez unis Vous combleront encor de plaisirs infinis: Mais puis que de ce bien vostre ame est si contente, Finissez (grand Monarque) une importune attente, Vous sçavez bien le prix que vous avez promis À celuy qui pourroit chasser vos ennemis, Il est vray qu'Hermionne a faict nostre victoire, Et qu'on doit à son bras une immortelle gloire; Mais puis qu'aupres de vous elle a desja son prix Que le nostre (grand Roy) ne soit pas un mespris, Comme elle nous avons montré nostre courage, Et nous avons senty nostre part de l'orage; Encore qu'Araxés soit par elle abbatu, En cela son bon-heur seconda sa vertu; Mais en tout le combat nous l'avons assistée, Voyez doncque qui de nous merite Pasithée. Grand Prince disposez de ce prix glorieux, Et finissez l'espoir de mille ambitieux.

Archelas. Puis qu'aujourd'huy je dois l'appuy de ma Couronne, À la seule valeur de la belle Hermionne, Il est juste qu'elle ayt toute seule l'honneur Qu'on doit à sa vertu bien plus qu'à son bon-heur: C'est pourquoy je la rends de ces lieux Souveraine, Je veux que mes sujets la reverent en Reyne, Et comme mon Estat ne se peut separer Seule elle aura le prix qu'on devoit esperer.

Tygrane. Qu'Hermionne (grand Roy) possede vostre Empire, Ce n'est pas à ce prix que mon courage aspire, Que cette Deïté regne dans vostre Cour, Mais ne reffusez point Pasithee à l'amour.

Celiane ostant son casque. Perfide, osez-vous bien paroistre en cette lice? Crois-tu que la vertu recompense le vice? Et que le Ciel honteux des crimes que tu faits, Au lieu de te punir t'accorde des bien-faits? N'est-ce pas pour avoir abusé Celiane Qu'on te doit Pasithée, infidele Tygrane? Ou bien pour avoir faict ce genereux duel, Où tu fus si vaillant, ou plustost si cruel? Si tu ne te souviens de ce juste reproche Retournons sur les lieux: le champ est assez proche Où sur Eurimedon tu creus estre vainqueur, Mais ce fut moy qui fus l'objet de ta rigueur, Avecque tes mespris je ressentis ta rage, Tu surmontas ma force, & non pas mon courage; Et quoy que mon dessein ne fut que de perir, Ton fer me blessa bien, mais je ne pûs mourir. Tu rougis infidele, & tu croyois peut-estre Que l'on devoit icy recompenser un traistre: Non, non, le Ciel est juste, & les Dieux irritez, Punissent tost ou tard les infidelitez, Ne demande doncque pas un salaire Prophane: Mais recognois icy ton crime, & Celiane.

Tygrane. Je recognois (Madame) & mon crime & vos yeux Ils sont en mesme temps mes Juges, & mes Dieux; Qu'ils me punissent doncque & que leur vive flame Abrege de mes jours la malheureuse trame, Il est vray j'ay failly, vostre rare beauté Meritoit plus d'amour, & de fidelité, Mais ce qui me console au milieu de ma peine Vous fustes tousjours belle, & jamais inhumaine: Toutesfois si je suis indigne de pitié sçacrifiez Tygrane à vostre inimitié.

Il luy presente son espée. Tenez voila de quoy contenter vostre enuie, Vangez-vous Celiane, arrachez-moy la vie, Et par mon sang coupable à vos pieds respandu Payez-vous de celuy que vous avez perdu.

Celiane. La mort pour un ingrat seroit trop favorable Et le coup de ma main un peu trop honnorable Tes regrets feront mieux cet office que moy.

Eurimedon. Madame revocquez cette severe Loy, Il n'est point de pechez qu'un repentir n'efface.

Archelas. Je veux qu'en ma faveur il obtienne sa grace Qu'il vive sous vos loix, mais à condition Qu'il sera plus fidele en son affection.

Celiane. Sire (puis qu'il vous plaist) Celiane est contente, De regler son amour sur cette heureuse attente.

Archelas. C'est assez Celiane, on verra quelque jour Si ce Prince sera digne de vostre amour.

SCENE TROISIESME

ARCHELAS, EURIMEDON deguisé.

Archelas. Oseray-je esperer qu'il vous plaise (Madame) Sur un point curieux satisfaire à mon ame, Et ne tiendrez-vous pas pour incivilité, Si je vous faits sçavoir ma curiosité?

Eurimedon. Sire à vous obeir me voyla toute preste.

Archelas. D'où provenoit tantost cette rougeur honneste, Qui m'a faict remarquer vostre alteration Quand Tygrane a parlé de son affection, Et sur tout quand ce Prince a nommé Pasithée; Ma veuz estoit alors dessus vous arrestée: Ne dissimulez point, dites moy franchement Ce qui vous a causé ce soudain mouvement.

Eurimedon. Quand Tygrane a parlé de sa belle entreprise Vous croyant sans enfans ce propos m'a surprise, Et si j'ay faict paroistre un peu d'emotion, J'avois pour l'exciter assez de passion.

Archelas. Des fruicts de mon amour je n'ay que cette fille, Elle seule aujourd'huy faict toute ma famille, Encore maintenant suis-je reduit au point De m'estimer heureux si je ne l'avois point.

Eurimedon. Quel mescontentement avez-vous receu d'elle Dont la faute aujourd'huy la rend si criminelle?

Archelas. Naguere un estranger en cette Isle arrivé A si soudainement son esprit captivé, Que pour mieux estouffer cette flame naissante Qui dans leurs jeunes coeurs se rendoit trop puissante, Je me suis veu contraint de la mettre en prison, Afin d'en retirer son coeur et sa raison; Son Amant par sa fuitte evita ma colere.

Eurimedon. Vrayement cet Estranger eut tort de vous desplaire; Mais Seigneur avoit-il son honneur assailly Au point que vous croyez que l'Infante ayt failly?

Archelas. Non: elle ne s'est pas tellement oubliée, Et je croy seulement qu'elle s'estoit liée Avecque moins d'amour que d'obligation À ce nouvel object de son affection, Je cogneus toutesfois leurs flames indiscrettes, Je sçeus qu'ils se donnoient des visites secrettes, Et comme Pasithée aydoit à son dessein Je le surpris un jour qu'il luy baisoit le sein; Mon ame à cet object de colere enflammée Voulut perdre d'un coup & l'amant, & l'aymée, Mais

Eurimedon. Vous avez puny trop rigoureusement L'amour d'une Princesse, & les voeux d'un Amant Qui n'estoit pas peut-estre indigne de sa flame.

Archelas. En cette occasion je confesse (Madame) Que ce jeune estranger avoit des qualitez, Capables de fleschir les plus rares beautez, Et mesme il nous avoit rendu quelque service.

Eurimedon. Vous luy rendiez pourtant un tres-mauvais office, Et c'est mal s'acquitter d'une obligation, De donner pour un prix une punition: Mais encor estoit-il d'une illustre naissance?

Archelas. Il ne sçavoit sur quoy fonder cette esperance, Et pretendoit pourtant sans mon consentement Un rang que je reserve à des Roys seulement.

Eurimedon. Advouez que l'amour est un crime agreable, Qu'on devroit appeller une erreur excusable, Et si ceux qui le font meritent le trespas Ils ne doivent mourir qu'au milieu des appas: Excusez doncque Seigneur ces Innocentes flames, Elles ne logent point que dans les belles ames, Et le mespris d'amour est plustost un effect D'une arrogante humeur que d'un esprit bien fait. En fin en ma faveur delivrez Pasithée, Sinon le trosne auguste où je suis invitée, Me plaira beaucoup moins que ne faict le tombeau.

Archelas. Pour ne me pas fleschir l'Orateur est trop beau, Ma Reyne j'y consens, & promets à cette heure De la tirer demain de sa triste demeure, Pourveu que vostre Esclave, & de plus vostre Amant Puisse esperer de vous un pareil traitement.

Eurimedon. Je m'en vay luy porter cette heureuse nouvelle. Il sort.

Archelas. Allez. Que cette Reyne est pitoyable, & belle! Que les traits de ses yeux mes superbes vainqueurs Ont des charmes puissans pour captiver les coeurs! Il n'est point de dépit qui ne cede à sa grace, Point de ressentiment que sa bouche n'efface, Alors qu'elle commande il luy faut obeïr, Et ce quelle cherit, on ne le peut haïr.

SCENE QUATRIEME.

EURIMEDON, PASITHEE, ALERINE, dans la prison.

Eurimedon en Amazone. Digne objet de pitié, mais beaucoup plus d'envie Qui tiens mesme d'Amour la liberté ravie, Se peut-il que je voye en ces funestes lieux Celle dont la beauté peut captiver les Dieux? Non, non: Je ne sçaurois souffrir cette injustice, Tout le monde prend part en ce rude supplice, Et sans vos doux regards son destin a pareil Aux lieux qui sont privez des clartez du Soleil, Il est temps que la Cour dissipe sa tristesse, Qu'on luy rende sa joye avecque sa Princesse, Et que de la prison vous veniez au Palais, Gouster avecque nous les douceurs de la paix.

Pasithee. Madame: Les prisons sont des champs Elisées, Quand vos divins regards les ont favorisées, Au lieu que les Palais où vos yeux ne sont pas, Ne sont que des Enfers où regne le trespas. Mais par quelle faveur, & de quel bon Genie Ay-je aujourd'huy receu cette grace infinie Qu'un Astre dont l'esclat est si doux à mes yeux Vienne luire, où jamais ne luit celuy des Cieux?

Eurimedon. C'est le flambeau d'Amour qui finira vos peines.

Pasithee. Ah ce tyran (Madame) est l'autheur de mes chaisnes!

Eurimedon. Ainsi le mesme traict qui fit vostre tourment Fera d'oresnavant vostre contentement, Si vous favorisez sa prudente conduitte.

Pasithee. Ah Dieux! à cet object je suis toute interdite, Et j'ay dans mon esprit tant de confusion, Que tout ce que je voy me semble illusion.

Eurimedon. Ne vous souvient-il pas quand nous sommes ensemble, D'avoir jamais cogneu quelqu'un qui me ressemble? Ne craignez point (Madame) advouez le secret, J'ay pour en bien user l'esprit assez discret; Outre que j'ay beaucoup d'interest en l'affaire, Elle concerne encore le salut de mon frere, Qui vivement touché des traicts de vostre amour Ne void plus qu'à regret la lumiere du jour; Ouy (Madame) j'entray dedans cette Province, Afin de secourir ce miserable Prince, Et que le desespoir va reduire à la mort: Ma valeur a rendu la paix à Mitylene, Et je puis esperer la qualité de Reyne, Puis que j'ay pû donner assez d'amour au Roy Pour me faire l'honneur de me donner sa foy: Mais qu'il n'espere pas la faveur qu'il souhaitte Qu'Hermionne ne soit de tout poinct satisfaite, Qu'il ne m'ayt de mon frere accordé le pardon, Et que vous ne soyez femme d'Eurimedon.

Pasithee. Madame, Je croyrois que vous voudriez surprendre Cet esprit innocent qui vient de vous entendre, Si le Ciel en naissant ne vous avoit faict don Des plus aymables traits de mon Eurimedon: Mais puisque vous portez de si visibles marques De celuy que j'honnore au dessus des Monarques, Je recognois assez que vous estes sa soeur; Il a les mesmes yeux & la mesme douceur, Cette bouche, ce front, cette grave apparence, En fin le sexe seul en faict la difference.

Eurimedon. Tout le monde a de nous la mesme opinion.

Pasithee. Puisque vous estes joints d'une telle union, Et que pour son repos vous veillez de la sorte, J'advouray librement l'amour que je luy porte: Ouy je l'ayme, Madame, & ma captivité Trouve parmy mes fers de la felicité, Il calme ma douleur, Il faict tarir mes larmes, Lors que mon souvenir m'entretient de ses charmes, Et si par fois je fais des projets inhumains, Son beau nom faict tomber les armes de mes mains.

Eurimedon. Que mon frere (Madame) auroit l'ame ravie Et que j'estimerois son sort digne d'envie, S'il oyoit ces propos pleins d'amour, & de foy, Ou plustost s'il pouvoit vous baiser comme moy.

Pasithee. Au poinct où je vous vois aupres du Roy mon pere, Vous pouvez tout Madame.

Eurimedon. Hé bien! laissez-moy faire. Quand vous m'aurez donné vostre consentement Il ne manquera rien à son contentement: Mais c'est assez parlé de l'interest d'un autre, Il est temps desormais que nous pensions au nostre: Voudriez vous maintenant me faire une faveur?

Pasithee. Vous obeir (Madame) est mon plus grand honneur, Commandez seulement & vous serez servie.

Eurimedon. Dans ce cher entretien mon ame est si ravie, Que je ne voudrois pas m'en separer jamais. Madame trouvez bon que j'envoye au Palais, Pour supplier le Roy qu'il m'accorde une chose.

Pasithee. Quelle?

Eurimedon. Qu'aupres de vous cette nuict je repose, Si je ne vous suis pas importune;

Pasithee. Vrayment Vous pouviez employer un autre compliment. Importune bons Dieux! Me croyez-vous si vaine, Que vous considerant pour ma mere & ma Reyne J'abuse de l'honneur, & de l'affection Que vous me témoignez en cette occasion? Non, non, je ne suis pas à ce poinct arrogante, Vous devez autrement traitter vostre servante: Vous avez sur mon ame un absolu pouvoir, Et vous devez penser que je sçay mon devoir.

Eurimedon. De ces sousmissions je suis toute confuse, Mais avec ce respect pourtant on me refuse.

Pasithee. Nullement: Alerine allez trouver le Roy, Dites luy que Madame est encore chez moy, Et que pour me parler d'un soucy qui la touche Elle souhaitte fort de partager ma couche; Mais avecque l'adveu de son consentement.

Alerine. J'y vay Madame.

Pasithee. Allez: & venez promptement Pour me deshabiller; Il est tard ce me semble, Nous aurons tout loisir de deviser ensemble, Si la bonté du Roy s'accorde à nos desirs.

Eurimedon. Desja ce doux espoir me comble de plaisir, Mais je crains que l'effet de cette courtoisie Ne donne à nostre Amant un peu de jalousie, S'il apprend quelque jour le bon-heur où je suis: Cependant que son coeur est parmy les ennuis, Et dedans les langueurs d'une fascheuse absence Faict d'un excez d'amour l'injuste penitence.

Pasithee. Si jusque icy l'amour a mal traité nos voeux, Le mesme quelque jour nous ravira tous deux, Et par nostre union finissant nos supplices Versera sur nos maux ses plus cheres delices.

Eurimedon. Pour la mesme raison vous devez croire aussi Que le mal de mon frere est beaucoup adoucy, Et quelque desplaisir qui trouble sa pensée, La cause de son mal rend sa peine effacée: Mais bons Dieux! qu'Alerine est longue en son retour!

Pasithee. Madame: la voicy.

Eurimedon. J'en rends grace à l'amour.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings