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Eurimedon

SCENE CINQUIESME.

Reading edition

EURIMEDON, PASITHEE, ALERINE.

Eurimedon. He bien qu'a dit le Roy?

Alerine. Que la belle Hermionne Pour suivre ses desirs n'a besoin de personne, Et que ses volontez sont d'assez fortes loix Pour ne pas relever de la faveur des Roys, En un mot Archelas s'accorde à vostre envie.

Elle se retire.

Eurimedon. Il me faict trop d'honneur.

Pasithee. Et moy j'en suis ravie.

Eurimedon. Certes voilà des traicts d'une extréme bonté.

Pasithee. Mais plustost du credit de vostre Majesté, Dont la grace est unique ainsi que sans pareille.

Eurimedon. Exceptez-en la vostre (adorable merveille,) Car c'est d'elle qu'on peut dire avec raison Que ses charmes divins sont sans comparaison.

Pasithee. Vous me forcez pourtant d'advouer à ma honte Que vostre courtoisie aujourd'huy me surmonte.

Eurimedon. Pour estre un digne objet à vostre affection Je veux bien vous laisser en cette opinion, Mais le peu de merite où mon espoir se fonde Accusera d'erreur les plus beaux yeux du monde, Et fera reprocher à vostre jugement Qu'il a lors qu'il me flatte un peu d'aveuglement.

Pasithee. Icy vostre vertu m'impose le silence, Mais l'admiration sera mon esloquence.

Eurimedon. Brisons là ce discours, Madame.

Pasithee. Je le veux.

Eurimedon. Que le Ciel (ma Princesse) est propice à mes voeux! Ah que sur ce beau sein je voy de belles choses! Son teint ressemble aux lys, & vostre bouche aux roses, Les graces dedans l'une ont choisy leur sejour, L'autre d'un beau rocher faict le trosne d'Amour, Et comme ils sont tous d'eux de visibles miracles, L'un reçoit tous nos voeux, l'autre rend des Oracles; En fin je vois icy comme dans un tableau Tout ce que la nature a de rare & de beau. Mais que j'ay de regrets parmy ces belles choses! Que je voy de soucis au milieu de ces roses! Et que je suis confuse en ce dernier effort Où peut-estre ma nef fera naufrage au port.

Pasithee. Vous souspirez (Madame) & vostre teint se change, D'où vous vient si soudain cette palleur estrange? Dieux! vous trouvez-vous mal?

Eurimedon. Madame il faut mourir Ou que vostre pitié s'offre à me secourir.

Pasithee. Ce n'est pas un devoir que ma main vous reffuse, Mais ce nouveau discours me rend toute confuse, Parlez moy clairement.

Eurimedon. Ah Madame! pardon. C'est trop vous abuser. Je suis Eurimedon.

Pasithee. Eurimedon bons Dieux!

Eurimedon. Luy-mesme ma Deesse.

Pasithee. Ô miserable fille! ô chetive Princesse. C'en est faict, ton malheur arrive au dernier poinct.

Eurimedon. Madame parlez bas, & ne vous faschez point.

Pasithee. Quoy meschant tu voudrois apres cette impudence Que ma voix fust encore de ton intelligence? Apres avoir tendu ce piege à mon honneur, Tu veux que je me taise insolent suborneur? Non, non, traistre, je veux que ma douleur esclatte.

Eurimedon. Madame

Pasithee. C'est en vain que ton amour me flatte, Ne m'importunes plus de tes voeux indiscrets, Mais permets à la mort d'estouffer mes regrets. Ô sensible malheur!

SCENE SIXIESME.

EURIMEDON, PASITHEE, ALERINE.

Alerine. He qu'avez-vous Madame?

Pasithee. Un mal qui m'a surprise, & qui m'arrache l'ame.

Alerine. Vostre voix a d'abord troublé tous mes esprits.

Pasithee. L'excez de ma douleur m'a fait jetter ces cris.

Alerine. Ce mal est bien soudain, & j'en suis fort en peine.

Pasithee. Alerine de peur d'incommoder la Reyne, Je vay passer la nuict dans vostre appartement. Elles sortent.

Eurimedon seul. Ah deplorable Prince! ô malheureux Amant! Que ton impatience a destruit de delices! Et prepare à ton coeur de sensibles supplices! Mais ne murmure point contre cette beauté Que tu viens d'offencer par ta temerité, Tu sens un chastiment moindre que ton audace, Et malgré son couroux la pitié t'a faict grace. Vange plustost le tort que ton amour a fait, Offre toy pour victime à cet object parfaict, Et par ton propre sang effaçant ton offence N'espargne par tes jours quand tu pers l'innocence: Esperons toutesfois: Mes services passez Ne sont pas tout à faict de son coeur effacez, Puisque dans sa douleur sa bouche s'est contrainte, Et n'a pas descouvert le sujet de sa plainte, Ce silence discret montre qu'asseurément Son amour est plus fort que son ressentiment.

ACTE V.

SCENE PREMIERE.

TYGRANE.

Amour oste à mes sens cette importune Idee Dont mon ame est encore malgré moy possedée, Rompts les fers orgueilleux où je suis engagé: Et rends par mon repos mon esprit soulagé: N'entretiens plus mon coeur des charmes de l'Infante, Fay paroistre à mes yeux sa beauté moins puissante, Et pour rendre aujourd'huy mon mal moins rigoureux Forme la moins aymable, ou fay moy plus heureux: Si tu veux m'obliger dy moy que Celiane, Surpasse en ses attraits & Venus, & Diane; Vante à tout l'Univers sa generosité, Et les nobles effets de sa fidelité; Mais plustost de ce pas allons luy rendre hommage, Et demander pardon d'avoir esté volage, Mes yeux preparez-vous d'adorer ses apas, Puis qu'elle a dans ses mains ma vie, & mon trespas, Allons.

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