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Eurimedon

SCENE DEUXIESME.

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EURIMEDON, PASITHEE, ARCHELAS, FALANTE.

Archelas mettant la main à l'espée. Insolent bien plustost mon courroux legitime Te va faire servir à mon bras de victime.

Falante. Ah Sire!

Archelas. Laisse-moy punir ce suborneur, Qui faict de mon Palais le tombeau de l'honneur.

Pasithee à Eurimedon. Seigneur au nom des Dieux evitez sa colere.

Eurimedon s'en allant. Ah de tant de bien-faits trop indigne salaire!

Archelas. Mais d'un acte insolent juste punition.

Pasithee. Si vous examiniez quelle est sa passion Elle vous feroit voir beaucoup de modestie.

Archelas. Vous voulez contre moy vous rendre aussi partie Madame: & vous croyez que son impunité Authorise à present vostre temerité?

Pasithee. Non Sire; Mais en vous le Ciel veut que j'espere La clemence d'un Juge, & la bonté d'un pere; Afin de m'excuser si ma civilité A despleu maintenant à vostre Majesté.

Archelas. Comme Juge je dois chastier son offence, Et comme pere aussi corriger la licence, Qui vous a faict donner à ce jeune effronté Tant d'injustes faveurs & tant de privauté.

Pasithee. Sire je ne pouvois à moins d'estre incivile À mon liberateur estre plus difficile, Si ce Prince a receu quelque chose de moy Vous m'avez le premier imposé cette loy, Et sa propre vertu me forçoit de luy rendre Les devoirs que l'honneur ne me pouvoit deffendre: Tantost vous admiriez ce Prince genereux, Pour le mesme à present vous estes rigoureux; Je dois à ce Guerrier le jour que je respire, Vous voulez toutesfois qu'il sorte de l'Empire, Et trompant son espoir avec un faux accueil Vous promettez un throsne, & donnez un cercueil.

Archelas. Qu'a faict ce Chevalier? Et que doit-il pretendre! Si ce qu'il a sauvé luy-mesme il le veut prendre, Et ne vous a rendue à la Cour seulement Que pour pescher icy plus magnifiquement, Vous souffrez toutesfois que seul il vous cajolle, Contre un pere pour luy vous prenez la parole, Il baise librement & la bouche, & le sein, Et tout cela chez vous passe pour bon dessein: Sa conversation est la mesme innocence, En parler seulement c'est commettre une offence: Croyez que si le faict se passe impunément Je n'ay plus de memoire ou de ressentiment, Et que ne pouvant pas vous porter à me craindre Pour vous persuader je sçauray vous contraindre; Malgré ce beau mignon qui cause tout cecy Vos discours changeront dans peu de temps d'icy.

SCENE TROISIESME.

EURIMEDON s'en allant.

À quel point m'a reduit la cruauté des Astres Qui m'affligent tousjours, Que je ne puis trouver parmy tant de desastres La fin de ma misere, & celle de mes jours.

Sans cesse le malheur me livre ses atteintes, Et mon mal sans pareil M'arrache chaque jour plus de cris & de plaintes Qu'on ne void de moments marquez par le Soleil.

Quoy qu'à ces rudes coups je fasse resistance Je suis sans guerison: Et lors que je m'en plains, si j'ay peu de constance On n'en peut avoir moins avec plus de raison.

Je souffre injustement, & mon ame incapable De plus d'affliction, Pour meriter ces maux ne se trouve coupable Qu'en peu de prevoyance, & trop d'affection.

Un pere toutesfois avec ses artifices L'a rendue un escueil, Où mes voeux innocens & tous mes bons offices En recherchant le port, ont trouvé le cercueil.

Prince dont l'ame ingrate autant que desloyale, Represente si mal la qualité Royale, Sçache que quelque jour ton propre repentir Te punira des maux que tu me faits sentir. Lasche Roy quelle gloire as-tu de cet outrage? Crois-tu faire passer pour un traict de courage Celuy dont ta rigueur afflige Eurimedon?

SCENE QUATRIEME.

CELIANE en sa solitude.

Dieux que je suis surprise & confuse à ce nom! Tirons nous à l'escart, & sçachons par sa plainte Toutes les passions dont son ame est atteinte.

Eurimedon se promenant. Je devois, Archelas, mieux user du destin Qui m'avoit envoyé ta fille pour butin, Je devois faire esclave, & mener en Corcyre Celle qui doit un jour regner en ton empire; En ce cas ton couroux auroit du fondement Et tu me hayrois, mais legitimement.

Tu sçay comme à Lesbos j'ay rendu Pasithée, Que je l'ay comme Reyne avec respect traittée; Tu me chasses pourtant, & tu souffres chez toy Ceux qui t'ont tesmoigné moins d'amour que d'effroy, Lors que par Araxés leur Princesse ravie Devoit estre sauvee aussi-tost que suivie.

Celiane à part. Voyla le Chevalier pour qui j'ay combatu, Et de qui ma foiblesse a trahy la vertu.

Eurimedon. Que Tygrane a bien faict! que sa valeur est rare! Qu'il a bien merité l'honneur qu'on luy prepare! Qu'il a diligemment suivy le ravisseur De l'objet dont on veut le rendre possesseur! Ah le lasche! il ne mit jamais la main aux armes, Et je tirois du sang quand il versoit des larmes, Toutesfois son bon-heur le va mettre en un rang Qui me fera verser & des pleurs & du sang.

Celiane. Le sens de ce discours marque ma destinée, Celiane empeschons ce funeste hymenée, Donnons à ce Guerrier de nouveaux mouvemens, Et joignons nostre droict à ses ressentimens.

Eurimedon. Le Ciel

Celiane l'abordant. Eurimedon vous sera plus propice S'il ouvre quelque jour l'oreille à la Justice

Eurimedon. Je l'espreuve desja plus clement & plus doux S'il m'a donné l'honneur d'estre cogneu de vous.

Celiane. À peine je fus mise au port de Mitylene Et j'imprimois encor mes pas sur son arene, Que je sçavois desja par la voix du renom Vos rares qualitez, & vostre illustre nom, Je sçeus que par un rapt la Troade affligée Estoit à vostre bras puissamment obligée, Et que le Roy touché de ce traict de valeur Voulait faire de vous.

Eurimedon. L'exemple du malheur, Ouy Seigneur, apprenez que son ingratitude M'a rendu vagabond en cette solitude, Où pour mieux obeyr aux rigueurs de mon sort Je cherche le chemin qui conduit à la mort.

Celiane. Au contraire cherchez le chemin de la gloire Plustost que d'offencer vostre illustre memoire, Et ne permettez pas que les traicts du malheur Demeurent triomphans d'une insigne valeur, Que le sort contre vous arme toute sa rage, Un grand coeur est tousjours au dessus de l'orage, Et malgré ses fureurs un genereux effort À travers les écueils se fait passage au port.

Eurimedon. Lors que mon desespoir vous parle de la sorte, Ce n'est pas (Chevalier) la fureur qui m'emporte Mais plustost de la mort un mespris genereux M'oblige d'abreger un destin malheureux; Si je voyois encore quelque foible apparence De conserver ma vie avec mon esperance, J'employrois tous mes soins à prolonger mes jours, Et ce bras à mon coeur presteroit son secours; Mais puis qu'un Prince ingrat m'a banny comme infame Qu'il m'a cruellement separé de mon ame; Et que pour m'affliger avec plus de rigueur Pour contenter Tygrane on m'arrache le Coeur; En fin puis qu'à mes voeux Pasithée est ravie N'est-ce pas lascheté d'aymer encor ma vie, Me conseilleriez-vous de respirer le jour Apres avoir perdu ce bel astre d'amour; Non sans doute, mourons avant qu'on la possede, Et que ma mort plûtost que mon amour la cede.

Celiane. Pour la mesme raison vous devez tout souffrir Plustost que de songer au dessein de mourir, Quand le combat est grand la victoire est plus belle Vivez pour Pasithée, & combattez pour elle.

Eurimedon. Encor que ce projet soit genereux & beau, Que peut contre un grand sceptre un debile roseau? Que peut un estranger, dont la foible puissance N'a pour tout son secours que sa seule innocence? Contre qui les mortels & les Dieux conjurez Descochent tous les jours mille traits acerez Qui n'a pas seulement une seure retraite, Pour empescher le coup qui marque sa deffaite, Et qui de toutes parts rudement combatu, N'a plus pour se parer qu'un reste de vertu.

Celiane. Quoy doncque vous laisserez la victoire à Tygrane? Vous souffrirez l'Infante en sa couche prophane? Et sans luy disputer ce Myrthe glorieux Il aura Pasithée en ses bras odieux? Ah cette lascheté seroit trop apparente? R'animez (Chevalier) vostre vertu mourante, Afin de restablir l'esclat de vos lauriers, Mes Estats ont pour vous d'assez braves guerriers.

Eurimedon. Ah qui que vous soyez, ou l'honneur des Monarques, Ou plustost (si je crois à ces divines marques, Dont les puissans rayons esblouissent mes yeux) Le plus grand & plus beau de la troupe des Dieux, Ordonnez de mon sort, & s'il faut que je vive, Mes jours seront heureux pourveu que je vous suive.

Celiane. Non, non, je ne suis pas du rang des immortels, Et je n'aspire pas à l'honneur des Autels, C'est assez que le Ciel m'ayant faict naistre Prince, M'ayt aussi faict Seigneur d'une belle Province, Où mes sujets vivroient sous de paisibles loix, Si l'aveugle Tyran qui triomphe des Rois, Et qui faict aujourd'huy nostre commun martyre, N'avoit dedans ma Cour estably son empire: Ouy (brave Eurimedon) je suis interessé En l'amour qui vous rend de Tygrane offencé; Et si vous secondez ma fureur irritée Je l'empescheray bien d'espouser Pasithée.

Eurimedon. Quoy? l'Infante est aussi vostre inclination?

Celiane. J'ay pour ce haut dessein trop peu d'ambition: Mon desir seulement est de punir Tygrane Et de vanger le tort qu'il faict à Celiane, Cette pauvre Princesse avoit receu sa foy.

Eurimedon. Ah le traistre!

Celiane. D'où vient cet homme que je voy?

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