SCENE CINQUIESME et derniere.
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ARCHELAS, MELINTE, EURIMEDON, TYGRANE, PASITHEE, CELIANE et leur suite.
Archelas. La voyla qui s'advance.
Melinte. Je vay la saluer. Miracle des beautez, Mais quel charme puissant tient mes yeux enchantez? Je voids, ou je me trompe, Eurimedon mon frere.
Eurimedon. Ah Dieux! que vous m'auriez obligé de vous taire, Vous me perdez Melinte.
Melinte. Ah mon frere! pardon, Je ne me sçaurois taire aupres d'Eurimedon; Mon bon-heur est trop grand, & ma joye est trop forte, Pour demeurer muet, & feindre de la sorte: Je suis vostre Melinte, & vous trouvez en moy L'affection d'un frere, & le support d'un Roy; Un de vos raisseurs m'a dict vostre origine, Et nous sommes tous deux les enfans d'Euphrosine; Nostre pere Hermocrate estant avec les Dieux Je possede le trosne où regnoient nos ayeux, Mais comme je vous tiens de cette illustre race, Je veux aupres de moy vous y faire une place, Mon Sceptre, & mes estats suffiront à nos voeux, Et la mesme Couronne en couronnera deux.
Archelas. Quoy donc en mesme temps je voids en cette Reyne L'objet de mon amour, & celuy de ma hayne? Et le feu dont ses yeux ont mon coeur enflammé Sera par elle esteint aussi-tost qu'allumé? Quoy, mon affection de la sorte abusée Servira laschement à vos yeux de risée? Et ce perfide ira se vanter desormais Qu'il m'est venu braver dans mon propre Palais? Ah! mon ressentiment effacera ma honte. Il met la main à l'espée.
Tygrane. Ne souffrez pas (grand Roy) que l'ire vous surmonte, Appaisez ce couroux un peu trop violent.
Archelas. Plustost à me vanger je suis un peu trop lent; Quoy seduire une fille, & se jouer du pere Ce n'est pas (dites-vous) un sujet de colere?
Eurimedon. Ah Sire! si jamais un si lasche dessein En ce déguisement m'est entré dans le sein, Si manque de respect, l'honneur de Pasithée A senty les efforts d'une audace effrontée, Si son corps n'est encor aussi pur que ma foy Je consens que le Ciel esclatte contre moy: Il est vray: J'ay chery cette belle Princesse, Mais je l'ay respectée ainsi qu'une Deesse; Et quoy qu'elle ayt esté deux fois en mon pouvoir, Jamais ma passion n'a trahy mon devoir; Lors que vostre ennemy vous l'avoit enlevée Vous sçavez qu'elle fut par mes armes sauvée, Et que sans me servir de la faveur du sort Ma generosité vous la rendit au port: Donnez doncq (s'il vous plaist) un pardon à ma flame Puis qu'elle est sans reproche aussi bien que sans blame, En mon déguisement vous n'avez rien perdu, Car ce qu'on vous ostoit mon bras vous l'a rendu.
Melinte. Monsieur, si pour vous rendre à ses voeux favorable, La priere d'un Roy vous est considerable, Mon frere aupres de vous obtiendra son pardon, Et vous vous resoudrez d'aymer Eurimedon: Encor qu'il ne soit pas du sexe d'Hermionne Sa teste n'est pas moins digne d'une Couronne, Et le Sceptre Royal qu'on luy refuse en vain N'aura pas moins de grace en son auguste main; Pasithée est son prix selon vostre ordonnance Puis qu'il a d'Araxés reprimé l'insolence, Et quand il n'eust pas faict cette belle action Il la meriteroit par sa condition: Changez, changez (Monsieur) cette hayne obstinée, Desgagez cette foy que vous avez donnée, Et qu'un heureux Hymen laisse dans le repos Les champs Thessaliens, la Troade, & Lesbos.
Archelas. Melinte: vos vertus vous rendent trop auguste, Et vous me demandez une chose trop juste Pour souffrir de ma part un superbe refus; Excusez seulement si mon esprit confus A tardé si long-temps d'accorder Pasithée À celuy dont l'amour l'a si bien meritée, Et si j'ay faict paroistre une injuste fureur, Songez que cette feinte a causé mon erreur. Ma fille je vous donne à ce Prince adorable.
Pasithee. Sire, cette faveur rend mon sort honorable, Et les commandemens sont doux à recevoir Où vostre volonté s'accorde à mon devoir.
Eurimedon. Par ce commandement, & cette obeissance, Que je reçois (Amour!) une ample recompence! Et que je dois benir l'atteinte de tes traits, Puisque tu la gueris avecque tant d'attraits.
Tygrane. Et moy voyant les biens que le Ciel leur envoye Verseray-je des pleurs sur la commune joye? Après tant de rigueur, & de travaux soufferts, Voulez-vous que je meure accablé de mes fers? Ne vous lassez vous point de me voir miserable?
Archelas. Madame, c'est assez faire l'inexorable, Puis qu'une heureuse nuict doit suivre un si beau jour Vous devez ce bon-heur à son fidele amour.
Celiane. Je voulois plus long-temps faire l'experience Et de sa passion, & de sa patience, Mais puis qu'un si grand Roy me prescrit mon devoir. Je veux vous obeïr, & le vay recevoir.
Tygrane. Puisque par vous j'obtiens ce bien incomparable Que je vous suis (Seigneur) aujourd'huy redevable!
Archelas. Allons doncq mes Amis celebrer ce beau jour Qui vous doit couronner des Myrthes de l'amour, Et donner quelque jour à ces belles Provinces Par vos embrassemens des Reynes, & des Princes.
FIN.
EXTRAICT DU PRIVILEGE DU ROY.
Par grace & Privilege du Roy donné à Paris le 30. jour de May 1637. Signé par le Roy, en son Conseil de Monsseaux il est permis à ANTHOINE DE SOMMAVILLE, Marchand Libraire à Paris, d'Imprimer ou faire Imprimer, vendre & distribuer en tel Volume & caractere que bon luy sembler une Tragi-comedie intitulée Eurimedon, ou l'Illustre Pirate du Sieur DESFONTAINES, durant le temps de sept ans finis & accomplis à commencer du jour que ladite Tragi-comedie sera achevée d'Imprimer: Et deffences sont faictes à tous autres de l'Imprimer ou faire Imprimer, vendre ny distribuer sans le consentement dudit Sommaville, ou de ceux ayans droict de luy, à peine aux contrevenans de trois mille livres d'amendes, & de tous ses despens, dommages & interests, ainsi qu'il est plus au long porté par les lettres cy-dessus dattées.
Achevé d'Imprimer le 6. Juin 1637.